I. Joan., cap. xiir
LE DO(:ri:i:R. 151'
au degré suprême la puissance de communication. Vous allez me comprendre.
L'homme docteur est affligé de cette irrémédiable infirmité de ne pouvoir donner à ceux qu'il enseigne l'empreinte ineffaçable de ses pensées. Ce n'est pas que le désir lui manque de réaliser ce prodige; souvent même il se fait illusion et, dans la chaleur de l'action, alors qu'il se sent maître des intelligences domptées par les charmes de sa parole, il s'imagine que cela n'aura pas de fin. S'il est sage, pourtant, il se défie de l'enthousiasme et prend ses précautions contre la mobilité de l'esprit humain. Après avoir fixé ses élucubrations par l'écriture, il lègue à la postérité de respectables volumes chargés de transmettre aux générations qui voudront s'instruire la doctrine du maître. Et le voilà rassuré : il s'endort, comme s'il venait de prendre possession des siècles. Pauvre docteur! tu peux dormir, car bientôt c'en sera fait de ton prestige. Sur ta tombe à peine fermée, les disciples que tu charmais se disputent les lambeaux défigurés de ton enseignement. Tes livres, au lieu de les apaiser, deviennent le perpétuel aliment de leurs discordes