‹ Exposition du dogme catholiqueChapitre 7 sur 65 · I Joan., cap* in · texte numérisé non relu

I Joan., cap* in

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tous deux, clans leur mutuel ravissement, respirant l'amour, se donnant et s'unissant dans l'amour, mais un amour si puissant, qu'il subsiste comme eux et devient comme eux une personne vivante : l'Esprit -Saint, que les contemplateurs chrétiens de l'infini ont appelé la force perfective, en qui se consomme, sans jamais s'arrêter, le mouvement des processions fécondes de l'être divin, qui achève en Dieu la vie de famille, enlace, unit, retient captives l'une en l'autre les personnes divines, complète et affermitleurinexprimableet incommunicable félicité. — Ils sont trois ! — Nombre sacré qui ne rompt pas l'unité, car il n'apporte pas la quantité en Dieu, mais, comme il convient aux choses immatérielles, il est transcendant et exclut la solitude. — Ils sont trois ! — Aussi infiniment mêmes par la nature et la perfection absolue, qu'ils sont infiniment autres par leurs relations incommunicables et leurs propriétés personnelles. — Ils sont trois ! — Famille sainte, société d'amis, plus unis qu'aucune famille et aucune société par la ressemblance de nature et de traits, la communauté de nature et de biens. — Ils sont trois! —

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Chantant leur gloire et leur béatitude et s'envoyant de l'un à l'autre un cantique égal à leur perfection. — Ils sont trois! — Chacun est Dieu et il n'y a qu'un seul Dieu. — Ils sont trois ! et ces trois ne sont qu'un : Très sunt... et hi très unum sunt.

Quelle lumière pour l'intelligence humaine, Messieurs ! Elle pouvait conclure du spectacle de la vie universelle que Dieu, source de cette vie, est un être vivant ; mais le dogme catholique va plus loin que cette froide et aride conclusion, il nous apprend comment Dieu vit. Grâce à cette connaissance suréminente, dit un savant évêque, « nous ne sommes plus réduits à nous réfugier dans le pyrrhonisme religieux, par la déplorable alternative ou d'admettre la pluralité des dieux, — par conséquent la pluralité des infinis, ce qui est absurde, — ou de croire à un Dieu indolent et endormi, à un Dieu écrasé par le poids d'une nature infinie, éternellement impuissante à produire autre chose que le fini1. » Nous ne sommes plus ten»

1. Cardinal Pie. Troisième instruction pastorale suf les erreurs du temps. Œuvres, tome V. p. 83.

tés de ne voir en Dieu qu'un idéal, parce que nous ignorons les évolutions de sa vie intime, ni de le confondre dans la masse mouvementée de l'univers pour lui donner de l'animation et de la vie. Evidemment, Messieurs, le Dieu du dogme catholique l'emporte sur le Dieu de la raison. Il se fait voir plus à fond : harmonie éternelle et infinie, il nous fait mieux voir l'harmonie de son ouvrage, et surtout l'homme marqué dans sa nature, sa vie, son âme, ses opérations intellectuelles du ternaire sacré que l'humanité religieuse a appelé le nombre parfait.

L'homme, vous pouvez analyser sa nature, décrire ses facultés, définir ses opérations, entrevoir sa destinée, et affirmer sa supériorité sur tous les autres êtres de ce bas monde. Mais il y a en lui des grandeurs que la raison ne peut ni découvrir, ni même soupçonner. L'image et ressemblance de Dieu dans sa nature est autre chose que cet esprit simple, intelligent et immortel qui le fait vivre, et cette autre chose ne se peut voir que dans la lumière de la révélation divine. L'homme, nous dit le dogme catholique, est un être surnaturel : c'est-à-dire,

Messieurs, que, clans le souffle échappé de ses lèvres, Dieu a mis son image et ressemblance, jusqu'à la participation de sa propre nature, jusqu'à la communication de sa propre vie; en un mot, Dieu a fait de l'homme un être divin. Rappelez-vous ce que je vous ai dit du mystère de la grâce, en étudiant l'homme et ses grandeurs. La grâce, c'est la présence intime de Dieu dans l'âme humaine, non pas une présence naturelle, nécessaire et due à toute créature, mais une présence surnaturelle, toute de bienveillance; non pas une présence naturelle qui n'ajoute rien à l'essence de l'être humain, mais une présence surnaturelle qui le transforme; non pas une présence naturelle qui laisse aux puissances de l'être leur activité propre et originelle, mais une présence surnaturelle qui les fait participer à la manière dont Dieu lui-même opère ; non pas une présence naturelle qui donne l'être à la créature, mais une présence surnaturelle en laquelle Dieu lui fait don de son être, de sa nature et de sa vie. Par la grâce, en effet, Dieu devient la vie de l'âme, comme l'âme est la vie de la chair; toute la Trinité ha-

bitc en nous, dit saint Thomas : le Père nous engendre, le Verbe nous épouse dans la lumière, l'Esprit-Saint nous donne l'onction de sa personne et le cachet de sa perfection. Dieu est là, et sa nature infinie, et l'inénarrable circulation de sa vie : Deus ! Ecce Deus.

C'est dans l'état de grâce, c'est-à-dire à l'état d'être divin que l'homme a été créé, et alors il était tellement pénétré de Dieu, tellement uni à Dieu, tellement fort de la force de Dieu que tous les appétits de sa nature lui étaient soumis et que son âme, s'emparant des éléments périssables de la chair, corrigeait ses tendances à la corruption et lui conférait l'immortalité.

Hélas! Messieurs, en présence de nos misères physiques et morales, sous les menaces de la mort qui moissonne chaque jour la pauvre humanité, vous vous demandez si cette grandeur native de l'homme n'est point un rêve. Non, ce n'est point un rêve. La doctrine catholique apprend et explique à la raison étonnée comment l'homme est déchu, comment il a été restauré et comment le dogme

de la Trinité s'épanouit en actions d'éclat dans l'histoire humaine. Un Dieu miséricordieux nous donne son Fils ; un Dieu obéissant apporte au monde sa doctrine et sa loi; un Dieu souffrant apaise la justice d'un Dieu offensé; un Dieu immolé recouvre pour nous la grâce; un Dieu ressuscité achève en nous son œuvre de réparation en nous faisant don d'un Dieu, son éternel Esprit. Par notre régénération divine nous redevenons, dans le mystère de notre vie intime, l'être divin que nous étions à l'heure de notre création, tandis que l'incarnation du Verbe ajoute à notre grandeur native l'insigne honneur d'être, selon la chair, les frères d'un Dieu. Regardez l'homme à la lumière de ces dogmes divins, comme il est élevé au-dessus de cette pauvre petite créature que la raison s'efforce d'exalter! Et, d'autre part, les perfections divines se révèlent avec tant d'éclat dans le mystère de cette grandeur surnaturelle, qu'il est impossible de mieux connaître Dieu à moins de le voir face à face. Eh bien, Messieurs, c'est précisément cette vision que présage la grandeur surnaturelle de l'homme; il ne peut être ainsi élevé par

Dieu que pour une fin sublime. D'un autre côté, le dogme catholique affirme clairement et promet franchement cette fin. Laissant derrière lui la raison hésitante, qui ne peut répondre que par des suppositions timides au grave problème de nos destinées, il déchire d'une main hardie le voile de l'avenir et nous montre un ciel où, fixés dans l'éternel repos, nous contemplerons, dans la lumière même de Dieu, le mystère de sa vie intime, l'harmonie de ses perfections et les secrets de sa science ; un ciel où, l'amour se mesurant sur la vision, le bonheur sur l'amour, nous jouirons, sans nous lasser et sans crainte de déchoir, des délices de l'union divine qui se fera sentir à nos âmes; un ciel où tout doit concourir à nous béatifier : la variété infinie dans la parfaite unité, l'activité dans le repos, le progrès dans la plénitude, l'intimité profonde dans la multitude immense ; un ciel vaste comme Dieu lui-même, où, possédés par lui, nous posséderons en lui tous ceux que nous aimons, et serons maîtres avec lui de tous les mondes transfigurés.

Les mondes! nous y sommes aujourd'hui

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comme perdus. Nous n'en voyons des yeux de la science qu'une minime partie, et, quelles que soient les merveilles que nous découvrons chaque jour dans les êtres qui nous avoisinent, il nous est impossible de soupçonner rémittente dignité dont Dieu les a mystérieusement revêtus. Mais le dogme catholique transporte l'intelligence humaine au delà des espaces créés, et à l'extrême limite où l'univers est le plus rapproché de Dieu, il nous montre, entre l'homme, roi du monde, et l'infinie perfection de son créateur, des abîmes immenses qu'il peuple d'intelligence et de vie. C'est le monde des esprits qui complète la gradation des êtres et répond merveilleusement aux nécessités logiques de l'acte créateur : — esprits purs et indépendants, qui trouvent leur plénitude dans la simplicité, et n'ont pas besoin, comme nous, de la matière pour exister, agir et se perfectionner ; esprits qui se voient eux-mêmes clans leur propre substance, tandis que nous nous cherchons dans des accidents; esprits que l'intelligible abreuve immédiatement, tandis qu'il ne vient à nous que par des formes sensibles; esprits dans lesquels Dieu se reconnaît

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mieux que dans le mélange des deux éléments

dont se compose notre nature. Miroirs prochains de la substance divine, ils se groupent en chœurs et en hiérarchies pour adorer le Très-Haut. De son trône inaccessible ils descendent jusqu'à nous. Ils sont, dit Bossuet, a les tenants et les soutiens du monde, les moteurs de toutes les parties de l'univers; » et, en môme temps, les gardiens de notre vie, les rois, les capitaines, les avocats invisibles qui gouvernent, combattent, défendent auprès du trône de justice la cause des nations, sans jamais se diviser ni contredire aux décrets éternels de la Providence.

A l'autre extrémité de la création, en ces basses régions où gît la matière, le dogme catholique nous montre encore des grandeurs ignorées. Il nous apprend que Dieu n'a pas dédaigné d'élever jusqu'à une dignité infinie l'obscur limon dont il a pétri nos corps; et que ce limon est maintenant adorable, en Celui qui a épousé notre nature et reçu dans ses veines sacrées le sang de l'humanité, le Christ, vrai Dieu et vrai homme. Il nous apprend que la matière, déchue avec nous et réhabilitée par

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Dieu, est devenue, dans les sacrements, l'instrument de sa grâce, le conducteur de sa vie, et que nous pouvons y aller chercher une vie nouvelle, un aliment, une force, un remède pour nos âmes. Il nous apprend que la matière a d'autres destinées que d'être éternellement emportée et transformée dans un vaste tourbillon, et qu'un jour, associée à la gloire de l'âme, elle sera investie des nobles propriétés de l'esprit.

0 l'admirable doctrine! Dieu, l'homme, le monde, comme tout cela grandit dans sa lumière, et comme l'intelligence grandit avec les objets de sa connaissance! Je ne m'étonne point d'entendre dire au docte Bellarmin : « qu'il y a plus de science dans la tête d'un enfant qui connaît le catéchisme, même le plus abrégé, que dans la tête des philosophes païens et des maîtres en Israël1. « J'ajoute, Messieurs, dans la tête des philosophes et savants qui ne

1. Majorsapientiaestinparvulischristianiscallentibus brevissimum catechismum, quam olim fuerit in philosophia gentium, vel in magistris in Israël. (In Psalm. LXXV, 1.)

cherchent la vérité que dans le cercle étroit où s'exercent les spéculations de la raison et les investigations de l'expérience. » Je ne refuse pas à la raison et à l'expérience de m' éclairer, mais, emporté par une doctrine sublime dans des régions supérieures où je vois grandir tout ce que je veux connaître, je ne puis m'empecher de donner mon assentiment au dogme qui me présente un Dieu, une humanité, un monde plus grands et plus beaux que je ne les puis concevoir par les seules forces de mon intelligence. Tout cela est trop grand et trop beau pour n'être pas divin, trop divin pour n'être pas vrai. Il doit en être ainsi! Qu'il en soit ainsi ! Amen ! Amen !

J'entends, Messieurs, qu'on me conteste cet assentiment de mon intelligence; un homme raisonnable, dit-on, ne doit dire Amen qu'aux conclusions de la science. Or, il n'y a rien de scientifique dans une doctrine qui propose à notre croyance des mystères inintelligibles, qu'on ne peut faire sortir ni des principes naturellement connus par la raison, ni des données de l'expérience. Mais, moi, jcprétends que, tourmenté par le besoin de savoir, j'ai le droit

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et le devoir d'user de tous les moyens de connaître. Je prétends que tous les moyens de connaître ne sont pas en mon pouvoir, et que, à moins de nier l'existence d'un être supérieur et d'admettre le plus inintelligible, le plus répugnant de tous les mystères, c'est-à-dire d'être, moi-même, et de ne voir dans l'univers qu'un effet sans cause, je puis recourir à la cause suprême qui peut aussi bien me faire savoir que me faire exister. Je prétends, avec mon maître saint Thomas, ce qu'une science subalterne peut recevoir ses principes d'une science supérieure, et que la doctrine catholique est une science, parce qu'elle reçoit ses principes de la plus haute des sciences, la science de Dieu1. » « N'est-il pas évident, Messieurs, « que Dieu sait beaucoup de choses que nous ne savons pas et qu'il sait mieux que

1. Sciendum est quod duplex est scientiarura genus. Qusedam enim sunt quœ procedunt ex principes notis lumine naturali intellectus...r Qusedam vero sunt quse procedunt ex principes notis lumine superiorisscientise.... Et hoc modo sacra doctrina est scientia. quia procedit ex principiis notis lumine superioris scientise quse scilicet est scientia Dei. (Summ. Theol., I Pars., qusest. 1, a. 2.)

nous ce que nous .savons? Si Dieu sait plus que nous, il peut nous révéler ce qu'il sait et que nous ne pouvons pas savoir par nousmêmes. Si Dieu sait mieux que nous, il peut nous certifier ce que par nous-mêmes nous ne saurions qu'imparfaitement et péniblement1, » 11 suffit pour cela que Dieu nous parle. Mais pourquoi ne parlerait-il pas, lui, dont le Verbe tout-puissant a fait sortir le monde du néant? Je suis certain qu'il a parlé, car je vois les preuves du fait de sa parole écrites en lettres majuscules dans l'histoire, par des prodiges et par le sang de ceux qui furent témoins de ce fait surhumain. Si le disciple d'un homme qui enseigne peut dire je sais, quand il s'est assimilé la science de son maître, pourquoi ne pourrais-jc pas dire je suis, quand je m'assimile la science d'un maître divin? 11 m'importe peu qu'il y ait, dans ce que Dieu me révèle, des mystères incompréhensibles. Est-ce que la science humaine ne rencontre pas, à chaque instant; sur son chemin des mystères qu'elle ne peut expliquer? Je n'ai pas la prétention de

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