‹ Exposition du dogme catholiqueChapitre 32 sur 65 · Psalm. LXXII · texte numérisé non relu

Psalm. LXXII

kœrere Deo bonum est. Il est bon que je m'attache à Dieu et que je jouisse de lui. » Il est donc tout à Dieu; il s'abandonne, il se laisse envahir; il pense en Dieu, il aime en Dieu, il respire en Dieu, il est tout pénétré de Dieu. Sa charité parfaite rend sublimes ses moindres actions : jusqu'aux soupirs de sa poitrine, jusqu'aux ondulations de son cœur. Il n'a plus qu'un désir : voir se dissoudre le corps mortel qui l'empêche de se fondre en son unique bien : a Cuplo dlssolvi et esse cum Christo. »

Ne croyez pas, Messieurs, que ce portrait du saint soit une fantaisie mystique ; ne dites pas, avec un philosophe contemporain : « La saintel é est un idéal qu'on peut rêver, mais elle n'est pas plus accessible à l'homme que la béatitude1. » Ce qui a été fait est possible. Or, la sainteté est un fait que les siècles chrétiens ont vu maintes fois se produire. Nos catalogues et nos livres hagiographiques, où sont inscrits des milliers de noms, ne contiennent que les cadres de cette immense armée d'hommes,

1. Cousin, Premiers essais de philosophie (troisième édition, 1855.)

17l) AMEN DE Là VIE MORAL!:.

comme vous, que l'influence du dogme catholique a élevés jusqu'au sommet de la perfection.

Actionnés par la grâce, dirigés par la loi évangélique, les saints n'ont pas pu reproduire à égalité la sainteté du type divin qui les ravissait : car, même en s'appliquant à la pratique des vertus, l'homme ne peut donner à toutes la même splendeur, la même magnificence. Les unes se montrent avec plus d'éclat ; les autres, bien que soutenues par des actes héroïques, demeurent éclipsées. En telle âme sainte, nous admirons le religieux mouvement qui la fixe dans la contemplation des choses divines ; en telle autre, les élans miséricordieux du cœur qui l'entraînent à l'action ; en celle-ci, l'humble et aveugle obéissance ; en celle-là, l'amour passionné des austérités et de la souffrance ; ici, la simplicité et la douceur; là, la noble fierté et les pieuses audaces du zèle. Chaque saint dépense le meilleur de ses forces en quelque vertu qu'il rend éminente ; et cette gloire singulière qui révèle la puissance delà grâce, accuse en même temps la faiblesse humaine, incapable d'élever dans une seule vie

toutes les vertus au môme degré de perfection.

Malgré cela, Messieurs, il est vrai de dire que les saints ont imité la sainteté divine autant qu'une créature finie peut imiter l'infini, et que leur vie est une copie du type adorable que le dogme catholique impose à leurs habitudes et à leurs actions. C'est Jésus-Christ qui vit en eux, dit l'Apôtre : Il vit par sa grâce, par sa loi, par la reproduction de ses vertus, et aussi par les dons gratuits : illuminations extraordinaires, miracles, prophéties, pénétration et discernement des esprits qui achèvent leur perfection transcendante.

Voilà les saints, Messieurs. L'héroïsme de leurs vertus, les merveilles qu'ils ont opérées, les bienfaits dont ils ont rempli le monde, l'émulation qu'ils y entretiennent pour la pratique du bien, les honneurs que leur rendent les croyants et que ne peuvent leur refuser les honnêtes gens qui savent apprécier les nobles caractères et les grands cœurs, n'est-ce pas le plus glorieux Amen qui puisse retentir icibas en l'honneur de notre divine doctrine.

J'en attends un de votre propre vie, Messieurs. Pour le plus grand nombre vous avez

la foi; mais, hélas! ce n'est pas la foi des saints; ce n'est môme pas la foi pratique qui convient à des chrétiens. En croyant et en confessant de bouche les vérités qu'enseigne la doctrine catholique, vous donnez trop souvent au monde l'étrange et indécent spectacle d'une vie dont les mœurs presque païennes sont une perpétuelle injure à votre foi. Votre intelligence et vos lèvres disent Amen, mais, sachez-le bien, cet Amen ne peut avoir aucune valeur devant Dieu, aucune autorité devant les hommes, s'il n'est confirmé par VArnen d'une vie où le juste, l'honnête et le saint répondent ensemble aux appels du dogme catholique.

CENT SEPTIÈME CONFÉRENCE

CENT SEPTIEME CONFÉRENCE

Eminbntissime Seigneuk,

Monseigneur1,

Messieurs,

Il est impossible que de la vie morale dont il établit les solides fondements, où il réalise l'idéal du juste et de l'honnête et produit cette perfection transcendante qu'on appelle la sainteté, le dogme catholique n'étende pas son influence et son action jusqu'à la vie sociale, puisque la vie sociale n'est que la résultante

1. Étaient présents : SonKminence le cardinal Richard» archevêque de Paris, et Mgr Bouvier, évêque de Tarentaisc.

de toutes les vies individuelles groupées, reliées et eomme fondues en une vaste unité.

La vie sociale est naturelle à l'homme, le plusexpansif etlepluscommunicatif de tous les êtres vivants. Il en fait l'essai dans la famille, mais il n'y développe toutes ses facultés, il n'y épanouit toute sa grandeur native que lorsqu'il passe du groupe limité de la famille à la multitude. Bref, dit saint Thomas, « l'homme est appelé par la nature à vivre dans la société d'un grand nombre de ses semblables : Naturaie est homini quod in societate multovum vivat1. »

Remarquez, je vous prie, que cette société d'un grand nombre n'est pas un simple rapprochement, une simple juxtaposition d'éléments divers ; c'est un corps constitué moralement, comme sont constitués physiquement les corps vivants : un corps qui a sa tête et ses membres ; sa tête qui gouverne, ses membres qui sont gouvernés, sa tête et ses membres entre lesquels se font de perpétuels échanges de vie. De ce principe : « l'homme

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