Et ego si exaltatus fuero, omnia traham ad meipsum
150 Vi£ (»K JKSUH.
pciiL-ùlrc caché au fond do leur cœur cel ambitieux désir, mais jamais ils n'eussent osé l'exprimer; Jésus fait plus que l'exprimer, il en parle comme d'un l'ait accompli. D'oii lui vient donc cette superbe assurance? Sans doute, il a choisi, dans les plus célèbres synagogues, les jeunes rabbi dont rinlelligence s'est depuis longtemps préparée à recevoir les leçons du Messie ; sans doute, il va écrire un livre magistral, qui éclipsera les antiques chefsd'œuvre de la sagesse hébraïque? Mon Dieu non. Messieurs : les disciples du Christ sont des gens ignorants et grossiers, et lui s'estime trop grand maître pour prendre la vulgaire précaution d'écrire sa pensée, afin de la sauver de l'oubli K Sans sortir de la Judée, il va s'em-
1. Dicenduni coaveniens fuisse Christurn doctrinam suam non soripsisse. Primo quidem, propter dignitatem ipsiiis. Excnllentiori eniiïi doctori excellentior niodus doo triiioB debelur : et ideo Christo tam'^uam excellenlissinio dûclori hic modus compelebat, ut doctrinam suam auditorum cordibus imprimeret. Propter quod dicitur Matth., Vil : quod erat docens eos sicut potestatem habens. Unde etiain apud (ientiles, Pylhagoras el Socrates, qui fuerunt excclleiilissiini doctores, nihilscribere voluerunt. Scriptura eniin ordiniiinr ad impressionem doctrinae in cordibus auditorum sicui ad finem. Secundo, propter excellenliam doc-
parer de Tunivers et des siècles, et faire par d'autres ce qu'il ne fera pas par lui-même ; ce qui est, dit saint Thomas, le caractère du plus souverain pouvoir ^ Comment cela? Eh! je vous l'ai dit tout à l'heure : Jésus possède, au suprême degré, la puissance de communication ^. L'homme ne se communique pas, ou ne
trinae Christi, quae litteris comprehendi non potest secundum illud Joannis uîtimo : Sunt et alia multa quae fecit Jésus; quae si scribantur per singula, nec ipsum arbitrer mundum capere posse eos, qui scribendi sunt libros. Quos sicut August. dicit : Non spatio locorura credendum est mundum capere non posse ; sed capacitate legentium comprehendi fortasse non posse. Si autera Ghristus scripto doclrinam suam mandassel, nihil altius de ejus doctrina homines aestimarent, quam quod Scriptura contineret. Tertio ut ordine quodam ab ipso, doctrina ad omnes pervenirei, dum ipse scilicet discipulos suos immédiate docuit, qui poslmodum alios verbo et scripto docuerunt. Si autera ipsemet scripsisset, ejus doctrina immédiate ad omnes pervenisset. Unde et de sapientia Dei dicitur (Proverb. 9) quod misit ancillas suas vocare ad arcem. (Summ. theol. ni P., quaest 42, A. A.)
1 . Non est minoris potestalis sed majoris facere aliquid per alios, quam per se ipsum. Et ideo in hoc maxime poestas divina in Christo moustrata est, quod discipuHs suis tantam virtutem contulit in docendo, ut gentes quae nihil de Christo audierant converterent ad ipsum. (Summ. theol., III P., quaest 42, A. 1, ad i.)
2. Potestas Christi in docendo attenditur quantum ad efBcaciam persuadendi.
!5S VIE DK JÉSUS
se communique qu'avec mesure : lui se communique sans mesure. 11 lui suffit d'instruire ses disciples , et de leur dire : <r Allez, enseignez les nations, leur apprenant à garder ce que je vous confie; je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles *. i> Et voici que sa doctrine se répand jusqu'aux extrémités de la terre et traverse tous les âges, sans jamais être altérée. Les apôtres mourront comme leur maître, mais, imprégnés de sa puissance communicative, ils diront à d'autres apôtres : Euntes docete; et ainsi jusqu'à l'éternité. Malgré toutes les tentatives de l'esprit d'erreur et de mensonge, le Christ docteur se perpétue en ceux qu'il a pénétrés. Sa pensée lui survit, plus active et plus féconde qu'aux jours où il en faisait largesse à son peuple. Vous vivez de cette pensée, Messieurs, et ceux-là même qui la renient, individus ou sociétés, s'ils veulent regarder sincèrement au fond de leurs libertés,
1. Euntes docete omnes gentes... Docentes eos servare quaecumque mandavi vobis. Et ecce ego vobiscum sum omnibus diebus usqueadconsummalionem saeculi. (Matth., cap. XXVIII, 20.)
de leurs mœurs, de leurs progrès, reconnaîtront que tout en est embaumé, et que c'est cet embaumement qui nous préserve de l'aflVeuse corruption dans laquelle sont tombés les peuples de Tantiquité. Aujourd'hui plus que ja- Hfîais, cette parole est vraie : Nunquam locutus est homo sicut hic homo : a: Jamais personne n'a parlé comme cet homme. )) Et il n'y a qu'une seule manière d'expliquer ce fait unique, c'est que cet homme est Dieu.
En effet. Messieurs, seul un Dieu peut donner à son enseignement le caractère de puissante et surhumaine originalité qui distingue, entre toutes les doctrines, la doctrine de Jésus-Christ; seul un Dieu a le droit d'imposer sa parole comme Jésus-Christ Ta imposée, d'affirmer l'incompréhensible comme Jésus- Christ Ta affirmé; seul un Dieu peut mettre sa vie en regard de toute vérité et de toute justice, et dire, comme Jésus-Christ : « Qui ig'accusera dépêché ?» Seul un Dieu peut créer une race immortelle de disciples toujours pénétrés de son enseignement, toujours attentifs à le conserver dans sa pureté native, toujours empressés de le répandre, et toujours en multi-
|(i() VIK I)K JKSU«.
pliant les conquêUîS, à mesure que les siècles s*avanconl vers réternilé.
0 Jésus! lu es donc notrfi divin docteur de vérité et de vertu. Conserve-nous ton enseignement. Tu vois la concurrence impie et déloyale que te font aujourd'hui les docteurs de mensonge et d'iniquité sur toutes les questions d'origine, de nature, de devoir et de destinée auxquelles tu asdonné de si sublimes réponses. Non contents de répandre à grands Ilots, au sein des sociétés troublées, le poison de leurs erreurs et de leurs scandales, ils voudraient s'emparer des générations qui s'élèvent, afin qu'elles n'entendissent plus que leur voix. Préserve-nous de cette catastrophe, qui ramènerait inlailliblement les plus mauvais jours de l'humanité. Communique toujours ta puissance aux apôtres de ta doctrine. Garde à ton école les peuples que tu as baptisés dans ton sang; car, à'qui iraient-ils, grand Dieu? C'est loi qui as les paroles de la vie éternelle : Verba viiœ œternœ haùes
QUARANTE-SIXIÈME CONFÉRENCE
QUARANTE-SIXIÈME CONFÉRENCE
Messeigneurs *, Messieurs,
L'examen raisonné de la doctrine évangélique nous a donné cette conclusion : Jésus-Christ est un maître divin ; mais cette conclusion il faut la chercher; tout le monde n'est pas capable de ce labeur.
A répoque où Jésus parlait, ses auditeurs, pour la pluplart ignorants et sans lettres, ne pouvaient ni comparer son enseignement aux doctrines qui l'avaient précédé, ni en constater la puissante et surhumaine originalité; et, surtout, l'épreuve de cette merveilleuse force communicative,en laquelle se révèle un pouvoir doctrinal au-dessus de tous les pouvoirs, n'était pas
i. Mgr Richard, archevêque de Larisse, coadjuteur de Paris; Mgr Ravinet, ancien évêque de Troyes.
lOi VIE DE JÉSUS.
encore faite, a Jésus enseii^nail comme ayant puissance souveraine : d Erat docens sicut potes* tatem hahens; et l'on pouvait dire de lui : ^i Jamais personne n'a parlé comme cet homme. '^ Mais avait-il le droit de parler ainsi? Sa morale, j'en conviens, éveillait les échos endormis de la conscience humaine; cependant il la poussait à des exigences insolites, qui pouvaient sembler extravagantes. Sa doctrine était d'accord avec les vérités fondamentables du judaïsme et de toute saine philosophie; cependant il ajoutait à ces vérités des révélations si étranges, des mystères si incompréhensibles, que la raison stupéfaite le mettait en demeure d'en donner la preuve. Pour apaiser la conscience et pour satisfaire la raison, sans retard et sans efforts, le Christ docteur devait donc justifier de son droit à l'affirmation par des signes évidents et éminemment populaires. Ces signes, Messieurs, ce sont les miracles.
Vous savez ce qu'il faut entendre par là. Le miracle est un fait inaccoutumé qui surpasse les forces de la nature et dont la propriété est de démontrer à la raison la vérité de ce qu'elle