‹ Exposition du dogme catholique (volume 3)Chapitre 7 sur 48 · LS · texte numérisé non relu

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forme, il ne pouvait plus faire grand état des instruments sacrés auxquels nous attribuons notre sanctification. Aussi, ne s'est-il pas gêné de les appeler des signes nus, n'ayant pour effet que de relier entre eux les divers membres d’une société religieuse, ou d’exciter dans les âmes la foi qui justifie. Donc, point d'union déterminante entre la matière et la forme, mais, les éléments sensibles et les paroles des sacrements réduits au rôle d’un simple avertissement ou d’une simple promesse.

A ces erreurs, l’Église ἃ répit par des définitions précises qu'il importe de vous faire connaître. — « Les sacrements, dit-elle, ne sont pas choses superflues, mais choses nécessaires à notre salut; car la foi seule ne suffit pas à notre justification. Ce n’est point seulement pour nourrir cette foi, ni pour signifier qu'elle nous a obtenu la grâce, ni pour indiquer que nous sommes chrétiens, que les sacrements ont été institués; mais ils contiennent la grâce dont ils sont les signes, et la donnent toujours à ceux qui n’y mettent pas d’obstacle. C’est l’œuvre accomplie, l'acte sacramentel lui-même qui donne la grâce, et la perversité des ministres

n’en peut empêcher l'effet, pourvu qu'ils arent l'intention de faire ce que fait l'Eglise. » « Si quelqu'un enseigne le contraire, qu'il soit anaième ‘y

1. Si quis dixerit sacramenta novæ legis non esse ad salutem necessaria, sed superflua ; et sine eis aut eorum voto per solam fidem homines ἃ Deo gratiam justificationis adipisci ; licet omnia singulis necessaria non sint, anathema sit. (Con. Trid., sess, 7. De sacram. in genere, can. IV.)

Si quis dixerit hæc sacramenta propter solam fidem nutriendam instituta fuisse; anathema sit. (bid., can. V.)

Si quis dixerit sacramenta novæ legis non continere gratiam quam significant, aut gratiam ipsam non ponentibus obicem non conferre, quasi signa tantum externa sint acceptæ per fidem gratiæ, vel justitiæ, et notæ quædam christianæ professionis, quibus apud homines discernuntur fideles ab infidelibus; anathema sit. (/bid., can. VI.)

Si quis dixerit non dari gratiam per hujusmodi sacramenta semper, etomnibus, quantum est ex parte Dei, etiam si rite ea suscipiant, sed aliquando et aliquibus ; anathema sit. (Ibid., can. VII.)

Si quis dixerit, per 1psa novæ legis sacramenta ex opere operato non conferri gratiam, sed solam fidem divinæ promissionis ad gratiam consequendam sufficere ; anathema sit. (Zbid.,can. VIIL.)

ΘΙ quis dixerit ministrum in peccato mortali existentem, modo omnia essentialia quæ ad sacramentum conficiendum aut conferendum pertinent, servaverit non conficere aut conferre sacramentum, ana-

thema sit. (Zbid.,can. XII.)

Cet anathème est juste, Messieurs, car la doctrine que l’Église oppose aux erreurs du protestantisme est vieille comme le christianisme. C’est le Christ lui-même qui attribue à l’eau du Baptême une vertu régénératrice, dont le propre est de nous enfanter à la vie surnaturelle et d'établir nos droits au royaume des cieux ‘; à la parole de ses prêtres, la puissance d’eflacer les péchés et de nous rendre l’amitié de Dieu *; au sacrement de sa chair et de son sang, le don de nous communiquer une éternelle vie ὃ. Ce sont les apôtres qui nous enseignent que l’onction, la prière sacramentelle, l'imposition des mains, sauvent les âmes, les remplissent de sràce et des dons de l’Esprit-Saint ‘. C’est toute la tradition qui attribue aux paroles sacramentelles une vertu consécratoire, qui fait d’un élé-

1. Nisi quis renatus fuerit ex aqua et spiritu sancto non potest introire in regnum Dei. (Joan., cap. ur, 5.)

2, Quorum remiseritis peccata remittuntur eis. (Zbid., cap. xx, 23).

3. Qui manducat meam carnem et bibit meum sanguinem, habet vitam æternam. (/Zbid., cap. vi, 55.)

4, Tunc imponebani super 1illos manus et accipiebant spiritum sanctum. (Act., cap. vi, 17.)

(Pour l’extrême-onction et l’ordre, voyez textes ci-. tés plus haut.)

ment infirme une chose sacrée !; toute la tradition qui confesse que cet élément s'imbibe de sainteté pour nous rendre saints *, se pénètre *e l'Esprit de Dieu pour nous perfectionner”,

1. Baptismus Christi verbis evangelicis consecratus et per adulteros et in adulteris sanctus est. (5. Aug, De Baptismo, cap. 10.)

Detrahe verbum quid est aqua nisi aqua? (/d., tract. 80 in Joan.)

Unde tanta virtus aquæ ut corpus tangat et cor abluat nisi faciente verbo ? (Jbid.)

Ike syllabæ celeriter sonantes et transeuntes.., nisi dicantur non consecratur. (Lib. XIX, Contra Faustum, cap. 16.)

(Recte ergo nunc quoque) Dei verbo sanctificatum panem in Dei Verbi corpus credo transmutari.

(καλῶς οὖν καὶ νῦν) τὸν τῷ Λὄγῳ τοῦ Θεοῦ αγιαξόμενον ἄρτον εἰς σῶμα τοῦ Θεοῦ Λόγου μεταποϊεῖσθαι. (5. Greg. Nyss. Migne, t. II, p. 96, Oratio Catech., cap. 37, in fine.)

2. Aquæ sanctificatæ vim sanctificandicombibunt. (Tertul., De Baptismo, cap. 4.) Caro abluitur, ut anima emaculetur. Caro ungitur, ut anima consecretur. Caro signatur ut etanima muniatur. Caro manus impositione adumbratur, ut anima Spiritu 1lluminetur. Caro corpore Christi et sanguine vescitur, ut et anima de Deo saginetur. (/d., lib. De Resurrectione carnis., Cap. ὃ.) |

3. Saint Cyrille de Jérusalem exciteles catéchumèénes, à faire attention à la grâce de l’Esprit-Saint qui est donnée avec l’eau : Μετὰ τοῦ ὕδατος δεδομένη σνευματικῇ χάριτι. (Catech. III.)

est cause en nous d’une vie nouvelle !, possède des propriétés saintes absolument indépen- dantes des vertus et des mérites de ceux qui adminisirent ou reçoivent ?, enfin, une inénarrable efficacité *.

Je sais, Messieurs, que cette efficacité n’est pas plus agréée du rationalisme que du protestantisme. Contre le protestantisme, l'Église

1. Baptismus est peccati mors, animi regeneratio, adoptionis gratia. βάπτισμα θάνατος duaprias, σαλιγγεveoia ψυχῆς, υἱοθεσίας yépiopo. (5. Basil., Fomul. XIII.)

Aqua cum nihil sit aliud quam aqua, superna gratia benedicente ei, in eam, quæ mente percipitur, hominem renovat regenerationem : Τὸ ὕδωρ οὐδὲν ἄλλο τυγχάνον à ὕδωρ ἀνακαινίξζει τὸν ἄνθρωπον εἰς τὴν νοητὴν ἀναγέννησιν. (Greg. Nyss., Οκαΐί. in Christi Baptisma.)

2. Non eorum meritis a quibus ministratur, nec eorum quibus ministratur, constat baptismus, sed propria sanctitate atque veritate propter eum a quo institutas est. (S. Aug., lib. IV. Conf. Cresconium, cap. 16.)

3. Ostende mihi modum nativitatis quæ fit secundum carnem, et ego tibi vim regenerationis quæ secundum animam fit exponam. Στῆσὸν μοι τὸν τρόπον τῆς γεννήσεως τῆς κατὰ σάρκα, κἀγώ σοι διηγήσουαι τῆς κατὰ ψυχὴν παλιγγενεσίας τὴν δύναμιν. (5. Greg. Nyss., Orat.in Christ Baptisma.)

Sacramentorum vis inenarrabiliter valet plurimum, et ideo contempta sacrilegos facit. (5. Aug.,. lib. XIX, Cont. Faustum, cap. 11.)

peut invoquer l'autorité des témoignages ; le rationalisme méprise cette autorité. Il veut des arguments rationnels, et se scandalise pour tout de bon de nous entendre attribuer à des signes infirmes et misérables, sans autre preuve que des affirmations, le pouvoir de toucher les âmes et d'y opérer des transformations. Que l’homme, par ia partie supérieure de son être, gravite vers l'infini et s'efforce de le saisir; que Dieu, pour répondre à ce mouvement, veuille bien amener sa vie jusqu'aux confins de la nôtre et se résoudre à une union qui nous honore , sans l’avilir, nous pourrions peut-être l’accorder. Encore, faudraitil que ce mystère s'accomplit d’une manière digne de celui qui s’y trouve engagé, et que des signes magnifiques, incomparables, nous donnassent l'assurance des noces sacrées de notre âme avec l'infini. Mais, de l’eau, de l'huile, du pain, du vin, des bénédictions, des formules qui passent! — Non. -— Dites que ce sont des symboles, à la bonne heure! Des causes? Jamais!

On ne nous fera pas croire que de pareilles choses puissent transformer les âmes, et personne ne nous empêchera de rire d’une si prodigieuse absurdité.

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