Cor., cap. v
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choses qui vont à Dieu : Omnis pontifer ex hominibus assumptus pro hominibus constituitur in his quæ sunt ad Deum'.» On peut retourner ces paroles et dire : « Il est pris auprès de Dieu et constitué, pour Dieu, dans les choses qui vont aux hommes : £x Deo assumptus pro Deo constituitur in his quæ sunt ad homines. »
Ecoutez son nom : on l'appelle Sacerdos, comme si l’on disait qu’il est le cadeau sacré que Dieu ἃ fait aux hommes. Mieux, encore , selon saint Thomas : Sacerdos, quasi sacra dans, comme si l’on disait qu’il donne à Dieu les choses sacrées de l'humanité, à l'humanité les choses sacrées de Dieu.
La chose sacrée de l'humanité, c’est la prière. Or, le prêtre est chargé de prier au nom de tous. Il supplée à nos oublis et à notre indifférence ; il saisit les vœux timides et impuissants des membres obscurs de l’Église et les incorpore à la toute-puissante prière publique, dont il est l’organe autorisé. — La chose sacrée de l'humanité, c’est le sacrifice. Or, le prêtre préside au sacrifice; il l'offre pour les présents οἱ
1, Heb., cap. v, 1.
θῶ L'HARMONIE DES SACREMENTS
pour les absents ; homme multiple, par l’imposiion de ses mains bénies, 1] fait passer, dans les dons qu'il consacre, l'humanité tout entière.
Vous comprenez ce premier mouvement : le mouvement des choses sacrées qui, de l’homme, monte vers Dieu, par l'entremise du sacerdoce; mais, comprendrez-vous l’autre, c’est-à-dire:le mouvement des choses sacrées qui, de Dieu, descend vers l’homme, en passant par le prêtre?
La chose sacrée de Dieu, c’est la vérité qui commence en nous la viesurnaturelle, et fait de nous comme un rudiment de créature divine :
«Initium aliquod creaturæ ejus". » — La chose sacrée de Dieu, c’est la grâce qui achève notre être surnaturel et complète notre configuration au Dieu Un et Trinité.
La vérité! La grâce! Comment donner à l’humanité ces deux choses sacrées de Dieu? Nous sommes à la question, Messieurs ; vous allez voir jaillir, dans le plan de Dieu, l’harmonieuse manifestation de sa sagesse.
Le prêtre n’est pas, comme Dieu, l’intelligible
1 158. Cap ἧς 10,
suprême qui voit jusqu'aux plus impénétrables secrets desonessence, et voit en lui-même toutes choses; le prêtre n’est pas,comme Dieu, la parfaite immensité qui se touche tout entière en un seul point, et toucheenelle-même toutes choses. Non, le prêtre n’est pas cela : c’est un homme, comme nous; un homme qui, bien que ses yeux soient éclairés des saintes flammes de l’amour, qui, bien que ses mains soient consacrées par des onctions, ne peut ni voir ni toucher nos ämes, dont l'enveloppe matérielle oppose à son action sacerdotale une impénétrable résistance. Comment donnera-t-il donc à nos âmes, qu'il ne voit pas, qu'il ne touche pas, la vérité et la grâce? Comment, ministre autorisé de Dieu dans la diffusion de ces deux grands biens, pourra-t-1l être sûr que son action ministérielle va droit à son but? — Comment, Messieurs? Par des signes qui pénètrent le corps pour atteindre l'âme, par la parole et par les sacrements.
La parole, qui n'est qu'une modification de l'air ébranlé par nos organes, s’imbibe, se pénètre de la vérité, dont elle est le conducteur. Par des chemins couverts, elle va frapper aux portes de la mystérieuse citadelle où notre âme
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réside et d’où elle dirige les mouvements de la vie. Les portes s'ouvrent, la parole se livre et se laisse transformer par la puissance active de l'intelligence qui la saisit. Et voilà que la lumière se fait là où régnaient, tout à l'heure, les ombres de l'ignorance ou de l'erreur; voilà que, par un phénomène étrange, nous rendons la lumière par le même moyen qui l'a donnée: Nous confessons, par la parole, la vérité reçue par la parole. Mais, prenez-y garde! la parole dont le prêtre se sert pour donner la vérité n’est point la sienne, c'est la parole que Dieu a confiée à son Église, le signe traditionnel des enseignements émanés de la sagesse éternelle.
Cette première chose sacrée de Dieu, la vérilé, nous étant communiquée par un signe, fa parole de Dieu, ne vous semble-t-il pas, Messieurs, que Dieu doit compléter l’action de son ministre par un parallèle harmonieux, en mettant dans un signe divin la seconde chose sacrée qu'il doit donner, la grâce? C’est précisément ce que Dieu a fait en instituant les sacrements.
Le sacrement, combinaison mystique d’une formule dictée par le Christ et d’un élément désigné par lui, le sacrement paraît ne toucher
que l'écorce de notre être ; mais, parce que Dieu lui en a donné la certitude, le prêtre sait que nous sommes touchés en même temps au centre même de la vie. Les promesses du Christ sont pour lui comme les instruments d'une seconde vue, à l’aide de laquelle 1l contemple la transformation sacrosainte qui s'opère en nous. À supposer que l'effet qu'il attend sûrement de son action sacerdotale soit empêché par notre mauvaise volonté, 1] est certain, du moins, que cette action est allée jusqu’à l’âme qu'il voulait attemdre. Supprimez la parole, supprimez les sacrements, le ministère sacerdotal n'a plus qu'un mouvement visible, celui qui, de l’homme, monte vers Dieu. Quant à celui qui descend de Dieu à l’homme, on ne sait plus comment il se fait, et le prêtre n’est plus, dans la moitié la plus auguste de sa représentation, qu'un ministre impuissant et perplexe. Mais, Dieu soit béni! le prêtre est, par la parole et par les sacrements. en possession des signes qui complètent son ministère sacré, et nous pouvons adorer, dans cette harmonie, l’infinie sagesse qui l’a créée.
En voici une autre, Messieurs. De même que le prêtre a besoin de signes pour être assuré
de l'efficacité de son ministère, de même nous avons besoin de signes pour être assurés des merveilleux effets de la grâce dans notre âme. Nous avons conscience de notre âme; mais, qui Ja voit, qui la touche? Par conséquent, qui peut être certain que Dieu l'a transformée, en lui communiquant sa propre vie? Ainsi va notre nature, que le corps et les sens interviennent dans les plus hautes, les plus subtiles, les plus délicates opérations de notre personne, et que, pour la part qu'ils y prennent, ils veulent des signes extérieurs. Nous en avons besoin, nous les aïmons, nous les demandons à tout ce qui nous entoure; tant est puissant, dans notre vie mixte, l'empire des sens. J’en appelle à votre expérience, Messieurs. Y a-t-il rien de plus abstrail qu'une idée, rien de plus incorporel qu’un sen-
1. Prima ratio (cur sacramenta sunt necessaria ad fhumanam salutem) sumenda est ex conditione humanæ naturæ, cujus proprium est ut per corporalia et sensibilia in spiritualia, et intelligibilia deducatur. Pertinet autem ad divinam providentiam ut unicuique rei provideat secundum modum suæ conditionis. E ideo convenienter divina sapientia homini auxilia sautis confert sub quibusdam corporalibus et sensibilibus signis, quæ sacramenta dicuntur. (Summ. Theol.
III P., auæst. 61 a. 1.)
fiment? Eh bien, pour représenter l’une et l'autre, vous cherchez des signes.
Une idée vous tourmente, dans le silence du “iwbinet ou sur un chemin solitaire, vite, votre plume ou votre crayon, autrement vous la perdriez. Vous écrivez une phrase, c'est-à-dire une suite de courbes et de jambages, pas toujours très harmonieux, et vous voilà contents; car, sous ce tout petit signe, sous ce vêtement de pauvre apparence et de forme heurtée, une idée, une grande, noble et féconde idée peut-être, vit et palpite. La phrase que vous avez écrite est le sacrement de votre idée, où vous retrouverez, - dans dix ans, ce que vous avez pensé aujourd'hui.
Vous aimez vos enfants. Qui vous dira que leur cœur bat en votre honneur, et que votre amour ἃ éveillé quelque part un autre amour? Si l'enfant que vous aimez garde près de vous un silence farouche; si, tout entier à ses instincts égoïstes, il ne répond à vos tendres regards que par des regards indifférents, vous vous direz, au fond de votre cœur navré : « Malheur à moi, celui auquel j'ai donné la vie et en qui J'ai mis toutes mes espérances, mon fils, ne m'aime pas! » — Mais non, l'enfant s’avance vers vous, le sourire sur
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les lèvres ; 1] monte sur vos genoux, enlace votre cou de ses deux bras, approche sa chère petite tête de la vôtre, et deux baisers parlent en même temps. Voilà le sacrement de l’amour paternel et de l’amour filial qui réjouit deux cœurs à la fois.
Vous vous glorifiez d’avoir des amis, et j'aime à croire que vous en êtes dignes. Mais, ces amis, à quoi les reconnaissez-vous ? Aux banales salutations que l’on distribue, de coté et d'autre, dans le monde ? A cette grimace stéréotypée, sous laquelle les gens comme il faut déguisent l’imperturbable sang-froid de leur âme indifférente? Non, Messieurs, non, pas ainsi. Vous reconnaissez VOS amis aux généreux services Dar lesquels s'expriment leur dévouement, aux chaleureux témoignages qui sont le langage du cœur, et, entre tous, à cette franche étreinte, que nous appelons, si naïvement et si profondément, une poignée de main. Si vous avez fait de ce témoignage une chose vulgaire et sans portée, c'est à tort, Messieurs. Une poignée de main est un signe plein de mystères, une prise de possession, un acte de propriété, qui fait tressaillir les cœurs sincères. Une poignée de main veut dire :
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L'HARMONIE DES SACREMENTS » Tu es mon ami, et je suis à toi, comme tu es à moi: mon cœur est dans ton cœur, comme {a main est dans ma main; nos deux âmes s’étreignent et se serrent, comme s’étreignent et se serrent nos deux mains. Nos deux mains vont se quitter, parce que le devoir nous appelle : loi, à droite, moi, à gauche; mais nos deux àämes demeureront ensemble, parce qu'elles se sont données dans un sacrement. » La poignée de main est le sacrement de l’amitié.
Ainsi donc, Messieurs, nous avons besoin de signes pour représenter l’idée et le sentiment, choses abstraites et incorporelles. Mais, plus abstraite que l'idée, plus incorporelle que le sentiment, est la transformation que la grâce opère dans nos âmes. N’est-il pas bon que, pour donner à notre être tout entier l'assurance de cette transformation et le promouvoir aux conséquences pratiques qu'elle impose à notre vie, Dieu la rende, en quelque sorte, visible par des signes? Vous me direz que, sans passer par les sens, Dieu peut nous donner conscience de ses opérations intimes. Je n'en disconviens pas; mais, agir ainsi, ce n'eût pas été harmonieux, et Dieu aime l'harmonie. — Nousle voyons, dans l’ancienne
loi, multiplier les signes pour affermir la confiance de l’homme dans ses promesses. Pourquoi, dans la loi nouvelle, se montrerait-il plus mystérieux et plus réservé, lorsqu'il s’agit de nous assurer de plus grands biens? Pourquoi changerait-il son plan d’action, puisque nous n'avons pas changé de nature? Les exigences et l'empire des sens, dans notre vie mixte, sont toujours les mêmes. C’est ce qui fait dre à saint Jean Chrysostôme : « Chrétien, si tu étais incorporel, les dons de Dieu le seraient comme toi; mais, parce que ton âme est unie à un corps, c'est par des signes sensibles que Dieu te présente ce qui ne peut être saisi que par l’intelligence !. »
Un signe nous dira donc que nous avons été engendrés à une vie nouvelle; un signe nous dira. que l’Esprit-Saint nous a investis de sa force et ornés de ses dons; un signe nous dira que le
1. 51 incorporeus esses, nuda et incorporea tibi detlisset 1056 dona; sed quia anima corpori conjuncta est, in sensibilibus intelligenda tibi præbet.
Εἰ μὲν γὰρ ἀσώματος el, γυμνὰ ἄν αὐτὰ σοι τὰ ἀσώνατα παρέδωκε δῶρα" Érei δὲ σώματι συμπέπλεχται ἡ ψυχὴ, ἐν χἰσθητοῖς τὰ νοητά σοι παραδίδωσι. (Chrysost. Zomil. δὼ in Matth. n° 4.)
Fils de Dieu nourrit notre âme de sa chair et de son sang ; un signe nous dira que nos fautes sont pardonnées et que notre âme pécheresse ἃ recouvré son innocence ; un signe nous dira que la grâce a effacé jusqu'aux derniers restes de notre vie coupable. Lesacrement sera comme l'inscription faite par Dieu, sur notre chair, des mystères dont notre âme est l’invisible sanctuaire ; commele tendre et miséricordieux baiser du Christ rédempteur, comme l’étreinte de sa sanctifiante amitié. Et, alors, toute notre nature, satisfaite en tous ses éléments, pourra jouir tranquillement des dons que Dieu daigne affirmer d’une manière extérieure et visible, selon les lois en vertu desquelles se produisent en nous la certitude et la confiance. À ce compte, Messieurs, je comprencs les inquiétudes que m'ont exprimées certaines âmes qui cherchaient Dieu, à traversles ténèbres de l’hérésie. Elles allaient jetant en pleurant, sur des sillons arides, la semence de leurs prières et de leurs bonnes œuvres, et, mal payées de leur espoir, elles étouffaient sous le poids d’une inexorable tristesse. Pauvres âmes ! Elles voulaient posséder la vie divine que
le Christ leur promettait dans l'Évangile, leur
unique règle de foi, et ce n’est qu'en demandant ἃ l'Église ses sacrements que, tranquillisées par des signes divins, elles étaient assurées de cette possession. ) Les signes sacramentels conviennent à notre nature individuelle : voilà qui est certain, Messieurs. J'ajoute qu'ils ne conviennent pas moins à notre nature collective, en tant que noussommes membres d’un seul corpsreligieux.
Le bon sens ἃ écrit, par la plume de saint Augustin, ces remarquables paroles : « Q’une religion soit vraie, qu'elle soit fausse, aucune unité religieuse, si minime qu'elle soit, ne peut être créée, si les hommes ne sont reliés entre eux par des signes visibles, des sacrements'. » — Nous avons constaté dans les religions antiques la vérité de ces paroles; elles ne sont pas moins vraies, si nous les appliquons aux religions con-
1. Augustinus dicit (xx Contra Faustum. cap. 11. in fine) « In nullum nomen religionis, seu verum, seu falsum, coadunari homines possunt, nisi aliquo signaculorum, seu sacramentorum consortio colligentur. » Sed necessarium est ad humanam salutem homines adunari in unum veræ religionis nomen. Ergo sacramenta sunt necessaria ad humanam salu tem. (Summ. Theol., TT P., quæst. 61, a. 1.)
temporaines. C’est par des caractères extérieurs et visibles qu'on reconnaît partout leurs adhérents. Le Boudhisme, le Brahmanisme., le Mahométisme, le Fétichisme, ont leurs signes de ralliement. Le Protestantisme, si âpre à détruire, n'a pu rester une religion qu’en conservant certaines pratiques sacramentelles, autour desquelles se groupent les sectes qui pullulent en son sein. [] fallait au Positivisme, qui se proposait de remplacer tous les cultes par la religion de l'humanité, neuf sacrements, ni plus, ni moins ‘. Les sectes prétendues humanitaires,