Rom., cap. i
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il ne faut pas B'arrêteraux formes apparent
qui frappent l'imagination et les sens, el repaître du plaisir vulgaire de contempler des images. Le sens esthétique tend à s'élever des beautés de ce monde à leur idéal, c'est-àdire à la beauté parfaite.
Ecoutez ces belles paroles de Platon1 : « Pour arriver à la beauté parfaite, il faut commencer par les beautés d'en bas, et les yeux attachés sur la beauté suprême, s'y élever sans cesse, en passant, pour ainsi dire, par tous les
degrés de l'échelle, des beaux corps aux
beaux sentiments, des beaux sentiments aux belles connaissances, jusqu'à ce que, de connaissances en connaissances, on arrive à la
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connaissance par excellence, qui n'a d'autre objet que le beau lui-même, e1 qu'on finisse
par le connaître tel qu'il est en lui Quelle
ne serait pas la destinée d'un mortel à qui il sérail donné de contempler le beau sans mélange, dans sa pureté et sa simplicité, non plus revêtu de chairs et de couleurs humaines, et de tous ces vains agréments condamnés à périr, à qui il serait donné de voir face à face, sous sa forme unique, la beauté divine? »
Messieurs, cette vision rêvée par Platon n'est point la destinée d'un mortel en ce monde, mais la récompense de ceux qui auront mérité dans les cieux une glorieuse immortalité. Ici-bas, dit l'Apôtre, nous ne voyons la beauté divine que dans le miroir des créatures1.. Mais encore faut-il la voir. — Or, écoutez-bien, Messieurs : Toute doctrine qui tend à séparer Dieu de la Création ou à le confondre avec elle, toute doctrine qui définit mal les rapports de Dieu avec la Création arrête fatalement les ascensions du sens esthétique vers l'idéale et
î. Videmus nunc per spéculum. (I Cor., cap. xin, 12.)
104 wikn' m SENS B8THÉ1 LQ1 B.
éternelle beauté, principe e1 type de toute beauté créée, et ravale L'âme humaine en des
admirations sensuelles, triviales, quelquefois monstrueuses, toujours injustes.
Séparée du Créateur, la nature n'es! plus une œuvre dans laquelle il faut chercher l'idée originale et typique de l'éternel artiste, mais un ensemble de substances, de forces, et de lois que Ton constate, sans se demander si elles ont un principe, une vaste mécanique dont le jeu peut intéresser la science, et avec laquelle le sens esthétique n'a rien à démêler. Confondue avec Dieu, la nature prend des proportions exorbitantes, dans lesquelles le beau et le laid se mêlent sans qu'on puisse les distinguer, puisqu'on leur doit une égale adoration. Mal définie dans ses rapports avec Celui qui est le principe et la fin de toutes choses, la nature est armée de séductions et de charmes qui rivent l'âme humaine aux sensations qu'elle reçoit de toutes les beautés d'emprunt, sans qu'elle s'inquiète de savoir si ces beautés ont quelque part un exemplaire plus digne de notre admiration et de nos hommages.
Il no manque pas, Messieurs, de doctrines religieuses et philosophiques auxquelles on peut reprocher ces outrages dont souffre le sens esthétique. Mais, la doctrine catholique ouvre à lïmie humaine, en quête du beau, le vaste champ de l'idéal, et lui montre la voie qu'il faut suivre pour arriver au principe de toute beauté. — Croyez en Dieu le Père, nous dit-elle, Créateur du Ciel et de la terre, des choses visibles et invisibles. Il est par luimême et avant tout, et son infinie beauté, qu'il contemple clans le mystère de son essence, le ravit éternellement. Il est et il se suffit ; mais, par pure bonté, il veut que le monde soit. Dès que le monde existe, il est dans le monde, non pas confondu avec les substances et les formes multiples dont le monde se compose, mais parfaitement distinct sans jamais cesser d'être en toutes choses. « Il y est par sa puissance, sa présence etson essence : Est in omnibus, per potentiam, i>or prsesentinm et per essentiam. I \ir sa puissance, en tant que tout est soumis à sa souveraine volonté ; par sa présence, en tant que tout est à découvert sous son regard ; par son essence en fcanl qu'il est perpétuelle-
ment pour [oui être sa cause d'être1 d. Nousmêmes, nous qui croyons si bien nous posséder, « nous vivons, nous nous mouvons, nous existons en lui : In ipso enim vioimuB% nmvemuret sumus2. S'il se retirait du monde, il n'y aurait plus rien que lui. Or, tous les êtres, qu'il gouverne, qu'il voit et qu'il fait être, portent l'empreinte de l'idée originale et typique qui a dirigé son Fiai. C'est cette idée que sollicite mystérieusement le sens esthétique, chaque fois qu'il est ému par quelque beauté créée, afin de l'amener à la parfaite beauté. — Enfin c'est lui, le principe du beau comme il est le principe de l'être, lui, le parfait créateur, qui fait entendre à l'âme humaine, sur tous les points de la création, un perpétuel Sursurn corda.
Il n'est pas nécessaire, Messieurs, d'avoir une grande intelligence, ni une puissante ima-
1. Deus est in omnibus per poteniiam, inquantum omnia ejus potestati subduntur : Est per prœsentiam in omnibus, inquantum omnia nuda sunt et aperta oculis ejus : Est in omnibus per essentiam, inquantum adest in omnibus ut causa essendi. (Summ. Theol., I a P., quœst. 8, a. 3.)