‹ Exposition du dogme catholique (volume 2)Chapitre 47 sur 89 · Cf. E, Renan. Vie de Jésus : cli. xvi et cli. xxu · texte numérisé non relu

Cf. E, Renan. Vie de Jésus : cli. xvi et cli. xxu

vouer, et qu'elle ne compte pas d'une manière absolue sur l'autorité des principes dédaigneux qu'elle étale avec plus d'impudence que de bonne foi.

Je n'ai pas l'intention, Messieurs, de vous faire subir une longue réfutation de ces principes. Quelques mots suffiront pour les écarter et pour laisser le champ libre à des considérations plus utiles et plus en harmonie avec le genre de démonstration qui nous occupe présentement.

Le miracle est-il possible? — Oui; car Dieu, qui a établi les lois de la nature, peut, en vertu de son souverain domaine, déroger à ces lois sans cesser d'être immuable, parce qu'il prévoit et décrète les dérogations en même temps qu'il établit les lois. — Bien loin d'être un fait contre nature, le miracle n'est que l'exécution de cette loi générale de la nature qui veut que tout être créé soit soumis, dans son existence et ses mouvements, au suprême moteur. Ce suprême moteur peut avoir besoin d'un mouvement extraordinaire de l'ordre physique, pour l'intérêt supérieur de l'ordre intellectuel et moral auquel l'ordre physique est subor-

donné; d'autre pari, la nature humaine, accoutumée aux grandes merveilles du monde, se laisse plus facilement émouvoir par les passagères manifestations de la puissance divine, et devient nécessairement plus attentive à la volonté d'un Dieu qui s'annonce par des prodiges. Bref, le miracle, conforme aux perfections de Dieu, à la nature humaine, à l'ordre universel, est possible, et peut devenir, à certains égards,nécessaire ^

Le miracle peut-il être et a-t-îl été suffisamment constaté? —Oui ; car il suffit pour cela d'avoir la certitude de deux faits naturels reliés entre eux par un mouvement insolite, et la simple perception physique peut donner cette certitude, même aux gens les plus grossiers. Des dizaines, des centaines, des milliers dii témoins ont vu de pareils faits ; ceux qui avaient intérêt à les nier, au moment même où ils étaient affirmés, se sont tus. Enfin, ces faits peuvent devenir, comme les événements

1. Cf. mon Introduction au dogme catholique. Vingtunième conférence : de la Nature et de la possibilité du miracle.

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les plus vulgaires, et sont devenus ei> effet, Tobjet d'un témoignage historique ^

Voilà, Messieurs, ce que nous disions il y a deux ans, en réponse au parti pris des fabricateurs de faux christs contre les miracles \ J'ajoute aujourd'hui pour compléter mes réponses : le miracle est-il un fait purement légendaire? — Non. — Le caractère de la légende, c'est le vague; tout y reste indécis dans le temps et dans l'espace; le caractère des récits miraculeux, c'est la précision : ils off'rent des détails qui n'appartiennent qu'au style historique et ne permettent pas de déplacer les faits. Le caractère de la légende, c'est l'inertie démonstrative : elle récrée l'esprit sans le diriger ; le caractère des récits miraculeux, c'est la force démonstrative : ils s'imposent à l'esprit et lui montrent les chemins qu'il doit suivre pour arriver au vrai. La légende n'a jamais été prise au sérieux par aucun esprit supérieur^

1 . Cf. Introduction au dogme catholique. Vingt-deuxième conférence : de la Constatation du miracle contre les 'fffirmations et les règles du rationalisme.

2. Cf. Exposition du dogme catholique. Trente-sixième conférence : les Faux christs, deuxième partie.

les récits miraculeux ont eu, sur une l'ouh^ d'intelligences d'élite, une influence victo rieuse. Personne n'est nriort pour la légende; des millions de vies ont été volontairement immolées pour attester la vérité des récits miraculeux *.

Enfin, le miracle peut-il s'expliquer naturellement?— Non, — Les lois inconnues qu'on invoque ne le peuvent atteindre, parce qu'il est, de soi, un fait singulier et variable directement opposé aux phénomènes universels et constants qui caractérisent la loi. Il fait exception, et l'exception ne peut pas être régie par une loi même inconnue. D'autre part, la nature, l'attitude, les mœurs du thaumaturge et, surtout, du roi des thaumaturges, Jésus- Christ, protestent contre tout rapprochement avec les vulgaires opérateurs au rang desquels on prétend le confondre. .. En définitive, toutes les explications naturelles qu'on a données des miracles sont ou prétentieuses, ou ridicules, ou

i. Cf. Introduction au dogme catholique. Vingt-troisième conférence : de la Constatation des miracles contre les explications des systèmes mythiauç et naturaliste prennière par'i»^

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malhonnêtes, absolument indignes de ceux qui veulent traiter sérieusement l'histoire *.

Messieurs, cette courte réfutation résume une longue série de démonstrations ourdies, depuis bientôt deux siècles, par Tapologétique chrétienne contre les impiétés des rationahstes. On peut rappliquera chacun des prodiges de la vie de Jésus-Christ. Mais nous avons mieux à faire qu'à suivre cette voie battue.

Mettons-nous résolument en présence du Christthaumaturge et contemplons cettegrande figure : nous la verrons s'élever au-dessus des mesquines discussions de la critique, et écraser par son incomparable majesté tous les arguments de la raison révoltée contre le merveilleux. Il était impossible de la concevoir et de la peindre comme l'ont fait les Évangélistes, en empruntant à l'histoire des prodiges ses pages les plus étranges et les plus saisissantes; il faut l'avoir vue, et il suffit de la regarder d'un œil sincère pour y reconnaître un indéniable caractère d'authenticité et de vérité. Les œuvres des thaumaturges se discutent, les œuvres du

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