I. 'J'ai ne
"2. Lettre de Michel-Ange à un de ses amis.
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désireuse de voir plus beau qu'on ne voit en
ce monde.
C'esl son idée qu'il a exprimée dans perfections de ce mondé. « Les exemplair
divins de ces perfections, dit saint Augustin, demeurent éternellement et immuablement dans l'esprit du Créateur, c'est leur participation actuelle à l'être de Dieu qui fait que les choses sont ce qu'elles sont et comme elles sont1. — Dieu fait les êtres, mais il ne les ferait pas s'il ne les connaissait pas à l'avance; il ne les connaîtrait pas, s'il ne les voyait pas; il ne les verrait pas, s'il ne les avait pas2. » Il les a donc en lui avant qu'ils ne paraissent et ne fassent parler leurs charmes; il les a non pas selon leur propre nature, mais selon leurs idées. Ces idées ne sont pas, comme l'ont imaginé certains philosophes, des entités subsis-
1. Singula propriis sunt creata rationibus. Has autem rationes ubi arbitrandum est esse nisi in ipsa mente Creatoris?...Ipsse seternœ incommutabiles manent; quarum participatione fit, ut sic quidquid est, quoquo modo est.(Aug., De diversis quœst., Lxxxm.,q.46, n° 2.)
2. Neque ea faceret, nisi ea nosset antequam faceret, neenosset, nisi videret; nec videret, nisi haberet. (Aug., lib. V., De Genesi ad litteram, cap. xv.)
tantes, car en Dieu rien ne peut subsister qui ne soit Dieu. L'essence divine n'est pas un miroir gigantesque, devant lequel passent et repassent les éternels exemplaires que doivent imiter les êtres, non plus un océan lumineux don! les flots submergent et roulent sans lin les images vivantes cl distinctes de la création. Les idées sont en Dieu multitude immense et inséparable, unité non distincte de son essence; car, comme le dit profondément notre grand docteur saint Thomas, les idées sont l'essence divine elle-même en tant qu'elle est participable et qu'elle peut être imitée par les créatures1. Il y a là le concept de tous les êtres et de chacun des êtres, de leur essence, de leurs formes, de leurs règles, de leurs rapports, de leur ordre admirable, et il ne faut qu'un fint souverain pour les produire et faire la beauté du monde et de chacune d< parties.
I. Inaqurcque creatura habet propriam speciem, secundum quod aliquo modo participât divinre essentia} similitudincm. Sic; iuitur in quantum Deuscognoscit suam Essentiam, ut imitabilem a tali creatura, coernoscit enm ut propriam rationem et ideam hujus creatura-. [Summ. Theol.j I a P.. queest. 10, a. 2.)
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Le monde est donc une manifestation de l'idée de 1 >ieu, en Laquelle chaque créature est belle de sa beauté. Le; Psalmiste a bien dil :
« Les cieux chantenl sa gloire, cl son nom esl admirable par toute la terre1. » Les vastes profondeurs de l'univers sont une image de son immensité, l'éclat des astres une image de sa gloire, les admirables élans de la mer une image de sa force, le perpétuel mouvement de la vie une image de son inépuisable fécondité; les grands repos de la nature pleine de vie une image de sa sereine béatitude; enfin, dans l'ensemble et dans chacun des êtres de la création, surtout chez les vivants, la grâce et l'harmonie des qualités et des formes faisant resplendir l'unité, c'est l'image des perfections multiples qui se pénètrent en Dieu dans une seule perfection, laquelle se confond avec F être divin lui-même, et donne pour résultante une plénitude infinie dans une parfaite simplicité, la plus radieuse expression de la beauté.
1. CœlienarrantgloriamDei. Ps. XVIII. Domine, Dominus noster, quam admirabile nomen tuum in universa terra! Psalm. VIII.
J'aime, Messieurs, cette belle définition que Kant nous donne du beau; « — le beau c'est un reflet de l'infini sur le Uni; c'est Dieu entrevu. » En effet; « tout un monde voilé vit et palpite au sein du monde phénoménal. Sous chaque forme passagère, en chaque être fugitif reluit l'exemplaire éternel; et comme Dieu se contemple en soi, dans les idées qui le manifestent à ses propres regards, selon tout ce qu'il est, l'homme le contemple dans ces mêmes idées réalisées extérieurement1. » Où que nous rencontrions ces idées dans leur harmonieuse réalisation, soit dans le spectacle de la nature, soit clans les formes corporelles, soit dans la splendeur du vrai ou du bien, notre âme s'élève et s'écrie : C'est divin! Ce cri tant de fois répété justifie la parole de l'Apôtre : « l'invisible beauté de Dieu se laisse entrevoir dans ses œuvres : Invisibilia Dei per ea quse farta sunt intcllectn conspiciuntur*. »
.Mais, comme je vous le disais tout à l'heure,