CHAPITRE XII
Europe à rétablissement de gouvernenaens fédé- ]*atifs est la facilité qu'ils offriraient à Téti^anger de les désunir ; mais il est facile de voir j par ce que je viens de dire, que ce danger est illusoire. Les gouvernemens provinciaux ne poun^aient en aucune manière correspondre officiellement avec rétranger^ et si les individus qui les composaient s'en avisaient^ ils le feraient sous la responsabilité commune a tous lescitoyens; et seulement conune individus. Quant aux étrangers qui voudraient intriguer avec eux, le gouvernement central leur ferait repasser la frontière en vingt-quatre heures, ou, s'ils étaient ministres accrédités près de lui /il demanderait péremptoirement leur rappel. Sous le rapport diplomatique , la forme de gouvernement que nous examinons est donc aussi centralisée qu'il soit possible de l'être. Mais il ne faut pas perdre de vue que, le gouvernement central, ainsi que tous les autres, étant une émanatio^i directe du peuple , il ne peut rien Aire de contraire à ses intérêts.
Mais ce système d'équité et de réciprocité ne peut être suivi qu'entre des nations libres et gouvernées suivant leurs intérêts véritables. Il ne peut être suivi aussi qu'entre les races civilisées, ou du moins ci vilisables.^il était adopté en Europe, elle serait bientôt divisée, d'après les langues f en quel^ies grandes nations , qui , après
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avoir établi leurs frontières d'une manière équitable^ et par consécpient stable , n'auraient plus entre elles de sujet de guerre. Les armées deviendraient^ pour ainsi dire> inutiles; les nations prospéreraient et les populations s'accroîtraient d'une manière telle cpi'il faudrait bientôt chercher un débouché pfiur les nouvelles générations qui naîtraient. D'un autre côté aussi, chacune de ces nations aurait droit envers les autres à se procurer des avantages naturels égaux aux leurs , pourvu qu'elle ne les troublât pas dans la jouissance de leurs possessions. C'est sur les races inférieures et incivilisables que ce débordement d'hommes blancs doit s'étendre. C'est en formant de nouvelles colonies , en étendant la civilisation, en faisant fleurir ce qui est actuellement désert , en inventant de nouveaux besoins et de nouveaux moyen% de les satisfaire, que ce surcroît de population trouvera de l'emploi. En Europe, tout perfectionnement est retardé par les restes de Tordi*e antique. 11 faut toujours détruire avant que de bâtir , et le nouvel édifice se ressent toujours plus ou moins des sacrifices forcés que l'on à faits a l'ancien. Au lieu que dans les pays neufs où l'on peut bâtir de plan , on obtient des résultats bien plus satisfaisans.
Il n'est jamais de l'intérêt d'une nation de conquérir ou de coloniser un pays qui est habité par
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une race aussi civilisée qu'eUe-rinéme : car, outre k difficulté d'une lutte presque ^;ale et nécessai* rement d'un succès incertain , il n'y a rien à gagner. Les terres sont toutes occupées » et aussi bien cultivées que chez le peuple conquérant. Il n'y a pas de place pour un surcroît depopulatian; et quoique^ comme nous l'avons déjà dit^ il oon« vienne quelquefois de réunir un pays de cette nature au territoire qu'occupe déjà une nation, afin de se donner des frontières, cc^pendant, il ne lui convient jamais de le conquérir ou de le coloniser dans une autre vue que celle de sa d^anse. Le cas serait bien différent^ si un pays fertile et propre à procm^er à une nation ce dont elle manque était entre les mains d'une race barbare qui n'en tirât pas de profit et ne fît pas usage des bienfaits de la nature. La terre pourrait nourrir une immense population, et se revêtir de villes et de viUs^es; le sauvage lui-même profiterait du changement qui s'opérerait autour de lui , ou^ s'il n'en profitait pas^ ce serait sa faute ou celle de son organisation .
Et que l'on ne vienne pas me parler des droits des nations barbares sur le sol, dont elles ne font aucun usage, ou sur les autres dons de la nature qu'elles ne savent pas apprécier. Là oii il n'existe aucun ordre social raisonnablement établi, là oii le gouvernement ne gouverne pas dans l'intérêt
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des gouvernés, 3 n y a qu'un maître qui ne peut avoir que des droits individuels, ainsi que ses esclaves. Ces droits, il ne s'agit jamais de les détruire. Au contraire, tout droit individuel, toute propriété pai^culière , doivent toujours être respectés. Mais là oÙL il n'existe pas de nation, oii il n'y a qu'anarchie ou despotisme, il n'y a pas de droit public à respecter. Les individus conquis ne perdent rien , ils gagnent au contraire , en étant assimilés aux conquérans.
Rome barbare , au commencement, se civilisa en se mêlant à des peuples conquis qui étaient plus avancés qu'cUe. Hus tord, ses oonquêti» étendirent sa civilisation au loin; et, si elle avait conr nu le système représentatif, et surtout le système fédératif, son empire, au lien de s'écrouler, eût couvert toute la tcare, et fait jouir les peuples d'une paix perpétuelle. Les peuples conquis étaient traités à Tégal des vainqueurs. Leurs lois miwicipalesleur étaient laissées, et, plus tard m^ me, ils devinrent tous citoyens romains. Mais ces avantages furent perdus pour eux, parce qu'ils ne pouvaient en faire usage, à moins de se rendre à Rome, centre du nowHide politique. Ce système de colonies et de conquêtes était certainement admirable; mais eût-il pu exister de la même manière, si Rome eût eu afftîre à des races inférieure^, au lieo.de se tnmvtr prcaqvud exehisiveme^ en oon-
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tact avec les races ciyilisables ? D'autres mesures seraient devenues nécessaires pour empêcher une détérioration de la race ^ qui eût nécessairement réagi sur sa civilisation.
Le système de conquêtes suivi par les Arabes et par les Turcs était tout à fait différent ; ilë ne se mêlaient pas avec les peuples conquis, mais les assujettissaient, les laissant entre eux se gomverner comme ils le voulaient. Aussi ont-ils dévasté tous les pays où ils se sont établis, et l'état dans lequel ils y vivent, étant forcé et contre nature, ne peut être stable.
Leur conduite, comparée à celle des barbares du Nord, est peut-être une des plus grandes preuves de ce qu'il existe une bien plus grande différence entre l'organisation physique de i'Arabe polygame, et celle des peuples méridionaux de l'Europe, qu'entre ceux-ci et les races teutoniques et slaves. Ces races se fondirent immédiatement dans la population lathie, et en adopte*^ rent les lois^ la religion et la langue, tandis que les autres ne purent jamais s'amalgamer avec elles, même en Espagne. Et qu'on ne dise pas que cela vient de la religion, car, certainement, l'islamisme basé sur sa bible est phis près du christianisme que la religion d'Odin. Le système de conquête et de colonisation des Espagnols se rapproche beaucoup du système romain. Dans les prenaiers
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temps ^ il est vrai qu'ils réduisirent en esclavage les populations rouges auxquelles ils eurent a^ faire; mais^ plus tard^ à mesure que lem* système se développa , ils commencèrent à s'amalgamer entièrement avec elles ; ils leQ réduisirent dans presque toutes leurs colonies à l'état dans lequel se trouvaient les paysans à la même époque^ mais pourtant aucune carrière ne leur était fermée^ et rien ne les empêchait de s'élever. Les colonies espagnoles étaient gouvernées exactement comme les provinces d'Espagne^ d'une manière plus ou moins despotique. Les Indiens^ en devenant chré* tiens , devenaient Espagnols , et aucun préjugé n'existait contre le mélange des races : la cou* séquence sera extrêmement remarquable dans quelques siècles sur les habitans de l'Amérique espagnole. Dans ces pays^ les races blanche , nègre et rouge pures, ..disparaîtront dans quelques générations , et laisseront à leui* place imc race moyenne qui^ quoique plus apte aux progrès que les races inférieures, ne sera certainement pas égale à la race blanche sans mélange. Une race pareille établie sur un aussi riche et si immense continent aura certainement une grande influence, et, pour le moment incalculable, sui* les destinées de l'homme. Serons-nous obligés de recon* quérir l'Ainérîque dans quelques siècles, comme la France sera obligée de subjuguer St-Domingue
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dans (quelques années? Cette masse immense d'hommes^ jusqu'à un certain point incivilisableS; est-elle Tinstrument dont le génie du mal compte se servir pour entretenir la gueri'e surle globe^ et empêcher la civilisation d'arriver à ses dernières limites ?
Le système ang^s fut tout le contraire du système espagnol ; il est entièrement basé sur l'égoïsme et le monopole. L'Angleterre a toujcrtu^ traité les peuples conquis en sujets ^ et^ quoi* qu'elle les laisse se gouverner eux-mêmes dans tout ce qui ne touche pas à ses intérêts , cependant, dès que ceux- ci se trouvent en jeu , il fiiut que tout leur cède . Il n'y a encore que peu d'années que l'Ecosse et l'Irlande étaient tout à fait dans cette catégorie , et ne participaient pas aux avantages que l'Angleterre retirait de ses colonies; il est vrai que, depuis , il y eut une unionf établie entre ces trois pays ; mais, en renonçant k leurs parlemens particidiers , l'Ecosse et l'Irlande , tout en obtenant le privilège de se mêler des afiaires générales de la société, donnèrent h des étrangers le droit de régler par des lois leurs affaires intérieures. Or, comme l'on eut bien soin, lors de l'union, de ne donner à ces pays qu'une minorité ti^ès disproportionnée à leur population dans leur parlement impérial, il en est résulté qu'ils y ont perdu leur législation particulière , sans rien ga-
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gner à la lé^pslation générale. Les colonies anglaises ont, il est vrai , leurs législatures qui prélèvent des taxes et règlent leurs affaires intéi-* rieures; mais toutes les taxes des douanes, et leurs relations, non-seulement étrangères^ mais même entre elles et avec la métropole , sont réglées par celle^ , sans que seulement elles soient consultées. D'ailleurs, le parlement britannique , composé du roi, des pairs et des communes , est omnipotent, et il peut détruire les constituticms représentatives des colonies, si bon lui s^nble, ou méine Êdre des lois pour elles dans l'intérêt anglais et sans les consulter. C'est ce qu'il est sur le point de âiire pour les Antilles , où , après avoir forcé les propriétaires k avoir des esclaves, il va émanciper ceux-ci et livrer ces' Iles à la plus complète anarchie , et détruire les propriétés dés colons , qui, dans beaucoup de cas, l^ir ont été solennelrlement garanties par des traités. C'est donc dans l'intérêt exclusifde l'Angleterre quel'Écosse et l'Irlande sont gouvernées. C'est dans le même intérêt que toutes les relations politiques, commerciales et économiques des colonies sont réglées ; c'est aussi dans le même intérêt que l'on permet aux Maltais , aux Grecs ioniens et aux cosmopolites de Gibraltar de végéter ; c'est dans cet intérêt que deux ou trois cent millions d'Indous dont pressurés de toutes les manièreaimaginaMes% Que
sse GHAPiTRB xn.
Ton parle , si Toa veut^ de la liberté anglaise mu Angleterre, et encore y aurait-il beaucoup à dire; mais dès que vous sortez de là , le parlement bri^ tannique, le parlement impérial pèse avec im joug de fer sur tant de peuples conquis. Cette tyrannie est même poussée si loin que l'Anglais , qui devient colon , y est sujet comme les autres.
Ce fut contre cette tyrannie que le peuple des États-Unis se révolta. U ne voulait pas être taxé dans rintérêt de l'Angleterre, et que le parlement particulier de cette province de Tempii'é britannique 8'arrogeâtledroitde porter des lois sur des intérêts généraux communs à tout l'empire , et pour les- . quels tout l'empire aurait dû être représenté. Ayant réussi à échapper au joug que ce parlement voulait faire peser sur eux, les Américains se gardèrent bien de tomber dans la même erreur, et établirent immédiatement un gouvernement dans lequel les intérêts locaux et généraux étaient séparément représentés, et de manière à ce qu'aécun des états dans lesquels ils étaient divisés ne pût faire la loi aux autres. Dans les conquêtes et les colonies qu'ils ont faites, les Etats-Unis se sont conduits de la même manière, et ont, en cela, plus qu'en toute autre chose , donné un exemple bien digne d'imitation. Lorsque la Louisiane fut cédée , on étendit sm* elle k l'instant le gouverne-
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ment fédéral^ de même qu'il existe sur les autres états , et indépendamment de leurs gouverne* mens loeaux ; mais en même temps on y établit aussi un gouvernement local particulier^, modelé sur ceux des états, et n'en différant qu'en ce que les personnes qui le composaient étaient nommées parle président, au lieu d'être élues par Iç peuple, et qu'il était, pour ainsi dire, tenu en tutelle par le congrès. Les haLitans de la Louisiane devinrent immédiatement citoyens américains, et jouirent sans réserve de droits égaux à ceux des autres citoyens. Au bout de quelques années, et gi'aduellement, le peuple fut appelé à élire luimême les magisti^ats , puis enfin k se donner une constitution d'état, et devint un membre souverain de r Union. La même chose eut lieu pour la Floride, quoique sa population n'ait pas encore permis qu'elle prît le rang d'état. Ce gouvernement provisoire est nécessaire pour liarnioniser les institutions du pays conquis avec celles de la nation ; mais s'il s'agissait de réunir une province qui fût déjà assez peuplée et dont les institutions fussent déjà en harmonie, ce temps de minorité deviendrait inutile. Si, par exemple , les colonies anglaises de l'Amérique septentrionale voulaient se réunir aux États-Unis , elles pourraient garder la forme de leur gouvernement intérieur actuel, et n'auraient qu'à envoyer des meulières au çou<^
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grës et se soiunettre à un gouvernement général auquel elles participeraient , au lieu d'cti*e écrasées par un pouvoir lointain et étranger.
C'est aussi de la même manière que les États- Unis s'y prennent pour coloniser le désert et étendre les limites de la civilisation. Un gouvernement est établi entre certaines limites où se porte la population. Ce gouvernement est d'abord à la nomination du président^ puis il devient gi^aduellement électif, à mesure que la population augmente ; et dès qu'elle a atteint un nombre suflSsant pour être représenté au congrès , elle forme sa constitution , envoie ses membres , et prend place parmi les états. Jusque-là pourtant, chaque territoire (car c'est ainsi que se nomme un état encore sur le chantier) députe à Washington un délégué y qui prend soin de ses intérêts auprès du congrès. 11 est assimilé en tout aux autres membres ; excepté qu'il ne peut pas voter et n'est que consultatif.
Mais, dira-t-on , il est très facile de faire cela dans le désert; si l'on avaic affaire à des nations belliqueuses, et que , pour s'étendre , il fallût avoir recours à la force , ce système pourrait-ilréussir? Ou les peuples qui occupent le pays k conquérir et à coloniser sont d'une race semblable, ou ils sont d'une race inférieure à celle des conquérans« Dans le premier cas ^ on doit sui-
DES EEJLATI0N8 BXTÉAISUAfiS. ft81
Yre exactement la conduite des États-Unis envers la Louisiane et la Floride^ c'est-à-dire donner aux habitans des droits entièrement égaux et semblables à ceux des conquérans^ en faire des citoyens ^ mais alors on ne gagne rien à la réunion d'un pays semblablemcnt située à moins que la position géographique n'en rende la possession nécessaire pour la défense du pays. Dans le cas contraire, celui où les habitans du pays à coloniser sont de race inférieure et peu ou point civilisables, il faut respecter leurs droits individuels ^ et, sous ce rapport, leur donner les mêmes droits que ceux dont jouissent les citoyens conquérans eux-mêmes, mais leur refiiser tous droits politiques. Ils ne pourront que gagner à être gouvernés par des lois et des formes civilisées , et finiront eux-mêmes par perdre une portion de leur barbarie. Mais ce n'est pas cela que les États- Unis ont fait, et voilà le point faible de leur système. Us ont considéré les Indiens , qui ne s'en doutaient pas auparavant , comme existant eu corps de nation, et ont traité de puissance à puissance avec leurs chefs. Dans tous ces traités, ils ont toujoui*s demandé des cessions de terre à chaque nation ^ et ont fini par la renfeimer dans des limites plus ou moins étroites^ et enfin parla faire émigrer au-delà du Mississipi. Outre les dépenses énormes que ce système a occasionnées, il présente
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beaucoup de dangers et dlnconvéniens , et il est certainement bien moins humain que celui que je propose.
Si aucun Indien n*a de droit sur une terre dont il ne jCait aucun usage , il me semble qu'il n'y a aucun inconvénient à s'en emparer. Sans doute, l'Indien qui a un champ autour de sa cabane y a autant de diH)it que s'il avait une patente des Etats-Unis. Il faudrait donc lui assui^r ces droits , et étendre les lois et le gouvernement sur iin district de contrée à civiliser. Les Indiens ou se soumettraient ou abandonneraient le pays; mais ceux qui resteraient se trouveraient obligés, par la nature même des circonstances, d'adopter autant qu'il est en eux des mœurs civilisées. Mais, dira-t-on, les races se mêleraient et se détérioreraient comme elles l'ont fait dans l'Amérique du sud. Point. Lorsque le commerce des terres a lieu indistinctement et réciproquement entre deux races , les voies primitives disparaissent et un ternie moyen s'établit ; au contraii'e, lorsque ce ne sont que les mâles d'une race qui ont commerce avec les femelles de Tauti^e, sans réciprocité^ cette race eot peu à peu assimilée à celle des peines , et finit par disparaître entièrement. La nature a donné à toute femelle un instinct qui lui iait diercher celui qu'elle croit lui être sapérieur
ras mSLATIONS BXTÉE1BUEB8. M9
Tempêche de s'allier à son inférieur. C'est de cet instinct qu'il faut profiter , non seulement pomr empêcher la détérioration de la race la plus par* faite , mais même pour amener l'amélioration et peu à peu l'annihilation entière de la race inférieure. Pour cela, il suffit de la conserver dans un état d'infériorité sociale , en lui refusant l'exercice des droits politiques. L'expérience doit montrer dans chaque cas particidier combien de mélanges successifs et de générations sont nécessaires pour amener cette assimilation , et, ce terme arrivé , toute difierence légale doit cesser. Les mœurs , ce complément des lois, qui forment les institutions d'un pays, doivent, de leur côté, concom*ir avec la législation à garder les femelles de la race supérieure pures de toute contamination. Nous avons supposé le cas extrême , celui d'une nation entièrement civilisée, conquérant et colonisant une contrée occupée par des peuplades entièrement barbares. Le cas serait encore bien plus fort , s'il s'agissait de races civilisables , quoique inférieures à la nôtre , comme des Indous , des Chinois, ou même des Arabes. Le pays qui, a à-" bord, aurait été occupé militairement, serait couvert par le gouvernement général de la même manière que les autres provinces. Toute barrière au commerce intérieur, entre la nouvelle pro-
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vince et les anciennes , serait détruite ; des cotu^ nationales y seraient établies , un système de défense commencé , une administration des domaines organisée : car les domaines d'un pays conquis^ ayant été acquis par toute la nation^ lui appartiennent en commun. En même temps, un gouvernement provincial serait établi , qui , nommé d'abord par le pouvoir exécutif du gouvernement national , deviendrait peu a peu électif à mesure que le nombre des conquérans augmenterait dans la nouvelle province , et finirait par en devenir entièrement indépendant. Ce gouvernement, complet comme tous les autres, c'est a dire composé des trois pouvoirs, donnerait des lois de manière à ne point violer les droits individuels du peuple conquis , et de manière a l'amener peu à peu à des habitudes de civilisation. Ce gouvernement ne se mêlerait nullement de la religion des babitans, ni de leur façon de terminer les différens entre eux, n'accordant pourtant aux magistrats natifs , s'il en existait, qu'un pouvoir d'arbitration. Si la race copquise était polygame, il serait nécessaire, tout en garantissant les droits acquis, d'établir, parla nouvelle législation civile, un système qvii leur permît de vivre à leur guise , jusqu'à ce que leur nombre fût assez diminué soit pour l'émigration , soit pour le procédé d'assimilation dont nous
DES AELAnOHS SXTtelECRES. f»S
avons parlé^ pour permettre de les harmoniser entièrement avec les mœurs et les institutions de la nation ; mais y dans aucun cas y on ne devrait faire de différence dans les di'oits civils des citoyens et deshabitans. Ceux-ci alors seraient sûrs d'être bien gouvernés y et abandonneraient bientôt le tribunal du cadi^ à la décision duquel tonte soumission serait volontaire y pour les tribunaux civilisés dont les arrêts seuls seraient compofsoîres.
Le système romain é^ait trop centralisé ; celiii de l'Espagne mène à une détérioriation de la race, et à une perte de sa capacité pour la civilisation ; celui de FAngleterre^ étant injuste et fondé sur le monopole, tend constanunent à se désunir, et oblige la métropole tyranniqne à des frais énormes pour retenir les colonies dans un assujétissement contraire à leurs intérêts. Le système américain est presque par&it ; il est équitable, puisque les colonies sont gouvernées de même et dans le même intérêt que la métropole , ou , pour mieux dire, que toute distinction entre elles est abolie. Leur conduite seulement envers les Indiens, en les traitant collectivement , au lieu de ne les considérer qu'individuellement, est impolitique et ne pourrait s'appliquer à des rates demicivilisées qui eussent déjà des droits et des intérêts individuels dans le sol , et qu'on ne pourrait
§86 GBAPini UI.
pas forqer à évacuer le pays , &ans des mesures
,|çop yiolenlçs. Elle ue peut donc servir de for-
.xaulQ'géuéfale. Celle que j*ai déduite des princi-
'oqssmi ^fécèdent me semble équitable : car^ cer-
jtfâuepi^nt , les races inférieures ne peuvent que
^g)}er à être gouvernées par les races supérieu-
^ys$ 4'^^^ manière send)lable à celle dont elles se
^Q^]icçfiient ellps-mêmes. Elles ne peuvent pour-
Ifautpas prendre part à ce gouvernement: car
rinfluence qu'elles y exerceraient serait cer-
i^nemept cqntraire aux intérêts de la civili-
Ett suivant ce système de colonisation et de conquête ; la race perfectible blanche finira par absorber et détruire toutes les races inférieures , commençant par les plus imparfaites d'abord , puis allant k celles qui se rapprochent le plus de nous. La terre alors sera toute civilisée et divisée seulement en quelques nations gouvernées fédél'ativcment. Les progrès de ces différentes nations poui'tant n'étant pas égaux, et l'espace étant fini, les moins civilisées finiront k leur tour par être conquises , colonisées et absorbées par les plus parfaites, et il arrivera enfin qu'une seule nation, gouvernée fédérativement , s'étendra sur toute la terre , qu'une seule langue y sera parlée , qu'un seul intérêt diiigera tout, et que la guerre et la discorde cesseront partout , Ix moins que nous ne
soyons envaliis par les babitans d'une autre planète. Mais quand ce mUlannium politique arrivera, que fera-t-on du surcroît de population que cet état de prospérité amènera ? Le temps est si loin, que je laisse cela à penser aux. économistes futurs, et ne m'en inquiète pas pour le moment.