‹ Exposition des principes du gouvernement républicainChapitre 9 sur 30 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

d’autres races, se prennent et se quittent au hasard. Aucun instinct de fidélité ou d’attachement ne semble exister parmi eux. Ils n’orit pas de famille. Le chien même , malgré sa demi-civilisation, suit cette règle de promiscuité. L’éducation qu’il reçoit de nous depuis des milliers de générations canines n'a encore pu lui donner ce que nous appelons des moeurs. Le cheval , le taureau, au contraire, ont une famille. Le vieil étalon, dans les plaines du Missouri, marche gravement à la tête de son sérail. Lorsque ses juinens paissent, il galoppe autour de leur groupe, les empêche de s’éloigner, et livre un combat à mort aux autres étalons qui voudraient enfreindre ses droits. Ses enfans le suivent jusqu’à ce que, arrivés à l àge des amours, ils se permettent quelque incongruité de jeunes gens ; Les coupables sont aussitôt chassés de la famille , comme Candide le fut du plus beau château possible. Ils errent alors seuls dans les prés, rôdant autour d’elle, comme des corsaires suivent de loin des galions sous bon convoi. Ils réussissent enfin peu à peu à se former un sérail à eux, et adoptent les mœurs de leur père. Combien de fois j’ai vu dans mon champ une famille de dindons sauvages , le coq marchant en tête, suivi de dix à douze femelles qu’il avait conquises en champ clos sur ses irascibles rivaux. Après le temps de la couvée, la file

INTRODCCTIOIt.

s'augmentait des petits dindonneaux , jusqu’à ce que, ceux-ci étant devenus aussi grands que père et mère, et le temps des amours étant passé, la famille se dispersât. Au printemps prochain , chaque coq se reformait un nouveau sérail, dont chaque beauté lui était vaillamment disputée. La tendre colombe cependant profitait de la même saison pour sc choisir une fidèle compagne , et filer des jours de bonheur dans une étroite union.

Si chaque espèce d'animal obéit ainsi à son instinct, il en est de même parmi les différentes races d hommes. Les Nègres n'ont pas de famille; ils vivent tous pêle-mêle. Chacun connaît sa tendre mère, et voilà tout 11 est vrai qu’ils se

groupent pour vivre ensemble; mais l’union des sexes n’est ni le but ni le résultat nécessaire de ce rapprochement. Ils ne connaissent pas plus la jalousie que la pudeur. Même lorsqu'ils sont devenus chrétiens et dévots , comme beaucoup d’entre eux le sont, ni la religion ni l cxemple des maîtres ne peut arrêter ces propensions érotiques. Ils se marient, il est vrai, vivent ensemble dans la même cabane , et font en général bon ménage. Le mari conçoit même beaucoup d’attachement pour les enfans de sa femme; mais il se soucie très peu de sa fidélité, et luimême n’observe pas très strictement scs sermens. Dans lefat d’indépendance , ce manque de fa-

CI1AF1TRE l'UEMIEIl ,

mille entretient l’état d’anarchie. Tant que l’enfant est faible , il obéit à ceux qui l élèvent et les sert ; mais dès qu’il atteint la force de l’âge, et ([uc sa mère est devenue décrépite, ils changent de rôle, et il lui rend, souvent avec usure , les coups qu’il en a reçus dans son enfance.

L’Arabe , au contraire , est polygame. Ses femmes et ses servantes composent sa famille. 11 y règne en maître. 11 est jaloux, soupçonneux. Ses valets sont des esclaves , des eunuques. L’éducation de ses fils est confiée à des muets. Il les éloigne dès que, auprès des femmes, ils osent se mettre en concurrence avec lui. Pour s’assurer l’héritage paternel, il massacre ses frères. Voilà l’état despotique, celui qui fleurit en Orient depuis le temps d’Abraham jusqu’à nos jouis.

Mais l’Européen est monogame. Il lui faut une compagne chérie qui partage ses plaisirs et scs peines, à l ame de laquelle il puisse confier scs espérances et ses craintes. C’est elle qui est chargée de la première éducation de ses enfans. Ceuxci ne sont point tyrannisés, parce qu’ils ne peuvent jamais sc trouver en rivalité avec leur père. Ils deviennent ses amis, ses confidens, ses soutiens dans la vieillesse. C’est peut-être à ce penchant monogame que notre race doit entièrement sa capacité pour la civilisation : car un Nègre doit perdre tout son temps à chercher tous

INTRODUCTION

les jours une femme nouvelle qui veuille s’unir à lui. Dès quil l’a trouvée, ilia perd, et la chasse doit recommencer chaque matin. Toutes les facultés des sultans sont absorbées par le soin de garder le harem et de plaire h leurs femmes.

L’Européen, au contraire, après avoir voltigé pendant les premiers jours de son printemps, afin de faire un choix , se fixe enfin et n’a plus h s’occuper de satisfaire à l’instinct le plus puissant de la nature ; mais toutes ses facultés et tout son temps peuvent être employés h améliorer sa position par l’étude des arts et des sciences, et par les travaux de l’industrie.

Ce n’est que dans l’état de monogamie que se trouvent aussi des droits et des devoirs réciproques entre les époux. Tout droit naît d’un contrat; tout contrat consiste, par sa nature même, dans un échange d’avantages entre les parties. Il ne peut exister de contrat entre le maître d’un sérail et son esclave , ni par conséquent de droits et de devoirs réciproques. Sous le système de promiscuité et de polygamie, on ne peut jamais amasser de grands capitaux, parce que, outre le manque inévitable de temps et d’éducation, on n’a pas ce qui excite le plus à accumuler une grande propriété, le désir d’enrichir ses enfans. Chacun, sous ces systèmes, vit au jour le jour, tâchant de consommer le plus possible pendant

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