‹ Exposition des principes du gouvernement républicainChapitre 7 sur 30 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

état stationnaire depuis que l’histoire nous les montre, l'Européen a fait d’immenses progrès. Ce fait pourrait s’expliquer par rapport aux indigènes de l’Amérique , en supposant leur continent plus nouveau que les autres , et en remarquant qu’ils n’avaient eu aucune communication avec les habitans de l’ancien monde. On pourrait alors charitablement supposer que s’ils en avaient eu le temps, ils se seraient civilisés à l’égal de leurs conquérans. En effet, quelques-unes de leurs peuplades avaient fait des progrès dans les arts de la civilisation , progrès qui sans doute ont été de beaucoup exagérés par la grandiloquence espagnole ; car il est impossible de supposer qu’avec les faibles moyens qu’il avait, Cortez eût pu conquérir un empire aussi puissant que l’était, d’après les descriptions qu’on en a faites, celui de Montézuma, quand même il eût eu tout un escadron de Saint-Diégos montés sur des chevaux blancs.

En admettant même ces suppositions quant aux Américains , que dire des Chinois, des Indous, et surtout des Nègres? Que dire même des Arabes, peuples qui tous ont été en relations directes avec les Européens depuis des temps très reculés, et dont une portion , pendant de longues périodes , jouissaient déjà d’une civilisation stationnaire, tandis que les bois du mont Olympe étaient en-

INTRODUCTION

core condamnés à n’entendre que les rugissemens des bêtes fauves, et les cris à peine articulés des sauvages qui sc nourrissaient de leur chair? Il ne serait pas juste de dire que nos relations avec la Chine et les Indes ne datent que de quelques centaines d’années : car alors il faudrait expliquer pourquoi c’est nous qui avons découvert ces pays et en avons conquis une partie, quand, d’après la date de leur civilisation , c’était certainement à eux à nous découvrir, et h envoyer des mandarins et des bramines gouverner l’Angleterre et la France.

Montesquieu et beaucoup d’auteurs politiques et autres, voire Hippocrate h ce que je crois, ont taché d’expliquer ce phénomène par les effets du climat de la terre et des eaux ; mais notre expérience nous prouve continuellement le contraire. Dans les nombreuses colonies que les nations Européennes ont fondées depuis quelques siècles , l’homme civilisé n’a pas changé. Loin de perdre de sa civilisation, dans beaucoup de cas il l’a augmentée. L’Amérique en est un exemple frappant. L’Espagnol et l’Anglais sont restés Espagnol et Anglais , depuis les déserts glacés du Canada et de la Terre-de-Feu jusqu’aux régions de la zone torride , dans les plaines comme sur les montagnes. Ils ont gardé leur caractère national, tant qu’ils n’ont pas fait perdre h leurs enfans

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les types (le leurs races , en s’alliant aux naturels du pays.

Voilà donc la seule et véritable explication du phénomène que nous examinons. C’est à la différence des races qu’il est dû. Je 11e suis pas assez versé dans l’anatomie comparée , et même cette science , à ce que je crois, n’a pas encore fait assez de recherches dirigées philosophiquement vers ce but, pour que je puisse, à l’aide de ses lumières, soutenir mon opinion ; mais la vérité est une , et si j’arrive par de simples inductions historiques à démontrer la différence énorme qui existe entre les diverses races , sous le rapport moral , je suis sûr que le scalpel viendra confirmer ma théorie ; il faut que la science soit maniée par une main habile et sans préjugés antérieurs : car combien d'études philosophiques, et géologiques surtout , ont été perverties et dénaturées afin de soutenir la cosmogonie de la Bible ! Ce n’est pas ainsi qu’il faut rechercher la vérité.

En analysant l’ordre social de tous les peuples, nous trouvons les hommes existant en trois états bien distincts. D’abord l’état anarchique, qui ne reconnaît de droits ni de devoirs à personne ; puis l’état despotique, qui reconnaît des droits et des devoirs , sans aucune réciprocité entre le despote et ses sujets ; enfin , l’état civilisé où les droits et les devoirs sont réciproques entix; les citoyens.

INTRODUCTION

Ces trois états ont existé dans différens pays , ou dans le même pays en des temps différens ; mais la même race a toujours suivi le même système.

Le Nègre , par exemple , a toujours vécu dans l’anarchie. Aucun gouvernement n’existe en Guinée. 11 y a bien quelques Nègres qui veulent singer les potentats européens , et qui , la tête garnie d’une couronne , et nus du reste de leur personne, s’asseyent sur un trône pour donner audience aux officiers ou aux marchands européens ; mais c’est là que s’arrête leur simulacre d’autorité. Leur pouvoir est nul. Si la guerre a lieu, elle se fait par qui la veut, et pour l’objet individuel que chacun se propose. Qui veut commande , et qui veut obéit. Je sais qu’on va me citer le puissant empire d’Ashantee : là les Nègres sont déjà mêlés avec les Maures et les Juifs , races arabes , et ne sont pas dans toute leur pureté ; mais qu’on me fasse voir un gouvernement quelconque dans la Cafrerie ou dans le Congo ? L’état d’anarchie était aussi celui dans lequel se trouvaient la plus grande partie des peuplades rouges de l’Amérique. Cependant il devait y exister plusieurs races: car les Indiens mous et efféminés des Antilles n’ont rien de commun avec le guerrier sanguinaire des plaines du Nord-Ouest. Les Indiens, en partie civilisés ou civiüsables, du Mexique et du

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