‹ Exposition des principes du gouvernement républicain, tel qu'il a été perfectionné en AmériqueChapitre 35 sur 39 · SV*" CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

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nationaux paient dans leurs ports , et en les traitant avec une parfaite réciprocité.

De cette manière , les taxes nationales, une fois établies, seraient un facteur commun qui aJTecterait également toutes les parties de la nation et les pi-olégerait également contre l'étranger. Ou pom-rait changer chaque jour, suivant les inconstances, la quotité derimpôt; mais son assiette devrait toujours rester la même. Au bout de quelques années, les industries et les cultures qui ne sont pas naturelles au pays auraient disparu et fait place à celles que l'expérience aurait montré lui convenir davantage.

Les gouvernemens provinciaux , de leur côté, subviendraient à leurs besoins , en établissant des taxes sur les mêmes principes d'égalité , mais dont la quotité varierait suivant les cii'constances. Les villes et les comnmncs feraient de même potufaire face aux dépenses dont les habitans seraient les seuls à retirer un avantage. Il pourrait donc arriver que la production dans une ville fût moins- 1 taxée que dans une autre ; mais cela ne pourrain durci' long-temps : car une concurrence d'écono; mie et de bon gouvernement s'établirait eob elles, et, si elles s'exposaient à un désavantage p reil, ce ne pourrait être que parce qu'elles ] voudraient bien , et dans la vue d'employer It

MBmsnmÊLATÊÈM iclmoiaous. tfik

fonds qui résulteraient de l'impôt d'une manière qui les compenserait de cette perte.

Aucune douane intéfièure ne peut exister : ctfir ce serait taxer doublement les produits de l'industrie qui y serait sujette; et surtout aucuA droit de transit ne peut être établi : car les consommateurs d'un articlépaiëraient alors des droits à un gouyemenient dont ils ne retireraient aucnû ayantagè ; mais les moyens de transport devraient être taxés, conmie tout autre outil de production^ tant par la nation que par la province et la ville ou la commune à laquelle ils appartiendraient. Cela est à part des péages sur les routes perfectionnées et les canaux qui ne sont pas des taxes , mais l'intérêt d'un capital employé, et dont on est libre de s'affrancbir en passant par l'ancienne route. Aucune taxe non plus ne devrait être payée à Texportation : car il y aurait double emploi à faire payer les produits à leur sortie , et les pro« duits qu'on a obtenus en échange à leur entrée. A plus forte raison donc les primes d'encomragemens devraient être supprimées : en effet, si une industrie ne peut se soutenir toute seule , c'est qu'elle n'est pas naturelle au pays et elle en doit disparaître: car certainement le travail qu'elle exige peut être mieux eniployé. Les primes, d'ail-> leurs, ne servent qu'à rendre un article méiDeur é pour les étrangerê , de manière à diÏDai-

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nuer la quantité de produits que l'on reçoit d^eux en échange de Farticle pour lequel on les accorde. Or, l'intérêt d'une nation n'est pas de beaucoup exporter ou produire^ mais de beaucoup consommer: car le bonheur est en raison des jouissances physiques, et celles-ci sont mesurées par la consommation. Si une nation était tdlement favorisée par la nature qu'elle pût, avec très peu de travail , se procurer beaucoup d'objets à consomnier, elle doit bénir le ciel de ces avantages et ne pas aller imiter les peines que les autres se donnent, sans qu'elles leur procurent la faculté de jouir autant.

Les octrois, les droits réunis et surtout les monopoles , doivent être supprimés. Le sel et le tabac doivent , ainsi que les autres articles , être taxés dans les mains de ceux qui les produisent ou les importent. Le timbre et l'enregistrement doivent cesser entièrement. Au lieu du premier droit, les imprimeries, qui, d'une feuille de papier blanc (qui a déjà été taxée) produisent un journal , doivent payer la proportion générale de la différence de valeur que leur industrie a donnée àleur produit. Quant au second, c'est un impôt éminemment injuste : car il tend àintervenir dans le droit que chacun a de disposer de sa propriété conune il l'entend.

Les impots sur les jeux et les loteries doivent

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aussi être supprimés. Cette industrie doit être libre comme toutes les autres. Chacun doit avoir le droit de vendre et d'acheter sans employer un courtier ou un agent de change^ soit à la bourse, soit ailleurs : caveat emptor est la maxime ; c'est sa faute^ s'il est trompé dans un marché à tei^ me ; cela le rendra plus prudent une a utre fois. Aucune loi ne peut exister, fixant le prix d'aucune commodité ; mais, au contraire, tout doit être laissé à la libre concurrence des parties. Il est vrai que les vendeurs d'un article peuvent, s'ils le veulent, s'arranger entre eux pour en fixer la valeui*; mais cet arrangement est purement volontaire, et il dépend de l'acheteur de s'y soumettre ou non. Les acheteiu's d'ailleurs peuvent aussi entrer dans des combinaisons semblables entre eux pour refuser de donner un plus haut prix. Je le répète, la concurrence doit être libre. Il n'y a que les industries dont il résulte un dommage positif ou un danger imminent pour la société, quidoivent être soiunises à des règles de police particulières, ou mêmes défendues entièrement. Une poudrière, par exemple, ou une fabrique d'acide sulfurique, ne peuvent être établies au milieu d'une ville populeuse , et même le commerce de ces substances délétères doit être réglé par la loi , de manière à ce qu'il ne puisse en résulter de danger que pour ceux qui jugent k propos de s'y expo-

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ser. G'^t 8oi^s ce rapport, ÇPPV^P^^ nous Vscvoj^ .yu, que }e gouyemement a le droit de régler }es porpo^ajtipns. Les maisons ^e jeu et les lotefies rentrent dans )a classe des industries ayant du 4apger pour |es lier s. On ne doit pourt^pt pas les y eiller de trop près , surtout les secondes ; car l^ur nom su^t pour prévenir du danger que Ton y courf;. Loin d'être nuisib^Ci d'a^!^^^^^ elles sont utiles dans un état bien organisé.

U existe dans toute société bien organisée ui^ courant ascen4ant; il est formé de ceux qjf^ amé^c)rent leur posijtion sociale. ^ soldat qui ^eyienj: maréchal, le ma};elot qui atteint le rang d'amiral, le marmif;on qui s'élève k être cui^uiei*, puis Restaurateur, puis aubergiste; Favocat qui finit par monter sur le tribunal ; le commis, l'ouvrier, ^ manœuvre , qui deviennent banquier, fermier; maitre-mliçon, en font tous partie. Tous les rangs, tous les grades , tous les avantages sociaux , doivent être mis au concours. La libre concurrence donnera le prix aux plus habiles. U existe aussi un courant descendant ; il est composé de ceux qui, se trouvant fortuitement placés au-dessus du rang que leur industrie et leurs talens leur assignent dans récheUe sociale , ne savent pas s'y tenir et dégringolent. Le jeune héritier qui se ruine, le magistrat qui prévarîque, Thomme qui, se laissant emporter à ses passions, devient fau^

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saire ou meurtrier, en forment la plus grande

partie. Il est de l'intérêt de la société que ces deux courans aient toute liberté d'agir. C'est de cette manière que le mérite en tous genres prendra sa place, et jouira de l'influence qui doit lui appartenir. Il faut qu'il soit tout aussi facile et loisible de se ruiner que de faire fortune. Il faut donc qu'aucune propriété ne puisse être retirée du commerce pour être pour toujours appropriée à un usage spécial. Il ne peut donc exister ni majorats , ni substitutions. Les corporations ellesmêmes ne peuvent recevoir des dons rendus inaliénables. Je sais bien que cela n'est pas a l'avantage d'une classe de jeunes gens qui , nés avec une grande fortune, placée de manière qu'ils ne peuvent la dépenser ni se ruiner , passent leur inutile vie en réjouissances folles , sans compter l'influence, et même le pouvoir politique qui suit toujours la richesse , par la nature même des choses , et qui est encore souvent augmentée par des droits et des privilèges exclusifs. Mais que nous importe ? Si ces gens ont seulement autant de bon sens que leurs laquais, ils profiteront de la position fortuite dans laquelle ils se trouvent pour s'élever d'autant plus haut , que leur point de départ était déjà plus élevé , tant mieux pour eux et pour la société ! car plus un homme capable a de moyens à sa disposition, plus il est utile. Mais

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dignes de la fortune qu'ils possèdent et ne savent pas en faire un bon usage. Les sommes qui leur sont ainsi enlevées ne s'arrêtent pas dans les mains des joueurs, mais passent bientôt dans celles de l'artisan et du fabricant. Le joueur ne sert que de de moyen pour opérer cette justice distributivc

Dans un pays qui décline, le courant descendant est le plus fort; mais dans un pays qui prospère, dont le capital s'accroît continuellement, c'est le contraire. Le grand problème économique serait d'arranger les cboses de manière à ce que le courant ascendant , tant au moral qu'au physique , f&t le seul , et imprimât à toute la société un mouvement progressif dans toutes ses branches, qui entraînerait avec lui les paresseux et les forcerait à être heureux.

Mais conunent pouvoir arriver à ce résultat , quand , aii contraire , toutes les lois sont faites dans le but d'empêcher l'homme d'esprit pauvre de s'élever, et le sot riche de se ruiner ; quand le pouvoir^ le rang et la fortune sont rendus inabordables à la majorité des citoyens par des barrières fictives ; quand la loi ne semble considérer le pauvre et le roturier que comme un outil de tra« vail destiné au profit du riche et du noble; quand tout est combiné de manière à rejeter dans le goujBTre celui qui a assez d'énergie , malgré tous ces obstacles, pour tenter d'échapper?

L'Europe iressemble aux sépulcres blancbîs.

dont parle l'Evangile. La splendeur, le luxe , la^ prpspérité des hautes classes couvrent un abime dç misère plus horrible qu'il nen a peut-être jaipais existé. Elle vient du monopole. Des monopoles de caste , de religion, d'opinion^ existant encore dans beaucoup de pays , même Ik où ils ont cessé d'avoir une existence légale , ils vivent encore dans le préjugé ; et le terme insultant de parvenus est appliqué a ceux qui ont su s^élever par le peqplç lui-même des rangs duquel ils soAt sortis , et q^i devrait applaudir à leur triomphe. Le monopole commercial et agricole existe partout. Partout la vraie source de toute richesse» la terre, est autant que possible retirée de la circulation , et sa possession, réglée par des lois particidières, est enti^avée de formes qui en rendent la transmission plus di£Scile que celle de toute autre propriété. Pourtant des douanes protectrices viennent forcer Findustrie dans des canaux contre nature , où elle ne peut se maintenir qu'aux dépens de l'ouvrier, qui est réduit, pour tout salaire, à une sonune scrupuleusement nécessaire pour 1 empêcher de mourir de faim ; même les enfans sont mis en réquisition dans le plus bas âge pour i^utenir le monopole que s'est arrogé le fabricant. Si, pourtant, les ouvriers veulent faire augmenter leur salaire et refusent de travailler à ces bai

prix y yite c'est ime émeute, et la cayâlerî^ est mise en réquisition pour la calmer. Jje^ maîtres , pourtant , se combinent d'un liout de l'Europe à l'autre , sans que l'on cherche à s'y opposer.

Je suis loin d^ proposer des mesures agraires let de vouloir protéger le pauvre au^L dépens du rir che. Je ne veux ni taxes progressives ^ ni impôt» sur le superflu , choses dont on éblouit la multir tude et qui ne sont pas possibles : car toute taxe se répartit toujours également au bout de quelrque temps. Je ne veux pas non plus empêcher le» successions collatérales , ni même les taxer, parcç que chacun doit avoir la disposition de son bien ; mais je veux ne voir aucun obstacle k la circulation d'aucune espèce de propriété ; je veux voir chacun ayant une chance égale de s'élever, quel que soit son point de départ ; je veux voir établir la libre concurrence comme le seul moyen d'arriver à ces TOsultats. C'est à elle a régler les contrats entre le maître et l'ouvrier, et à indiquer aux capitaux dans quels canaux ils doivent couler de préférence. C'est à elle à régler le crédit , tant du gouvernement que des banques et des individus ; c'est à cette règle équitable de distribution qu'il faut s'en rapporter si l'on veut voir tout fleurir. Je ne veux pas qu'on fasse des lois contre le riche pour protéger le pauvre à ses dépens, par

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une bonne raison ; c'est queje veux, que le pauvre puisse devenir riche à son tour, et «ju'il Jouisse alors en pais de la fortune- Mais il faut que le principe de la concurrence soit adopté dans son entier : car, s'il reste une ombre de monopole , cela suffit pour en détruii-e les bonseflets. Je sais qu'il y aune école en France opposée au principe de la concurrence, et qui cite sans cesse comme exemple les messageries , et combien elles pourraient être mieux réglées par une seide administration. Mais pouvez-vous bien régler les messagei-ies en face du monopole de la poste ? Appelez-vous cela une libre concurrence là ob il faut des patentes , des permissions , des cautions , des dépôts , des passeports et mille au--« très entraves qui empêchent d'autres de se pré-J senter au concours ? Regardez l'Angleterre , oifl cette bi-ancbe d'industrie est libre , où la postfl aux chevaux n'est pas un monopole, et vous ver^ rez les fruits de la libre concurrence. Il faut quel* 1 que temps , sans doute , pour les obtenir. Une J nation qui a été habituée à ce que son gouverne-* ment Ht tout, quoique mal, est comme un enranta qui a toujours été porté par sa nouriîce et ne sait pas marcher. Mettez le petit innocent par terre, il piaillera un peu ; attendrissez-vous, et reprenezle, et il n'apprendra pas à marcher; mais soyez ferme , laissez-le seul à ses propres efforts ; dans

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une heure ses larmes seront séchées , et il marchera. Le lendemain, vous le verrez se mêler aux jeux de ses camarades, avec qui des soins malentendus l'avaient empêché d'entrer en concurrence. C'est aussi ce qui arriverait chez une nation qui passerait de l'état de monopole à celui de liberté. Il y aiu*ait au commencement beaucoup de fluctuation dans les prix ; tout serait dérangé pendant quelque temps ; mais cet état ne pourrait pas durer. Un équilibre s'établirait bientôt qui serait stable et constant, parce que , au lieu d'être fondé sur des protections et des prohibitions arbitraires, il aurait pour base la nature même des choses , et ne pourrait être altéré que par des perfectionnemens introduits dans les arts, ou de nouveaux débouchés fournis au commerce.

L'administration économique d'im pays est la gi'ande affaire des gouvernemens : elle ne peut appartenir à aucun d'eux en particulier; mais tous doivent y contribuer. La science économique est encore peu connue , et ce qui en retarde le plus les progrès, c'est notre ignorance statistique ; les faits manquent sur lesquels on puisse établir une théorie. Mais la publicité qui résulterait de la forme de gouvernement que j'expose aurait bientôt répandu la lumière là oîi il n'y a que ténèbres. Chaque ville, chaque conimune,

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chaque proTÏBcé, ea suivant une théorie à soi, â en en voj^t lés résultats, s'écTairérait, ainsi tjae ses voisines , par son expérience autant qiïe par les discussions auxquelles (tonnerait lieu la muttîpUcitè des législations locales. Le mieux une fois trouvé , toutes s'y rallieraient.

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