‹ Exposition du dogme catholiqueChapitre 39 sur 65 · I Pet., cap. ii · texte numérisé non relu

I Pet., cap. ii

AMEN DE LA VIE SOCIALE. 20"i

Messieurs, le respect peut empêcher l'homme d'être injuste et méchant envers son semblable, mais il ne va pas de lui-même jusqu'à ces intimes rapprochements et ces généreux échanges de biens qui doivent fondre dans l'unité les membres du corps social. Remercions Dieu pourtant de nous l'avoir enseigné, car il prépare dans la vie sociale la circulation de l'amour, qui seul peut donner aux sociétés humaines le cachet de la perfection.

Des vérités fondamentales de notre communauté d'origine, de nature et de destinée, la raison peut tirer des conséquences philanthropiques, mais, vous ne l'ignorez pas, elle est facilement aveuglée par les passions, et vous l'avez vue, tout à l'heure, oublieuse de la dignité humaine, séparer du corps social des légions d'infortunés et passer, à leur égard, du mépris à la cruauté. Depuis qu'elle a été éclairée par

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le dogme catholique, elle est moins disposée el moins prompte; à ces honteuses défaillance elle voit mieux, et de plus près, les liens naturels de la fraternité humaine, elle comprend que la mauvaise fortune ne peut pas rompre ces liens, que le malheur, sous quclqu'aspect qu'il se présente, n'est pas une difformité dans l'œuvre de Dieu, mais une ombre qu'il a permise, afin de mieux faire ressortir la lumière de ses éternelles perfections ; que s'il y a du mystère dans la distribution des maux qui affligent l'humanité, on ne doit pas accuser pour cela la justice, la sagesse et la bonté de Dieu, mais plutôt voir dans la misère et la souffrance une invite de la Providence, qui veut que la bienfaisance répare, autant que possible, l'inégalité des conditions, et que ceux qui ont reçu plus que leur part, dans la répartition de la richesse et du bien-être, remplissent auprès de ceux qui n'ont rien l'office du maître de tous les biens; enfin, que les abaissements, les douleurs, les vices même des pauvres gens ne leur enlèvent rien des communes prérogatives qui les ^unissent à nous : l'origine, la nature, les destinées intercédant toujours en

leur faveur, pour faire éclore dans tous les nobles cœurs l'attendrissement et la pitié qui faisaient dire à un ancien : « Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m'est étranger : Homo sum et nihil humant a me nlienum puto*. »

Mais, bien qu'elle soit une vertu, la philanthropie n'est pas insensible à la séduction des biens auxquels l'instinct nous attache. Elle fait ses calculs, elle mesure ses libéralités, elle s'arrête généralement aux strictes limites du devoir, et a beaucoup plus peur de faire trop que de ne pas faire assez ; elle ne sait pas descendre vers le malheur et s'égaler à lui ; elle aime à noyer les obligations et les responsabilités individuelles, à l'endroit de la bienfaisance, dans des œuvres publiques administrées civilement, et trop souvent déshonorées par les calculs mesquins de la sagesse humaine, les formalités et les frais de la bureaucratie, et l'avidité des mercenaires qui prélèvent sur la part des malheureux le prix de leurs services intéressés; elle s'inquiète des

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