‹ Exposition du dogme catholiqueChapitre 10 sur 65 · Summ. Cont. Gent., Lib. I, cap. iv · texte numérisé non relu

Summ. Cont. Gent., Lib. I, cap. iv

Nous allons, Messieurs, constater clans l'humanité l'existence du sens religieux et étudier ses exigences et aspirations. Après quoi, nous verrons que ces exigences et aspirations ne sont et ne peuvent être pleinement satisfaites que dans la direction donnée au sens religieux par le dogme catholique.

ce Quand la nature humaine prend conscience d'elle-même, dit saint Thomas, elle sent tout ce qui manque à sa perfection, et la raison, chargée de lui dicter son devoir, l'incline à se soumettre à un être supérieur qui l'aide et la dirige. Cet être supérieur, quel qu'il soit, est celui que tout le monde appelle Dieu : Et quidquid illud sit, hoc est quod apud omnesdicitur Deus1. v C'est à lui qu'on aboutit fatalement dans la recherche d'une cause première ; « et il est impossible de le connaître sans se sentir obligé de lui rendre hommage2, de reconnaître son excellence par des actes qui l'honorent, et la

1. Naturalis ratio dictât homini quod alicui superiori subdatur, propter defectus quos in seipso sentit, in quibus ab aliquo superiori eget adjuvari etdirie;i. Et quidquid, etc. (Summ. Theol., IIa IIœ Part., quœst. 85, a. 4.)

2 De dictamine rationis naturalis est quod homo aliqua faciat ad reverentiam divinam. (Summ. Theol., IIa II" Part., qurest. 81, a. 2, ad 3.)

dépendance de la créature à sou égard, en recevant de lui ce qu'il veut bien communiquer de sa divine plénitude1. Certes, ajoute le saint docteur, ce n'est pas pour son utilité, mais pour sa gloire que nous honorons Dieu. Tout le bénéfice de notre culte doit nous revenir*; car tout être inférieur est perfectionné par l'être supérieur auquel il se soumet, comme le corps est perfectionné par l'âme dont il reçoit la vie, l'air par le soleil qui le pénètre de ses rayons et l'illumine5. »

Je vous prie de remarquer, Messieurs, que, dans cette analyse du sens religieux, saint Thomas fait appel au sens intime et à la raison naturelle, mais ni l'un ni l'autre n'ont besoin de longues opérations pour orienter notre na-

1. Homo protestatur divinam excellentiam et subjectionem sui ad Deum vel exhibendo aliquid ei, veletiam assumendo aliquid divinum. (Ibîd., a. 3, ad 2.)

2. Deo non exhibetur aliquid propterejus utilitatem, sed propter ej us gloriam,nostram autem utilitatem .

[Ibid., a. G, ad 2.)

3. Qurclibet res perficitur per hoc quod subditur alicui superiori ; sicut corpus per hoc quod vivificatur ab anima, et aer quod illuminatur a sole (Summ. TheoL, 11' II™ Part., quaesfc, 81, a. 7.)

turc vers ua être supérieur et lui dicter sou devoir. Au premier appel, l'âme humaine est

prête à se mettre en rapport avec Dieu, et à donner l'hospitalité à cette noble vertu dont le propre est d'ordonner notre vie vers la source de tous les biens, la religion. Aussi, les anciens, qui appelaient l'homme un animal raisonnable, pour le distinguer des êtres inférieurs, n'ont-ils pas manqué de définir en lui sa tendance naturelle vers un être supérieur en l'appelant animal religieux : homo animal religiosum.

L'histoire humaine justifie cette appellation. Il suffit de jeter un regard sur le monde, en tous les temps et en tous les lieux, pour constater l'existence du sens religieux. « Quel est le peuple, quelle est la famille humaine, dit Cicéron, qui, avant toute science, n'ait une connaissance anticipée de la divinité1? » Et Plutarque : « Vous pouvez trouver des villes privées de murailles, de maisons, de gym-

1. Quœ enim gens, aut quod genus humanum, quod non habeat sine doctrina anticipationem quamdam deorum. (De natura deorum, lib. IV.)

nases, de lois, de l'usage de la monnaie, de la connaissance des lettres ; mais un peuple sans Dieu, sans prières, sans serments, sans rites religieux, sans sacrifices, nul n'en vit jamais1.» Et Platon : « Tous ceux qui ont un peu de raison invoquent la divinité au commencement de leurs actions, qu'elles soient grandes ou petites5. » Il y a plus, le sens religieux se manifeste sous une forme collective, dit le grand philosophe : « Invoquons Dieu pour l'heureux succès de notre législation ; qu'il daigne écouter nos prières, et qu'il vienne, plein de bonté et de bienveillance, nous aider à établir notre ville et nos lois5. > Les fêtes des dieux sont les

1. RupotÇ o à'v TroAstç octei/ittou;, àycau;j.aTOUç, à&ctfiAsuTO'j;;. âo(xouç, àys^aaTOu;, vouuTuiaTo; jjly) SeOfifiVttÇ, iirslOOUÇ (karpiov x-y.\ YufAVOtfffojv, àvis'pou §È TtoAstoç xai àOÉou, uy, ycoxj.lvr^ eu^aïç, p)8è tfpxoiç, (i.r,0£ Ousiatç ÊV àyaQoTç, jjl-^o' azoxpozaT; xoextov, O'jOEîÇ SffT'.V où8' sVrou yEyovcoç Osar/iç.

(P/uf. adt?. Cnloten., XXXI.— Paris, Didot, 1856.)

2. Tûoto Yl 8v| TravTE; octoi xai xaxa Ppotyu «TtotppoaùvYjç ueteyufftv £~1 icorôj opy.r, xai auuxpou xal u.£yaXou Tpay^axoç Qeov aet ?:ou xaXoufftv. (In Tim.)

3. (-h'ov $)| icp&; t))v ir^ tcoXsci); xaxacxsur.v ImxotXt&ptfa' 6 os âxouertiè te xai àxouaa; iXeco; E'jaevr,; te f,;xTv sXOot auvotaxo«7y.r'- CTtdv t/'v te -oXiv xal toi»; voiiouç.

(Plat., Lef/., lib. IV, cd. Lips.)

fêtes de l'humanité1. Partout des temples, dos autels, des offrandes, des sacrifices, des mains levées vers le ciel. Partout des adorateurs et des suppliants : dans les gigantesques édifices où les liturgies orientales célèbrent leurs mystères et déploient leurs pompes, près des sanctuaires que l'art a embellis et des gracieux édicules où l'on consulte l'oracle, autour des monuments grossiers sur lesquels le barbare immole ses victimes, à la porte de la hutte informe où le sauvage a rassemblé ses fétiches. Je n'insiste pas, Messieurs, il est trop évident que le sens religieux se révèle dans le monde humain par des manifestations constantes et universelles, et qu'il est impossible de n'y pas voir une loi de la nature, si l'on refuse d'y reconnaître les suites d'une première en-

\ . Les dieux, touchés de compassion pour le genre humain, condamné par sa nature au travail, nous ont ménagé des intervalles de repos dans la succession des

fêtes instituées en leur honneur, afin que, avec leur

concours, nous puissions réparer dans ces fêtes les pertes de l'éducation. 0sol Bl oîxTEipavxsç xo x<ov àv6poj7tiov s7U7rovov 7cecpuxbç ysvoç àvcnrauXaç ts aùxoïç xwv ttovwv sxaçavxo xaç twv sopxwv àjj.oi£aç xoî'ç ôeotç , . . . . IV sTravopôwvxat xaç y& xpoepaç.

{Ibid., lib. II.)

trcvuc et d'un premier pacte d'union de Dieu créateur avec l'homme roi du monde. De l'ensemble des manifestations multiples et concordantesdusens religieux, il est facile de dégager ses exigences et ses aspirations.

Et d'abord, l'être supérieur que l'homme cherche pour se mettre en rapport avec lui, c'est un être réel et vivant, tellement plein d'être et de vie qu'il puisse en donner au néant même, et surtout à ceux qui recourent à sa plénitude, et que l'on n'ait pas besoin cle chercher plus loin que lui. Une froide et immobile abstraction, si parfaite qu'on la conçoive, ne peut satisfaire que l'esprit d'un rêveur. L'homme vivant veut mettre sa vie en rapport avec la vie. Le Dieu qu'il cherche, le Dieu qu'il se croit obligé d'honorer doit exister avant tout et par-dessus tout ; être la source éternelle de tout être et de toute vie, et tenir toute créature sous sa dépendance. Sa puissance ne doit être ni prévenue, ni limitée par aucune puissance rivale ; et comme rien ne doit l'empêcher de produire, rien ne doit empêcher l'exécution de sa volonté souveraine dans le gouvernemenl du monde4 qu'il a créé.

L'homme religieux ne veut pas que le souverain Maître de toutes choses ait moins de prestige et de gloire que les maîtres de la terre. Il ne peut le concevoir isolé, dans le morne silence d'un royaume dépeuplé ; mais il imagine pour kii un trône de lumière, et autour de ce trône des légions de ministres, toujours prêts à exécuter les ordres de leur maître , et à servir d'intermédiaires entre le monde d'en haut et le monde d'en bas.

L'homme religieux veut un Dieu qui s'occupe de lui et mette à son service sa toutepuissance ; un Dieu qui écoute ses prières, un Dieu qu'on n'appelle pas en vain au secours des faiblesses et des misères humaines ; un Dieu qu'on invoque efficacement dans la peine et dans le malheur ; un Dieu qui bénisse les efforts et les fruits du travail ; un Dieu qui délivre de la douleur et console les souffrants ; un Dieu qu'on puisse appeler le Dieu très bon aussi bien que le Dieu très grand : Deo optimo raaximo .

L'homme religieux aspire à des rapprochements qui mettent Dieu, non seulement à la

portée de son âme, mais à la portée de ses sens. Il s'attriste de le savoir trop loin de lui ; il voudrait le voir, le toucher, l'entendre parler, recevoir de sa bouche la confidence des secrets que ne peut lui apprendre la nature ; connaître ses volontés, et être sûr qu'il marche, sous ses ordres, dans les voies du vrai et du bien.

L'homme religieux tremble devant la justice de son Dieu. Ayant conscience de ses fautes, il se demande comment il pourra apaiser la colère du Maître qu'il a offensé ; par quels moyens il inclinera son cœur à l'indulgence et à la miséricorde, et quel témoignage il recevra de son pardon.

L'homme religieux aspire à rendre ses actes sacrés dignes du Dieu qu'il honore et qu'il implore. Il les multiplie et les perfectionne , et , ne pouvant se contenter des pieuses ascensions de la prière, il s'efforce d'exprimer par le sacrifice l'humble anéantissement de l'adorateur et du suppliant.

L'homme religieux a besoin de signes sensibles et sanctifiés qui témoignent de son désir d'unir sa vie à la vie de Dieu, et qui, s'ils ne

peuvent le grandir, soient au moins la livrée de sa religieuse dépendance.

L'homme religieux compte sur un Dieu rémunérateur qui le récompensera de ses mérites . Il franchit par ses désirs les limites du temps, espérant bien que la vie ne se bornera pas pour lui à la rapide et trompeuse traversée de ce monde, que les rapports qu'il a entsetenus avec Dieu seront fixés dans l'immortalité, et consommés par un rapprochement plus intime, qui sera le vrai bonheur qu'on ne peut trouver ici-bas.

Telles sont, Messieurs, les exigences du sens religieux. Je ne les ai pas imaginées ni supposées, mais je les ai prises sur le fait, dans l'ensemble des actes sacrés par lesquels se manifeste la religiosité du genre humain. Que ces actes soient les restes défigurés d'une religion primitive ou les produits spontanés de la nature, il n'importe, leur conclusion est pour nous la même. Donc, abstraction faite du christianisme, rapprochez l'une de l'autre les diverses religions qui se sont partagé et se partagent encore le monde : Polythéisme, Brahmanisme, Bouddhisme, Lamaïsme, Taotisme,

Confucianisme, Zoroastisme, Judaïsme, Islamisme, de leurs traditions, de leurs liturgies, de leurs rites, de leurs mystères, de leur commerce avec la divinité, vous dégagerez les exigences et aspirations que je viens de signaler. Mais, si vous étudiez de près chaque religion, vous vous convaincrez qu'il n'en est aucune qui donne ou puisse donner aux dites exigences et aspirations une plénière satisfaction, et que l'on doit chercher cette satisfaction dans la direction que le sens religieux reçoit du dogme catholique.

C'est ce qu'il faut démontrer.

La Divinité que l'on rencontre dans la plupart des religions est-elle l'être réel et vivant, le Dieu Suprême, le nécessaire Créateur et le Maitre absolu que cherche le sens religieux ? — Non, Messieurs. — C'est tantôt un être vague, dont l'immobilité ne peut expliquer la naissance des choses qu'on voit sortir, auprès de lui, d'un éternel chaos; tantôt, un être monstrueux qui tire tout de lui-même parce qu'il est tout, et dont la tête, la poitrine, le ventre et les pieds engendrent les diverses castes du genre humain. Ou bien, c'est un duo d'éternels : l'un , père du bien et de la lumière ; l'autre, père du mal et des ténèbres ; limités l'un par l'autre dans leur puissance, et toujours en guerre. Pour donner cle la vie à la divinité , le polythéisme ne trouve rien de mieux que de multiplier les dieux et de leur prêter nos passions, S'ils ont un maître, en

même temps qu'il est soumis à une divinité sans formes, farouche et sournoise, à laquelle rien ne résiste, — le destin, roi barbare des immortels et des mortels, — il ne peut parvenir à régner paisiblement sur la foule turbulente des sous-dieux qui contrarient ses desseins, et troublent son gouvernement.

Entre le ciel et la terre s'agitent des légions de génies indépendants et capricieux, qui, s'ils ne tourmentent pas les pauvres humains, parviennent à les séduire et à confisquer leurs adorations.

Sous quelque forme qu'elle se présente, la divinité se montre jalouse de ses droits, armée de la force brutale pour les faire valoir, plus avide d'hommages qu'appliquée à faire le bien, difficilement atteinte par les prières boiteuses de l'humanité, inspirant la crainte par des châtiments plutôt que l'amour par des bienfaits.

L'homme veut-il se rapprocher de Dieu ? On invente pour le satisfaire une substance unique dont il fait partie et qui l'absorbe en ses évolutions, une sorte d*âme divine dont il est pénétré en même temps que l'univers, des

60 AMEN DU sl:ns religieux.

théophanics légendaires, des apothéoses de fantaisie. On ravale la divinité, sans qu'il devienne plus grand, on l'abaisse lui-même, on l'avilit par des déifications puériles et ridicules jusqu'au culte iclolâtrique des créatures inférieures, des images et des fétiches. Et, s'il s'agit de l'instruire des choses divines, on lui impose des maîtres sans titres, des sacerdoces sans mission.

A-t-il recours aux rites expiatoires pour apaiser la justice divine? — Il n'en est aucun dont on puisse lui garantir l'efficacité, et personne n'ose lui dire que Dieu est content de son repentir et de ses satisfactions, et qu'il daigne pardonner à son âme coupable.

Dans le perfectionnement des actes sacrés par lesquels il exprime l'adoration et la supplique, une fureur insensée pousse l'homme religieux jusqu'au crime. On lui fait croire que les victimes animales ne sont pas assez nobles pour rendre hommage à la grande vie de Dieu et provoquer ses largesses e En désespoir de cause, il se déshonore par l'homicide religieux et public : le sacrifice humain, que l'ordre

moral réprouve et dont le souvenir nous fait frémir encore d'horreur et de dégoût.

Môme déshonneur dans les sacrements antiques où ce l'homme, ditCicéron, croit trouver le principe d'une vie meilleure1. » Les caractères, ligures, actions symboliques, libations, aspersions, puriiications, feux sacrés, confessions, serments, festins liturgiques, dont se compose le programme des initiations et des mystères, ne produisent dans l'âme qu'une excitation maladive, une violente exaltation de l'imagination, dans les sens que des transports malsains, et aboutissent à la dépravation de l'homme religieux dans des infamies ténébreuses qu'on ose appeler des choses saintes.

Quant aux désirs qui transportent l'âme au delà de ce monde, dans les régions de Pi m mortalité et de l'éternel bonheur, ils ne rencontrent pour les satisfaire que les promesses d'un évanouissement suprême dans le néant, d'une

1. Quibus (ritibus) ex agresti vita exculti ad huinanitatem suraus, tanquam ea sint melioria \\tœ> principia. (Lib. IL, De Leyibus.)

série de transmigrations indéfinies, et, pour le mieux, d'une vie vulgaire, où les petits bonheurs de la terre sont fixés, sans que l'homme soit plus près de Dieu.

Grossières erreurs ! Déplorables égarements! Il y a pourtant, Messieurs, des religions où les exigences et aspirations du sens religieux semblent recevoir une meilleure direction et pouvoir mieux se satisfaire; ce sont les religions franchement monothéistes : le judaïsme et l'islamisme.

L'islamisme, vous le savez, a emprunté aux juifs son monothéisme. Il a le plus grand respect pour le Dieu unique et créateur, récite en son honneur des litanies d'attributs pleins d'une haute philosophie, et lui rend un culte de prière et de pieuses pratiques observées avec une étonnante fidélité. Mais, ce qui domine dans le Dieu de l'islamisme, c'est l'autorité et la force. Le croyant lui dit : je t'adore ; il n'osera jamais lui dire : je t'aime. Sa volonté souveraine pèse comme le destin sur la vie de l'homme et annule sa liberté; et l'arme dont il se sert pour recruter des adorateurs, c'est le cimeterre. Il a choisi pour établir son règne un prophète sans

autre prestige que le fanatisme; il est plein d'indulgence pour les brutalités de l'esclavage et pour les immoralités qui déshonorent la famille, et n'a pas d'autres récompenses à promettre pour l'éternel avenir que la volupté des sens. Il pousse au fatalisme et à la corruption des mœurs, si bien qu'un philosophe arabe a cru pouvoir appeler l'islamisme « une religion de pourceaux1. »

Le judaïsme, lui, s'est donné comme une religion divine et a prouvé sa divinité par des prodiges sans lesquels il est impossible d'expliquer les événements de son étrange histoire. Son Dieu créateur est tout-puissant par sa parole, expression d'une volonté absolument maîtresse de toutes choses, et sa sainteté égale sa puissance. Vengeur de l'iniquité, il est le père libéral et magnifique de tous les biens. Il (roue au ciel entouré de ses anges et gouverne avec eux le monde. Il a envoyé ses prophètes

I. On attribue ce proverbe à Averroès : « Le christianisme est une religion impossible à cause de ses mystères, le judaïsme une religion d'enfants, l'islamisme une religion de pourceaux. (Renan, Averroès, 11° p. ch. ii, p. 16.)

(il AMEN DU SENS RELIGIEUX.

pour instruire son peuple et lui révéler l'avenir, et s'est manifesté lui-môme par de louchantes et grandioses apparitions. Attentif aux

prières des humains, il exauce leurs vœux. Il a pitié de la faiblesse, de la souffrance et de la misère, et se montre propice aux pécheurs. Son peuple le loue par de sublimes cantiques, et rend hommage à sa très haute majesté par des sacrifices que ne déshonorent pas les cruautés payennes. Il est le juge suprême, et il attend aux portes de l'éternité ceux qui sortent de cette vie pour les traiter selon leurs œuvres.

Evidemment, Messieurs, c'est de ce côté que le sens religieux a dû chercher et trouver sa meilleure direction. Mais le judaïsme, plus à la crainte qu'à l'amour, sentait lui-jmême qu'il n'était pas destiné à donner aux exigences et aux aspirations du sens religieux une plénière satisfaction. Tout en chantant les perfections de son Dieu, il entrevoyait à peine le mystère de sa vie ; tout en espérant l'éternel bonheur, il n'en connaissait pas bien la nature. Il se plaignait dans ses cantiques de l'insuffisance de ses sacrifices, et attendait une oblation plus

efficace et plus pure1. Honoré des visites de Jéhovah, il espérait, il désirait, il appelait avec impatience un rapprochement plus intime. Il disait à Dieu : « Montre-nous ta face'. — Cieux, répandez votre rosée et que les nuées pleuvent le juste*. — Que la terre s'entr'ouvre et germe le Sauveur4. — 0 Dieu, que ne déchires-tu les cieux! Que ne descends-tu vers nous5! » — Et voilà qu'au moment où les temps prophétisés arrivent à leur terme, où le rapprochement doit se faire, le judaïsme voit crouler son temple, ses autels, son sacerdoce, et se disperser les adorateurs de Jéhovah. Il ne s'est pas relevé de cette catastrophe. Ses docteurs ont versé, depuis, du côté des calculs puérils de la Kabalc, des interprétations mesquines des oracles et de la loi, des vaines observances; et la race, oubliant ses

1. Sacrificium et oblationem noluisti. — Holocaustum et pro peccato non postulasti (Psalm. XXXIX.]

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