Àct., cap. xvir
gination pour dire Amen à cette haute doctrine; une foule d'humbles croyants en ont subi Faction jusqu'au ravissement. Quand on parcourt la vie des Saints, par exemple, on s'étonne de leur douce et tendre familiarité avec la nature, de la pénétration de leur regard, qui leur faisait découvrir, dans les spectacles du monde, l'éternelle beauté de Dieu, et de leurs hymnes enthousiastes à cette beauté. « 0 soleil, disaient-ils, tu es à nos yeux le plus beau des astres, mais nous saluons dans ta lumière l'astre invisible et éternel qui t'a allumé comme un flambeau au milieu du firmament. Vastes étendues de la mer et des cieux, vous êtes immenses, mais moins encore que l'Océan de perfections dont personne ne verra jamais les rivages. Montagnes, lancez vers les cieux vos majestueuses cimes, coulez, eaux limpides et fécondes, terre, hâte-toi d'ouvrir ton sein et de te couvrir de ta parure , fleurs, entr'ouvrez-vous et balancez aux souffles delà brise vos urnes de parfums, chantez voix de l'univers, vivants, déployez toutes les grâces de vos formes et le bel ordre de vos mouvements, nature, montre-nous toutes tes beautés;
108 AMEN Di BBNo ESTHÉTIQUE.
c'est bien, c'est bien, Amen, Amen ! Mais, 0 nature, les beautés ne nous charment que par que nous y voyons le rayonnement de l'infinie beauté de Dieu; le beau, c'est le divin dans la Création ! »
Vous me direz, Messieurs, qu'il n'est pas besoin d'une révélation pour arriver à cette conclusion et qu'il suffit d'un pur spiritualisme. Je ne vous demanderai pas où se trouve ce pur spiritualisme, et vous voudrez bien m'accorder, je l'espère, qu'un dogme divin n'est pas de trop pour mettre à la portée de tous la vérité fondamentale des premiers rapports du fini et de l'infini, dont nous venons de tirer les conséquences au profit du sens esthétique.
Mais, je vais plus avant. Non seulement le dogme catholique nous révèle, dans l'ordre de la nature, le vrai et unique principe du beau, mais, dans un ordre supérieur à la nature, il le rapproche cle nous par les manifestations les plus émouvantes et sous les formes les plus capables de ravir notre admiration.
En effet, Messieurs, après la vérité de la création, le dogme catholique propose à notre
croyance la vérité du Verbe incarné. « Or, la beauté, dit saint Thomas, est, dans les attributions qu'on peut faire à chacune des personnes divines, le propre du Verbe. Il reçoit en lui- môme, vraiment et parfaitement, toute la nature de son Père. Il est L'image subsistante, vivante, et souverainement expressive de Celui qui l'engendre, il fait resplendir en lui-même la gloire de son principe : parfaite intégrité, parfaite proportion, parfait resplendissement, tout ce qui convient à la parfaite beauté le Verbe le possède1. » — Eh bien, cette beauté personnelle et vivante, le dogme catholique nous dit ({ue, pour nous et pour notre
1. Species sive pulchritudo habet similitudinem cum propriis Filii ; nam ad pulchritudinem tria requiruntur : primo quidem integritas sive perfectio : et débita proportio sive consonantia ; et iterum claritas. Quantum igitur ad primum, similitudinem habet cum proprio Filii, inquantum est Filius habens in se vere et perfecte naturamPatris.... Quantum vero adsecundum, convenit (pulchritudo) cum proprio Filii, inquantum est imago expressa Patris.... Quantum vero ad tertium, convenit cum proprio Filii, inquantum est Verbum, quod quidem lux est et splondor intellectus.... Et hoc tangit Augustinus (de Triait.) cum dicit: Tanquam verbinr perfectum eut non clesit aliquid, et avs queedam omnipotentis Dei. (Summ. Theol^ I a P., qurcst. 39, a. 8.)
110 AMEN DU IBNfl BITHfiTIQUB.
salut, elle est descendue des cieux st faite
homme comme nous. Le Verbe incarné pouvait-il n'être pas le plus beau des enfante des hommes? Il remplit de lui-môme une âme humaine dont l'adorable splendeur rejaillit sur sa face et sur son corps très saint. Je vous Pal déjà dit, en terminant l'étude de ses perfections, laissez-moi vous le dire encore : « Si le soleil du firmamentinonded'or,d'écarlate et depourpre, les nuages transparents sous lesquels il se dérobe à nos yeux, comment le soleil du ciel des cieux, de la Trinité sainte, caché dans une âme humaine sous le voile de la chair ne la tein* drait-il pas de ses feux ? Si l'homme de génie, l'homme de caractère, l'homme vertueux donnent à leurs physionomies l'empreinte de leurs nobles conceptions, de leurs glorieux desseins et de leurs saintes habitudes, comment le plus grand des esprits créés, la plus droite, la plus puissante des volontés, le plus profond, le plus tendre, le plus généreux des cœurs, la plus vertueuse, la plus riche des âmes, en union personnelle avec le principe du beau, ne donneraient-ils pas à la physionomie du Christ le cachet de la suprême perfection ?
AMEN DU SENS ESTHÉTIQUE. lll
Le Christ est beau aux yeux qui le contemplent comme à l'esprit qui le médite. 11 se montre, c'est la divine beauté qui nous apparaît; il habite parmi nous, c'est la divine beauté qui s'est faite notre hôte ; il parle, c'est la divine beauté qui nous instruit, nous apprend les secrets du ciel et reluit en sa sublime et profonde parole. Il commande à la nature et fait des miracles, c'est la divine beauté, principe et type de tous les êtres, de leurs formes et de leurs lois, qui prouve à la fois sa présence et son souverain pouvoir. Il pleure, c'est la divine beauté qui s'attendrit sur nos misères avant de les guérir; il nous aime, il nous accable de bienfaits, il se livre à la justice du ciel, il souffre, il meurt pour nous, c'est la divine beauté qui veut nous ravir par le plus grand charme de l'amour, le sacrifice. Il triomphe de la mort, c'est la divine beauté qui nous montre le chemin de gloire que nous prendrons un jour pour aller la rejoindre aux lieux d'où elle est descendue. Oh ! oui, Jésus était beau aux yeux de ceux qui eurent le bonheur de le contempler et de chanter hosannaJi sur son passage ; il est beau encore à l'esprit qui le médite en son adorable
1 1 2 a m B H DU s 1 ; N s B8TH B T IQU i : .
histoire, et surtout dans la sainte doctrine, qui nous explique cette histoire. Ceux-là, même, qui n'osent pas approfondir le mystère de sa personne, ou qui se sont déclarés publiquement ses ennemis lui ont rendu d'étranges témoignages. Ils confessent « qu'en aucun temps il ne sera possible de s'élever au-dessus de lui, ni de concevoir quelqu'un qui lui soit môme égal1. — Qu'il est l'homme divin, le saint, le type et le modèle de tous les hommes2. — Qu'il met dans l'ombre toutes les perfections humaines par sa grandeur et sa beauté 5. — Qu'entre lui et Dieu le monde ne distingue plus*. » Mais que cette admiration est donc froide et languissante, en comparaison de celle qui remplit l'âme du croyant éclairé par le dogme catholique. Il est convaincu, lui, que la divine beauté s'est rapprochée de notre pauvre humanité, et chacune de ses manifestations provoque son religieux enthousiasme. Dans
1. Strauss, Du passager et du permanent dans le christianisme. Altona, 1879, p. 127.