‹ Exposition du dogme catholique (volume 3)Chapitre 34 sur 48 · BE · texte numérisé non relu

BE

{Il ne manquera pas de donner à son fils d'adoption l'héritage qu'il lui a promis, s'il est fidèle à la grâce de son Baptème. L'Église, je compte surelle; ses mains généreuses laisseront tomber à temps, sur le chrétien, les grâces auxquelles 1] a droit pour compléter le mystère de son initiation el parfaire sa vie surnaturelle. Mais, à la famille, à la société, il est bon, il est nécessaire de rappeler les ‘roits de l'enfance régénérée.

Le premier de ces droits, Messieurs, est le droit au respect. Respecter l'enfant semble tout naturel. Les touchantes supplications de sa faiblesse s’unissent à la voix du sang pour réclamer, au moins de nous, les attentions d’un cœur compatissant. Les païens eux-mêmes n’ont-ils pas dit : « Maxima debetur puero reverentia : On doit aux enfants les plus grands égards. » C’est vrai, Messieurs; mais, quand les païens ont dit cela, le christianisme commençait à pénétrer le monde ancien de ses maximes, et les poëtes, comme les philosophes, trouvaient bon de se les approprier. Ne jugez pas les sentiments et les mœurs de la nature d’après les sentiments et les mœurs de vos âmes chrétiennes. Abandonnée ἃ elle même, la nature déchue est bientôt aveu-

ed

glée par la perversité de ses instincts, et voil difficilement le côté grand et noble de la vie humaine. Son regard s'arrête à la superficie de notre être et, dans un pauvre petit enfant dont l’âme et les facultés sont encore un mystère, elle ne considère que la matière et ne tient compte que de ses promesses.

Nous en avons la preuve dans les agissements et les doctrines de l’antiquité païenne. Quel mépris de l'enfant, et quelle cruauté à son égard! L'intérêt de la famille et de la république décidait de son sort; car il n'était, aux yeux de ses parents et des sages, qu’un instrument dont la valeur se mesurait aux services qu'on en attendait. Sa constitution chétive, son corps mal conformé, menaçaient-ils de devenir une charge pour sa famille ou pour l'Etat, rien de mieux que de s’en débarasser. — Lorsqu'on disait au père : « Un enfant vous est né. » — Montrez-le moi, répondait-il, et, s'il le trouvait à son gré, il le prenait entre ses bras; cela voulait dire : «qu'il vive!» Si, au contraire, il le laissait à terre , cela voulait dire : « Emportez-le, tuez-le, je n'en ai que faire! » Coutumes atroces, qui déshonorent encore les peuples

chez qui le paganisme n'a pas été déraciné.

Ne croyez pas, Messieurs, qu'il n’v ait là qu'un de ces égarements de la nature, contre

lesquels protestent, au nom du droit et du de-

voir, l’enseignement des sages et les prescriptions de la loi. C’est la loi qui commande de tuer, sans délai ni miséricorde, les rejetons mal conformés !, Ce sont les sages qui conseillent l'avortement et l’infanticide comme des me-

sures de bien public.

C'estun Platon qui descend des hauteurs de sa brillante et pure métaphysique, pour traiter l'espèce humaine comme un troupeau de brutes et pour ordonner qu'on ne nourrisse que les enfants nés d'un couple robuste et bien fait ?;

Page 1