‹ Exposition du dogme catholique (volume 3)Chapitre 15 sur 48 · Maitth., cap. ΧΧΙΙ · texte numérisé non relu

Maitth., cap. ΧΧΙΙ

n'est pas le vice de vos cœurs honnêtes, Messieurs, et vous ne m'avez jamais tenté par des questions insidieuses. Permettez-moi, cependant, de vous demander, comme le Sauveur,

non pas un denier, mais votre âme. De qui est

l'image et l'inscription que je vois sur elle ? Cujus est imago hæc et superscriptio? Nous ne vous attendiez pas à cette question. Aï-je bien le droit de vous l’adresser ? Ai-je bien le droit de m’enquérir des mystères qu’il a plu à Dieu de cacher au plus profond de votre être ? Si, arrètant quelqu'un d’entre vous sur la place publique ou dans la rue, je lui demandais son nom, il me répondrait, sans doute, que je n'ai pas le droit de l’interroger ainsi; et 1] poursuivrait son chemin, bien convaincu que je suis un homme mal élevé. Mais, nous ne somme:

ni sur la place publique, ni dans la rue ; nous sommes dans une église, où Jésus-Christ a le droit de vous demander compte de ses dons et de ses bienfaisantes opérations. C’est en son nom que je vous adresse cette question: —- « Cujus est imago hæc et superscriptio ? De qui est l’image, l'inscription, le caractère que porte votre âme? »

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LES CARACTÈÉRES SACRAMENTELS 111

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Il faut me répondre, ou plutôt, non, taisezvous, je vais répondre pour vous : — CAristi| Tout cela est du Christ! Vous portez le caractère du Christ! vous le portez, incrusté profondément dans l’incorruptible substance de votre âme, éternellement ineffaçable, afin qu'il soit bien connu de tous que vous êtes à lui.

Le caractère, c’est l’armoirie sanglante du Sauveur, le signe de sa propriété divine. fl voit cela du haut des cieux, et, vous montrant à. ses anges, 1] dit: « Cette âme est à moi! »

En doutez-vous, Messieurs? Ah! vous pourriez en douter, si, pour la première fois, le Christ se montrait à vos yeux éblouis et venait vous parler en maître et en propriétaire. Mais il y a longtemps que ses droits sont établis, vous le savez aussi bien que moi. |

Nous sommes à Jésus-Christ, parce qu'il nous ἃ créés. Il est le principe, c’est-à-dire le type universel et infiniment parfait en qui Dieu voyait éternellement toutes ses œuvres ; le principe, c’est-à-dire le Verbe fécond et toutpuissant par qui tout a été fait : Per ipsum omna facta sunt. « Avant que rien ne fût, tout était, vie en lui: Quod factum est in ipso vita erat.»

Il ἃ retenti sur le néant : tout ἃ été créé. Et, lorsque, revêtu du manteau de notre nature, 1l descendait du ciel parmi nous, il entrait au miheu de ce qui lui appartenait au plus haut titre, au titre d'auteur: « /n propria venit 1.»

Nous sommes à Jésus-Christ, parce que Dieu nous ἃ donnés à lui. Abaissé au-dessous des anges par l’'Incarnation, 1] avaït besoin d'une nouvelle investiture qui saisît de ses droits élernels l'humanité qu'il avait épousée. Dieu lui a fait dire, par un de ses ancêtres humains : « Demande-moi, je te donnerai les nations en hériage: Postula a me et dabo fili gentes hæxreditatem tuam°.» Et Jésus a demandé, par ses soupirs, ses gémissements, ses prières, ses larmes. Dieu ne pouvait rien refuser, dit l'A pôtre, aux humbles respects, nt aux cris puissants qui forçaient les portes de sa miséricorde. Il a constitué le Verbe fait homme héritier de toute choses. « Quem constituit hæredem universorum » ὃ.

Ainsi, l’homme-Dicu nous possède en vertu

1 Joan., cap. 1.

e. PealmM ἢ, 8. Heb., cap. t, à

LES CARACTÈRES SACRAMENTELS 115 d’une simple largesse? Mieux que cela, Messieurs: Nous sorames à Jésus-Christ, parce qu'il nous a rachetés. Nos âmes souillées par le péché étaient devenues les esclaves de la Justice divine. Pour les arracher à ses éternelles vengcances, il fallait y mettre le prix, un prix égal à la majesté infinie que le péché avait outragée. Eh bien! c'est fait. Jésus-Christ a offert pour nos âmes les mérites de sa naissance humihée, de sa vie laborieuse, de ses opprobres, de sa douloureuse Passion, de sa mort sanglante, les pénétrant, pour les rendre aussi grands que Dieu, de sa propre infinité. Et l’Apôtre ἃ pu dire: Empti estis prætio magno *.

Nous sommes à Jésus-Christ, parce qu'il nous a créés, parce qu 1l nous ἃ demandés, parce qu'il nous ἃ rachetés ; mais 1] nous possède plus intimement encore. Ilnous possède parce que c’est lui qui nous transmet la vie divine, et accroît ainsi notre nature des richesse d’une nature infinie ; 1i nous possède par la voie mystique de l’incorporation, c'est-à-dire comme le {rone possède sa ramure, comme la tête d’un corps en possède les membres, comme je possède les

ἘΠῚ οὐ SaD vi, 90; | à

114 LES CARACTÈRES SACRAMENTELS deux mains émues qui s’avancent vers vous, voudraient prendre vos mains, et vous dire dans une pieuse étreinte : Chrétiens, Chrétiens, pensez-y donc, vous êtes à Jésus-Christ !

La création, la donation, la rédemption, l'incorporation, tels sont les titres du Christ à notre possession ; et l’on s’étonnerait qu'il ait voulu en perpétuer le souvenir par des signes authentiques et inaltérables ! C’est 16 contraire, Messieurs, qui serait étonnant. Vous êtes bien propriétaires de quelque chose, par conséquent vous n'ignorez pas ce que fait le propriétaire quand il veut que tout le monde sache qu'une chose est à lui. I la marque de son chiffre ou de ses armes. S'il prend ainsi la peine d'affirmer son droit sur une malière corrupüble, je ne vois pas pourquoi leChrist, maître des mailres, se priverait d'affirmer son droit de propriété sur nos âmes immortelles, par un signe qui les rende reconnaissables aux yeux de toutes les créatures appelées à constater un Jour l'héritage du Fils

de Dieu.

1. Quando quidem et muta animalia per signaculum ostendunt, cujus sit unumquodque, et ex signaculo vindicatur : sic et anima fidelis, quæ veritatis sigil-

nee se

Les signes sacramentels ont une vertu distinctive, c’est vrai; mais cette distinction n'est que transitoire et tout à la superficie de notre être. Un maître comme Jésus-Christ se devait à luimême quelque chose de plus profond et de plus durable : c'est le caractère sacramentel.

Ce caractère n’est point une simple dénominalion, une pure relation, ainsi qu’on l’a prétendu; mais une véritable inscription, gravée dans l’âme humaine par la pénétrante vertu d’un sacrement qu'on ne peut renouveler.

« Vous êtes marqués, dit l’Apôtre, signati estis. » Cette marque, bien qu'invisible, ἃ été reconnue par la foi de tous les siècles chrétiens. « L'Esprit de Dieu, dit un saint Père, convoque toute la milice angélique, afin de l’imprimer solennellement dans nos âmes". » Il faut bien que les esprits célestes sachent où est la prolum accepit, stigmata Christi portat. Οὕτως καὶ ἡ ψυχὴ ἡ πτισήὴ τὸ τῆς dApbeias λαδοῦσα σῷραγισμα τὰ στίγματα

τοῦ Xpioloù περιξέρει. (In Excerpt. ex Theod. apud Clem. Alex., n° 86.)

1. Multis angelicorum exercituum myriadibus præsentibus Spiritus Sanctus animas vestras obsignaturus est. Érœomtor μυριάδων σή]ραπΤιῶν ἀγγέλων" μέλλει τὸ Πνεύμα τὸ ἅγιον σφραγίζειν ὑμῶν τὰς ψυχάς. (5. Cyril. Hicrosol., Catech. ur, n° 3.)

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priété du Christ qu'ils doivent administrer et défendre contre ses ennemis. Il faut bien.

qu'après nous être reconnus en ce monde par les signes sacramentels, nous nous reconnaissions en l’autre par le chiffre mystique de notre incorporation à la famille du Christ. Il faut bien que nous puissions montrer encore que nous appartenons à Dieu, quand les signes sensibles ne pourront plus servir de protestation à notre foi!, — Le caractère, c’est notre circoncision, la grande, la vraie, la circoncision du progrès religieux accompli, dans la race humaine, par une nouvelle révélation “. — Le peuple charnel, comme un vil troupeau, était marqué dans sa chair, par un instrument gros-

1. Nemo te cognoscet utrum noster sis an hostium nisi mysticis tesseris exhibeas domesticitatem (οἰκςιό- 7ητα.) Quomodo angelus te juvabit, quomodo eripiet ex hostibus, nisi recognoscat sigillum ? Quomodo tu dicis : Dei sum, nisi præ te feras characteres distinguentes ? (τὰ γνωρίσματα) (3. Basil., in 8. Baptism. n° 5)

2. Nam illic corporis præscripta circumeisio.… Quoad ingens est illa circumcisio subsecuta, baptismus videlicet, quo... in Dei nomine signamur. Ἐκεῖ γὰρ ἡ περιτομὴ... ἕως τῆς μεγάλης περιτομῆς, τουτέστι τοῦ βαπτίσματος τοῦ... σζραγίσαντος ἡμᾶς εἰς ὄνομα Θεοῦ.

(5. Epiph., Hæres., v., n° 6.)

sier; le peuple spirituel doit être marqué dans son esprit, par l'Esprit‘.

« Vous êtes marqués par l'Esprit-Saint, garant des divines promesses : S2gnati estis Spiritu pro missionis sancto*. Et c’est pour toujours. — Le caractère sacramentel est non seulement une chose sainte et salutaire ὅ, c’est une chose persistante, tenace, indélébile, d’une durée éternelle *. — Il sert à reconnaître partout le déserteur de l’armée du Christ ὃ: mais, si le déserteur rentre dans les rangs, ce serait un sacrilège de vouloir le marquer de nouveau, la trahison n’a

1. Signati fuerunt etiam Israelitæ, sed circumeisione sicut pecora et bruta. Nos quoque sumus signati, sed sicut fili, spiritu. Éo@ca)ioûnoar καὶ οἱ ἰσραηλῖται, ἀλλὰ περιτομῆ, καθάπερ καὶ τὰ βοσκήματα καὶ τὰ ἄλογα ἐσφραγίσθημεν καὶ ἡμεῖς, ἀλλ᾽ ὡς υἱοὶ, πνεύματι. (5. Chrysost., Homil. 11. in Æpust. ad Ephes. n° 2.)

De ‘Ephes., Cap. 1, 153.

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