‹ Exposition du dogme catholique (volume 2)Chapitre 73 sur 89 · Hymne de la Passion · texte numérisé non relu

Hymne de la Passion

Près des martyrs, je vois les pénitents, austères annants de la douleur, qui, pour crucifier leur chair, ont inventé des tourments dont la délicatesse mondaine se scandalise. Les abstinences, les jeûnes, les haires, les cilices, les chaînes, les verges cruelles, ont servi d'instruments à ces sublimes bourreaux, pour graver, en leur corps, l'image des saintes tortures qu'ils ont contemplées sur la croix. <( Le Christ a souffert, disaient-ils, pour nous servir d'exemple, afin que nous suivions ses traces. Comme ce vaillant capitaine, allons à la gloire par la passion. Comme ce miséricordieux rédempteur, immolons-nous volontairement, et sauvons le monde par nos douleurs. i>

Après les pénitents, ce sont les affligés. Grand Dieu, quelle légion de cœurs meurtris par l'injustice, l'ingratitude, le mépris, l'injure, le désenchantement! Que d'yeux en larmes, que de vies penchées vers le désespoir! Trop souvent rebutées, les consolations humaines n'osent plus approcher de ces infortunés, mais, dès qu'ils se tournent vers le crucifié, une voix tendre les appelle : « Venez vous tous qui êtes écrasés par le poids de vos peines, venez à moi

et je vous consolerai. y> Et ils viennent, et, dans Tembrassement du grand martyr de Tinjustice et de l'ingratitude, du plus méprisé et du plus maltraité des hommes, ils échangent leurs maux contre de mystérieuses promesses qui donnent à leur âme, tout à l'heure inconsolable, la force de vivre et de souffrir encore.

Vous aussi, pauvres pécheurs, plus nombreux que les martyrs, les pénitents et les affligés, vous accourez au pied de la croix > Ployée sous le fardeau de ses iniquités j votre âme tremblante cherche un refuge contre la justice divine, entre les bras du supplicié qui a promis le paradis au voleur pénitent et pardonné à ses bourreaux. Quand vous avez baisé ses plaies et murmuré, à travers les sanglots de votre repentir, ces douces et consolantes paroles : (n Voici l'agneau de Dieu, voici celui qui efface les péchés du monde, y> vous vous relevez le cœur confiant, et tout prêts à marcher dans une sainte nouveauté de vie.

Quels prodiges! Messieurs, j'en appelle à votre haute raison et à votre bonne foi. Qu'elles me disent, s'il est possible qu'un homme, comme vous eV moi, mort depuis dix-huit cents

Î6i VIP. DE JESUS.

ans, produise ces grands efFels de force et de consolation VNon, nfiille fois non, cela n'est pas possible. Les effluves qui s'échappent de la croix sont des effluves surhumaines. Dans la foule immense de ceux qu'il provoque à l'héroïsme et relève des abattements de la douleur et de l'humiliation du péché, le Christ martyr démontre perpétuellement sa divinité.

L'impie, lui-même, vient renforcer cette démonstration. Les mépris qu'il afl'ecte dissimulent mal la mystérieuse crainte qui l'agite et les tourments qu'il éprouve, en face du crucifié. Il le hait d'une haine furieuse et impitoyable. On l'a vu s'acharner contre d'inofl'ensives représentations et les mutiler avec rage, comme s'il voulait en finir avec un être vivant ; on l'a vu entrer dans les écoles, et soustraire aux enfants, qui l'adorent, la vue du crucifix. Pourquoi donc? S'agissait-il de faire disparaître un emblème politique, perpétuant le souvenir d'un régime odieux? Mais, de ses bras étendus, le crucifié bénit et protège tous les régimes honnêtes. Fallait-il assurer les droits de la libre pensée? Mais n'est-ce pas la libre pensée qui a représenté le Christ donnant la main à

Socrate et à Jean-Jacques Rousseau? N'est-ce pas la libre pensée qui a appelé le Christ l'incomparable prédicateur de la fraternité, l'ennemi des tyrannies, le révolutionnaire transcendant? Et, puisqu'on a la prétention de tout laïciser, le Christ est-il autre chose, aux yeux de la libre pensée, qu'un grand et illustre laïc, qui a fondé le culte pur, la religion sans prêtre et sans pratiques extérieures?

Ah! oui, l'on a écrit cela; mais, quand arrivent les heures d'action, le fond de l'âme se montre. C'est à Dieu qu'on en veut, c'est la pensée de Dieu qu'on prétend écarter de l'enseignement et des mœurs publiques, et, poussé par un instinct fatal, l'impie s'écrie : Enlevons les croix. On demandait à un misérable, y a-t-il des dieux? Oui, répondait-il, et la preuve c'est que je les hais. Eh bien. Messieurs, si je demande à l'impie : Jésus-Christ est-il Dieu? Sa conduite me répond : Vous le voyez bien, puisque je l'abhorre et que j'enlève les croix partout où je veux supprimer Dieu.

Vous ne permettrez pas qu'il triomphe, ô mon Sauveur. Pourtant, si ce malheur arrivait, venez vous réfugier dans nos cœurs. Nos cœur

2Gti VIE DE JÉSUS.

seront des Gethsémani, où vous pourrez pleurer en silence sur les ingratitudes de l'humanité, des Golgotha, où vous pourrez crier à Taise : 0 hommes, pourquoi m'avez-vous abandonné?

Mais, non, cher martyr, vous ne serez pas abandonné, votre croix restera debout, exemple éternel, provocation subhme, source ineffable de consolation; debout pour fortifier les vaillants, soulager les malheureux et rassurer les pécheurs. Faites-nous en ressentir aujourd'hui la divine vertu.

0 mort adoré! dont le dernier soupir fut un miracle, je veux un prodige avant de quitter ce peuple qui m'écoute. Touchez les cœurs, jusqu'ici rebelles à votre grâce, et qu'ils emportent, avec le repentir, une bonne promesse de votre miséricorde pour leur salut, depuis si longtemps compromis par Timpénitenoe.

0 mort prophétisé! ô prophète immolé ! accomplissez aujourd'hui une prophétie. Il a été dit que vous êtes venu pour le salut d'un grand nombre. Faites que ce grand nombre soit ici; que tous ceux qui viennent d'entendre ma pa^ rôle, hélas! si imparfaite, se retirent avec uni

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grâce tombée de vos plaies sacrées dans les flots de voire précieux sang.

Jésus crucifié! Mon grand Dieu et mon aoux ami ! donnez-moi des âmes. J'ai soif de vous voir adoré et aimé par tous les hommes.

QUARANTE -HUITIÈME CONFERENCE

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