Cardinal Pie (Op. et loc. cit
savoir aussi bien que Dieu ce qu'il sait, et je m'estime heureux qu'il daigne me faire connaître, même enveloppées de mystère, quelques-unes des sublimes vérités dont la claire vue doit me béatifier éternellement.
Qu'on ne dise pas que la science humaine découvre tous les jours des faits et des lois en contradiction avec la science sacrée du dogme catholique. Ce n'est pas vrai, Messieurs. Il n'est aucune des découvertes de la science humaine que la science sacrée ne puisse faire servir à la justification et à la fécondation de ses principes. D'autre part, il n'est aucune de ses affirmations contradictoires qui ne procède, on l'a maintes fois prouvé, soit d'un faux raisonnement, soit d'une observation inattentive ou inachevée, ce A priori, dit fort bien saint Thomas, on doit condamner comme faux tout ce qui dans les sciences humaines se trouve contraire à la science sacrée1, car elle surpasse toutes les sciences spéculatives et pratiques
4. Quidquid in aliis scientiis invenitur veritati hujus scientise repugnans, totum condemnatur ut falsum. (Summ. Theol.y I Pars., qusest. l,a. 6, ad 2.)
qui font honneur à noire raison et à noire expérience. Elle les surpasse par la certitude de ses principes, appuyés non sur l'autorité faillible de l'intelligence humaine, mais sur l'autorité infaillible de l'intelligence divine ; elle les surpasse par la dignité de son objet, qui, de sa nature, échappe aux: investigations de notre esprit, et ne peut être saisi qu'autant qu'il se livre lui-même; elle les surpasse par la perfection de sa lin, qui est, de toutes celleque se propose l'homme pensant et agissant, la dernière et la plus élevée '; enfin, elle les surpasse parce qu'elle est la sagesse même5. »
1. Illa scientiaomnes alias transcendit taraspeculativas quam practicas... Secundum certitudinem quidem quia aliœscientire certitudinem habent ex naturali lumine ra- Uonis humante, qure potest errare; haeo autem certitudinem habet ex lumine divime scientiœ, qu;e decipi non potest. Secundum dignitatem vero materiae; quia ista scientia est principaliter de iis qua3 sua altitudine rationem trancendunt : alia; vero scientiaj considérant ea tantum qusa ralioni subduntur.... Finis autem hujus doctrinœ, in quantum est practica, est beatitudo seterna ad quam sicut ad ultimum iinem ordinantur omnes alii Unes scientiarum practicarum. Undc manifestum est secundumoninem modumesse dignioremaliis. [Ibld., a. 5.)
2. Sacra doctrina maxime sapientia est in ter omnes sapientias humanas, non quidem in aliquo génère tantum, sed simpliciter. (Ibid.y a. 6.)
Non, non, l'intelligence humaine ne doit pas craindre de dire au dogme catholique Y Amen qu'on lui conteste. A qui le dirait-elle ? Grand Dieu ! Est-ce aux penseurs superbes qui prétendent lui imposer leurs élucubrations, et qui ne peuvent répondre que par des suppositions timides ou des affirmations discordantes aux questions primordiales dont toute intelligence humaine attend impatiemment la solution? Est-ce aux faux savants qui, au lieu de grandir nos vues sur les principaux objets de nos connaissances, veulent nous traîner à la remorque de leurs sceptiques expérimentations et de leurs manipulations vulgaires ? Est-ce aux faux sages qui, ne cherchant la vérité qu'à la lumière de la raison, se condamnent à ne pas sortir de la sphère étroite de la nature, et éteignent, de parti pris, la surnaturelle lumière des mystères qui nous introduisent clans l'essence divine, pour nous en révéler les merveilleuses évolutions, éclairent les profondeurs de notre âme transfigurée, nos intimes rapports avec Dieu, notre histoire et nos destinées, ouvrent, et font vivre sous nos yeux, le monde invisible des esprits* nous font con-
naître, enfin, la surnaturelle grandeur donl Dieu a revêtu les plus humbles créatures?
Messieurs, orienter votre assentiment du côté de ces superbes, de ces faux savants et de ces faux sages ce serait vous amoindrir et déchoir. Si vous voulez grandir, n'ayez pas peur de vous engager dans la voie prédestinée du peuple et des enfants. D autres vous y ont précédé, et c'étaient clés illustres, parmi lesquels je salue le grand Augustin et mon angélique frère Thomas d'Aquin. Ces illustres ont su marier la science humaine à la science divine, et, bien loin de craindre une humiliation dans la foi, ils ont pris la tête de l'humanité chrétienne, pour dire au dogme catholique : C'est bien ! Amen !
Vous pouvez marchersans honte, Messieurs, sur les traces de ces devanciers et répondre, comme eux, à ceux qui vous accusent de violenter la nature en l'obligeant à se courber devant l'incompréhensible : « S'il n'est pas dans la nature d'avoir la foi, il est dans la nature d'obéir à l'instinct intellectuel qui la presse de savoir, de se réjouir à la vue de ses horizons élargis par une science supérieure, et de dire
40 AMEN DE l'intelligence.
Amen au Maître divin qui l'instruit par la prédication de la vérité1. »
Amen ! Que ce cri retentisse dans vos cœurs, Messieurs, comme l'expression d'une conviction profonde qui adhère à toutes les vérités du dogme catholique, et dites avec le vaillant saint Hilaire : « Je tiens ces vérités sacrées de mon baptême, je les ai ainsi crues, et ma foi et ma raison sont tellement fermes à les retenir que je ne pourrais ni ne voudrais croire autrement2. »
Amen ! Que ce cri soit dans votre bouche, chaque fois que l'honneur de Dieu et l'édification du prochain seront intéressés dans votre confession. « Il ne faut pas se contenter, dit saint Thomas, d'être uni, clans l'intime de l'âme, à la vérité divine, il faut encore la confesser extérieurement 3. » Plus vous êtes in-
I Haberefidem non est in natura humana, sed est in natura humana ut mens hominis non repugnet interiori instinctui, et exteriori veritatis prsedicationi {Summ. Theol, IIa II* Part., qua3st. 10, a. 1, ad 1.)
2. Ha3c enim ego ita didici, ita credidi, et ita confirmatse mentis fide teneo, ne aut possim aliter credere, aut velim. (De Trinit., lib. VI, 20.)