VIK UE J#.SU
austère, où les âmes coiilernplutivesse vouent, comme Marie et Joseph, kl'adoration silencieuse fies perfections de Jésus-Christ, et aussi h monastère recueilli, où l'homme apo-toli^iue s abreuve de science et de i^riice divines pour se rendre dii'ne d'annoncer le royaume de Dieu, où il ploie sa volonté sous le joug d'une constante obéissance pour apprendre à commander aux âmes et à les diriger dans les voies du salut et de la perfection. Grâce à ces préparations, l'Église obtient de ses ouvriers un travail généreux et soutenu, dont la parfaite unité assure la fécondité. ^
Qu'il serait à désirer, Messieurs, que tous les hommes publics fissent leur Nazareth, et ne se missent à l'ouvrage qu'après avoir longtemps étudié et médité les redoutables questions qu'ils agitent, qu'après avoir demandé h Dieu, avec son infaillible lumière pour remédier aux défaillances de leur esprit, un supplément de force pour soutenir leur volonté aux prises avec les difficultés de la vie sociale et politique. Que de surprises, que de déceptions, que d' insanités, que de hontes, que decatastro- 1 hcs seraient épargnées aux peuples infortunés,
l'ouvrier. 83
du sein desiiuels on voit surgir ces légions d'où vriers de parole, de plume, de suffrage et de décrets qui, pour arriver et pour travailler la masse sociale, n'ont souvent d'autre titre et d'autre préparation que l'ambition, l'audace, des opinions de rechange, des passions de secte et le souci de leur intérêt. — Mais la prudence me défend d'appuyer plus longtemps l'archet de ma parole sur cette corde sensible à laquelle je pourrais faire dire de trop fortes vérités. Je ne viens pas vous agiter, Messieurs, je viens vous instruire. Sachez donc, malgré ce qui se passe autour de vous, sachez prendre vos exemples là où Dieu les a mis. Et si quelques-uns d'entre vous aspirent à exercer quelque ministère public ou l'exercent déjà, qu'ils aillent à Nazareth apprendre que les préparations doivent être d'autant plus longues, laborieuses et saintes que le ministère est plus noble, son action plus vaste et son but plus élevé.
Je n'insiste pas davantage sur cette leçon de la vie cachée du Sauveur; j'ai hâte de vous montrer combien sont grands et utiles pour vous les abaissements de Jésus-ouvrier. Comprenez bien son dessein: non seulement il veut
84 vrt DL j lises.
mériter parrimriiilialioii, ce qui serait déjà un immense profil pour riiumanité, mais, restaurateur de toutes les ruines faites par le péché, il veut, en consacrant la plus grande paitie de sa vie à l'exercice d'une humble profession, nous rappeler h tous la nécessité et la dignité oubliées du travail, relever dans l'estime des hommes une condition méprisée, donner à l'ouvrier l'amour de son état, enfin, nous apprendre à le respecter et à nous y intéresser.
Le travail est un fardeau quela généralité des hommes porte avec impatience et dont elle ne demande qu'à s'affranchir; et pourtant, c'est une loi primordiale, une loi contemporaine du décret qui nous investissait de la souveraineté sur les créatures inférieures, une loi que le péché a faite austère et dure à porter, mais qu'il n'a ni créée ni dénaturée. — Vous me permettrez. Messieurs, de vous exposer cette loi; elle vous fera comprendre toute la portée du fait divin sur lequel j'ai appelé aujourd'hui votre attention, et que je prétends faire sortir de l'obscurité de Nazareth pour lui donner toute sa gloire.
La loi du travail a ses racines en Dieu même,
l'ouvrier. 85
en Dieu, que TÉglise appelle dans ses hymnes « l'auteur et le fabricateur de Tunivers y> : Patrator orbis, fabricator munclLW est le premier ouvrier; son œuvre, c'est lemonde. Non pas, certes, qu'il se soit fatigué à le faire, comme se fatigue l'homme de peine à son travail ; il n y a que les théologiens grossiers du paganisme qui puissent parler ainsi. (( Dieu a dit, et tout a été fait : » JpsedÎMt, etfactasunt. ce II a commandé, et tout a été créé : » Maiidavit, et creata sunt * . Prononcer un fiât, c'est la manière de travailler du divin ouvrier, et cela doit être: Dieu est une pure intelligence, et le travail d'une intelligence s'exprime par la parole, per verbum, et non par le jeu des muscles.
Mais, puisque Dieu opère si facilement, il aurait pu créer le monde d'une seule venue, dire une fois pour toutes son /iat, au lieu de le répéter. Eh bien, non. Pour nous donner l'exemple du travail, il met à développer son ouvrage des lenteurs calculées. — Au commencement, il crée la matière informe, immense assemblage de tous les éléments ; puis, il dégage la lumière,