CHAPITRE IV
qu'uQ tl|éâtre>/^ que ce théâtre est occupé ; tandis que^ dans une fédératioi»^ chaque village est un théâtre. J'en citerai un exemple bien singulier et peu connu. Les bateaux à vapeur furent inventés^ du temps de Charles-Quint^ par un Espagnol qui enfin ^ après des années d'instances ^ obtint d'essayer son projet ^ et construisit hit effet ime machine à vapeur à Barcelonne , lors de l'expédition d'Alger. Il réussit parfaitement, et l'invention et l'inventeur furent oubliés (i). Et comment pourrait-il en être autrement ? Ils étaient trop éloignés du centre. Cependant, la même invention est reproduite aux Etats-Unis quelques siècles plus tard , et devient à l'instant une rage, une manie. En moins de trente ans , elle couvre les eaux de ce vaste pays , change le cours de son commerce, et finira par déplacer la puissance navale d'où elle se trouve à présent. Mais aussi quelle rivalité pour la construction des bateaux à vapeur entre New-York , Philadelphie et Baltimore ; entre les bateaux de la côte de Test , et ceux des eaux intérieures de l'ouest ! Au milieu de cette concurrence, il y a un fait cei*tain, c'est que j quelque part qu'il soit construit , le dernier bateau est le plus vite et le plus commode.
(i) Je crois qu'il existe encore à rarseiud de Bayonne des restes de la machine.
Que Ton compare la masse de travaux d'utilité publique qui se trouve déjà aux États-Unis à ee qui existe ailleurs , quoique leur existence soit si moderne , et que les capitaux leur manquent. Que Ton compare^ même sous ce rapport^ la Hollande , la Belgique , F Angleterre , et tout pays oii il existe une administration municipale indépendante ^ à la France elle-même et à tout pays oii le gouvernement est centralisé. Cette comparaisou à elle seule suffirait pour décider la question.
Mais , dira-t-on , vous détruisez les grandes villes^ et ayec elles ce qui donne Télan à la civilisation. C'est ime erreur. Loin de les détruire^ elles seront les premières k profiter de la destruction du monopole qu'elles possèdent maintenant. Les autres villes s'augmenteront de ce qui e^t aujourd'hui perdu pom* la cajtetale. Combien d'hommes de génie croupissent dans les greniers de Paris , ou se traînent mourant de faim dans les ruisseaux, qui, s'ils n'étaient étoulTés par la foule, rendraient de grands services à leur pays , en se procurant à eux-mêmes une existence heureuse et indépendante ! Combien de personnes des deux sexes vivent dans la capitale dans un célibat forcée qui pourraient, tout en jouissant de la vie, augmenter la population et la prospérité nationale ! Tous ces germes qui avortent a Paris , faute d'espace pour étendre leurs racines et leurs rameaux.
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peupleraient des rues à présent désertes. La prospérité réelle delà grande ville s'accroîtrait quand elle serait débarrassée de tant de bouches inutiles que le besoin doit nécessairement pousser au crime. L'agriculture des environs des villes s'accroissant^ deviendrait plus lucrative. De nouvelles commodités seraient produites autour d'elles , parce qu'elles offriraient de nouveaux marchés. Ces nouvelles productions emploieraient un surcroît de capital et de population. Ce qui est aujourd'hui sans valeur acquerrait du prix ; ée qui est désert maintenant se peuplerait. La civilisation s'étendrait partout; et ferait fleurir jusqu'aux landes et aux rochers. Tout irait de l'avant. Le surcroît de population augmenterait la consommation; celle-ci la production. De nouvelles industries ; de nouveaux arts, de nouveaux débouchés seraient inventés, et assureraient les moyens de vivre à des générations entières , qui mourraient de faim , si elles venaient au monde à présent. Un surcroit de population n'est pas à craindre la où la concurrence est ouverte. C'est de cette source que doit naître toute prospérité publique , et elle ne peut être entièrement établie que dans un gouvernement décentralisé.
Ce que j'ai dit de l'industrie s'applique également au mérite politique. Le pays gouverné fédéralement l'est toujours mieux qu'un autre,
KLKlffiirr rénBEATIF. ts
parce qiie ceux qui arrivent à la tête des affaires nationales ont déjà été éprouvés^ ayant^ pour ainsi dire^ fait leur apprentissage dans les gouvernemens provinciaux ou municipaux. Maintenant on élit dans les départemens quelque candidat de Paris recommandé par quelques articles de journaux y et que Ton ne connaît pas autrement. Le nouveau député trahit son mandat , et c'est tout simple, n n'avait aucun intérêt dans son département, rien de conunun avec ses commettans.
Le meilleur moyen d'être élu dans un département y c'est à présent de gagner une réputation a Paris. Tout le contraire devrait avoir lieu. Il arriverait que l'homme de mérite y ignoré au fond de la province, serait d'abord élu membre du
conseil conmiunal par ses voisins immédiats , qui auraient reconnu ce gu'il valait. Là, s'étant fait connaître, il serait envoyé à la législature provinciale , et deviendrait ensuite de la même manière membre de la législature nationale. L'immense influence corruptrice qu'exerce aussi im gouvernement central serait détruite, ou du moins de beaucoup affaiblie. Ce ne serait plus aux ministres seulement et aux chefs de bureau qu'il faudrait s'adresser ; ce serait au peuple ou aux gouvememens particuliers, lesquels, agissant dans im bien plus petit cercle^ et connaissant bien
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mieux les individus , courraient beaucoup moins de riscpie de faire des bévues.
Tous les avantages que j'ai tâcbé'de décrire, conune appartenant au principe fédératif , se retrouvent dans le gouvernement des États-Unis ; mais quelques-uns ne sont qu'indiqués , et quelques défauts s'y rencontrent encore^ qu'il serait cependant facile de faire disparaitre.Par exemple^ la fiction légale de la souveraineté des états emr barrasse beaucoup la justice^ en créant des Hhûtes intérieures que les autorités d'un gouvernement ne peuvent dépasser. L'extradition d'im prévenu ne peut avoir lieu que sur la demande du pouvoir exécutif d'un état à celui d'un autre , ce qui occasionne souvent beaucoup de lenteurs. Il n'existe pas non plus de tribunal qui puisse décider finalement les disputes entre états ^ ou entre ceux-ci et les États-Uflis , ce qui est peutêtre la cause de l'irritation qui existe dans ce moment-ci dans une partie de l'Union. Au reste, nous le répétons, le gouvernement des Etats- Unis est une expérience , et les hommes n'en ont pas beaucoup fait qui aient aussi bien tourné. Quant à la probabilité d'une dissolution de FUmon , nous nous contenterons ici d'observer ^'elle est impossible, tant qu'il continuera d'être de l'intérêt des états de rester unis, et qu'aussitôt que leur intérêt changera ; ils feront bien de se
séparer : car l'objet de rUnion est la prospérité , ety dès qu'elle manquera son but , il faut la dis-* soudre. Y manque-t-elle déjà? Gemainement non. Y manquera-t-elle plus tard ? Je ne le crois pas ; mais je ne sais pas prévoir les malheurs de si loin.