‹ Exposition du dogme catholiqueChapitre 31 sur 65 · Rom., cap, vu · texte numérisé non relu

Rom., cap, vu

et de le proposer de nouveau à votre pieuse admiration.

Là où le chrétien se contente de se purifier du péché, le saint travaille à en détruire dans sa nature jusqu'aux derniers restes, représentés par la convoitise. Il s'humilie pour écraser l'orgueil, père de tous les vices, et se disposer à l'obéissance, mère des grandes victoires. Il demande à son cœur raison de son égoïsme et de ses affections déréglées; il le presse de sortir de lui-même et de rompre les plus petites attaches qui l'empêcheraient de se donner à Dieu et de se dévouer à tous. Il fuit le monde qui le sollicite, il s'applique à mépriser les honneurs qui le tentent, il se dégage des biens fugitifs qui pourraient lui faire oublier l'unique et éternel bien. Il impose silence aux sens avides qui lui demandent des jouissances, il les sèvre, les châtie, appauvrit leur énergie pour faire taire leurs exigences et les soumettre au souverain empire de l'âme. Ses fautes et ses imperfections diminuent de nombre et de gravité à mesure que leur racine, toujours attaquée par de généreux efforts, perd de sa vigueur, et le saint triomphant

17M AMEN DI LA vu; MORALE.

passe do la purification à la pratique des vertus.

En cette phase lumineuse de la vie surnaturelle, nous nous arrêtons à la correction, le saint va jusqu'à l'héroïsme. Sa foi n'est pasj comme la nôtre, une adhésion généralement tiède et laborieuse qui redoute les mystères et lutte contre les protestations orgueilleuses de la raison. L'Esprit-Saint qui l'éclairé lui donne l'intelligence et la science des choses divines. Il s'appuie si vigoureusement sur la révélation, qu'aucune contradiction ni aucune menace ne peut l'ébranler ; il discerne, comme par instinct, les nuances les plus subtiles de l'erreur ; il voit clairement qu'aucune des vérités de la nature ne peut contredire aux dogmes sacrés qu'il adore; il fait de la foi la règle suprême de toute connaissance et de toute science; il la confesse publiquement et se tient prêt à lui rendre témoignage même par l'effusion de son sang, si Dieu l'exige.

Le saint espère : mais tandis que nous visons notre propre bonheur clans F éternelle félicité qui nous est promise, l'espérance du saint, épurée par la crainte filiale, passe d'un appétit

trop égoïste do la félicité au chaste désir du bien pour le bien lui-même. Il a moins peur de perdre son bonheur que d'offenser celui qui doit en être l'éternel objet. Honneurs, biens, plaisirs, tout lui parait vil ; le royaume de Dieu est déjà dans son cœur sevré de toute convoitise terrestre.

Le saint aime : non plus de cet amour initial qui est le nôtre, et dont l'acte principal consiste à éviter le mal, mais d'un amour qui croît sans cesse en s'appliquant à son éternel et parfait objet : amour sublime que perfectionne le don de sagesse, qui reçoit de ce don le pouvoir de goûter les choses divines et de dire avec un sincère enthousiasme : « J'en suis certain, ni la crainte de la mort, ni l'amour de la vie, ni anges, ni principautés, ni vertus, ni choses présentes, ni choses futures, ni force, ni hauteur, ni profondeur, ni quelque créature ([lie ce soit ne pourront me séparer de la charité de mon Dieu1. » Aimant Dieu par-dessus

1. Cortus sum quia neque mors, neque vita, neque angeli, neque principatus, neque virtutes, neque instantia, neque futura, neque altitude», neque profundum, neque alia creatura poterit nos separare a caritate I)ei. (Rom., cap. vin, 93, 39.)

toutes choses, il participe, autant que le peut un être fini, à son immense bonté: parents el étrangers, amis et ennemis, justes et pécheurs, tous reçoivent avec ordre les tendres et généreux témoignages d'une charité dont l'infini est le principe et le terme suprême. La misère sous tous ses aspects a surtout le pouvoir de séduire son cœur. Il en reçoit dans sa nature attendrie et compatissante les mystérieux contre-coups, et, pressé de la guérir, il ne peut plus retenir en sa présence aucun de ses biens. Ses aumônes, ses services, ses prières, ses sages conseils, ses douces corrections, son temps, sa santé, sa vie appartiennent aux malheureux.

Notre prudence est toujours mêlée de quelque habileté humaine. Le saint s'abandonne aux conseils de l'Esprit de Dieu, qui le fait passer avec honneur à travers toutes les difficultés et prévient jusqu'aux écarts de sa bonté compatissante.

Notre justice se borne au respect des droits, sans sacrifier les nôtres. Le saint n'hésite pas, pour l'amour de la paix, à faire l'abandon de ses droits les plus chers. Non content de servir

les causes privées et publiques selon la stricte rigueur du devoir, il se dévoue jusqu'à l'immolation. Pour lui, c'est trop peu d'obéir aux commandements de Dieu : sa justice, éclairée par le don de piété, le pousse dans la voie parfaite des conseils où il suit, comme autant d'ordres, les secrètes inspirations de la grâce. Affamé et altéré de justice, il aspire à en être rassasié.

Nous épuisons notre force dans des luttes vulgaires. Le saint cherche, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, les entreprises ardues et se met à l'œuvre confiant dans le bras du Tout-Puissant. A la tribulation, à l'angoisse, à la douleur, il ne répond que par une héroïque patience. Que dis-je? Il pousse des cris qui épouvantent la nature : Ou souffrir ou mourir! Toujours souffrir, jamais mourir ! Il n'a besoin d'aucune consolation humaine, la consolation du ciel le remplit de joie au plus fort de ses maux. Athlète magnanime de la vérité et du devoir, il en prend héroïquement la défense contre toute violation. La force de l'Eprit-Saint dont il est investi lui sert d'armure contre les assauts de la persécution.

Qu'on le calomnie, qu'on le maudisse, qu'on l'emprisonne, qu'on l'exile, qu'on répande dans les plus cruels supplices son sang généreux, rien n'ébranle sa constance. Il est heureux de souffrir pour la vérité et la justice et d'en être le martyr.

Nous sommes satisfaits quand nous avons tempéré l'ardeur de nos passions et étouffé nos plus basses convoitises. Mais le saint, voulant offrir à Dieu, dans une chair vierge, une plus agréable hostie, se sèvre des plaisirs permis, en supprime les plus vagues désirs et les plus lointaines pensées. Près des autres il s'efface, se renonce, s'estime le plus petit de tous. Sa mansuétude, fruit d'une humilité aussi sincère que profonde, subjugue autour de lui tous les cœurs.

Enfin, après avoir dit à toutes les vertus divines et humaines : plus haut ! plus haut ! le saint arrive à l'état transcendant qui représente en cette vie de passage l'éternelle union descieux. Il entre, pour ainsi dire, en Celui qui est la perfection même et s'écrie1 : « Mihi ad-

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