Psalm. xLix
l'enfant, 39
temps la fleur était flétrie, depuis longtemps la fleur était tombée. Le virginal rameau de Jessé porte ensemble le fruit et la fleur, le fruit parfait et la fleur toujours fraîche. J'ai vu l'étoile lancer joyeusement son rayon dans l'espace; j'ai vu le rayon traverser les ondes transparentes de l'air; mais ni l'étoile n'était altérée du départ du rayon, ni les ondes de l'air troublées de son passage. J'ai suivi le mouvement de mon verbe intérieur, de ma pensée, elle est sortie de mon esprit ; et j'ai senti que mon esprit ne perdait rien de son incorruptible substance, rien de son inaltérable paix. Ainsi la Vierge, mère de la lumière incréée, du Verbe fait homme^ . Traitée avec honneur par son fils respectueux et tout-puissant, elle n'a point eu à gémir sous le poids de la malédiction qui condamna, jadis, la mère des vivants et ses tristes filles à la flétrissure et aux déchirements des enfaii-
^ , Sicut sidus radium,
Profert virgo filiuin,
Pari forma.
Neque sidus radio, Neque mater filio Fit corrupta.
(Prosa de Noël, )itur(|;ie domimcnme.j
leinents douloureux*. Elle était vierge quand la mystérieuse opération de l'Esprit-Saint, répondant à son /?fl^, forma dans son sein la chair sacrée du Sauveur; son fils vient de naître, elle est vierge encore ; elle sera vierge toujours, Toujours, car le fils parfait, qui est unique dans lescieux, doit être unique sur la terre; toujours, car le sanctuaire de TEspril-Saint ne peut pas perdre, dans un vulgaire hyménée, son auguste consécration; toujours, car il est impossible que le cœur reconnaissant de Marie, possédant le plus beau des fils, le plus cher des trésors, désire avoir encore moins que ce qu'il possède; toujours, car l'humble Joseph a compris qu'il ne peut plus être que le chaste adorateur des mystères que le ciel lui a révélés* .
i. Cf. Summ. theol.,IlIP., quaBst.28, A. 2: Ulrum mater Dei fuerit virgo in partit? Item, quaest, 35, A. 6.
2. Absque oiiini dubio deteslandus est errorHelvidii, qui dicere praesumpsit, matrem Chrisli post partum à Joseph esse carnaliter cognitam, el alios filios genuisse. Hoc enini primo derogat Chrisli perfectioni, qui sicut secundum divinam naturam unigenitus est Patris, lanquam perfeclus peromnia fiiius ejus: ita decuit ut esset unigenitus matris lanquam perfeclissimum germen ejus. Secundo hic errer injuriam facit Spiritui Sancto, cujus sacrarium fuit utérus virginalis, m quo carnem Chrisli formavil : unde non de-
L'ENFANT. i\
Il est vrai que Jésus-enfant est appelé le premier né de Marie. Mais je sais que ce terme judaïque et légal désigne, dans le langage sacré, le fils unique aussi bien que l'aîné des nombreuses familles. Il est vrai que l'Évangile me parle des frères et des sœurs de Jésus ; mais je sais que, chez les Hébreux, on donnait ce nom aux proches parents. — Enfin, je sais que l'hérésie et l'incrédulité, peu au courant des usages judaïques, ou décidées à n'en pas tenir compte, nous disputent la perpétuelle virginité de Marie; niais notre foi respectueuse s'en rapporte à ces paroles de l'Église : « 0 Mère, après votre enfantement, vous êtes demeurée Vierge sans souillure! ))P6>5^par^wm, Virgo, inviolata permansisti !
L^honneur de nos mères selon la nature, c'est
cebat, quod de caetero violaretur per commislionem virilem. Tertio derogat dignilali et sanctilati matris Dei, quœ ingratissima videretur, si tanio filio contenta non esset, et si virginitatem, quoe in ea miraculose conservata fuerat, sponte perdere vellet per carnis concubitum. Quarto eliam ipsi Joseph essel ad niaximam praesumptionem imputan- . dum, si eam quam, révélante aiigelo de Spiritu Sancto Deum concepisse cognoverat, polluere attentaret. Et simplicitcr est asserendum, quod mater Dei sicut virf^'o concepit, etvirgopeperit, ita etiam et virgo post parlum sempiternum permansit. (Summ. theol.. IIlP.,quaîst,28, A. 3.)
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leur inaltérable fidélité au serment d'amour qui enchaîne leur vie à la vie de nos pères. Nous ne pouvons souiïrir que cette fidélité soit soupçonnée. Eh bien! l'honneur de notre mère selon la grâce, c'est son inviolable respect pour la chaste et miraculeuse opération qui lui a donné le Christ pour fils, sans offenser sa virginité ; <t aussi, les oreilles de ceux qui aiment Jésus- Christ se révoltent-elles, dit saint Basile, lorsqu'elles entendent dire que Marie a cessé d'être viersre^ d.
Marie est vierge ; mais ne croyez pas, Messieurs, qu'il manque quelque chose à sa maternité; qu'elle ne soit que le chemin vénérable par lequel le Fils de Dieu vient à nous. Elle est aussi véritablement mère qu'il est possible de l'être, puisqu'elle a donné au fruit béni de ses entrailles tout ce que les mèresdonnentà leurs fils, puisque c'est de sa très pure substance que l'action créatrice de TEsprit-Saint a formé le corps sacré du Sauveur^. Et parce que ce corps
1. • (XY) xaTa5l)(ea6ai Tcjv çtXo^^ptaTtov Tr,v àxoTjV, o-rt izoxï
£7iaj(iaTo stvai Tiapôévoç ri ôEOToxoç. (Homil.xxv, deNativitatâ Ch7isti.) 2. Cf.Summ.theol., HI P., qiiœst. 35. A. 3: Utrumsecim
l'enfant. 43
sacré a été, dès le premier instant de son existence, personnellement uni à la divinité, Marie est véritablement mère de Dieu ^ L'Eglise l'a proclamé contre l'impie Nestorius, aux acclamations du peuple chrétien, jaloux de la gloire desamère^.
Mère de Dieu ! Que de grandeurs, que de merveilles dans cet auguste titre! Il faudrait un long traité pour les expliquer, un long poème pour les chanter. Marie est mère de Dieu, c'est-à-dire , une petite fille des hommes acquiert tout à coup comme une dignité infinie par son union intime avec le souverain bien ^, et
dum temporalem Christi nativitatem beata Virgo possit dici mater ejus?
Item, quaest. 31, A. 5.
i. Cf. Summ. tlieol., III P., quaest. 35, A. 4: Utrum beata Virgo debeat dici mater Dei ?
2. f Si quelqu'un refuse de confesser que l'Emmanuel est véritablement Dieu et que, pour cette raison, la sainte Vierge est mère de Dieu, puisqu'elle a enfanté le Verbe de Dieu fait chair. . . qu'il soit anathème. »
Er Ttç oux à\j.o\oyzX, Oàov eivat xotTà àXïjOetav tov 'EpL{jLavouT)X, >ca\ ôià toOto OeoToxov xr^v àyîav TrapOévov* yeYévvyjxe yàp (rapxixwç CTcxpxa YÊyovÔTa tov ex ôsoO Xoyov * àvà6e[xa sctto),
(Synod. Ephes. œcum., III, can.l.)
3. Beata Virgo ex hoc quod est mater Dei, habet quamdam infmilalem ex bono infinito, quod est Deus; et ex hac
précède, dans Tordre de la prédestinalion et de Texcellence, toutes les créatures du ciel et de la terre; Dieu peut faire un monde plus grand que celui qu'il a créé, dit saint Bonaventure, il ne peut pas faire une mère plus grande que la mère de Dieu^ Marie est mère de Dieu, c'està-dire, une petite fille des hommes devient la parente etcomme le complément de la Trinité, dans rœuvre par laquelle le Dieu trois fois saint se manifeste à nous, et ramène à sa grandeur infinie la circulation universelle de la vie qu'il a créée pour sa gloire. Marie est mère de Dieu, c'est-à-dire, une petite fille des hommes est épousée par la vertu divine et donne de sa substance à un Dieu. Marie est mère de Dieu, c'est-à-dire, une petite fille des hommes est, ici-bas, la plus parfaite image de Dieu; car, comme il y a dans les cieux un père divin qui dit au Dieu qu'il engendre éternellement : Tu es mon Fils, il y a sur la terre une mère humaine
parte nihil potest fieri melius, sicut non polest aliquid melius esse Deo. (Summ. theol., 1 P., quîBst. 25, A. 6, ad i.)
1. Majorem mundum potest facere Deus; majorem matrem quara matrem Dei facere non {Specul.f cap.