‹ Exposition du dogme catholique (volume 3)Chapitre 26 sur 48 · Gennad. de ÆEcclestasticus dogmatibus,cap · texte numérisé non relu

Gennad. de ÆEcclestasticus dogmatibus,cap

Nemo ascendit in regnum cœlorum, nisi per sacramentum baptismatis.(S. Amb., op. et loc. cit. n° 79.

Μέγα μὲν γὰρ ἐστι τὸ βάπτισμα, καὶ ἄνευ Βαπτίσματος ἀμήχανον βασιλείαςἐπιτυχεῖν. (5. Chrysost., Homil. IT], in Epist. ad Cor., n° 2.)

Cf., pour la tradition des Pères grecs et latins sur ce sujet, J. Gerard Vossius : Disput. vu. De Bap-

tismo. Thes. 21. k

IT

Messieurs, Dieu ne nous impose Jamais une obligation, sans donner satisfaction à ses nobles et touchantes perfections. Puisque le Baptême est nécessaire, Jésus-Christ à dû pourvoir à cette nécessité avec autant de sagesse que de. bonté. C’est ce dont ilest facile de nous convaincre en étudiant les éléments du sacrement régénérateur, son administration, et la manière dont il peut être suppléé.

« Le Baptême, dit le catéchisme du Concile de Trente, est le sacrement de notre régénération par l’eau, dans la parole : Sacramentum regenerationis per aquam in verbo”..» C'est-àdire, une ablution de notre corps, ordonnée à la régénération de notre âme , ablution dont l'effet intérieur est déterminé par ces paroles; Je te baptise, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. De l’eau et des paroles divines,

Cf. Summ. Theol., III P., quæst. 68, a. Υ Uirum omnes teneantur ad susceptionem baptisme. ? 1 Part. 11. De Baptismi saeramento n° 5.

tels sont les éléments du Baptème. La sagesse du Christ les a bien choisis: rien ne pouvait mieux signifier les adimirables effets qu'il voulait produire dans nos âmes.

L'eau purifie le corps qu’elle touche : symbole de la purification intime qui fait disparaître les souillures spirituelles dont l’âme humaine est déshonorée, alors même qu'elle n’a pas encore pu prévariquer volontairement. — L'eau étouffe et noie : c’est dans l’eau que le genre humain, corrompu et devenu odieux à son Créateur, a été englouti; c’est dans l’eau que fut exterminée l’armée ennemie qui poursuivait le peuple élu : symbole de la mort mystique par laquelle 1] faut passer, afin de renaître à une vie nouvelle, à cet ensevelissement dans la Passion et la mort du Sauveur que l'Apôtre préchaïit à ses fidèles, et où l’homme de péché, que nous sommes, est étouffé et noyé. — L'eau se précipite, impétueuse, irrésistible, et renverse tout ce qui s’oppose à son passage : symbole de l’inondation mystérieuse, sous le poids de laquelle s’effondrent et disparaissent les austères barrages de pénalités et d'expiations dont la justice divine entoure l’homme pécheur, pour

retarder son entrée dans l’éternelle félicité. — L’eau est merveilleusement féconde : les poëtes ont chanté l'Océan, père de toutes choses; Les religions antiques l’ont adoré comme un principe créateur ; les philosophes ont cherché dans l’eau le germe de tous les êtres ; la science nous la représente cemme une matrice immense, enveloppant originairement notre globe et couvant, sous l’action du soleil et des fluides, les premiers vivants dont devait s'enrichir la nature. Distinguée, par latoute-puissante parole de Dieu, des éléments qu'elle noyait, et pour toujours réglée en ses évolutions, elle circule dans le grand corps terrestre par des millions de canaux, elle s’insinue dans tous les organismes. Là où elle pénètre, la nature tressaille , les germes s'éveillent, la terre se couvre d’une riante parure, les fleurs éclosent et s’entr'ouvrent. les fruits se nouent et se développent ; là où elle se découvre, le petit insecte, l'oiseau du ciel, l’animal farouche, la bête assouplie, J’homme son maître , viennent étancher leur soif ; là où elle est absente, tont languit et tout meurt, la roche inféconde dresse mélancoliquement vers le ciel son front dépouillé, et l’aride

désert étale sa triste immensité. Elle est un élément essentiel de toute vie physique :

symbole de ia grâce, flot descendu des rivages de l'éternité, écoulement de la nature divine qui pénètre et vivifie nos âmes et fait en nous l'être surnaturel ; de la grâce, support des grandes vertus et principe de nos bonnes œuvres οἱ de nos mérites; de la grâce, en l'absence de laquelle la nature déchue, malgré sa beauté et sa puissance originelles, n’est plus qu’une terre désolée et à jamais inféconde pour le ciel. — L'eau rafraîchit nos membres fatigués et alanguis par une trop vive chaleur : symbole des habitudes infuses qui apaisent en nos âmes les fiévreuses ardeurs de .ἃ concupiscence. — Enfin, l’eau, fluide et diaphane, ouvre à travers ses flots un libre passage à la lumière du soleil : symbole de l’âme régénérée, dont la transparence s’abreuve des dons de l’Esprit-Saint, rayons du soleil éternel ®.

1. Ex institutione divina aqua est propria materia baptismi : et hoc est convenienter. Primo quidem quantum ad ipsam rationem baptismi, qui est regeneratio ad spiritualem vitam; quod maxime congruit aqueæ. Unde et semina, ex quibus generantur omnia viventia,

gcilicet plantæ, et animalia, humida sunt, et ad aquam ᾿ εὖ,

ne

Ainsi préparée par sa nature et sa puissance symboliques, l’eau a reçu, du maître des éléments, une préparation plus prochaine aux effets sacramentels. Dieu lui ἃ communiqué le miraculeux pouvoir de guérir les maux qui afflisent 16 corps humain : la lèpre de Naaman, 165 infirmités de ceux qui se plongeaient dans la piscine probatique, et, finalement il a exalté au plus haut point sa vertu, en la sanctifiant pour la rendre propre à notre régénération. Écoutez l'Église bénissant les fonts baptismaux : « Ὁ Dieu, dit-elle, tu as fait planer ton Esprit, à l’o-

pertinent. Propter quod quidam Philosophi posuerunt aquam omnium rerum principium. Secundo quantum ad effectus baptismi, quibus competunt aquæ proprie- tates : quæ sua humiditate lavat; ex quo conveniens est ad significandam, et causandam ablutionem peccatorum : sua frigiditate etiam temperat superfluitatem caloris ; et ex hoc competit ad mitigandam concupiscentiam fomitis , sua diaphaneitate est luminis susceptiva ; unde competit baptismo, in quantum est fidei sacramentum. Teriio quia convenit ad repræsentandum mysteria Christi, quibus justificamur. Ut enim dicit Chrysostomus super illud Joan III. Misi quis renatus fucrit, etc. (Howm. xxIV, in Joan. ad med. « Sicut in quodam sepulero in aqua submergentibus nobis capita, vetus homo sepeliiur; st submersus deorsum occulatur; et deinde vovus rursus ascendit. » Summ. Theol., 111 P., quæst. 66, ἃ. ὃ c.

rigine du monde, sur la surface de l’abîme, afin que l’eau commençât à recevoir la puissance de régénérer. » Mais, ce n’était qu'un commencement. La sanctification de l’eau est consommée par l'attouchement de la chair sacrée du Sau- veur. Le voyez-vous, soutenu par son précurseur, se plonger dans les eaux du Jourdain? Les autres y viennent pour se purifier ; lui, la pureté même, y vient pour sanctifier. L'Esprit de Dieu se manifeste sous une forme visible. La voix du Père se fait entendre et révèle au monde la grandeur de son Fils bien-aimé. De la Trinité tout entière découle une vertu mystérieuse qui, après avoir traversé la chair du Christ, se répand dans les eaux. Le fleuve l'emporte, et, suivant le mouvement giratoire qui, de la terre aux cieux, des cieux à la terre, unit entre elles les eaux de la création, elle les sanctifie toutes. Quand le Baptème, qui doit nous appliquer les mérites de la Passion et de la mort du Sauveur, deviendra nécessaire, sa matière sera partout préparée *. |

Page 1