‹ Exposition du dogme catholique (volume 3)Chapitre 18 sur 48 · Ibid., ἃ. 2. (cf. tot. corp. articuli · texte numérisé non relu

Ibid., ἃ. 2. (cf. tot. corp. articuli

LES CARACTÈRES SACRAMENTELS 121 je n'ai rien dit encore et qu'il y ἃ dans le caractère sacramentel beaucoup plus qu’un signe indélébile. Quoi donc? — Une physionomie et une puissance.

Écoutez bien. Si vous n'êtes ni païens, ni juifs, ni mahométans, vous possédez, dans le noble esprit où s’éiaborent vos pensées, où naissent vos desseins, d’où jaillissent vos affeclions, une physionomie et une puissance que ne vous ἃ point données la nature. Qui de vous s'en doutait? — Ma question n'est pas un reproche, croyez-le bien, car je vous déclare naïvement que, moi-même, j'ai ignoré pendant longtemps ce grand honneur, bien que j'eusse toutes sortes de raisons pour le connaître. Mais, bref, vous avez tous une physionomie mystique, une puissance suréminente: c'est le caractère sacramentel, qui me fait vous appeler chrétiens, lors même que vous n’en êtes plus dignes ; comme la physionomie et la puissance dont se compose votre caractère moral me fait encore vous appeler des hommes, lorsque vous vous êtes déshonorés par quelque bassesse.

Remarquez bien, je vous prie, l’emploi que nous faisons du même mot dans notre langage

profane et dans notre langage sacré. Cela tient à des analogies qui nous révèlent l'harmonie de notre vie extérieure et de notre vie intime. Vous dites d’un homme qu'il ἃ du caractère. Comment le savez-vous? Si vous avez contempié, de près ou de loin, les phases agitées de son existence, si vous l’avez vu se débattre en de grandes luttes, travailler avec un indomptable courage au triomphe de ses desseins, traverser intrépidement tous les obstacles, succomber enfin sous les coups de la force qu'il méprise, ou, couronné de gloire, se reposer sous des trophées, à la bonne heure ! Oui, cet homme a du caractère.

Vous pouvez dire cela, sans hésiter, de tous Les grands saints, de tous les grands pontifes, de tous les grands capitaines, de tous les grands législateurs, de tous les grands magistrats, et même de tous les grands monstres historiques, aussi bien que de ceux que vous fréquentez.

Mais, un homme que vous rencontrez une première fois et que vous ne verrez bientôt plus, un homme quine s’est arrêté qu'un quart d'heure devant vous, un tout petit homme que votre taille domine et que vous regardez de haut, vous dites de lui : Il a du caractère.

Comment le savez-vous? Vous le savez par les sondaines révélations de sa physionomie. — Un front bas et fuyant, des yeux ternes, des traits flasques, des lèvres molles et languissantes, ce n'est pas ce que vous avez vu. Vous avez vu un front noble comme le frontispice d’un monument; des yeux qui étincelaient et entraient dans vos yeux, comme le jet rapide de l’électricité ou comme un rayon de soleil; des traits fortement burinés:| des lèvres fermes ; en un mot, vous avez vu une physioncmie, cette physionomie vousarévélé une puissance ; et, alors, vous avez dit : Cet homme ἃ du caractère, car qui n'a pas de puissance n'a pas de physionomie, qui n'a ni physionomie ni puissance n'a pas de caractère. Or, Messieurs, ce phénomène de notre vie extérieure est reproduit analogiquement dans notre vie intime par la verlu des sacrements, car le caractère sacramentel se compose aussi de physionomie et de puissance.

D'où nous vient-il? « Du caractère éternel, dit saint Thomas, charactere æterno impressa: » c'est-à-dire de celui qui est éternellement dans les cieux la ressemblance infinie de Pinfini, l'image substantielle du Père qui lengendre, εἰ,

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sije puis m'exprimer ainsi, la physionomie de Dieu : le Verbe. C'est Lui! Lui, le plus grand des artistes puisqu'il les inspire tous; Lui, le plus puissant des moteurs; Lui, la plus vive des forces ; c’est Lui qui, plus vigoureusement que l'acide dans les métaux, mord dans notre âme, pour y graver son chiffre et configurer, par voie d'image et de ressemblance, notre trimité créée à la Trinité créatrice et régénératrice.

Déjà, l'acte créateur nous configure à notre divin principe; l’activité libre, l’intelhigence, l’'amour,sontla ressemblance de Dieu imprimée dans nos âmes par le Verbe. Mais, sous la pénétrante action du caractère éternel travaillant à nous communiquer une nouvelle vie, de nou- . veaux traits s'ajoutent à ceux de ia nature οἱ donnent,à chaque chrétien, une physionomie nouvelle, qui le rapproche davantage du type trimitaire et le fait mieux reconnaître comme son œuvre. C’est une sorte de photographie surnaturelle, que font éclore ia vive lumière et les chaudes ardeurs du soleil des âmes, dans Îa matière sacrée que l'Église répand sur nous.

La matière passe, l'image demeure,et nous dislingue mystiquement du reste de l'humanité,

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LES CARACTÈRES SACRAMENTELS 125 mieux que la noblesse des traits et certaines originalités de formes ne distinguent, du reste des peuples, les familles historiques.— Grâce à notre caractère sacramentel, le monde saura éternellement qu'après avoir reçu l'existence et la vie du Dieu-Un, dont notre être d'emprunt et nos perfections bornées révèlent l'être nécessaire et les perfections infinies, nous avons été engendrés à nouveau par le Dieu-Trinité, dont notre physionomie surnaturelle est l’indélébile ressem- ἡ blance.

Le caractère sacramentel est donc une physionomie ; mais, sachez-le bien, cette physionomie ne nous est pas donnée uniquement comme signe distinctif ; elle est la révélation d’une puissance : puissance toute spirituelle qui nous ordonne perfectivement au culte divin, selon les coutumes sacrées de la vie chrétienne. Ce qui veut dire, Messieurs, que l’homme chrélien est appelé à accomplir des actes qui ne conviennent qu à lui, et que, pour accomplir ces actes, les sacrements lui confèrent une puissance, droit radical, auquel Dieu vient en aide quand, de la puissan’e, il faut passer à l’aclion.

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«Ce droit, dit Saint-Thomas. est une dérivation du droit sacerdotal de Jésus-Christ '.» Nous l'avons vu, ce grand-prêtre de la loi nouvelle, se substituer au sacerdoce figuratif de l’ancien testament. Nous avons admiré l'excellence de son sacerdoce, dans le choix, l’onction, les qualités suréminentes de sa personne, l'ampleur, la simplicité, l'efficacité de ses fonctions, la perpétuelle durée de son ministère. Îlne succède à personne, mais un serment solennel de Dieu détermine et fixe sa médiation; l’onction de la divinité le pénètre à l'heure même oùil est conçu, et sa sainteté substantielle lui permet de ne demander à aucun rite la pureté dont le prêtre a besoin pour se mettre en rapport avec Dieu. L'immensité est son temple.

Il ne lui faut qu’une seule hostie et un seul sacrifice. Aussi parfait que celui près de qu'il représente la création, 1] donne à Dieu tout ce qu'il peut désirer de l’humanité, à l'humanité

1. Manifestum est quod character sacramentalis specialiter est character Christi, cu;us sacerdotio configurantur fideies, secundum sacramentales characteres, qui nihii aliud sunt quam quædam participationes sacerdotii Christ, ab ipso derivatæ. (Summ. Theol., IT P,, quést. 63, a. 4.)

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tout ce qu’elle peut désirer de Dieu; et cela, pour toujours : #2 æternum. En un mot, il est le sacerdoce tout entier, personne ne le rempiace.

Mais admirez, Messieurs, sa miséricordieuse bonté. Si personne ne le remplace, tous sont appelés à la participation de son sublime ministère, comme tous sont appelés à la participation de sa perfection. Il à fait de nous, dit l’'Apôtre, une race choisie, une nation sainte : genus electum, gens sancta. Le caractère sacramentel, physionomie divine, est le signe indélébile de notre élection ; et, lors même que nous avons perdu la grâce qui nous sanctifie, il atteste encore que nous sommes destinés à la sainteté. Mais, il y a plus: le Christ ἃ fait de nous un royal sacerdoce : regale sacerdotium 1, et c'est par le caractère sacramentel qu'il écoule en nous sa puissance sacerdotale.

Ne voyez-vous pas,avec moi, trois choses dans le sacerdoce du Christ? Centre du mouvement religieux qui unit le ciel à la terre, il recoit de Dieu et de l'humanité toutes les choses sacrées : il en est le témoinle plus éloquent etle plus puis-

LE Pet, cap. 1,9.

sant défenseur ; il les donne avec une souveraine autorité et une libéralité infinie. Or, à ces trois choses nous devons participer. Mais, pour chacune d'elles, pour recevoir les choses sacrées, pour en être le témoin et le défenseur, pour les donner, il faut une puissance. Qu'à cela ne tienne. Trois sacrements : le Baptème, la Confirmation, l'Ordre, nous impriment un caractère, et nous configurent ainsi à notre grandprêtre par la communication progressive de son pouvoir sacerdotal.

L'homme vient d'être baptisé. Le caractère le consacre. Îl est prêtre ; mais, seulement, pour recevoir les choses sacrées. Il les demanderait en vain, si le caractère sacramentel ne creusait son âme, comme on creuse les canaux par où l'on veut faire passer les eaux d’un grand fleuve. Dans le lit fraîchement ouvert et cimenté par la force initiatrice du Baptême, la vie divine, quelque forme qu'elle prenne pour nous purifier, nous perfectionner, nous sanctifier, peut couler à pleins bords. Le baptisé, en vertu de son caractère, a droit à toutes ses largesses, à tous ses bienfaits. ἃ l'heure où la vie surnaturelle ἃ besoin de ses accroissements, il peut dire : à

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moi l'Esprit-Saint et ses dons. S'il se sent défaillir, si son âme affamée ne se peut plus soutenir que par la vertu ἃ un aliment divin, 1] demande le corps du Christ et personne ne peut le lui refuser. A-t-1l perdu la grâce : son repentir implore une miséricordieuse sentence qui la lui rend. En face de la mort, il ἃ droit à l’onction sainte qui fortifie son âme pour le suprême combat et achève la purification de toutes les souillures de sa vie. S'il veut devenir chef de famille, la bénédiction du ciel, qu'il réclame, affermit les liens qui unissent son cœur à un autre cœur, sa chair à une autre chair. S'il se sent appelé aux plus hautes fonctions de la vie chrétienne, Dieu ne lui refuse pas la consécration privilégiée qui complète sa configuration au pontife divin, dont la puissance sacerdotale lui ἃ déjà été communiquée par le Baptême. Finalement, le caractère baptismal, initiation du sacerdoce chrétien, est une puissance passive, par laquelle l’âme régénérée devient apte à recevoir toutes les choses sacrées. |

Le chrétien vient d’être confirmé. Un nouveau caractère le consacre. Il est prêtre, non plus seulement pour recevoir les choses sacrées

mais pour leur rendre hommage par un témoignage public et d’héroïques combats. La vérité reçoit-elle du mensonge de mortelles blessures? . «€ Le confirmé, dit saint Thomas, a le pouvoir de protester en sa faveur par la solennelle confession de sa foi; c’est son office : Confirmatus accipit potestatem publice fidem Christi verbis profitendi, quasi ex officio ‘. » Les ennemis de la foi deviennent-ils persécuteurs? « Le confirmé a le pouvoir de soutenir et même d'engager contre eux une lutte spirituelle, dans laquelle Les coups qu'il reçoit sont autant de victoires: Confirmatus accipit potestatem ad agendum ea quæ pertinent ad pugnam spiritua- Lem contra hostes fide®.» Prêtre-soldat,il reçoit, du caractère sacramentel, le droit etle pouvorr de protéger les choses sacrées jusqu’au martyre et de les rendre plus vénérables aux yeux de la postérité chrétienne, qui y verra les traces de son sang.

Le chrétien vient d’être ordonné. Un dernier caractère le consacre : son sacerdoce esl achevé. Il reçoit, il témoigne, 1] combat, 1]

1. Summ. Theol., III P., quæst. 72, a. 5, ad. 2. 2. Ibid: a.5,c.

| LES CARACTÈRES SACRAMENTELS 131 protège, 1] couronne les premiers offices de la puissance sacerdotale, par l’effusion des choses sacrées. Son caractère les lui met toutes entre les mains, pour qu'il les donne. Au nom du Pontife éternel, dont il remplit les fonctions, il appelle autour de lui le peuple et lui dit: — Jete baptise, je te marque, jete pardonne, Je te bénis. reçois l'Esprit de Dieu, reçois le corps du Christ. Peuple, viens ici; de prêtre à prêtre, nous allons exercer nos pouvoirs sacerdotaux. Tu veux les choses sacrées, car tu as, pour me les demander, un caractère. Les voici! Un caractère les a mises entre mes mains, je te les donne ; — et le peuple reçoit ce qu'il demande; les caractères s’'embrassent, les puissances se consomment l'une par l’autre ; le sacerdoce du Christ est complet dans son corps mystique. |

J'ai dit, Messieurs, tout ce que je savais d’intime et de profond sur le caractère sacramentel. Voyons maintenant à quoi 1] nous oblige.

L'inscription du caractère dans nos âmes ne peut pas être, de la part de Dieu, l'acte d’un bon plaisir sans but, un honneur stérile qu'il nous confère. C'est un acte et un honneur d'où résultent, pour nous, les plus graves et Les plus saintes obligations. Ces obligations, je les réduis à deux : Le respect du droit de Jésus- Christ et de notre physionomie divine ; l’action de noir? puissance sacerdotaie.

Vous n'isnorez pas, Messieurs, que le respect du droit est la racine, le fondement de toute justice, l'indispensable ga’antie de iout ordre ici-bas. Le droit forme, autour de chacun de nous, commeunrempart qu'on ne peut pas prendre d’assaut sans devenir criminel. Si l’homme n'avait pas de droits, 1l serait à la merci de toutes les audaces et de toutes les viclences, victime méprisable ou bourreau glorieux, car l'estime et la gloire n'auraient pas d'autre mesure que la force. Aussi vous entends-je dire, à chaque instant : Respect au droit.

Entre tous les droits, ilenest un dont vous

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vous montrez particulièrement jaloux : c'est le droit de propriété. Tout ce qui la menace vous épouvante et vous indigne, et vous ne vous faites pas faute d'appeler misérables et scélérats ceux qui convoitent vos biens et en annoncent la prochaine curée. J’en suis content, car 76 vais vous juger par votre propre bouche, mauvais serviteurs d'un maître dont vous méconnaissez à chaque instant les droits : « Lx ore tuo te cjudico, serve nequam. »

Jésus-Christ vous possède à titre de création, de donation, de rédemption, et d'incorporation. Un signe ineffaçable, son chiffre éternel, atteste sa propriété. Respectez-vous cette propriété 20 malheur! Il ya des chrétiens qui ont complètement perdule souvenir du sacrement qui les a engendrés à la vie surnaturelle, et sont retournés tout entiers, corps et âme, à la nature. — N’avoir plus d'autre règle que leur propre jugement, leurs désirs, leurs caprices, leurs appétits, c’est leur orgueïlleuse prétention. [Ils sont à euxmêmes leur maître, leur Dieu. Et, pourtant, 115 sont marqués, toujours marqués d'un chiffre qui n'est pas le leur: le chiffre de Jésus-Christ.

Nous sommes à Jésus-Christ! Et il y a des

151 LES CARACTÈRES SACRAMENTELS chrétiens qui se jettent, ivres d'illusions, avides d'honneurs et de joie, entre les bras du monde et se laissent emporter par l’infernal tourbilion des affaires, du jeu et des plaisirs. Là sont étouffées toutes les bonnes pensées, toutes les saintes aspirations; là s'énerve, tombe, se meurtrit et expire la vertu ; là on devient mondaim, c'est-àdire l’esclave du plus impitoyable des tyrans. Et, pourtant, cet esclave est marqué, toujours marqué d'un chiffre qui n’est pas celui du monde : le chiffre de Jésus-Christ.

Nous sommes à Jésus-Christ! Et 1l y a des chrétiens qui ne rêvent, pour remplir leur cœur, que l’amour des créatures: idoles d’or, d'argent, de terre, de chair et d’os. Ils les embrassent, les étreignent, y demeurent fixés comme au terme suprème de leur existence. Le ciel, pour eux, n’est plus là-haut où les attend le Maître divin qui les possède à tant de titres ; il est,ici-bas, sur ces terrains mouvants où l'humanité voit crouler, du jour au lendemain, les tentes de son pélerinage. Chose abominable! Il y a des chrétiens qui se jettent à genoux devant une créature et osent pousser, à ses pieds, des blasphèmes et des cris sacrilèges; lui dire. entre les spasmes d’une aveu-

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ele passion: Je t'aime, je t'adore, je suis à toi! Et, pourtant, ces êtres avilis sont marqués, tou-jours marqués d’un chiffre qui n’est pas celui de la créature: le chiffre de Jésus-Christ !

Rentrez en vous-mêmes, Messieurs, et Jugezvous. N’ya-t-il pas, depuis longtemps, dans votre vie, d'odieux larcins qui vous rendent indignes de réclamer le respect du droit? L’injustice sacrilège dont vous vous rendez si facilement coupables prime toutes les injustices. Et, quand, par votre faute, je retrouve chaque jour votre caractère sacramentel entre des mains qui ne sont pas celles de votre maître Jésus-Christ, je me demande si vous avez bien le droit d'appeler misérables ceux qui désireraient faire passer, à leur avoir, vos meubles et votre argenterie marqués de votre chiffre et de vos armes.

Respect aux droits du Christ! Respect aussi à votre physionomie divine ! Respect à cette photographie sacrée qui représente, dans votre trinité créée, la Trinité créatrice et régénératrice ! Toute image vénérable a droit à nos respects. Où trouver une image plus vénérable que celle de Dieu, imprimée dans vos âmes par le caractère sacramentel? Ce n'est pas Dieu lui-même, mais

136 LES CARACTÈRES SACRAMENTELS Re ΄ ce sont les traits de sa face adorable. Cest à cela qu'il se reconnaît, quandil daigne nous visiter par la grâce; c’est à cause de cela qu'il nous sourit, comme le vère sourit à l'enfant chez qui il rencontre son portrait. —- Les portraits! Petites images! Petits souvenirs de nos amours, suspendus aux parois de nos demeures! Nous les regardons avec des pleurs cans les yeux, et, dans cette touchante contempiation, nous laissons parler noire cœur atfendri. — Père, mère, enfants, amis, COMME nous nous sommes aimés pendant les Jours trop courts de cette vie! La mort vous ἃ ravis à nos embrassements. Mais vous n'êtes pas oubiiés.

Dans ces restes fragiles de vos traits chéris, dans cette physionomie que la lumière a fixée, nous vous respectons, nous vous aimons encore. — Si, pendant que nous nous livrons à ces tendres épanchements, une main maladroite ou malveillante s’approchait pour souiller ou briser le cher et dernier souvenir de nos amours, ne la repousserions-nous pas avec une sainte coière ?

Gardez pour vous cette colère, Messieurs, ous en avez besoin ; car, chaque jour, vous souil-

lez, vous mutilez le cher souvenir de Dieu, sa physionomie fixée dans vos âmes par le soleil éternel. L'invétération des habitudes criminelles, le mauvais vouloir qui prolonge votre impénitence, autant d'injures faites à votre caractère sacramenfel. Vous ne pourrez jamais effacer le chufire de Dieu ni ses traits; mais, sur le signe de a propriété du Christ, vous étalez ie signe Qu voi; sur l'image de Dieu, des difformités morales qui rappeilent le physionomie de l'ange déchn, et que ssint Jean appelle, si profondément ef si énergiauement, ie caractère de la bête: Characterem bestiæ. Dieu ne vous perd pas de vue. Quoi qu: vous fassiez, il vous reconnaît toujours pour vous pardonner et restaurer son œuvre, lant que vous voyagerez encore sur des chemins où le repentir est possible: pour châtier éterneliement votre infidélité, éternellement aitestée par le caractère, quand viendra le jour des grandes répudiations, le jour où celui qui vous ἃ imprimé ses iraits refusera 16 baiser d'amour et de paix aux lépreux de Satan.

Je finis, Messieurs. — En vous imposant l’obligation du respect, le caractère sacrementel vous inipose aussi l'obligation de l’action.

Agir doit être un besoin pour quiconque se sent une puissance. Cela est si vrai que nous ne supportons pas les natures indifférentes et ἰὰches, chez qui les plus riches facultés demeurent vides et inefficaces. Mais, voyez notre inconséquence ! ce qui attire notre attention, ce qui provoque notre impatience et nos dédains, quand il s’agit des dons naturels, semble nous échapper entièrement, quandil s’agit des dons surnaturels. Le caractère sacramentel est une puissance, et nous le laissons dormir dans l’inaction, [orsmême que les lois de Dieu et de l’Église nous font une obligation de nous en servir. D'autant plus coupables, en cela, que nous comprenons fort bien la logique pratique du caractère, là où Dieu l’a mis dans sa plénitude. Quand nous voyons un prêtre oublier sa consécration, trahir son ministère, se désintéresser de toutes les choses sacrées, ne plus les donner à personne, se mêler à nos affaires, devenir un vulgaire bourgeois, et tuer ainsi la considération qui s'attache aux grandes vocations, nous n'avons pas assez de mépris pour stigmatiser sa déchéance.

Ne méprisez pas tant, Messieurs, si vous voulez n'être pas contraints à vous mépriser vous-

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mêmes; car, vous aussi, vous êtes prêtres, puisque le caractère sacramentel est une participalion à la puissance sacerdotale du Christ.

Vous êtes prêtres pour recevoir les choses sacrées. Mais, combien parmi vous ne savent plus, depuis longtemps, s'ouvrir à la vertu des sacrements, cette crue de vie divine, plus féconde en nos âmes que les crues du Nil sur les rivages égypüuens! Un lit profond a élé creusé pour la recevoir, le péché l’encombre, rien n'y passe. Point de pardon pour vos si nombreuses fautes, point d'aiiment pour vos forces détaiilantes, lächement couchées sous le joug des plus honteuses habitudes. Votre vie religieuse, presque réduite à rien, est dépeuplée des choses sacrées qui devraient l’orner et la rendreflorissante. Votre caractère appelle la grâce de Dieu, votre indifférence ou votre mauvais vouloir la repoussent. Vous êtes prêtres pour rendre hommage aux choses sacrées par le témoignage publie et les héroïques combats de votre for. Mais, combien parmi vous dont la langue est muette et dont la vie, presque païenne, n'est qu'une longue protestation contre la vérité et la sainteté du christianisme ! Combien sont fidèles encore, au fond

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du cœur, à des croyances qu'ils devraient tra-

duire publiquer2nt par desactes religieux,etles dissimulent par intérêt ou par respect humain ! Combien cèdent à la pression de limpiélé triomphante, et désertent lâchement le champ de bataille où il devraient lutter pour celui qui les ἃ inscrits, par le caractère sacramentel, dans sa milice sacrée! Combien se contentent de gémir, quandil faudraitcombattre! commes'ilétait digne d’un soldat de pleurer devant l'ennemi οἱ de pousser ce cri lamentable : « Nous sommes perdus! » sans oser toucher à ses armes. Combien, par une étonnante contradiction, luttent dans la vie publique pour des vérités que déshonore leur vie privée, pour des libertés dont ils se gardent bien d’user, et rendent inutiles les combats de leur foi, parce qu'ils lui refusent le témoignage public d’une vie vraiment chrétienne ! Enfin, Messieurs, combien chez qui 168 caractères sacramentels ne sont que des puissances vides et ineflicaces!

Vous appellerez cela comme vous voudrez; moi, je dis que c’est injustice et trahison. — Pour n'être pas semblables à ces félons enragés qui voudraient effacer dans leur âme la

trace des sacrements, en retournant, contre celui qui les a marqués, toutes les énergies d’un: haine sauvage, on n’en est pas moins soldat infidèle. J’ai honte, pour tous ceux à qui s’applique ce que 76 viens de dire, de l’inertie à laquelle ils condamnent leurs caractères sacramentels ; on n’a pas une puissance pour la laisser dormir.

Chrétiens, à qui le Christ a communiqué sôn sacerdoce, 1] faut user de vos droits et faire agir votre puissance sacerdotale. Les Pâques approchent, vous allez être appelés à recevoir la chose sacrée par excellence, et à donner au Christ ün témoignage public de votre foi. Nous verrons ce que vous aurez décidé. Mais, que ceux qui s’'abstiendront sachent bien qu'ils sont marqués, marqués pour l'éternité, et que la puissance qu'ils ont reçue se retournera contre eux, Aujourd'hui, quoi qu'ils fassent, leur caractère nous laisse encore quelque espérance ; mais, si ces prêtres infidèles se laissent surprendre dans linaction par le jugement de Dieu, ce caractère deviendra pour eux une éternelle honte. Nous

1. Quamvis post hanc vitam non remaneat exterior cultus, remanet tamen fiuis illius cultus Et ideo post

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les verrons jusqu’au fond de l'âme, et nous pleurerons sur eux, comme pleure le voyageur sur les vallées jadis fertiles où l’on n’aperçoit plus que le lit profond d’un fleuve tari et, sur ses bords, le désert.— Tous ensemble nous pousserons ce cri lamentabie : « Malheur à la vallée perdue! » Et la vallée nous répondra : « Vz nobis quia vastati sumus 11 Malheur à moi, car je suis dévastée ! »

Messieurs, je vous en prie, n'attendez pas ce jour de deuil, de colère, de désespoir. Le fleuve de la vie divine est à vos portes, laissez-le rentrer dans le lit creusé par la force vive du caractère éternel, et consoiez-nous par le témoignage de foi que vous rendrez bientôt au Christ, dont vous êtes les prêtres et les soldats.

hanc vitam remanet character et in bonis ad eorum oloriam et in malos ad eorum ignomin'am, (Sur. Theol., ΠῚ P., quæst. 69 a: 5, add,

τς Jerem., cap. ἵν; 13,

SOIXANTE-QUATRIÈME CONFÉRENCE

Le

LE BAPTÉÈME

SOIXANTE-QUATRIÈME CONFÉRENCE

Messeigneurs', Messieurs,

Il est écrit, au livre des Proverbes, que la sagesse divine s’est bâti une demeure et qu’elle a taillé sept colonnes pour lui servir d'appui : « Sapientia ædificavit sibi domum, excidit columnas septem. » Là, elle immole des victimes, elle prépare à ses hôtes un vin généreux, elle dresse la table du festin. De là, elle envoie ses serviteurs recruter des convives. « Venez, leur fait-elle dire, venez manger mon pain et boire le vin, que je vous ai préparé. Il est temps de vivre sagement et de marcher dans les voies de la prudence?. »

Sous cette figure, Messieurs, vous reconnais-

1. Mgr Richard, archevêque de Larisse, coadjuteu# de Paris, Mgr Dannelle, évêque de Beauvais.

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