Joan., cap. i
C'est un grand bienfait pour nous, Messieurs, d'être mis en possession et affermis dans la connaissance des vérités premières dont nous ne pouvons pas nous passer, par la voie courte et directe d'une affirmation divine à laquelle nous devons notre assentiment. A ce bienfait se joint l'inestimable honneur d'être transportés, par le dogme catholique, dans les régions supérieures d'une science inaccessible à la nature, d'une science qui grandit l'intelligence à ce point, que toutes les connaissances qu'elle peut acquérir par ses propres forces sont moindres, en comparaison des splendeurs surnaturelles qui l'illuminent, que les lumières d'emprunt, dont nous nous servons pour dissiper autour de nous les ombres, en comparaison du soleil qui inonde l'espace de ses rayons.
Je n'exagère rien, Messieurs, et vous allez
me comprendre, si vous voulez bien considérer quelques instants , avec moi , à la lumière du dogme catholique, les trois grands objets de notre connaissance : Dieu, l'homme et le monde.
Dieu, nous pouvons le connaître par les lumières de notre raison. Il nous révèle son existence et ses perfections dans l'existence et les perfections des créatures. Nous pouvons môme affirmer, par voie de transcendance, qu'il est l'infini sur toute la ligne de l'être et de la perfection.
Mais, dussions-nous parcourir le monde et en sonder tous les replis, nous ne touchons pas encore, les rivages de l'être divin, nous ne voyons pas clair dans l'infini; il se laisse à peine entrevoir en un lointain immense, quand, à bout de forces, nous ne pouvons plus faire un pas vers lui. Si grand qu'il soit, le Dieu de la raison n'est, comme je vous l'ai dit, « qu'un être premier et nécessaire, orné de toutes les perfections, se suffisant pleinement à lui-même, donnant tout à des êtres dont la nature n'a rien de commun avec la sienne, et n'en recevant rien qui soit digne de lui ; monade silencieuse,
solitaire et stérile, éternellement condamnée dans son intimité à une vie égoïste, jo
Mais, écoutez le dogme catholique : il nous ouvre les portes de l'infini et nous montre, dans l'admirable mouvement des processions divines, une pluralité mystérieuse où la vie s'épanche et se communique sans jamais tarir ni se diviser. Il n'y a qu'une nature divine, et dans cette nature trois personnes vivantes. « Ils sont trois là-haut, le Père, le Verbe et l'Esprit- Saint : Très sunt qui testimonium d&nt in cœlo, Pater, Verbum, et Spiritus Sanctus1. » Le Père, qui ne naît de personne, et qui, pour s'exprimer et se manifester à lui-même, engendre un Fils égal en tout à son principe. Le Verbe éternellement engendré, prenant dans la substance même de son Père tous les traits de son Père, miroir vivant et substantiel, image animée de celui qu'il représente, splendeur de sa gloire, Lumière de lumière, subsistant éternellement dans le soleil de justice dont il est l'infini rayonnement. Le Père ravi du Fils qu'il engendre, le Fils ravi du Père qui l'a engendré;