‹ Exposition du système du monde (volume 2)Chapitre 62 sur 65 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

De VJstronomie depuis Ptolémée , jusqu'à son Tenoméïlement en Europe.

JjES travaux de Ptol^mëe terminent les progrès de l'Astronomie dansl'ëcole d'Alexandrie. Cette école subsista pendant cin^ siècles encore ; mais les successeurs de Ptol^m^e se bornèrent i commenter ses ouvrages , sans rien ajouter  ses tbéories ; et les phénomènes que le ciel offrit dans nn intervalle de plus de six cents ans , manquèrent presque tons, d'obserrateui'B. Rome pendant long-temps le séjour des vertus, de la gloire et des lettres, ne &rîen d'utile aux sciences. La considération attachée dans cette république, à l'éloquence et aux talens militaires, entraîna tons les esprits. Les sciences n'y présentant aucun avantage , durent être négligées au milieu des conqnâtes que son ambition lui fit entreprendre, et de ses querelles intestines qui produisirent enfin les guerres civiles dans lesquelles son inquiète liberté expira , et fut remplacée par le despotisme souvent orageux de ses Empereurs. Le déchirement de l'empire , suite inévitable de sa trop vaste étendue , amena sa décadence ; et le flambeau des sciences éteint par les irruptions des barbares , ne se ralluina que chez les Arabes. Ce peuple exalté par le fanatisme d'une religion nouvelle , après avoir étendu sa puissance et cette religion sur une grande partie de la terre, se fut à peine reposé dans la paix , qu'il se livra aux sciences avec ardeur. Vers le milieu du huitième siècle, le calife

Almanzor encouragea d'ane minière ap^iale, l'Astronomie. Blaîa parmi les princes arabes qni se dîstîngnèreat par leur amonr ponr les sciences, l'Histoire cite principalement Almamon, de la famille des Alussides, et fils du fameux Aaroa-at-Reschid. Almamon rëgnait ii Bagdad en 814. Vainqaenr de l'empereur grec Michel III, il imposa ponr une des conditions de la paix, qu'on lai foDrnirait les meilieurï livres de la Grèce ; l'AImageste (àt de ce nombre : il le fit traduire et répandit ainsi parmi les Arabes , les connaïssances astronomiques qui aTaient illustre l'école d'Alexandrie. Ponr les perfectionner , il rassembla plusieurs Astronomes distingués qui , après avoir fait un grand nombre d'observations, publièrent de nouvelles Tables du soleil et de la lune , plus pariaites que celles de Ftolémée, et long-temps célèbres dans l'Orient sous le nom de Table vérifiée. Dans cette table, le périgée solaire a la position qu'il devait avoir : l'équation du centre du soleil , beaucoup trop grande dans Hipparque, est réduite à sa véritable valeur; mais cette précision devenait alors une source d'erreurs dans le calcul des éclipses où l'équation annuelle de la lune, corrigeait en partie, l'inexactitude de l'équation du centre du soleil, adoptée par cet Astronome. La durée de l'année tropique est plus exacte que celle d'Hipparque : elle est cependant trop courte d'environ deux minutes; mais cette erreur vient de ce que les auteurs de la Table vérifiée , comparèrent leurs observations à celles de Ptolémée : l'erreur aurait été presque nulle , s'ils eussent employé les observations d'Hipparque. C'est encore par celte raison, qu'ils supposèrent la précessîon des éqninoxes , un peu trop grande.

Almamon fit mesurer avec un grand soin , dans nne

vaate pUîoe de U MésopoUmîe , un degré teireitre que l'on trouva de deux cent mille cinq ceata coadëes noîrea. Cette mecore offre la même incertitude que celle d'Énitostliène , relativement A la longueur dn module dont on fit usage. Toutes ces mesures ne peuvent maintenant nous intéresser , qu'en faisant connaître ces modules. Mais les erreurs dont ces opérations étaient alors susceptibles, ne permettent pas d'eu retirer cet avantage qui ne peut résulter que de la précision des opérations modernes au moyen desquelles on pourra toujours retrouver nos mesures, si par la suite des temps, leur* étalons viennent â s'altérer.

Les encouragemens donnés i l'Astronomie, par Aimamou , et par ses successeurs , produisirent un grand nombre d'Astronomes arabes très recommaudables , parmi lesquels Albatenins occupe une place distinguée. Ce prince arabe fit ses observations k Aracte, vers l'an 880. Son Traité de la Science des Etoiles, contient plusieurs observations intéressantes , et les priocipanx élémens des théories du soleil et de la lune : ils différent très peu de ceux des Astronomes d'AImamou. Son ou- Trage ayant été pendant l^ng-temps, le seul traité connu de l'Astronomie arabe ; on lui attr^na les chaogemens avantageux qu'il apportait aux élémens des Tables de Ftolémée. Mais un fragment précieux extrait de l'Astronomie d'Ebu-Junis, et que M. Canssin a bien voulu traduire , & ma prière , nous a fait connattre que ces cbangemens sont dus aux auteurs de la Table vérifiée. 11 nous a de plus, donné sur l'Astronomie arabe, des notions précises et fort étendues. Ebn-Junis, Astronome du calife d'Egypte, Uakem , observait an Caire vers l'an mil. Il rédigea uu grand traité d'Astronomie , et il construisit des Tables des mouvemeus célestes.

célèbres dau TOrient par lenr exactitude , et qui paraissent aroir servi de fondement anx Tables form^ depnis par les Arabes et par les Perses. On voit dans ce fragment, depuis le siècle d'Almanzor joaqu'au temps d'Ëbn-Jani», nne longne suite d'observations dMclîpses, d'^quinoxes , de solstices , de conjonctions de planètes et d'occultations d'Aoîlee, obserTations importantes pour la perfection des th^ries astronomiques , qui ont fait connaître l'équation séculaire de U lune , et répandu beaucoup dé lumière sur les grandes variatioBs du sjrstème du Monde. Ces observations ne sont encore qu'une jaibb partie de celles des Astronomes arabes dont le nombre a été prodigieux. Ils étaient parvenus i reconnaître l'inexactitude des observations de Ptolémée sur les équinoxes ; et en comparant leurs observations , soit entre elles , soit avec celles d'Hipparqne , ils avaient fixé avec une grande précision , la longueur de l'année : celle d'ËbnJnnis n'excède pas de treize secondes , la ndtre qu'elle devait surpasser de cinq secondes. U paraît par son ouvrage et par les titres de plusieurs manuscrits existant dans nos bîbliotbèques , que les Arabes s'étaient spécialement occupés de la perfection des instmmens astronomiques ; les traités qu'ils ont laissés sur cet objet, prouvent l'importance qu'ils j attacbaient , et cette importance garantît la justesse de lenrs observations. Ib donnèrent encore nne attention partïoulière à la mesure du temps , par des clepsydres , par d'immenses cadrans solaires, et même par les vibrations du pendule. Malgré cela, leurs observations d'éclipsés présentent presque autant d'incertitude, que celles des Cbaldéens et des Grecs ; et leurs observations du soleil et de la lune , sont loin d'avoir sur celles d'Hipparqne , une supériorité qui puisse compenser l'avantage de la

distance c[aï nous sépare de ce ^and obserratenr. L'actîrit^ des ÂstroaomM ambea bornée aax obserrations , ne s'est point étendoe à la recberclie de nonvelles inëgalità; et sur ce point, ilsnVnt rien ajont^ aax h^po> thèses de Ptoi^mée. Cette vive curiosité qai nous attache anx phénominei, josqu'i ce qoe les lois et la canse en soient parfaitement connaea, caractérise les savans de l'Europe moderne.

Les Perses soumis long-temps anx mêmes souverains qne les Arabes , et professant là fiiime religion, secouèrent vers le milieu du onzième siècle , le joug des califes. A cette époque , leur calendrier reçut par les soins de l'Astronome Omar-Gbejan , une forme nouvelle fondée sur l'intercalation ingénieuse de huit années bissextiles en trente-trois ans , intercalation qne Dominique Gassini, à la fin de l'aTant-demier siècle, proposa comme pins exacte et plus simple que l'intercalation grégorienne , ^norant que Ica Perses la connaiasaient depuis long-temps. Dans le treizième siècle , Holagullecoukan , on de leurs souverains, rassembla les Astronomes les plus inatmits, i Maragha où il fit construire un magnifique observatoire dont il confia la direction k Nassiredin. Mais ancan prince de cette nation ne se distingua pins par son zèle pour l'Astronomie , qu'Ulugh- Beigh que l'on doit mettre au rang des plus grands observateurs. U dressa lui-même i Samarcande , capitale de ses états , un nouveau catalogue d'étoiles , et les meilleures Tables astronomiques quel'onaiteaes avant Ticho- Brahé.ll mesnra en 1 437, avec un grand instrument, Tobliqnité de l'édiptique ; et son résultat corrigé de la téfi»ction et de la fausse parallaxe qu'il avait employée , donne cette obliquité plus grande qu'au commencement de ce siècle; ce qui confirme sa diminution successive.

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Les Kimales de la Chine noos ont offert les plus anciennes observations astronomiqoes : elles sons présentent encore, vingt-quatre siècles après, les obiervatioDS les pins pr^îsea qae l'on ait faites avant le renonvellement de l'Astronomie et m£me avant l'application da télescope au quart de cercle. On a va que l'année astronomique des Chinois, commençait an solstice d'hiver; et que ponr en fixer l'origine, on observa dans tons les temps, les ombres méridiennes du gnomon vers les solstices. Gaubil , l'un des plus savans et des plus judicieux missionnaires Jésuites envoyés dans cet empire , nous a fait connaître une snite d'observations de ce genre , qui s'étendent depuis l'an iioo avant notre ère, jusqu'en 1x80 après. Elles indiquent avec évidence, la diminution de l'obliquité de l'écliptique qui dans ce long intervalle , a été d'un millième de la circonférence. Tsoutcbong , l'un des plus habiles Astronomes chinois , comparant les observations qu'il fit à Nankin en 46> , avec celles que l'on avait faîtes i Loyang, dans l'année 173, détermina la grandeur de l'année tropique , pins exactement que ne l'avaient fait les Grecs et même les Astronomes d'Atmamon : il la trouva de 365i,24^8a, la même à très peu près que celle de Copernic. Pendant qn'Uolagu-Ilecoukau faisait fleurir l'Astronomie en Perse , son frère Cobîlai , fondateur en 1x71 , de la dynastie des Yven, lui accordait la même protection i la Chine : il nomma chef du tribunal des Mathématiques, Cocbeou-King, le premier des Astronomes chinois. Ce grand observateur fit construire des instrumena beaucoup plus exacts que ceux dont on avait fait usage jusqu'alors : le plus précieux de tous était un gnomon de quarante pieds chinois , terminé p^ une plaque de enivre , verticale

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et percée par un trou du diamètre d'une aiguille. C'est da centre de cette onrerture , ipie Gocheou-King comptait la Itanteur da gnomon : il mesurait l'omLre, jusqu'au centre de l'image du soleil. <• Jusqu'ici , dit-il , on n'ob- » servait qae le bord supérieur du soleil , et l'on arait

> de la peine & distinguer le terme de l'ombre : d'ail-

> leurs, le gnomon 'de huit pieds dont on s'est constam- • ment servi , est trop con^t. Ces motiis m'ont porté i a faire usage d'un gnomon de quarante pieds, et à » prendre le centre de l'image. •> Gaubil , dont nous tenons ces détails , noua a communiqué plusieurs de cet observations faites depuis 1277 jusqu'en 1380: elles sont précieuses par leur exactitude , et prouvent d'une manière incontestable, les diminutions de l'obliquité de l'écliptiqae , et de l'excentricité de l'orbe terrestre , depuis cette époque jusqu'à nos jours. Cocbeou-Kîng détermina avA une précision remarquable , la position du solstice dbiver par rapport aux étoiles en iï8o : il le faisait coïncider avec l'apogée du soleil , ce qui avait eu lien trente «us auparavant : la grandeur qu'il supposait 1 l'année, est exactement celle de notre année grégorienne. Les méthodes chinoises pour le calcul des éclipses, sont inférieures à celles des Arabes et des Perses : les Chinois n'ont point profité des connaissances acquises par ces peuples, malgré leurs communications fréquentes avec eux ; ils ont étendu k l'Astronomie elle-même, l'attachement constant qu'ils portent k leurs anciens usages.

L'histoire de l'Amérique , avant sa conquête par les Espagnols , nous oiTre quelques vestiges d'Astronomie ; car les notions les plus élémentaires de cette science , ont été chez tous. les peuples , les premiers fruits de leur civilisation. Les Mexicains avaient au lieu de la se-

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maine , tute petite pâiode de cinq joUïs : lean moû âueiitchaCttadevîiigt)Oiira,etâiz-liaitde ces moi* for^ maîent Lenr aonëe qui comniençait m aolatice dliÎTer , et à laquelle ils ajoataient cinq jours oompWmenlaïres. 11 y a lieu de penser qu'ils composaient de la rëunion de cent quatre ans , nn grand cycle dans lequel ils intercalaient TÎngt-cinq joars. Gela suppose une dorée de Tannée tropique , plus exacte que celle d'Hipparqne ; et, ce qui est remarquable , elle est la mAtne k très peu pris que l'année des Astronomes d'Almamon. Les PéruTiens et les Mexicains obserraîent aTee soin , les ombres du gnomon, aux solstices et aux éqninoxes : ils «▼aient même élerë poor cet objet , des colonnes et des pyramides. Cependant , quand on considère la difficulté de parvenir i une détermination aussi exacte de la longueur de l'année ; on est porté 1 croire qu'elle n'est pas leur ouvrage , et qu'elle lenr est Tenue de l'ancien continent. Mais de quel peuple et par quels moyens t'ont-îls reçue ? Pourquoi , si elle leur a été transmise par le nord de l'Asie , Ont-ils une dirision do temps , si différente de celles qu ont été en usagedanscette partie du monde i* Ce sont des questions qu'il parait impossible de résoudre.

n existe dans les nombreux manuscrits que renferment nos bibliothèques , beaucoup d'observations anciennes encore inconnues , qui répandraient nn grand jour sur l'Astronomie , et spécialement sur les inégalités séculaires des mouTemens célestes. Leur recberche doit fixer l'attention des sarans versés dans les langues orientales; car les grandes variations du système da Monde , ne sont pas moins intéressantes à connaître , que les révolutions des empires. La postérité qui pourra comparer nue longue suite d'observations très exactes ,

à la théorie de la pesanteur uatrerselle , jouira de leur accord', beancoup mieaz qne nous à qai l'anticpiité n'a laUsé que des observations le plus souTent incertaines. Hais ces observations soumises à une saine critique, peuvent, du moins en partie, compenser par leur nombre , les erreurs dont elles sont susceptibles , et nous tenir lieu d'observations précises; de même qu'en Géographie, pour fixer la position des lieux, on supplée les observations astronomiques, en comparant entre elles les diverses relations des voyageurs. Ainsi , quoique le tableau que nous offire la série des observations depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours , soit fort imparfait } cepeodent on y voit d'une manière très sensible , les variations de l'excentricité de l'orbe terrestre et de la positioa de son périgée ; celles des mouvemens séculaires de la lune , par rapport à ses nœuds, à son périgée et an soleil ; en£n, les variations des élémen» des orbes planétaires. La diminution successive de l'obliquité de l'écliptique pendant près de trois mille ans , est surtout remarquable dans la comparaison des observations de Tcbeou-Kong, de Pythéas, d'Ebn-Juais, de Cocbeon-King , dlJlugb-Beigb , et des modernes.

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