PES RELATIONS EXTERIEURES
Le problême que les hommes ont instiuctivement cherché à résoudre par l'ordre social est d'obtenir le plus grand bonheur possible du plus grand nombre. Ils ont dû se réunir en grandes masses y afin d'opposer une plus forte résistance aux attaques des sociétés rivales. Four ce même objet y celui de la défense mutuelle , ils ont dû chercher k s'établir sur la terre^ de m anière à faire un tout continu , et à profiter des accidens géo-. graphiques du ten*ain ^ de manière a rendre les invasions plus difficiles. Le bonheur des individus formant une^iation est donc l'objet à obtenir^ et non le pouvoir national. Le pouvoir n'est qu'un des moyens d'arriver au bonheur, ou, pour mieux dire, d'empêcher que ce bonheur ne soit troublé et
dérangé. Cependant l'histoire , surtout celle des temps modernes , nous fait voir qu'en général on a sacrifié le but aux moyens. Les gouvememens, semblables aux singes 4<>iit parle lè docteur Bowring/ se sont toujours beaucoup plus occupés des afiaires de leurs voisins que des leurs. L'équilibre de l'Europe a été ]a chimère des derniers siècles^ comme les croisades étaient celle des siècles antécédens. Eh! qu'importe l'équilibre de l'Europe au peuple , s'il meurt de faim et s'il est tyrannisé chez lui ? Qu'importe au peuple que sob gouvernement s'étende à une province de plus, s'il est mauvais et ne remplit pas le but pour lequel il a été établi ?
L'flurope a été 4échirée 4epuis long-temps par un nombre de guerres incroyables, ^y^u^ toutes pour objet ou d'établir , ou de changer , ou de rétablir l'équilibre européen. Cela vient des principes aristocratique et monarchique qui la gou^ vernent. En effet, les rois et l'aristocratie senties seuls qui aient eu intérêt à étendi'e leur sphère 4 action. Tout homme a de l'ambition j c'est une passion donnée par la nature pour sei-vir au perfectionnement général. Chacun tâche de s'élever dans l'échelle des êtres, et, de ces efforts individuels, naît un mouvement ascendant et progressif dans la société tout entière. Mais si un homme ou une classe d'hommes se trouve , en conséquence
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d'institations vicieuses ^ placé par sa naissance seule , et sans qu'il lui en coûte aucun effort , au sommet de Féchelle sociale , Fambition qui se développe dans son sein , ne pouvant s'exercer sur ses alentours , puisqu'il est déjà au iâite, le pousse àl'extérieury etySeçaçliantsous les noms d'honneur de sa couronne et de gloire nationale , l'entrsune à ensanglanter ]sl terre , sans autre résultat pratique que d'avoir ajouté quelques lieues carrées à ses états/qudques millions de plus au nombre de ses esclaves^ et d'avoir fourni, sous le nom spécieux d'équilibre de l'Europe à rétablir, un nouveau sujet de guerre à quelque autre ambitieux du même genre, qui, tôt ou tard, viendralui enlever ses conquêtes et li|i ofirir une juste cause de nouvelles représailles. C'est ainsi que, depuis la chute de
l'empire ronmin, un certain nombre de provinces ont été ballottées entre quelques monarchies plus puissantes ; que des nations ont été conquises et partagées; que des monarchies se sont élevées sur les ruines de monarchies voisines ; que l'Europe a versé des flots de sang, perdu d'immenses capitaux et dépensé ses forces et sa vitalité sans aucun résultat quelconque pour son bonheur permanent et les progrès de la civilisation du genre humain. Je comprends bien qu'il est de l'intérêt d'un monarque d'augmenter 3on pouvoir , sa liste civi)e ,
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la spleudeùr de sa cour , etc ; mais quel intérêt le peuple a-t-il à tout cela ?
Le peuple a intérêt , au contraire ^ à être bien gouverné ; nous avons vu que cela est synonyme de se gouverner soi-même^ et que plus il sera divisé en petits fragmens^ et plus ses intérêts seront individualisés^ plus il sera à m^ne de le faire. 11 lui convient^ il est vrai^ d'être centralisé en grandes masses^ sous le i*apport de la défense commune ; mais cela même fait voir que c'est dans la vue de conserver ses droits intacts contre les attaques des autres pouvoirs, et non d'exercer une influence au dehors , qu'il ne lui importe pas de posséder. Plus le pacte fédéral sera étendu^ plus les chances de repos seront assurées^ de même que dans ime assurance mutuelle les chances de perte diminuent en raison inverse du nombre des associés. Mais l'intérêt des peuples , par opposition k celui des monarques, est la paix et la ti*anquillité. 11 est sans doute des cas oîi le meilleur moyen de se défendre est d'attaquer, mais ces exceptions confirment ce que nous disons.
L'état de paix est le seul naturel, c'est le seul dans lequel les di^oits qui garantissent la vie et les propriétés des citoyens peuvent être respectés. C'est donc h l'obtenir de la manière la plus permanente que doivent se diriger lés efforts des
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nations et de leurs gouvernemens ; mais^ pour que cet état soit durable, il ne faut pas plus subjuguer les autres que se soumettre à leur joug. Il faut être juste et équitable^ et surtout ne pas vouloir monopoliser ce que la nature n'a pas fait pour nous. Ces sentimens^ au reste^ sont si vrais que la nature les a implantés dans le cœur de tous les bonunes et en a fait la règle de leur conduite et la base de la morale. Ils seraient de même la base de la politique si les nations se gouvernaient elles-mêmes^ au lieu de se soumettre à ceux qui ont des intérêts différens des leurs. Une grande erreur économique a été la cause de beaucoup de guerres^ et vient continuellement compliquer la politique européenne : c'est de croire que la prospérité d'une nation voisine nuise a notre prospé** rite. La proposition contraire est la vraie. Plus nos voisins sont riches et prospères^ plus nous avons de chances de Fêtre aussi. Mais il ne faut pas que leur prospérité s'obtienne à nos dépens , par le moyen d'un monopole. C'est aux lois com* merciales et administratives à Fempêcher comme nous le vendons dans un autre chapitre ; si cependant le monopole était soutenu par la force , il n'y a pas de doute qu'il ne fut juste d'y résister de la même manière.
Mais f quoiqu'une nation ait le droit de se défendre , et que ce soit un devoir de s'y pr^^arer
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en tems de paix^ il ne faut pas qae ces préparations deviennent plus oppressives que Tétat de guerre ne le serait lui-même ; il ne faut pas que l'organisation militaire soit le grand but du gou- Temement. 11 faut au contraire qu'elle soit cal^ culée de manière a être presse réduite à rien en tems ordinaire^ mais de manière a pouYoir prendre à Finstant un grand déyeloppement dès que le pays est menacé. C'est pour faciliter cette organisation et pouvoir diminuer l'état de l'armée ][>ermanente ^ qu'il est important d'occuper des frontières faciles à défendre. Il faut les conquérir, coûte que coûte ; mais y ime fois cela fait ^ il £int s'y tenir. La nature en cela a secondé la justice : car il n'y a pas de frontière naturelle ^ui soit plus favorable k ceux qui sont d'un côté qu'a ceux qui sont de l'autre. Un grand fleuve est tout aussi difficile à passer d'un côté que de l'autre ; une chaîne de montagnes ofiî^ dés difficultés égales sur les deux versans. Ce sont donc des limites équitables , parcequ'elles protègent réciproquement et également les parties qu'elles séparent. Ah ! si l'on voulait établir les frontières ou sur une petite rivière, au delà du grand fleuve , ou sur le versant le plus éloigné de la chaîne de montagnes, il y aurait injustice et mauvaise foi , parce que tout l'avantage de la position géogi'aphique serait d'un côté, et que la nation qui pré-
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tendrait à des limites pareilles se réserverait par le fait le pouvoir d'envahir les nations voisines , sans pouvoir en être molestée. Mais je ne parle que de frontières naturelles : car il est clair que chaque partie doit seule retirer l'avantage des travaux qu'elle a faits pour sa défense. Le champ est libre a l'autre d'en faire autant de son côté.
Mais^ souvent méme^ il peut être de l'intérêt d'une nation de sacrifier une partie de ses frontières plutôt que de faii*e une guerre. Cependant il est plus avantageux de les fixer une bonne fois pour toutes , et de s'y tenir. Dans ce cas-là pourtant , comme dans tous les autres^ les intérêts des pauvres nations ont été sacrifiés. Elles ont versé leiu* sang , épuisé leurs trésors , sans en avoir re* tiré aucun avantage. Le monarque, lui, c'est différent. Il a réuni, par exemple, la couronne de Hongrie , de Bohême et dltalie sur sa tête après des guerres innombrables , mais ses peuples ne ][)rofitent pas de leur réunion. Des douanes intérieures existent toujours ; ils sont toujours soumis à de mauvais gouvememens , et toute car^ Hère progressive leur est fermée : car il faudrait commencer par renverser ce qui existe pai* la force populaire , et cela n'est plus possible , parce que chaque peuple est gardé par unearmée , qui^ quoique obéissant au même maître , n'en est pas moins étrangère pour lui. La tyrannie et rooci^j^àtâon
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d'années étrangères sont établies en système permanent et étouffent tout. Loin de leui* assurer le i-epos , 1b réunion de ces divers peuples et la force d'une si grande masse ne font au contraire, qu'entraîner chaque peuple dans le6 disputes qui ont lieu à l'occasion de ces compagnons en servitude, et dans lesquelles il n'a rien à faire. Ce système a été plus ou moins celui qui a régné sans interruption en Europe jusqu'à nos jours , et celm. qui, tant qu'il continuera, empêchera tout progrès permanent vers la civilisation , ou du moins le retardera, si le génie du hien est plus fort que ralui du mal et finit par triompher.
Que l'on considère l'énergie morale et les forcesphysiques qui sont consumées par la plus juste des guerres , et que l'on calcule un peu l'effet que ces mêmes forces et cette même énergie, employées à perfectionner les institutions et les arts d'une nation , eussent prodnit. Que de découvertes utiles n'eussent point été faites dans les arts et les sciences ; que de progrès dans les institutions et la littératiu-e n'eussent pas été introduits par les génies qui ne se sont occupés que de l'art d'extei^ miner lem-s semblables ! Que de murailles élevées pour êti-e détruites, et détruites pour être relevées ! Que de villages , de moissons consumés ! Que de transports faits en pure perte ! Que de vaisseaux marchands qui eussent ti'ausporté les commodités
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des deux inondes , et nous en eussent fidt jouir ; on eût pu construire et naviguer avec les matériaux et les équipages de ces belles flottes de guerre qui ne sont destinées qu'à être coulées et incendiées ! Que d*impôts^ qui^ s'ils fussent restés dans les poches du peuple^ auraient fructifié, et qui se trouvent frappés de stérilité dans les cc^res du gouvernement! Ce que je regrette surtout, c'est le dégât en pure perte des capitaux : car, quant aux hommes , ils ne sont pas tant à plaindre ! Le soldat et le matelot sont heureux, et vont galmeut affronter les hasards de la guerre , et il est douteux que, dans le mauvais état économique de l'Europe, entretenus, comme ils le sont, parle monopole , ils eussent pu se procurer une existence plus heureuse. Ce n'est pas eux que je plains ; mais leur existence elle-même est fondée sur une violation des droits des autres y et c'est cela que je regrette.
Et de toutes ces guerrêf désastreuses , pour la civilisation q^n est-il resté ? On ne fait que bâtir pour démure de nouveau , depu^ la chute de l'empire romain. Oh sont les i-ésultats des guerres de Charles-Quint, de celles de Louis- Quatorze, de celles 4^ la république et de l'empire? Que sont devenues les ligues dés rois qu se sont coalisés pour des objets d'amhiCioft personneUe?Que-reste-t-il de leurs traités ?Iies actes