‹ Exposition du dogme catholique (volume 3)Chapitre 19 sur 48 · Prov., cap. xIX · texte numérisé non relu

Prov., cap. xIX

sez l'édifice sacré que Jésus-Christ, la sagesse incarnée, ἃ construit pendant lesjours de sa vie mortelle, el dans lequel il invite l'humanité à venir chercher la vie surnaturelle, Nous en avons admiré les solides matériaux et les harmonieuses proportions. Approchons-nous raaintenant de chaque colonne du divin septenaire, et examinons non seulement la perfection de son travail, mais ses propriétés et ses fonctions dans l'édifice sacramentel. C'est-à-dire, après avoir étudié les sacrements en général, étudions chaque sacrement en particulier.

L'ordre chronologique d'institution ainsi que l'ordre logique des effets sacramentelsappellent, aujourd'hui, notre attention sur le Baptême.

Il est Le premier de tous les sacrements, non par sa dignité, mais par sa nécessité dans l’ordre du salut. Si l’on considère l'économie générale de la grâce, relativement aux individus et à [8 société chrétienne, tous les sacrements sont πόcessaires, dit le saint Concile de Trente. Mais, il en est dont tels ou tels chrétiens peuvent et doivent se passer'. Aucune liberté ne nous est

1, Si quis dixerit Sacramenta πον legis non esse ad

laissée à l'endroit du Baptème. C’est Le sacrement indispensable‘. Jésus-Christ à pourvu, avec autant de bonté que de sagesse, à sa nécessité : Voilà ce que je veux vous montrer en celte conférence.

On donne au Baptème différents noms qui, à première vue, semblent n'exprimer que ses prodigieux effets; mais qui, en fin de compte, nous révèlent son absolue nécessité. Il est appelé : régénération, 1llumination, sigillation, ouverture du royaume des cieux : regeneratio, illu= minatio, sigillatio, apertio regni cœlestis.

salutem necessaria, sed superflua; et sine eis, aut eorum voto per solam fidem homines a Deo gratiam justificationis adipisei; licet omnia singulis necessar'a non sint, anathema sit. (Sess. VII, Le Sacram. in genere.)

1. Si quis dixerit baptismum liberum esse, hoc est non necessarium ad salutem; anathema sit. (Sess. VIE De Baptismo.) ;

Pourquoi donc régénération? Quand l'acte générateur qui fait de nous des hommes est arrivé, par notre naissance, à son parfait développement, à sa complète manifestation, manque-t-1l quelque chose à notre être, que nous ayons besoin d'être engendrés de nouveau?

Oui, Messieurs, la génération naturelle n’a plus la force de nous donner la somme de vie et de qualités qui convient à nos sublimes destinées. Je vous ai expliqué longuement ce mystère, lorsque nous étudiions ensemble les préludes de l’Incarnation; il me suffira de vous le rappeler 1ci en quelques mots!.

Dieu, en créant l'humanité, lui a donné, dans son sein, un suprême rendez-vous. Ce n’est point par ses propres forces qu’elle s’achemine vers ce dernier terme de toute vie raisonnable; ni l'intelligence ni la volonté ne sont capables, par elles-mêmes, de la vision, de la possession, de l’intime union, qui doivent nous béatifieréternellement dans les cieux. Pour nous adapter à la félicité surnaturelle qu'il nous destine, Dieu ἃ

1. Voyez vingt-huitième conférence: La chute dans l'humanité.

relevé notre nature par l’inoculation de sa propre vie, force suréminente et toute gratuite qui pénètre notre être, transforme ses puissances, divinise ses opérations et les rend dignes de mériter le ciel. — Cette inoculation primordiale de la vie divine s'appelle la grâce ou la justice originelle. — Je vous ai dit sa puissance etses privilèges. Vous savez comment elle ἃ été perdue et comment, en se mutilant par le péché, notre premier père s’est privé de l’auguste pouvoir que Dieu lui avait donné de la transmettre à ses descendants

« Qui nous engendre nous tue », dit énergiquement Bossuet. Lugubre vérité, dont serait navré le cœur de tous les générateurs humains, 5115 avaient le don de voir les âmes, et s'ils pouvaient comparer l’état actuel de leurs enfants à ce qu'ils eussent été par la transmission de la justice originelle. Mais, ce que nous ne voyons pas, la foi nous le révèle, Le malheur est consommé, la malédiction divine qui condamne la race humaine à la mort suit son cours, et la première mort qui nous saisit est la mort du péché. Nous naissons munis de toutes nos facultés naturelles, mais dépouillés de la grâce de Dieu,

incapables d'aucun acte de vie surnaturelle, livrés aux défaillances de notre esprit, aux emportements de nos appétits, que le vigoureux tempérament de lumière et de domination, dont nous avions été doués par privilège, ne peut plus ni prévenir ni contenir, enfin, condamnés à l'éternelle privation de la béatitude à laquelle nous étions destinés. On appelle cela le péché originel ; nous le subissons tous.

Eh quoi ! me direz-vous, le Christ, qui devait racheter le genre humain et restaurer l’ordre divin, na donc rien changé aux conditions de notre naissance? Comment se fait-il que des parents mariés chrétiennement, vivant chrétiennement, ne transmettent pas au fruit de leur vie la vertu de la rédemption qui les sanctifie ? — Comment , Messieurs? — En vertu d’une loi à laquelle Dieu n'a pas jugé à propos de contrevenir par un privilège qu'il ne nous doit pas. La génération, par la force qui lui est propre, ne transmet que les qualités de la nature et non de la personne, les propriétés de l'espèce et non de l'individu.

Quand vous semez en terre le noyau d’un frnit doux et franc, ce n'est point un arbre semblable

à celui où vous avez cueilh le fruit que vous voyez pousser, Mails un pauvre sauvageon, auquel il faudra donner, par lentement, une nouvelle vie, si vous voulez qu'il possède les qualités de son générateur. lt voilà ce qui nous arrive. Nos parents, fussent-ils des saints, ne nous transmettent point Les qualités qu'ils ont reçues d'une culture divine, mais seulement la nature qui fait de nous des hommes. Encore une fois, nous naissons morts dans l’ordre de la grâce. Pour vivre surnaturellement , pour mériter le cie, il faut renaître : « ist quis renatus fuerit… non potest introire 1n regnum De.

Mais, comment renaître?— Parla justice d’un seul, dit l’Apôtre, comme nous sommes morts par la faute d'un 568]. — Ainsi le veut l’harmonie du plan divin. Or, la justice d’un seul, c'est le sang, ce sont les mérites du Christ immolé pour le salut du genre humain. La mort du Sauveur est comme le sein fertile où doit sermer la race des enfants de Dieu. Par quel

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