M£' Richard, archevêque de Larisse, coadjuteur de Paris
toute-puissance de Dieu, dont il est le docile instrument.
Voilà ce que j'ai dit dans ma précédente conférence, en toute franchise et liberté. Autrefois, cela ne m'eût pas été permis. Lorsque l'Église naissante était entourée d’ennemis, tout prêts à dénaturer nos rites divins par de perfides interprétations et de sacrilèges parodies, la loi du secret protégeait les sacrements. « Nous ne devons pas, disait saint Denis, donner par écrit nos invocations perfectives, m1 livrer au public leur sens caché et les prodiges que Dieu opère par leur ministère. Mais, comme le veut notre sainte tradition, c’est dans de secrètes instructions qu'il faut puiser la science de ces choses. »
1. Invocationes porro consecratorias nefas est scripto interpretari et arcanum earum sensum, virlutesque quas in 115 Deus operatur e secreto in publicum efferre ; sed ut nostra sacrosancta traditio docet, ubi eas secretioribus instructionibus hauseris, atque ad habitum sacratiorem atque capaciorem intelligentiam, divino amore sacrisque actionibus consommatus evaseris, divina luce collustratus ad supremam earum scientiam subveheris.
Τὰς δὲ τελεσΊήικὰς ἐπικλήσεις où Sepuror ἐν γραφαῖς ἀφερμηνένειν, οὐδὲ τὸ μυσΊήικὸν αὐτῶν, ἢ τὰς ἐπ᾿ αὐταῖς ἐνερ-᾿ γουμένας ἐκ Θεοῦ δυνάμεις ἐκ τοῦ κρυφίον πρὸς τὸ κοινὸν
Aujourd’hui, cette loi n'existe plus, car nous sommes moins menacés par l'extravagance d'un culte impie que par l'ignorance orgueilleuse de la raison, méprisant trop volontiers ce qu’elle ne connaît pas ou qu’elle feint de ne pas connaître. À son endroit, il n'y ἃ plus de secret. C’est rendre service à la cause religieuse, que d'expliquer au peuple les opérations de la grâce et la vertu mystique de nos signes sacrés. En parler en public, ce n’est plus une trahison, c'est le loyal et nécessaire combat de l'erreur contre la vérité. Puisse ce combat avoir une heureuse issue !
J'ai défini les sacrements et expliqué leur nature. Que ferai-je aujourd’hui, Messieurs? Je justfierai l'institution des sacrements, en vous montrant leur harmonie. Dieu ne fait rien qui ne soit marqué au coin de son infinie sagesse. Or, cette sagesse se manifeste par l’ordre admi-
ἐξάγειν ἀλλ᾽ ὡς ἡ καθ᾽ ἡμᾶς ἱερὰ παράδοσις ἔχει, ταῖς ἀνεκπομπέυτοις μυήσεσιν αὐτὰς ἐκμαθὼν, καὶ πρὸς Θειότεραν ἕξιν καὶ ἀναγωγὴν, ἔρωτι Θείῳ καὶ ἐνεργείαις ἱεραῖς ἀποτελεσθεὶς, ὑπὸ τῆς τελεταρχικὴς ἐλλάμψεως ἀναχθήσῃ πρὸς τὴν ὑπερτάτην αὐτῶν ἐπισήήμην. (5. Dion. Migne, tome I, page 565. De ecclesiastica hierarchia , cap. vu, ὃ 10.) :
rable des relations établies entre les sacrements, le plan divin et notre nature. Cherchons ces relations dans les deux choses que la théologie
appelle: signum et res sacramenti, c'est-à-dire
dans les signes sacramentels eux-mêmes, et dans les effets qu’ils produisent.
Pour bien me faire comprendre, je vous äemande la permission de vous rappeler le dessein de Dieu dans la formation de la société chrétienne. Si c'est une redite, elle ne sera point inutile, car elle fixera davantage des notions fondamentales et des vérités fécondes, qu'il faut toujours avoir présentes à l'esprit pour bien sai-
sir l’enchaînement du dogme catholique.
Rappelons-nous donc que Dieu, s'il l’eût voulu, eût pu se mettre directement en rapport avec chacun de nous, se révéler à nos intelligences dans une lumineuse et discrète évidence, donner à nos âmes, transformées par sa grâce, une assurance profonde et tout à fait intime de son action, et en varier les signes
L'HARMONIE DES SACREMENTS 09 selon son bon plaisir. Nous eussions été unis dans la même cause de notre perfection; mais, nous n'eussions point formé une société religieuse, extérieure et visible.
Or, cette société, Dieu avait décrété son existence. Parce qu'il est nombre en même temps qu'unité, famille en même temps que nature indivisible, il voulait que l’homme fût nombre et famille; non seulement famille humaine, c’est le côté le plus humble et Le plus obscur de notre configuration au type divin, mais famille sacrée, parce qu'il est lui-même l’'Être sacré par excellence. Bref, Dieu voulait que l’homme devint membre d’un corps religieux, voué au culte de sa très sainte Majesté et capable de recevoir les mystérieux retours de son action souveraine.
C Multi unum corpus sumus ! : Nous qui sommes un grand nombre, dit l’apôtre saint Paul, nous sommes un seul corps;>un seul corps, non seulement en tant que nous dérivons d’une source commune et que le sang d’un même père circule dans nos veines; un seul corps,
1, Rom., cap. ΧΗ, 5. I Cor., cap. x, 17.
Se
non seulement en tant que nous formons une société d'individus, physiquement renfermés dans une circonscription déterminée, moralement unis par une certaine conformité de traits, de langage et de caractères, et conventionnellement placés sous la protection d'une même loi, mais un seul corps, en tant que nous sommes consacrés, sous la même loi religieuse, au culte d’un même Dieu, et que nous recevons, en retour de notre culte, la communication d’une même vie: Multi unum corpus sumus.
Or, tout corps suppose un chef qui l’anime, un chef qui reçoit les impressions de la masse et communique à la masse ses propres mouvements. Quel est donc notre chef à nous qui:
sommes un corps religieux? Je vous l'ai mon tré, Messieurs. Nous l'avons appelé, avec l’Apôtre, l’universel héritier de la création, le médiateur de Dieu et des hommes, la tête dont tout le corps mystique de l’Église recoit ses accroissements; et nous avons constaté que notre constitution religieuse est son œuvre, et que, dans son œuvre, il est la source de tous les biens. Mais, ce chef, nous ne le voyons
Ed
pas. Déposé, après sa mort, dans un sépulcre d'emprunt, il en ἃ brisé la pierre, et notre foi nous dit que, vivante et immortelle, son humanité ressuscitée est assise à la droite de Dieu, en ces lieux inaccessibles où ne pénètrent pas les regards des mortels. L'Église l'appelle le roi invisible. Mais, s’il est invisible, comment seronsnous témoins de son action sacrosainte dans le corps religieux dont 1] est le chef?
Comment, Messieurs ? Ecoutez-moi bien. Il est très vrai que Jésus-Christ échappe à nos re- gards; ilest très vrai, aussi, qu'ilse manifeste et agit visiblement. L'action médiatrice qu'il exerce entre Dieu et l’homme, je la vois. Oui, je vois deux mouvements de mon chef Jésus- Christ, comme 76 vois ici, à cette heure, deux mouvements : le mouvement de vos âmes qui montent vers la mienne, par vos yeux attentifs : le mouvement de mon âme qui descend en vos âmes, par ma parole. Vous vous donnez à moi, je me donne à vous ; je vois cela, et comme je vois cela, je vois notre chef Jésus-Christ nous donnant à Dieu et nous donnant Dieu. — Où donc ? me direz-vous; montrez-nous votre vision. Ma vision, Messieurs, c’est le prêtre,
substitut consacré du Christ, chef du corps religieux dont nous sommes les membres. Le prêtre est pétri, comme vous, d’un obscur limon; sa chair plébéienne enveloppe, peutêtre, une âme moins noble et moins intelligente que la vôtre; il peut dire néanmoins, avec assurance, ce que disait l'Apôtre : « Je remplis, ici-bas, les fonctions du Christ : Pro Christo, legatione fungimur‘,» S'il tend, par le poids inexorable de sa nature, à mêler quelquefois sa vie aux courants de votre vie mondaine, il est enlevé, par son caractère, en des régions saintes que ne peuvent aborder vos pieds profanes; il plane entre Dieu et les hommes. Le prêtre, tel que l’a fait Jésus-Christ, qu'il remplace, c'est l'explication vivante des mystérieux rapports du fini et de l'infini, tant et si vainement cherchée par l'esprit philosophique; c’est, dans le corps religieux, ce qu'est, dans le corps humain, le fluide ministériel qui touche à lesprit et à la matière, va de l’un à l'autre, et fait, de l’un à l'autre, les échanges de la vie. «IL est pris parmi les hommes et constitué, pour eux, dans les