‹ Exposition du système du monde (volume 2)Chapitre 60 sur 65 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De P Astronomie ancienne, jusqu'à la fondation

de l'école d^ Alexandrie.

JLa spectacle du ciel àxA fixer l'attention de* premiers hommes, surtout dans les clîmab où la tétéfûM de l'air iovitait à l'observation des astrea. On eut besoin pour l'agi-iculture , de distinguer les saisons et d'en connaître le retour. On ne tarda pas à s'apercevoir que le lever et le coucher des principales étoiles , an moment où elles se plongent, dans les rayons soUires, ou quand elles s'en dégagent, pouvaient servir à cet objet. Aussi votton chez presque tous les peuples , ce genre d'observations remonter jusqu'aux temps dans lesquels se perd leur origine. Mais quelques remarques grossières sur le lever et sur le coucher des étoiles ne formaient point une science ; et l'Astronomie n'a commencé qu'à l'époque on les observations antérieures ayant été recueiUiea et comparées entre elles , et les mouvemens célestes ayant été suivis avec plus de soin qu'on ne l'avait fait encore ; on essaya de déterminer les lois de ces mouvemens. Celui du soleil dans un orbe incliné & l'équateur, le mouvement de la lune , la cause de ses phases et des éclipses, la connaissance des planètes et de leurs révolutions , la sphéricité de la terre et sa mesure , ont pu être l'objet de cette antique Astronomie ; mais le peu qui nous reste de ses monumens, est insuffisant pour en fixer l'époque et l'étendue. Nous pouvons seulement

juger de m hanta autiqaitd , par les période* MtroncK miqaes qui noas sont parrennes , et fpù soppeMst nne suite d'obserrationa , d'autant plus longue , que cea tJ)serTations étaient plus imparfaites. Telle a été la yicissîtade des choses humaines , que celni des arts qui peut seul transmettre à la postérité , d'une manière durable, les événemens des siècles écoulés, l'imprimerie, âant d'une iuventioa moderne ; le «ouFeiùr dos pre< Biierf iuTCntenrs s'est entièrement «fiacé. De grands peuples ont disparu «au laisser sur leur ptasage, des traces de leur existence. La plupart des cités les plus célèbres d« l'antiquité, ont pe'ri avec leora aiKudes et avec la Lugue màtae que parlaient levm babitans; i. peine reconoatt-on la plaiçe où fut Babfl«oe. De taijt de monnmen* des arts et de l'indostrÂei qni décoraient ces «ités et qnî panaient pour ien nseiveilles du monde, il ne reste. pins qn'ooe tvadjtion confuse et des â£brù épars dont Twigine est Is plus souvent incertaine, mais àoot la grasdeor atteste la puissance des peuples qui «»t léleré «e* x^nnnwns.

. fl parait qn« l'Astnooomie pratifpte des jveBÛ^ni temps M bornait aux observations da lever et da coucber des principale» étoiles , ds levrs occultatipiu p^ h Inné et par les planètes, et de» ^lipses. On suivait Ja nuFcbe du soleil» an moyen des étoiles tpz'efiafait U lumiire des crépuscules, et par les variations ^s ombres méridiennes des gnomons { on déterminait le* xnouvemens des planètes, par les étoiles dont elles s'approchaient dans lenr cours. Four rfoonnattre tons ce* astres et leurs mouvenens divers, iw paita^a le ciel en «onstellations; «t cette zone célefte aonmée TdMÙ»jMt àoat le soleil, la hse et k* planètes alors

4t8 EXPOsrrioM

connues n6 s'Àjartaient jamais , fnt divùëe dans let douze coiut^atioDB loiTantes :

£• Bilùr-, U Ttairtau, Ut Gimtaux, tÉcrevùte, U Idon, la Vier^;

. < La Balance, U Scorpion, le Sagàtaire,

le Capricorne, le Ferteau, Ue Poiiioiu.

On les nomma Signée , parce qn'elles aervaient à HttiDgner les «aUona ; ainsi l'entrée dn soleil dans U constellation ilu Bélier , marquait , au temps d'Hip' paT<^e , l'otîgi&e dn printemps : cet astre parcourait ensutté le Taurean, les Gémeaux, l'ÉcreTiase, etc. Mais le monremeiit rétrograde des éqoinoxes cliangea, (^oiqu'arec létateur, la correspondance des eonstellatùms arec les saisons; et k l'époqae de ce graùd Astronome, elle ^ît-déj fort différente de celle que Ton avait 'établie à Torigîne du zodiaque. Cependant l'Aatronctaiie, en se perfectionnant, ayant eu besoin de sl^ès pour - indiqnek- ie kneuvnnent des astres; on céntittuft de' désigner-,' comme Hippar^e, l'origine du printemps , par l'eatrée du soleil dans le B^jlier. Alors on distingua les conàletlafions , des lignes du zodiaqne, qui ne furent plus qu'nfte chose fictive , propre i îniliquer lamarcbe des corps célestes. Maintenant que Ton cherche à tout ramener aux ^totions et aux expressions les plus simples , on commence k ne plus considérer les signes dn zodiaque ; et l'on marque la position des astres sur l'écliptique , - par leur distance i l'éq[ninoze du printemps.

Les noms des constellations dn xodiaque, ne lenr ont point été donnés an hasard : ils ont exprimé des rapports qni ont été l'objet d'nn grand nombre de recfaer* cbes et de systèmes. Quelques-uns de ces noms paraissent

être relatifâ sa Aouvemeot «la aoleil : VÉcreyisse , par example, et le Capricorne indiqueot la rétrogradation de cet astre aux wUtices ; et la Balance désigne IMgalité des joars et dés 'nuits & r^qnisoxe : les antres noms semblent te rapporter à ragricolture et au climat du peuple chez letj^el le zodiaque a pris naissance. Le Capricorne ou la cçqslâllation de la Chèvre paraH mieux njacée an point le plus é\evé de la courte di^ sdleil, qu'à son point le plus bas. Dans cette position <jui remonte, i qoinse mille ans, la Balance était à l'équinoxe dtl.prlnt^qps ; et les coDStellations du zodiaque avaient des rapports frappans avec le climat de l'Egypte et avec sou, agriculture. Tous cesrapports subsisteraient eucore , si les coastellations du xbdiaque, au lieu d'avoir été IMOnmées' d'après leur lever avec le soleil , ou au comjnencement da jour, l'eassent éié d'après leur lever i l'entrée de la nuit ; si par exemple , le lever de la Bal^pt^e à ce moment eût indiipié le .commencement du prinl;eii^. L'origine du zodiaque, qui ne remonterait alors qu'à d^ax' miUe cinq cents ans avant notre ère ,, s'accorde beaucoup mieux que la. précédante , arec le pea que nons savons, ^^e l'antiquité des sciences et Q>écialement de l'iLatroDomie.

Les Chinois sont, de tous les pet^plei , celui dont, les annale nons offrent les plus anciennes ohs^vationsque l'on "poisse employer dans l'Astronomie. Les, premières éclipses dont elles lônt mention , ne peuvent servir qu'à la chronologie, par la manière vague dont elles sont rapportées; mais ces éclipses prouvent qu'à l'époque de l'empereur Yao , plus de deux mille ans avant notre ère,' l'Astronomie était cultivéeàla Cbine^, comme base. des cérémonies. Le calendrier et l'annonce des éclipses, étaient d'importans objets pour lesquels on avait'créé.

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an tribniul de MatLëmatiipieB. Od obserrait dht Ion, les ombres méridieDnes du gnomon aux solstices , et le passage de* astres au mëridiea ; on mesarait le temps par des clepsjdres ; et l'on détermtbait U position de ta lune par rapport aux étoiles , dans les éclipses ; ce ijai donnait les positions sidérales du soleil et des solstices. On avait même construit des instmmens propres i mesurer les distances angulaires des astres. Par la rëunion de ces moyens , les Chinois araîenl reconnu tjat la durée de l'année solaire surpasse d'un quart de jo«r enrirou , trois cent soixante et cinq jours : ils U &isaîent commencer an solstice dliirer. Leur année cirile était Innaire , et pour la ramener A l'année solaire , Ib faisaient usage de U période de dix- neuf années solaires correspondantes à dent cent trente-cinq lunaisons, période exactement la même que , plus de seize siècles après , Calippe Introduisit dans le calendrier des Grecs. Leurs mois étanf aUernatîvement de vingit-nenf et de trente jours, leuir année lunaire était de troia cent cinquante-quatre jours , et par conséquent pins courte de onze jours et un qUart, que leur année Solaire; mais dans l'année 06. la somme de ces difi^nces aurait excédé nue lunaison, ils intereslaîent un mois. Us sTaient partagé l'éqnateur en dottze signes immobiles, et en tingt-liuit constellations dans lesquelles ils détei^ minaient avec soht la position des solstices. La Chinois avaient au lieu du sifccle , nu cycle de soixante ans ; et nn cycle de soixante jours, «n lien de la semaine; mais ce petit cycle de sept jours , en usage dans tout iy>rîent , leur était connu depuis les temps les plus reculés. Xa division de la circonférence fiit toujours en Chine, subordonnée à la longueur de l'année, de manière que le soleil décrivit exactement un degré par jour ; mais

DU STSTËUE DU MONDE. 4u.

les dÎTÙions du degr^ , da jonr , des poids et de tontes les mesures liuëùres, étaient décimalea; et cet exemple donne depuis quatre mille ans au moins, par la jdiu notubresse nation de la terre , prouve que ces divisioBS qui d'ailleurs o£&eat tant d'avantages, peu* vent devenir par l'usage , extrêmement populaires.

Les premières obserTAtîons ntiles & l'Astronomie , sont de Tcbeon-KoQg dont la mémoire est encore en vénération à la Oiinct comme celle de IHiu des meilleurs ]wincea qui l'aient gouvernée. Frère de Ou-Ouang fondateur d« la dynastie des Tcheou , il régit l'empire après sa mort, pendant la miuwité de son neveu, depuis l'an I io4 jusqu'à l'an 1098 avant notre ère. Confucius, dans le Chou-Kii^£ , le livre le plus révéré des Chinois , fait adresser par ce grand prince k sou pupille , les plus sages maximes du gouvernement et de la morale. Tcbeou- Kong fit par lui-même et par ses astronomes , un grand nombre d'observations dont trois noua sont beureusement parvenues, et sont précieuses par leur bante antiquité. Deux d'entre-feUes sont des longueurs méridiennes du gnomon, observées avec un grand soin, aux solstices d'hiver et d'été , dans la ville de Loyang : elles donnent pour l'obliquité de l'écliptiqne , à cette ancienne époque , nu résultat conforme à la théorie de la pesanteur universelle. L'autre observation est relative k la position du solstice d'hiver dans le cîel, à laméme époque. Elle s'accorde pareillement avec la théorie, autant qne le comportent les moyens employés alors pour déterminer un élément aussi délicat. Cet accord remarquable ne permet pas de dout«r de l'authenticité de ces observations.

L'incendie des livres chinois, ordonné par l'empereuT Qii-Hoanti, vers l'an ai3 avant notre ère, iit

4a3 EXPOSITION

disparaître Us vestiges des anciennes méthodes àa calcul des ëcUpses et beanconp d'observations intéressantes : pour en j-etrouver qui puissent être utiles i l'Astronomie, il faat descendre d'environ cpialre siècles depuis Tcheou-Kong, et se transporter en Clialdëe. Ptohfmëe nous en a transmis plusieurs : les plua anciennes sont trois éclipses de lune, observées à Babylone, dans les années 719 et 720 avant notre ère, et dont il a fait usage pour déterminer les monvemens de la lune. Sans doute, Hipparque et lui n'en avaient point de plus anciennes, qui fussent asses précises pour servir i ceg déterminations dont l'exactitude est en raison de l'intervalle qui sépare les observations extrêmes. Cette considératioD doit diminuer nos regrets de la perte des observations cbaldéennes qu'Arïstote , si l'on en croît Forpbyre cité par ^mplicins, se fit communiquer par l'entremise de Calllsthène, et qui remontaient jusqu'A dix-neuf siècles avant Alexandre. Mais les Chaldéens n'ont pu découvrir que par une longue suite d'observations, la période de 6585 jours -j- , pendant lesquels la lune fait 3a3 révolutions à l'égard du soleil, aSg révolutions anomalistiques , et a4i révolutions par rap- - port i ses nœuds. Ils ajoutaient -^ delà circonférence, pour avoir le mouvement sidéral du soleil dans cet intervalle, ce qui suppose l'année sidérale de 365 jours -r ■ Ptolémée, en rapportant cette période, l'attribue aux pins anciens mathématiciens; mais l'astronome Géminus , contemporain de Sylla , désigne les Chaldéens comme inventeurs de cette 'période, et il explique la manière dont ils en ont conclu le mouvement diurne de la lune, et la méthode par laquelle ils calculaient l'anomalie Inoaire. Son témoignage ne doit laisser aucun ^ute, si l'on considère que le sarot

ch>Mtf«n, de aa3 mois Innaircs, qui ramené U lupe à la même position i l'égard de ses nceuds , de son.péEigëe et du soleil , fait partie de la période précédente. Ainsi les éclipses observées dans une période, foumissaieni un moyen simple de prédire celles tpii devaient avoir lien dans les périodes suivantes. Cette période et la manière ingénieuse avec laquelle ils calculaient la principale inégalité lunaire , ont exigé un grand nombre. d'observations comparées entre elles avec adresse :.c'es^ le monument astronomiqne , le plos curieux avant la fondation de l'école d'Alexandrie. Voilà ce qu,e l'on connaît avec certitude, de l'Astronomie d'au peuple que l'antiquité i-egarda comme le plus instruit dans la science des astres. Les opinions des Cbaldéens - sur le système du monde , ont été très variées , comme cela devait être & l'égard d'objets que l'observation et la théorie n'avaient point encore éclairés. Cependant, quelques-uns de leurs philosophes plus henreux que les antres, ou guidés par des vues plus saines sur l'ojfdi'e et sur l'immensité de l'univers, ont pensé que les comètes étaient ainsi que les planètes, assujetties à des. moavemens réglés par des lois éternelles. . Nous avons très peu de renseiguemens certains sur l'Astrottonde des Égyptiens. lia direction exacte des faces de leurs pyramides vers les quatre points cai'dinanx, donne une idée avantageuse de leur manière d'observer; maïs aucune de leurs observations n'est parvenue jusqu'à nous. On doit être étonné que les astronomes d'Alexandrie aient été forcés de recourir aux observations cbaldéennes ; soit que la mémoire des observations égyptiennes ait dès lors été perdue, soit que les Égyptiens n'aient pas voulu les conCmauiquer , par un seutïmeot de jalousie qu'a pu faire naître la

4a4 EXKtsmOlf

brettr des sonreraiiu pour l'ëcole ^'ib svaiest foncMe. Avant cette époque, U répntation de lenrs prêtres ftTait attiré les prcmien pliilosopfaea de la Crèce. Thalèa , I^rtfaagore, Endoxe et Platon allèrent paiaer chez eux, les connaissances dont ils enrichirent leur patrie; et 3 est Traisenil>Uble qne IVcole de Pythagore leur fnt redevable de qnelqiies-Dnes des îdëes saines qu'elle professa sur la CoostîtntioQ de IVinÎTers. Macrobe lenr attribue ezpressAnent , la pensée des mouTemena de Merfnre et de \éana autour da soleil. Leur année civile était de trois Cent soixante-ciaq Jours : elle était divisée en douze mois de trente jonn , et ils ajoutaient i la fin , cinq jours complémentaires on épagomènes. Mais soi- Tant l'in^nieuse remarque de M. Foorier, l'observa* tien des levers hélîaques de Sjrrius, la plus brillante des étoiles, lenr avait appris qne le retour de ces levers retardait alors, cbaqne année , d'un quart de jour ; et Us avaient fondé sur cette remarque, la période sothîqoe de i46i ans, qui ramenait à peu près aux mêmes saisons , leurs mois et lenrs fStes. Cette période s'est renouvelée dans l'an 139 de notre èm. Si elle a été précédée d'une période semblable , comme tout porte ï le croire ; l'origine de cette période antérieure remonterait k l'époque od Ton peut supposer avec vraisemblance qne les Égyptiens ont donné des noms aux constellations du zodiaque , et où ils ont fondé leur Astronomie. Us avaient observé qne dans vingt-cinq de leurs années , il j avait trois cent neuf retours de la lune au soleil; ce qui donne une valeur fort approchée de la longueur du mois. Enfin on voit par ce qui nons reste de leurs zodiaques , qu'ils observaieot avec soin la position des solstices dans les constellations zodiacales. Suivant Dion Cassiua, la semaine est dne aux

DU SYSTÈME DU MONDE. 4a5

Égjptùnl. Cette période ett fondée mr le |^u aiieieii gyithne d' Astronomie , qui plaçait le aoleîl , la lone et tes planètes , dans cet ordre de distancei k la terre , en commençant par la plus granée ; Saturne , Jnpiter, Mais, le Soleil, Véniu, Mercure) la Lune, he» parties •nccetÙTefc de lasérie des jours divises cbacuu en vingt quatre parties, étaient consacrées dan* le même ordre à ces astres. Cbaqne jour prenait son nom, de l'astre correspondant à sa première partie. La semaine se rctronre dans l'Inde parmi les Brame* , et arec nos déntHDoinationi ; et je me sois assuré que les jonrs nommés par eux et par nous de la m£me manière, répondent anx mâtnea instans physiques. Cette période qui était en usage chea le* Arabes , les Juifs', les Assyriens , et dans tout l'Orient , s'est renouTelée sans tnterruptioa et toujours la même, en trarersant le* siècles «^ les révolutions des empires. 11 est impossible parmi tant de peuples divers d'en connaître l'inventeur ; nous pouvons seulement affirmer qu'elle est le pins ■ncieu monument des connaissmices astronomiques. L'année civile des Égyptiens étant de 365 jours; il est fiicile de voir qa'eu donnant & chaque année le nom de •on premier jour, les noms de ces années seront & perpétuité ceux des jours de la semaine. C'est ainsi qu'ont dû se former ces semaines d'années, dont on voit l'usage çhei le* Hébreux, maia qui appartiennent évidemment à nu peuple dont Tannée était solaire et de 365 jours.

Les connaissances astronomiques paraissent avoir été la base de tontes les théogonies dont l'origine s'explique ainsi de la manière la plus simple. En Chaldée et dans l'ancienne Egypte, l'Astronomie ne fut cultivée que dan* les temples , par des prJtrea qni fondèrent sur elle.

4a6 EXPOSmOIf

les saperctUions dont ils étaient les ' ministres. L'histoire fabolenae des h^ros et des dienz qu'ils présentaient à la crédule ignorance, n'ëtait qu'une allégorie des pliénomènes célestes et des opérations de la nature , allégorie que le pouroir de l'imitation , l'un des principaux ressorts du monde moral , a perpétuée josqu'i noos dans les institutions religieuses. Profitant pour consolider leur empire , du désir si naturel de pénétier dans l'avenir, ils créèrent l'Astrologie. L'homme porté par les illusions des sens, â se regarder ccmune centre de l'unirers , se persuada facilement que les astres influent sur sa destinée , et qu'il est possible de la prévoir par l'observation de leurs aspects au moment de sa nais' sauce. Cette erreur chère à son amour-propre, et nécessaire à son inquiète curiosité, est aussi ancienne que l'Astronomie : elle s'est maintenue josqu'i la fin de l'avant-demier siècle, époque k laquelle la connaissance généralement répandue dn vrai système du monde , l'a détruite sans retour.

L'origine de l'^strouomie en Perse et dans l'Inde , se perd comme chez tous les peuples , dans les ténèbres des premiers temps de leur histoire. Les Tables indiennes supposent une Astronomie assez avancée; mais tout porte k croire qu'elles ne sont pas d'une haute antiquité. Ici je m'éloigne avec peine , de l'opinion d'un illustre et malheureux ami dont la mort, étemel sujet de regrets , est une preuve affreuse de l'inconstance de la faveur populaire. Après avoir honoré sa vie, par des travaux utiles aux sciences et i l'humanité , par ses vertus et par un ooble caractère ; il périt victime de la plus -sanguinaire tyrannie , opposant le calme et la dignité du juste , aux outrages d'un peuple dont il avait été l'idole. Les Tables indiennes ont deux époques princi-

pales qui remontent, l'une i l'année 3 toi avant notre ire, l'antre i ligi- Ces époques sont liées par les monvemens du soleil, de la Inné et des planètes , de manière qu'en partant de la position que les Tables indiennes assignent & tous ces astres k la seconde époque, et remontant &" la première au moyen de ces Tables, on trouTe la conjonction générale qu'elles supposent à cette époque primitive. Le savant célèbre dont je viens de parler, Bailli, a chercbé à établir dans aoo Traité de l'Astronomie indienne , que cette première époque était fondée sur les observations. Malgré ses preuves exposées avec la clarté qu'il a sa répandre sur les matières les plus abstraites , je regarde comme très vraisemblable qu'elle a été imaginée pour donner dans le zodiaque , une commune origine aux monvemens des corps célestes. Nos dernières Tables astronomiques , considérablement perfectionnées par la comparaison de la théorie avec un grand nombre d'observations t^ précises , ne permettent pas d'admettre la conjonction supposée dans les Tables indiennes; elles offrent même & cet égard, des différences beaucoup plus grandes que les erreurs dont elles sont encore susceptibles. A la vérité, quelques élémens de l'Astronomie des Indiens , n'ont pu «voir la grandeur qu'ils leur assignent , que long-temps avant notre ère : il faut, par exempte, remonter jusqu'à six mille ans , pour retrouver leur équation du centre du soleil. Mais indépendamment des erreurs de leurs déterminations , on doit observer qu'ils n'ont considéré les inégalités da soleil et de la lune , que reUtivement aux éclipses dans lesquelles l'équation annuelle de la lune s'ajoute i l'équation du centre du soleil , et l'augmente d'une quantité i peu près égale à la différence de sa véritable valeur , i celle des Indiens.

4a8 EXPOSm(»l

Fliuieurs ^meoj , tels qae les équations an centre de Jupiter et de Ukri , sont très-diffërens dans les Tables indiennes , de ce qa'ilf devaient être & leur première époque : l'ensemble de ces Tables, et surtout l'impossibilité de la conjonction générale qu'elles supposent, prouvent qu'elles ont été construites, ou du moins rectifiées dans des temps modernes. C'est ce qui résulte encore des moyens monvemens qu'elles assignent k la lune par rapport à son périgëe , A ses nœuds et an soleil, et qui plus rapides qne suivant Ptolëmée , indiquent qu'elles sont postérieures i cet Astronome ; car on sait par la théorie de la pesanteur nniveiMUe* qne ces trois mouvemens s'accélèrent depuis un très grand nombre de siècles. Ainsi ce résultat de la théorie , si important pour l'Astronomie lunaire, sert encore à éclairer la chronologie. Cependant l'antique réputation des Indiens ne permet pas de douter qu'ils aient dans tous les temps, cultivé l'Astronomie. Lorsque les Grecs et les Arabes commeacèreot A se livrer aux sciences , ils allèreid en puiser chez eux, les premiers élémens. C'est de l'Inde que nous vient l'iogéoieuse méthode d'exprimer tous les nombres avec dix caractères, en leur donnant à la fois, une valeur absolue et une valeur de position ; idée fine et importante , qui nous parait maintenant si simple , que nous en sentons à peine , le mérite. Mais cette sîu- |dicité même, et l'extrême facilité qui en résulte poor tons les calculs , placent notre système d'arithmétique an premier rang des inventions utiles ; et l'on appréciera la difficulté d'y parvenir, si l'onconsidère qu'il a échappé au génie d'Ârchimède et d'Apollonius , deux des plus grands honunes dont l'antiquité s'honore.

Les Grecs n'ont commencé & cultiver l'Astronomie , que long-temps après les Égyptiens et les Chaldéens,

dont fls ont été 1m disciples. Il est difficile , à travers les fal>le8 qaî reraplisseot les premiers siècles de leur histoire, de démêler leurs coanaissancea astfODomiques. Leurs nombreuset écoles offeot très peu d'obserratenrs araot celle d'Alexandrie : tts j traitèrent l'AstroDomie, comme une science pareawnt apéculative , et en se li- Trant k de 'frivoles conjectures. 11 est singulier qu'A la vue de eette foule de sjstimes qui se combattaient sans rien apprendre , la péBexioD très sim|Je , qne le senl moyen de connattre la nature , est de l'interroger par l'ez^férîenee , ait échappé à tant de philosophes dont plusieurs étaient doués d'un rare génie. Mais on en sera moins étonné , si l'on considère que les premières observations ne présentant qoe des faits isolés sans attrait pour Timagination impatiente de remonter teat catueè; elles ont dû se succéder avec nne extrteie lenteur. Il a fallu 'qu'une longue suite de siècles en accamnlftt un assee graiHl "nombre , pour faire découvrir entre les phénomènes , des rapports qui s'étendant de plus en plus , réonisKUt à l'intérêt de la vérité , celui des spéculations générales auxquelles l'esprit bumalu tend sans cesse à s'élever.

Cependant , au milieu des rives philosophiques des Grecs , on voit percer sur l'Astronomie , des idées saines qu'ils recueillirent dans leurs Toya|e« et qu'ils perfectionnèrent. Thaïes , né k Mtlet , l'an 640 avant notre ère, alla s'instruire en Egypte : revenu dans la Grèce , il fonda l'école Ionienne , et il y enseigne la sphéricité de la terre , l'obliqnilé de l'écliptîque , et les véritables causes des éclipses du soleil et de la lune. On dît même qn'il'parvint k les prédira , en employant sans doute , les méthodes ou les périodes que les prêtres égyptiens lui avaient communiquées.

43o EXPOSmOM

Tbalès eut pour sacceueurs , Anaiîmandre , Anaxîmiae et Aoaxagore. Les deux pcenûera iotroduiiirent dans la Grèce , l'usage du gnomon et des cartes géographiques. Ânazagore ^t persécuta par les. Athénieiu, pour avoir enseigné les vërités de l'école Ionienne. On lui reprocha d'anéantir l'influence des dieux sar la nature t en essayant d'assujettir ses phénomtoes i des lois immuables. Proscrit avec ses enfana , il ne dut la TÎe qu'aux soins de Fériclès son disciple et son ami , qnî parvint k faire changer la peine de mort , en exil. Ainsi la vérité pour s'établir sur la terre » a 80ttv«at «u & combattre des erreurs accréditées qui , plus d'une fois , ont été funestes â ceux qnî l'ont fait connattre.

De l'école Ionienne sortit le chef d'une tfcole beiacoup plus céUInw, Pythag<Nfe, Dé à Samos vers l'an Sgo avant notre ire , fut d'abord disciple de Thalis qui lai conseilla de voyager en Egypte où il se fit initier aux mystères des prêtres , pour connaître i fond leur doctrine. Ensuite , U alla sur le* bords du Gtnge, interroger le Brachmanes. De. retour dans sa patrie, le despotisme sous lequel elle gémissait alors, le força de s'en exiler, et il se retira en ItaUe oà il fonda son école. Toutes les vérités astronomiques de l'école lonif^nne furent enseignées avec plus de développement dans celle de Pythagore ^ mais ce qui la distingue principalement, est la connaissanoe des deux mftnreqiens'de la terre, sur elle-même et- autour du soleil. Pythagore l'enveloppa d'un voile, pour la cacher au volgaire; mais elle fut exposée dans un grand jour, par son disciple Philolaîis.

Suivant les Pythagoriciens, les comètes elles-mêmes sont en mouvement comme les planètes , autour du soleil : ce ne sont point des météores passagers formés

dans notre atmosphère , maïs des oamgea kernels de la natare. Ces notioDS parfaitement jnstes du système du monde, ont été saisies et présentées par Séaëqiie, arec l'enthotosiàsme qa'ane grande idée sur i'au des objets tes pins Tsstes des ccmnaissances humaines , doit exciter dans l'Ame du philosophe : ■ Ne nous étonnons » point, dit-il, qae l'on ignore encore la loi du mouve-

> ment'dès comètes dont le spectacle est si lare; et » qa.'oii ne connaisse ni le conunencement ni la fin de B la rëvolution de ces astres ^î descendent d'une

> énomie distance. U n^ a pas quinze cents ans que la • Grècea compté les étoiles, et leur a doimédes noms

> Le jonr Tiendra qne par une étude suivie de plusieurs ■ siècles , les choses actuellement cachées paraîtront « avec évidence; et la postérité s'étonnera que des'

> rérïtés si claires nons aient échappé. • On pensait encore dans la même école, que les ! planèteS' sont habitées, et que les étoiles sont ^es soleils disséminés duis l'espatie, et les centres d'autant de sptèmes planétaires. Ces vues philosophiques auraient dû par lenr grandeur et par leur iustcsse, entraîner les suffrages de l'antiquité; mais ajant été accompagnées d'opinions systématiques , telles que Tbarmonie des stères célestes, et manquant d'ailleurs des préures qu'elles ont acquises depuis par leur accord avec les observations; il n'est pas snrprenaat que leur vérité contraire aux illusions des sens , ait été méconnue.

La seule observation qne l'histoire de l'Astronomie nous offre chez les Grecs, avant l'école d'Alexandrie, est celle du sobtice d'été de l'an 433 , avant notre ère , par Méton et Euctemon. Le premier de ces Astronomes se rendit célèbre par U cycle de dix-neuf années correspondantes i deux cent trente-cinq lunaisons, qu'il

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introduiût'daoïlecaleiMlrwr. L» néûmâa la plnsaûnplfl de mesurer le tempt , est odle qiLÎ n'emploie que les riTcdQtïons «oUirea; mua dam le premier fi^ dû pe«plea , les phases de U Inoe officient à leur ignorance, une division si naturelle dn temps , ^'elle fat géaénlemeat admise. Ha réglèrent leurs f£ts> et leurs jeux , sDr le retour de cea phases ; et quand lea hesoins de l'agricallnret lea forcèrent de Tecourir ah s^eîl, pour dîatinguer lea aaïaonB ; ils ne renoncihwBt point 1 Ikncien . nnge demesorer le temps par les r^Tolutïons de lalitno dont on ponveit ainsi conutlre l'âge , par Iss jours du mois. Ils cherchireDt i Aablir entre les r^olotioiu de cet astre et celles dn soleil, un accord fonde lau- des périodes qui renfermassent des nombres entiers de et» rérolntioDs. Ia pins simple est celle de dix-nenf ans ; liston étahlit donc un cycle de dix-neof années Inhaires dont doo&e rftaïent commnnes ov de doDse mois ; les sept antres en avaient treize. Ces mois étaient inëgàax et ordonna de manière que snr les deux ccst trenle-ciaq mcMsdn cycle, cent dix étaient de vingt-nei^ jonra, et cent Ttngt-cinq de trente jours. Cet arrangement pro* poa^ par Métou , à la Grèce assemblée dans les jenx olym|nqnes, fut reçu arec nn epplandiasement Doîvertel , et anmimement adopté. Mata on ne tarda pas A s'apercevoir qa'i ht fin d^ne période , 1« nonrean calendrier retardait d'euTiron un qoart de jota tnr la nouvelle Itine. Catippe prop<»a de quadrupler le cycle de dix-oeuf ans , et d'en former nne période de soixamte et setxe ans, à la fin de laqndle on retrancherait vn jour. Cette période &t nommée CalippUfue , dn nom da son antenr : qnoiqae moins ancienne t^e le taroM des Cbald&ns , elle liû est inférienre pour l'exactittlde. Vers le temps d'Alemndre, IPytéas UInsIra Ma»e31e

sa patrie , comme géographe et comme astronome. Od loi doit une observation de la longueur méridienne Au gnomon, au sobtice d'éttf dans cette ville : c>st la plus ancienne obtervation de ce genre, après celle de Xcbeou-KoQg. Elle est pi^ciense en ce qu'elle confirme la diminution Buccessive de l'obliquité de l'ëcliptîqne. On doit regretter que les anciens Astronomes n'aient pas fait un pins grand usage du gnomon qui comporte bien pins d'exactitude que leurs armillei. En prenant quelques pr^utîons facUei, pour niveler la surface sur laquelle l'ombre se projette , ils auraient pn jaons laisser sur les de'clioaisons du soleil et de la lune , des observations qui seraient maintenant fort utiles.

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