CHAPITRE IV
De l'Astronomie dans l'Europe modeme.-
(j'est priacipalement aux Arabes , qae l'Earope moderne doit les premiers rayons de lumière , qui ont dissipa les ténèbres dont elle a éXé enveloppée pendant plus de douze siècles. Ib nous ont transmis avec gloire , le d^pAt des connaissances qu'ils avaient reçues des Grecs disciples euz-mémes des Égyptiens. Mais par ane fatalité' déplorable, elles ont disparu cliez tons ces peuples , k mesure qu'ils les ont communiquées. Depuis long-temps, le despotisme étendant sa barbarie sur les belles contrées qui furent le berceau des sciences et des arts, en a effacé jusqu'au souvenir des grands hommes qui les ont illustrées.
Alphonse , roi de Caslille , &t un des premiers soaverains qui encouragèrent l'Astronomie renaissante en Europe. Cette science compte peu de protecteurs aussi zélés ; mais il fut mal secondé par les Astronomes qu'il avait réunis, et les Tables qu'ils publièrent , ne répondirent point aux dépenses excessives qu'elles avaient occasionnées. Doué d'un esprit juste, Alphonse était choqué de l'embarras des cercles et des épicjcles dans lesqUeb ou faisait mouvoir les corps célestes : Si Dieu^ disait-il, m'avait appelé à son conseil, les choses eussent été dans un meilleur ordre. Par ces mots qui furent taxes d'impiété , il faisait entendre que l'on était encore loin de connaître le mécanisme de l'uniTers. Au temps d'Alphonse, l'Europe dut aux encouragemens de Frédé-
rie II, empereur d'Allemagne, la première tradactîoa Utiae de l'Almageste de Ptolëmëe, que l'on 6t but la veraîon arabe.
Nous arrÎTons enfin â i'ëpo^e où l'Astronomie oortantde la sphère étroite qui l'avait renferma jusqu'alors, s'ëleva par des progrès rapides et continus , à la hauteur où nous la voyons. Purbach , Regiomontanns et Waltems préparèrent ces beaux jonra de la science , et Copernic les fit naître par l'explication faenreose des phénomènes célestes , an moyen des monvemeos de la terre, sur elle-même et autour du soleil. Choqué comme Alphonse , de l'extrême complication du système de Ptolémée, il chercha dans les anciens philosophes, une disposition plus simple de l'univers ; il reconnut que plusieurs d'entre eux avaient mis Vénus et Mercure , en mouvement autour du soleil ; que Nicétas , suivant le rapport de Cicérou, &isait tourner la terre sur sou axe , et par ce moyen , affranchissait la sphère céleste , de l'inconcevable vitesse qu'il fallait lui supposer pour accomplir sa révolution diurne. Aristote et Plutarque lui apprirent que les Pythagoriciens faisaient mouvoir la terre et les planètes autour du soleil qu'ils plaçaient au centre du monde. Ces idées lumineuses le firappèrent : il les appliqua aux observations aslrono* miques que le temps avait multipliées ; et il eut la salisfaction de les voir se plier sans effort, à la théorie du mouvement de la terre. La révolution diurne du ciel ne fut qu'une illusion due à la rotation de la terre, et la précesstou des équinoxes se réduisit i un mouvement dans l'aie terrestre. Les cercles imaginés par Ptolémée , pour expliquer les mouvemens directs et rétrogrades des planètes, disparurent : Copernic ne vit dans ces singuliers phénomènes , que des apparences produites par la
combimùflon du moaTetuent de la terre' autonr du soleil, avec celai des pUnètes; et il en conclat lei dïmeasions respectives de leurs orbes, jusqu'alors ignorées. Enfin, tout annonçait dans ce système, cette belle simplicité qui nous charme dans les moyens de ta nature , qnaod nous sommes asses henreaz pour les cennattre. Copernic 1« publia dans son ouvrage sur les Révolutions ^testes : pour ne pas rëvolter les pr^ngés reçus, il le présenta comme une hypothèse. <■ Les Âstrouomea , •• dib-il, dans sa dédicace an pape Paul III , s'e'tant per- ■ mis d'imaginer des cercles pour expliquer les mouve> » mens des astres; j'ai cru ponvoïr^alement examiner « si la supposition du mouvement de la terre, rend plus H exacte et plus simple , la théorie de ces moavemens. » Ce grand homme ne fiit pas témoin du succès de son ouvrage : il mourut presque subitement, à l'âge de soixant«-OQEe ans , après en avoir reçu le premier exemplaire. Né à Thom , dans la Prusse polonaise , le 19 février 1473, il apprit dans la maison paternelle, les langues grecque et latine; et il alla continuer ses éta^ à Cracovie. Ensuite entratné par son goût pour l'Astronomie , et par la réputation que Regîomontanns avait laissée ; le désir de s'illustrer dans la même carrière , lui fit entreprendre le voyage de l'Italie où cette science était enseignée avec succès. Il suivit à Bologne , les leçons de Dominique Maria : il obtint ensuite nne place de professeur k Rome où il fit diverses observations ; enfin , il quitta cette ville pour se fixer à Fravenbei^ où son oncle , alors évoque de Warmie , le pourvut d'un canonicat. Ce lut dans ce tranquille séjour, que par trente-six ans d'observations et de méditations , il établit sa théorie du mouvement de la terre. A sa mort, il fut inhumé dans la cathédrale de Fravenberg, sans
DU STStÈME DU MONDE. 465
pompe et «ans épitapbe ; nuû aa mëmoire aotuîitera tmssi long-tempa que les grandes vétitéa qu'il a reproduites avec une évidence qui, enfin, a dissipé les illaaions des sens , et surmonté les difficultés que leur opposait l'ignorance des lois de la Mécanique.
Ces vérités eurent encore à vaincre des obstacles d'un antre genre et qui naissant d'un fonds respecté, les auraient étoufie'es, si les progrès rapides de toutes les sciences mathématiques n'eussent concouru k les affermir. I,a religion fut invoquée pour détruire un système astronomique, et l'on tourmenta par des persécutions réitérées, l'un de ses défenseurs , dont les découvertes honoraient l'Italie. Réthicus , disciple de Gc^twnic , fut le premier qui en adopta les idées ; mais elles ne prirent une grande Ëiveur , que vers le commencement du dixseptième siècle ; et elles la durent principatement aux travaux et aux malheurs de Galilée.
Un heureux hasard venait de faire trouver le plus merveilleux instrument que l'industrie humaine ait découvert, et qui en donnant aux observations astronomiques, une étendue et une précision inespérées , a fait aperce* voir dans les cienx , des inégalités nouvelles et de nouveaux mondes. Galilée eut à peine connaissance des premiers essais sur le télescope , quSl s'attacha i le perfectionner. En le dirigeant vers les astres, il découvrit les quatre satellites de Jupiter , qui lui montrèrent une nouvelle analogie de la terre avec les planètes : il reconnut ensuite les phases de Vénus , et dès lors il ne douta plus de son mouvement autour du soleil. La voie lactée lui offrit un nombre infini de petites étoiles que l'irradiation confond à la vue simple , dans une lumière blanche et continue : les points lumineux qu'il aperçut au-deU de la ligne qui sépare la partie éclairée , de la
Do,1,7cdDïG(T^glC
partie obscure de la lane , lai firent connattre l'ezîsteoce et la hauteur de tes montagnes. Enfin , il observa les taches et la rotation du soleU , et les apparences singnlières occasioim^ par l'anneau de Saturne. En pabliaot ces décoavertes , il fit voir qu^elles démontraient le mouvement de la terre ; mais la pensée de ce mon- Tement fut déclarée contraire aux dogmes religieux, par une congrégation de cardinaux; et Galilée, ion plus célèbre défenseur en Italie , fut cité au tribunal de l'inquisition , et forcé de se re'tracter ponr échapper i une prison rîgonrenae.
Une des plus fortes passions est l'amour de la vérité dans l'homme de génie. Plein de l'enthousiasme qu!une grande découverte lui inspire , il brûle de la répandre; et les obstacles que lui opposent l'Ignorance et la snperstition armées. du pouvoir, ne font que l'irriter et accroître son énergie. D'ailleurs, il s'agissait d'une vérité ' qui, pour nous, est dn plus haut intérêt, par le rang qu'elle assigne an globe qne nous habitons. S'il est , en effet, immobile an milieu de l'nnivers; l'honune aie droit de se regarder comme le principal objet des soins de la nature : toutes les opinions fondées sur cette prérogative , méritent son examen : il peut raisonnablement chercher à découvrir les rapports qne les astres ont avec sa destinée. Mais si la terre n'est qu'une des planètes qui circulent autour du soleil; cette terre déjà û petite dans le système solaire , disparaît entièrement dans l'immensité des cieux dont ce système , tout vaste qu'il nous semble , n'est qu'une partie insensible. Galilée convaincu de plus en plus par ses observations , du mouvement de la terre , médita long-temps un nouvel ouvrage dans lequel il se proposait d'en développer les preuves. Mais pour se dérober k la persécution dont il
avait failli être Tictine, il imagina de les prësieater ■ons la forme de dialogoes entré troia interlocutears dont l'an défendait le système de Copernic, combattu paron périptfëticien. Oasentqne tout l'aTantage restait au défenseur de ce système ; mais Galilée ne prononçant point entre enx, et faisant valoir autant qu'il était possililfl , les objections des partisans de Ptolémée, devait s'attendre k jonir de la tranquillité que lui mé' litaient ses travaux et son grand &ge. Le succès de ces dîfilognes, et la manière triomphante avec laquelle toutes les dîfficoltés contre le mouvement de la terre, y. étaient résolues , réveillèrent l'inquisition. Galilée, à l'&ge de soixante-dix ans , fut de nouveau cité à ce tribunal. La protection du grand duc de Toscane ne pat empdcber qn'il y comparât. On l'enferma dans ane prison oà l'on exigea de lui un second désaveu de tes sentimens , avec menace de la peine de r^ps , s'il con-. tiimatt d'enseigner la même doctrine. On lui fit signer cette formule d'abjuration : Jlfoi , Galilée, à la soixante- £xième aanée tk mon âge , constiûié personaeUement en justice , étant à genoux , et ayant devant Us yeux , les saints évan^s que je touche de mes propres mains ; San cœur et d'une foi sincères , j'abjure , je maudis et je déteste l'erreur, Vhérésie du momvmeat de ta terre, etc. Quel spectacle , qae celui d'un vieillard , illustre par une longue vie consacrée tout entière à l'étode de la nature, abjurant A genoux, contre le témoignage de sa conscience , la vérité qu'il avait prouvée avec évidence ! Emprisonné pour un temps illimité , par au décret de l'ïnqnisïtioa , îl fut redevable de son élargissement aux sollicitations du grand duc ; mais pour l'empécker de se sonstraire au pouvoir de l'iaquisition , on lui défendit de sortir du territoire de Florence. Galilée, né k Pïse en
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i564 . annonça de bonne benre , les ^anJs talent qa'il développa dans la suite. La Mécanique lui doit plusienrs découvertes dont la plus importante est sa théorie du mouvement des graves : elle est le plus beau monii' ment de son géaie. 11 était occupé de la libration de la lone, lorsqu'il perdit la vue : trois ans après, en i643t il mourut à Arcetri , regretté de l'Europe entière , éclairée par ses travaux et indignée du jugement porté contre un si grand homme , par un odieux tribunal.
Pendant que ces choses se passaient en Italie , Kepler dévoilait en Allemagne , les lois des moBvemens jdanétaires. Mab avant que d'exposer ses découvertes, il convient de remonter plus haut, et de làïre coniuttre les progrès de l'Astronomie dans le nord de l'Europe, depuis la mort de Copernic.
L'histoire de cette science nous offre à cette époque, un grand nombre d'excellens observateurs. L'un des plus illustres, fut Guillaume IV, landgrave de Hease- Cassel. 11 fit b|tir à Cassel, un observatoire qu'il munit d'instrjimens travaillés avec soin, et avec lesquels il observa long-temps lui-même. Il s'attacha deux Astronomes distingués, Itothman et Juste Byrge; et Tjcho fut redevable à ses pressantes sollicitations, des avantages que lui procura Frédéric , roi de Danemarck.
Tycho-Brahé , l'un des plus grands observateurs qui aient existé, naquit à la fin de 1546, à Knudsturp en Scanie. Son godt pour l'Astronomie se manifesta dès l'âge de quatorze aos , à l'occasion d'une éclipse arrivée en i56o. A cet âge où il est si rare de réfléchir, la justesse du calcul par lequel on avait prédit ce phénomène, lui inspira le vif désir d'en connaître les principes ; et ce désir s'accrut encore par les oppositions qu'il éprouva de la part de son gouverneur et de sa famille.
n voyagea en Allemagne oà il contracta des li&Uons de correspondance et d'amitië avec les savans et les amateurs les plus distingues de l'Astronomie , et particnliirement avec le landgrave de Hesse-Cassel ^i le reçut de la manière la pins flatteuse. De retour dans sa patrie, il y fut flxé par Frëd^rîc , son sonveram , qui lui donna la petite Ue d'Huène , i l'entrée de la mer Baltique. Tjclio y fit bâtir un observatoire célèbre sous le nom d'Uraniboarg • Ik, pendant un séjour de vingtun ans, il fît un nombre prodigieux d'observations, et plusieurs découvertes importantes. A la mort de Frédéric, l'envie déchaînée contre Tycho, le força d'abandonner sa retraite. Son retour à Copenhague n'assouvit point ta rage de ses persécuteurs : un ministre ( son nom comme celui de tons les hommes qui ont abusé du pouvoir pour arrêter le progrès de la raison , doit être livré au mépris de tons les figes ) , Walcbendorp, lui fît défendre de continuer ses observations. Heureusement Tycho retrouva un protecteur puissant dans l'empereur Rodolphe II , qui se l'attacha par une pension considérable, et lui donna un observatoire à Prague. Une mort imprévue l'enleva dans cette ville , le a4 octobre 1601 , au milieu de ses travaux, et dans un âge où il pouvait encore rendre k l'Astronomie , de grands services.
De nouveaux înstnunens inveuté», et des perfections nouvelles ajoutées aux anciens; une précision beaucoup plus grande dans les observations; un catalogue d'étoiles, fort supérieur i ceux d'Hipparque et d'Olugh-Beigh ; la découverte de l'inégalité de la lune, qu'il nomma variation ; celle des inégalités du mouvement des noeuds et de l'inclinaison de l'orbe lunaire; la remarque importante que les comètes se meuvent fort au-delà de cet
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. orbe; one oonouHance plus parité des réactions astroDomitjues ; en&a, des observations très nonJirentea des planètes , qui ont servi de base aux lois de Kepler ; tels sont les principaux services que Tyclio- Brahé a rendus à l'Astronomie. L'exactitude de ses observations à laquelle il fut redevable de ses découvertes EOr le mouvement lunaire, lai fit connaître encore que l'ëqualioa du temps, relative an soleil et aux planètes, n'ëtait point applicable A la lune , et qu'il fallait en retrancher la partie dépendante de l'anomalie du soleil, et même une quantité beaucoup plus graude. Kepler porte par son imagination, à rechercher les rapports et la cause des phénomènes, pensa que la vertu motrice du soleil , fait tomber la terre phu rapidement sur elle-même dans son périhélie , que dans son aphélie. L'effet de cette variation du mouvement diurne ne pouvait £tre reconnu par les observations de Tycho , que dans le mouvement de la lune , oà il est treize fois plus considérable que dans celui du soleil. Mais les horloges perfectionnées par l'application du pendule, ayant fût voir que cet effet est nul dans ce dernier mouvement, et que la rotation de la terre est uniforme; Flamsteed transporta à la lune elle-même, l'inégalité dépendante de l'anomalie da soleil, et que l'on avait regardée comme apparente. Cette inégalité dont on doit i Tycho le premier, aperçu, est celle que l'on nomme étfuation annuelle. On voit par cet exemple, comment l'observation, en se perfectionnant, nous découvre des inégalités jusqu'alors enveloppées dans ses erreurs. Les recherches de Kepler en offrent un exemple encore plus remarquable. Ayant fait voir dans son Commentaire sur Mars, que les hypothèses de Ptolémée s'écartaient nécessairement des observations de
Tycho , de huit nÙDates aeugésimales , il ajoute : >• Cette
■ diffârence est plus petite que l'incerUtncle des lAttr-
• vatioiu de Ptelémée, incertitude qui, de l'aveu de
■ cet Astronome , ëtait an moins de dis minutes. Mais - la bonté divine nons ayant fait présent dans Tycho*
■ firahë , d'un tris exact observateur ; il est juste de
■ reconnaître ce bienfait de la Divinité, et de lui en > rendre g^âeés. Convaincus maintenant de l'erreur des
■ bypotbëses dont nous venons de faire usage, nous
■ devons employa tous nos efforts pour découvrir les
• lois véritables . des mouvemens célestes. Ces buit mi-
• autes qu'il n'est plus permis de négliger , m'ont mis
■ sur la voie pour réformer toute l'Astronomie, et sont » la matière de la plus grande partie de cet ouvrage. »
Frappé des objections que les adversaires de Copernic opposaient an mouvement de la terre , et peut-être entraîné par la vanité de donner son uom & un système astronomique, I^fcbo-Brabé méconnut celui de la nature. Suivant lui, la terre est immobile au centre de l'univers : tous les astres se meuvent, chaque jour, antoorde l'axe du monde; et le soleil^ dans sa révolution annuelle , emporte avec lui , les planètes. Dans ce système qui , selon l'ordre naturel des idées , aurait dû précéder celui de Copernic, les apparences sont les mêmes que dans la théorie du mouvement de la terre. On peut généralement considérer tel point que l'on veut, par exemple, le centre de la lune , comme immobile ; pourvu que l'on transporte en sens contraire , à tous les astres , le mouvement dont il est animé. Mais n'est-il pas physiquement absurde de supposer la terre sans mouvement dans l'espace , taudis qiie le soleil eotratne les planètes au milieu desquelles elle est comprise ? La distance de la. terre au soleil , si bien d'accord
arec la àaxée de w réTotntion , dans llijpothise de son mourement, pouvait-elle laisser des doates à un esprit fait pour sentir la force de l'analogie ; et ne doit-on pas dire arec Kepler , qne la nature proclame ici , d'nse Toix hante, la vérité de cette hypothèse ? 11 UtA l'aTOuer, Tjcho , qnoiqne grand observateur , ne fut pas henrenx dans la recherche des causes : son esprit peu philoaophique fut même imbu des préjugés de l'Astrologie judiciaire iju'il a essayé de défendre. Il serait cependant injuste de le juger avec la même rigueur, que cdoi qni se refîaserait, de nos jours, à la tbéorïe du monvement de la terre , confirmée par les nombreuses découvertes faites depuis, en Astronomie. Les difficulté que les illusions des sens opposaient alors à cette théorie, n'avaient point encore été résolues. Le diamètre apparent des étoiles, supérieur k leur parallaxe annuelle, donnait i ce* astres , dans cette théorie , nu diamètre réel plus grand que celui de l'orbe terrestre : le télescope , en les réduisant k dés points lumineux , a fait disparaître cette grandenr invraisemblable. On ne concevait pas comment les corps détachés de la tetre , pouvaient en suivre les monvemens. Les lois de la Mécanique ont expliqué ces apparences ; elles ont fiùt voir, ce que Tycho trompé par une expérience fautive , refusait d'admettre, qu'un corps en partant d'une grande hauteur , et abandonné à la seule action de la gravité , retombe k très peu près au pied de la verticale , en ne s'écartant k l'orient , que d'une quantité très difficile à observer à cause de son extrême petitesse ; en sorte que l'on éprouve maintenant, à reconnaître dans la chute des graves, le mouvement de la terre, autant de difficulté , que l'on en trouvait alors , k prouver qu'il j doit être insensible.
La réforme An calendrier julien se rapporte au temps de Tycho-Brahë. Il est atite d'attacher les mois et les fttes aux mêmes saisons, et d'eu iâïre des époques remarquables pour l'agriculture. Mais pour obtenir cet avantage précieux aux habitants des campagnes, il faut par l'intercalation régulière d'un jour , compenser l'excès de l'aonée solaire sur l'anne'e commune de trois cent soixante et cinq jours. Le mode d'intercalation le plus simple est celui que Jules-César introduisit dans le calendrier romain , et qui consiste à faire succéder une bissextile k trois années communes. Mais la longueur de l'année que ce mode suppose, étant trop considérable; l'équinoxe du printemps anticipait sans cesse; et dans l'interralle de quinze siècles éconle's depuis Jules-César , il s'était rapproché de onze jours et demi , du commencement de l'année. Four remédier k cet inconTéuient , le pape &égoire XIII établit par un bref, en 1 583 , que le mois d'octobre de cette aun^ n'aurait que vingt-ua jours; que l'année 1600 serait bissextile ; qu'ensuite l'année qui termine chaque siècle, ne serait bissextile que de quatre en quatre siècles. Cette intercalation fondée sur une longueur an peu trop grande de l'année ferait anticiper l'équinoxe, d'un joar envirOD en quatre mille ans; mais en rendant commune U bissextile qui termine cet intervalle, l'intercalation grégorienne deviendrait i très peu près rigoureuse. On ne changea point d'ailleurs le calendrier julien. II. était facile alors de fixer au solstice d'hiver l'origine de l'année, et de rendre plus régulière la longueur des mois, en donnant trente-un jours au premier , vingt-neuf jours au second dans les années communes, et trente jours dans les années bissextiles , et en disant les antres mois alternativement de trente-
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un et de trente jours: il eût été commode de les désigner toiu par leur rang ordinal; ce qai aorait fiiît dîsparattre les dénominations impropres des quatre derniers mois de l'année. En corrigeant ensuite i;onune on vient de le dire, l'intercalation adoptée; le calendrier grégorien n'eût laissé rien & désirer. Mais convientii de lui donner cette perCection f Si l'on considère que ce calendiîerestanjoard'liui, celui de presque tous les penples d'Europe et d'Amérique , et qu'il a fallu deux siècles et toute l|inflnence de la religion, pour lui procurer cet avantage; on sentira qn'il doit être conservé même avec ses imperfections qui ne portent pas d'ailleurs sur des points essentiels. Car le principal objet d'un calendrier est d'attacher par un mode simple d'intercalation , les événemens à la série des jours, et de faire correspondre pendant an très grand nombre de siècles , les saisons aux mêmes mois de l'année ; conditions qui sont bien remplies dans le calendrier grégorien. La partie de ce calendrier, relative A la fixation de la Pâqne étant, par son ol^et , étrangère à l'Astronomie ; je n'en parlerai point ici.
Dans ses dernières années, Tjcho-Brahé eut pour disciple et pour aide, Kepler, né en 1 5^ t à Viel dans le duclié de Wirtemberg , et l'un de ces hommes rares que la nature donne de temps en temps aux sciences , pour en faire éclore les grandes théories préparées par les travaux de plusieurs siècles. La carrière des sciences lui parut d'abord peu propre à satisfaire l'ambition qu'il avait de s'illustrer ; mais l'ascendant de son génie et les , exhortations de Mœstlin , le rappelèrent à l'Astronomie , et il y porta toute l'activité d'une âme passionnée pour la gloire.
Impatient de connaître la cause des phénomènes, le
savant àoné d'une imaginatioD vive , l'eatreToît souyent avant que les oÏMeTTations aient pu l'y coiuluire. Sans doute , il est plus sûr de remonter des phénomènes aux causes; mais l'histoire des sciences nous montre que cette marche lente et pénible n'a pas toujours été celle des inventeurs. Qae d'écueils doit craindre celui qui prend son îmagiDation pour guide ! Prëvenii pour la cause qu'elle lui présente , loin de la rejeter lorsque les faits lui sont contraires^ ils les altère pour les plier i ses hypothèses : il mutile, si je puis ainsi dire, l'ouvrage de la nature , pour le faire ressembler à celui de son imagination, sans réfléchir que le temps dissipe ces vains fautâmes , et ne consolide qaejes résultats de l'obserratïon et du calcul. Le philosophe vraiment utile aux progrès des sciences , est celui qui réunissant à une imagination profonde , une grande sévérité dans le raisonnement et dans les expériences , est à la fois tourmenté par le désir de s'élever aux cause* des phénomènes, et par tatraînte de se tromper sur celles qu'il lenr assigne.
Kepler dut i la nature , le premier de ces avantages ; et Tycho-Brahé lui donna pour le second , d'utiles conseils dont il s'écarta trop souvent, mais qu'il suivit dans tous les cas où il put comparer ses hypothèses aux observations; ce qui, par la méthode d'elclusioo, le conduisit, d'hypothèses en hypothèses, aux lois des mouremens planétaires. Ce grand observateur qu'il alla voir à Prague , et qui dans les premiers ouvrages de Kepler , avait démêlé son génie à travers les analogies mystérieuses des figures et des nombres , dont ils étaient pleins , l'exhorta  observer , et lui procura le titre de mathématicien impérial. La mort de Tycho, arrivée peu d'années après , mit Kepler en possession de la col-
lection prëciense des obseryatlons de son illustre maître ; et il en fit l'emploi le pins ntile , en fondant sur elles , trois des pins importantes d^convertes que l'on ait faites dans la phitosophio naturelle .
Cefntune opposition de Mars, ipii détermina Kepler & s'occuper de préférence, des mouremens de cette planète. Son clioix fut heureux, en ce que l'orbe de Mars étant un des plus excentriques du système planétaire, et la planète approchant fort près de la terre , dans ses oppositions ; les inégalités de son mouve- 'ment réel et apparent sont plus grandes que celles des antres planètes, et doivent plus facilement et plussûrement en faire découvrir les lois. Quoique la théorie du mouvement de la terre eût fait disparaître la plupart ■des cercles dont Ftoléinée avait embarraAé l'Astronomie ; cependant Copernic en avait laissé subsister plusieurs , pour expliquer les inégalités réelles des corps célestes. Kepler trompé comme lui, parropioion que les mouTemens des astres devaient être circulaires et uniformes, essaya long-temps de représenter ceux de Mars , dans cette hypothèse. Enfin , après un grand nombre de tentatives, qu'il a rapportées en détail dans son ouvrage De Stella Martis, il franchit l'obstacle que lui opposait une erreur accréditée par le suffrage de tous les siècles : il reconnut que l'orbe de Mars est une ellipse dont le soleil occupe un des foyers , et que la planète s'y ment de manière que le rayon vecteur mené de son centre à celui du soleil , décrit des aires proportionnelles au temps. Kepler étendit ces résultats à toutes les planètes, et il publia en 1626, d'après cette théorie, les Tables Rndolphînes à jamais mémorables en Astronomie , comme ayant été les premières , fondées BUT les véritables lois du système du monde , et débar-
rasaées de toas les cercles qui surchargeaient lef tables antérieures.
Si l'on sëpare des reclierclies astronomiques de Kepler, les idées chimériques dont il les a sourent accompagnées *, on voit qu'il parvint à ces lois, de la manière suivante. II s'assura d'abord que l'égalité du mouvement angulaire de Mars, n'avait lieu sensiblement qu'autour d'un point situé au-delà du centre de son orbite , par rapport au soleil. Il reconnut la même chose pour la terre, en comparant entre elles, des observations choisies de Mars dont l'orbe, par la grandeur de sa parallaxe annuelle, est propre à faire connaître les dimensions respectives de l'orbe terrestre. Kepler , guide par le principe, que les foyers des mouvemens célestes devaient être an centre de grands corps attractif , conclut de ces re'sultats, que les mouvemens réels des planètes sont variables , et qu'aux deux points de la plus grande et de la pins petite vitesse , les aires décrites dans un jour par le rayon vecteur d'une planète , antoor du soleil, sont les mêmes. Il étendit cette égalité des aires, i tons les points de l'orbite; ce qui lui donna la loi des aires proportionnelles aux temps. Ensuite , les observations de Mars vers ses quadratures lui firent connaître que l'orbe de cette planète est un ovale alongé dans le sens du diamètre qui joint les points des vitesses extrâmes ; ce qui le conduisît enUn , au mouvement elliptique.
Sans les spéculations des Grecs sur les courbes que forme la section dn c6ne par un plan , ces belles lois seraient peut-être encore ignorées. L'ellipse étant une de ces courbes , sa figure oblongue fit naître dans l'esprit de Kepler , la pensée d'y mettre en mouvement , la planète Mars ; et bientôt , au moyen des nombreuses
propriëté's que les anciens Géomètres avaient trouT^es sur les sections coniques, il s'assura de la véritë de cette hypothèse. L'histoire des sciences nous oâre beaacoop d'exemples de ces applications de la Gëom^trie pore , et de ses avantages ; car tout se tient dans la chaîne immense des vérités , et souvent ane seule c^servation a suffi pour féconder les plus stériles en apparence , en les transportant i la nature dont les phénomènes ne sont que les résultats mathématique» d'un petit nombre de lois immuables.
Le sentiment de cette vérité donna probablement naissance aux analogies mysléneoses des Pythagoriciens : elles avaient séduit Kepler , et U leur fîit redevable d'une de ses plos belles découvertes. Persuadé que les distances moyennes des planètes au soleil et leurs révolntions devaient être réglées conformément à ces analogies ; il les compara long-temps , soit avec les corps réguliers de la Gécnnetrie , soit avec les intervalles des tons. Après dix-sept ans d'essais inutiles, ayant eu l'idée de comparer les puissances des distances , avec celles des temps des révolntioua sidérales ; il trouva que les carrés de ces temps sont entre eux , comme les cubes des grands axes des orbites ; loi très importante, qu'il eut l'avantage de reconnaître dans le système des satellites de Jupiter , et qui s'étend à tous les systèmes de satellites.
Après avoir déterminé la courbe que les planètes décrivent autour du soleil , et découvert les lois de lears mouvemens ; Kepler était trop près du principe dont ces lob dérivent , pour ne pas les pressentir. La recherche de ce principe exerça souvent son imagination active; mais le moment n'était pas venu, de faire ce dernier pas qui supposait l'invention de la Dynamique
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et de l'Analyse infinitésimale. Loin d'approcher da but, Képlers'en^arta par de vaines spéculations sur la canse motrice des planètes. H supposait au soleil , un mouvement de rotation snr un axe perpendiculaire à l'ëcliptiqae : des espèces immatérielles émanées de cet astre dans le plan de son éqaateur , douées d'une activité décroissante en raison des distances , et conservant leur mouvement primitif de révolution , faisaient participer chaque planète k ce mouvement circnlaire. En même temps, la planète par une sorte d'instinct ou de magnétisme , s'approchait et s'éloignait alternativenlent du soleil, s'élevait aa-dessns de l'équatenr solaire et s'abaissait au-desaou», de manière A décrire nne ellipse toujours située dans un même plan passant par le centre du scdeil. Au milieu de ces nombreux écarta , Ké> pler fut cependant conduit à des vues saines anr la gravitation nnîverselle, dans l'ouvrage De steUaMartU, où il présenta ses principales découvertes.
n La gravité , dit-il , n'est qu'une affection corporelle » et mutuelle entre les corps , par laquelle ils tendent • â s'unir.
» La pesanteur dès corps n'est point dirigée vers le » centre du monde , mais vers celui du corps rond i dont Us font partie ; et si la terre notait pas spbé-
■ riqne , les graves, placés sur les divers points de
■ sa surface , ne tomberaient point vers un même. D centre,
» Deux corps isolés se porteraient l'un vers l'autre , » comme deux aimans, en parcourant pour se joindre, u des espaces réciproques à leurs masses. Si la teire et
■ la lune n'étaient pas retenues à la distance qui les sé- - pare, par une force animale , ou par quelque autre » force équivalente; elles tomberaient l'une sur l'autre,
■ 4Bo EXPOSITION
» la lune faisant les ^ du chemîo , et la terre disant u le reste , ea les supposant également denses.
H Si la terre cessait d'attirer les eaux de l'Océan , » elles se porteraient sur la Inue, en rertu de la ibrx:e » atti-RCtive de cet astre.
u Cette force qui s'e'tend jnsqn'A la terre, y produit .H les phénomènes du flux et du reflux de la mer. > Ainû l'important ouvrage (jne nous Tenons de citer, contient les premien germes de la mécanique céleste , que Newton et ses successeurs ont si henrensement développés. On doit être étonné que Kepler n'ait pas appliqué aux comètes , les lois du mouvement elliptique. H«is égaré par nue imagination ardente , il laissa échapper le fil de l'analogie, qui devait le conduire & cette grande découverte. X<es comètes, suivant lui. n'étant que des météores engendrés dans l'éther ; il négligea d'étudier leurs mouvemens , et il s'arrêta an milieu de la carrière qu'il avait ouverte , laissant Âses successenrs, une partie de la gloire qu'il pouvait encore acquérir. De son temps, on commençait à peine à entrevoir la méthode de procéder dans la recherche de la vérité à laquelle le génie ne parvenait que par instinct , et eu j mêlant souvent beaucoup d'erreurs. Au lieu de s'élever péniblement par une suite d'inductions, des phénomènes particuliers i d'autres plus étendus, et de ceux-ci , aux lois générales de la nature ; il était plus agréable et ^ns facile de subordonner tous les phénomènes, à des rapports de convenance et d'harmonie, que l'imagination créait et modifiait i son gré. ÂinùKéplerexpliqualadi^ position dusystème solaire, par les lois de l'harmonie musicale. II est affligeant pour l'esprit humain, de voir ce grand homme, même dans ses derniers ouvrages, se complaire avec délices dans ces chimériques Bpécnla-
UoD«, et les regarder comme l'&me et U TÎe de l'Âstronomte. Leur néUnge arec acsTëritables â^couTerte«, fnt WM doute, 1a cause pour laquelle les Astronomes de son temps, Descartes lui-méiBe et Galilée, qui pouvaient tirer le parti le plos avsatageax de ses lois ne paraissent pas en avoir senti rimp<vtance. Galiltfe pouvait alle'guer ea £avear du mouvement de la terre , l'une des plus fortes preuves de ce monvenient ,' sa conformîlë avec les lois du mouvement elliptique de toutes les planètes , et surtout , avec le rapport du carré des temps des révtdntions, an cnbe des moyennes distances au soleil. Mais ces lois ne furent généralement admises, qu'après que Newton en eut fait la base de sa théorie du système du monde.
L'astronomie doit encore à Kepler , phuienrs travaux utiles : ses ouvrages sur l'OptiquI sont pleins de choses neuves et inléressantea. U j perfectionne le télescope et sa théorie : il y explique le mécanisme de la vision , inconnu avant lui : il y donne la vraie cause de la lumière cendrée de la lune ; mais il en fait hommage i son maître Mœstlin , recommendable par cette découverte et pour avoir rappelé Kepler k l'AstrouMnie , et converti Galilée au système de Copernic. Enfin Kepler, dans son ouvrage intitulé : Stereometria doUorum, présenta sur l'infini , des rues qui ont influé sur la révolution que la Géométrie a éprouvée i la fin de l'avant'deniier siècle; et Fermât que l'on doit regarder comme le véritable inventeur du calcul difiîérentiel , a fondé sur elles , sa htSSx méthode des maxlma.
Avec autant àt droHsà l'admiration, ce grand homme Técut dans la misère , tandis que l'Astrologie judiciaire partout eu honneur, était magoifiquemeut récompensée. Henreusemeat , la jouissance de la vérité qui se 3i
dévoile à l'homme de génie, et la perspective de la poatérité juste et reconnaissante , le consolent de l'ingralitnde de ses contemporains. Kepler avait obtenu des pensions qui lui furent toujonrs mal payées. Étant allé â la diMe de Ratîsbonne , pour en solliciter les arrérages, il monmt dans cette ville, le 1 5 novembre i63i. Il eut dans ses dernières années , l'avantage de voir naître et d'employer la découverte des logarithmes, dne à Keper , baron écossais ; artifice admirable ajooté & l'ingénienz algorithme des Indiens , et qni en rédoisantà qnelqaes jours, le travail de plusieurs mois , double, si l'on peut ainsi dire , la vie des Astronomes , et lenr -épargne les erreurs et les dégoûts inséparables des longs calculs; invention d'autant plus satisfaisante pour l'esprit humain , qu'il l'a tirée en entier de son propre fends : dans les arts , l'homme se sert des matériaux et des forces de la nature , pour accroître sa puissance ; mais ici , tout est son ouvrage.
Les travaux d'Hujgens suivirent de près , ceux de Kepler et de Galilée. Très pen d'hommes ont aussi bien mérité des sciences , par l'importance et la sublimité de leurs recherches. L'application du pendule aux horloges, est un des yhis beaux présens que l'on ait faits k l'Astronomie et à la Géographie, qui sont redevables de leurs progrès rapides , à cette heureuse invention et k celle du télescope dont il perfectionna considérablement la pratique et la théorie. 11 reconnut au moyen des excellens objectib qu'il parvînt à construire, que les singulières apparences de Saturne , sont produites par un anneau fort mince dont celte planète est entourée. Son assiduité k les observer, lui fit découvrir un des satellites de Saturne. Il publia ces deux découvertes dans son Systema Saturnium, ouvrage qui contient en-
core qaelqnes traces de ces idées p^liagoricieDiies dont Kepler ftT^it tant timaé ; nuis qne le véritable esprit des aciences qui , dans ce beau aciède , fit de si grands progrès , a pour tonjotirs effacées. Le satellite de Satnme égalait le nombre des satellites , à celai des planètes alors connues : Huygens jogeant cette égalité nécessaire i l'harmonie da système du monde , osa presque affirmer qu'il ne restait plus de satellites à découvrir; et peu d'années après, Casaini en reconnut quatre nouveaux à la même planète. La Géométrie, la Mécanique et l'Optique doivent à Huygbens uu grand nombre de découvertes ; et si ce rare génie eût eu l'idée de combiner ses théorèmes sur la force centrifuge, avec ses belles recherches sur les développées, et avec les lois de Kepler ; il e&t enlevé A Newton , sa théorie des mouvemens curvilignes et celle de la pesanteur univer- . selle. Mais c'est dans de semblables rapprochemens , que consistent les découvertes.
Dans le même temps , Hévélius se rendit célèbre par d'immenses travaux , et spécialement par ses observations sur les taches et la libratîon de la lune. 11 a existé peu d'observateurs aussi infatigables : on regrette qu'il n'ait pas voulu adopter l'application des lunettes an quart de cercle, invention qui en donnant aux observations , une précision jusqu'alors inconnue, a rendu la plupart de celles d'Hévélins , inutiles i l'Astronomie.
A cette époque , l' Astronomie prit un nouvel essor, par l'établissement des sociétés savantes. La nature est tellement variée dans ses productions et dans ses phénomènes , il est si difficile d'eu pénétrer les causes ; que pour la connaître et la forcer à nous dévoiler ses lois, il faut qu'an grand nombre d'hommes réunissent leurs lumières et leurs efforts. Cette réanion devient surtout
n^cesnire , qnand le progrès des sciences , mnltipltaiit lears points de contMt, et ne permettant plus à un «eol homme de les approfondir toutes ; elles ne peavent recevoir que de plusieurs savass , les secours matueU qu'elles se demandei^. Alors le Physicien a recours au G^omitre , pour s'élever anx causes générales des phtfDomènes qu'il obserre; et le Géomètre întei^ roge i son tour , le Physicien , pour rendre ses recherches utiles en les appliquant i l'expériesce , et pour se frayer par ces applications mêmes, de uouvelles rontes dans l'analyse. Mais le principal avantage des académies , est l'esprit philosophique qui doit s'y introdab«, et de là se répandre dans toute une nation et sur tous les objets. Le savant isolé peut se livrer sans crainte i l'esprit de système : il n'entend qoe de loin , la con- ' tradictiou qu'il éprouve. Mais dans une société sa vante^ le choc des opinions systématiques finit bientôt par les détruire ; et le désir de se convaincre mutudiemeiit , établit nécessairement entre les membres, la conventiou de n'admettre que les ràultets de l'observation et du calcul. Aussi l'expérience a-t-elle montré qae depuis l'origine des académies , la vraie philosophie s'est généralement répandue. En donnant l'exemple de tout soumettre à l'ezameu d'une raison sévère, elles ont iait disparaître les préjugés qui trop long-temps avaient régné dans les sciences , et que les meilleurs esprits des siècles précédens avaient partagés. Leur utile influence sur l'opinion, a dissipé des erreurs accueillies de nos jours , avec un enthonsîasme qui , dans d'autres temps , les aurait perpétuées. Egalement éloignées de la crédalité qui fait tout admettre , et de la prévention qui porte & rejeter tout ce qui s'écarte des idées reçues ; elles ont toujours sur les questions difficiles et sur les phé-
nontnefl extraordinaires , sagement attendu les r^ponaea de l'obserTatiou et de l'expérience , en les provoquant par des prix et par leurs propres travaux. Mesurant kur estime , autant à la grandeur et A la difficulté d'ane découverte , c[u'i soa utilité immédiate , et persuadées par beaucoup d'exemples , que la pins stérile en apparence , peut avoir un jour , des suites importantes ; elles ont encouragé ta recherche de la vérité sur tous les objets» n'excluant que ceux qui, par les bornes de l'entendement humaîu , lui seront i jamais înacces> slbles '. Enfin , c'est de leur sein , que se sont élevées ces grandes tbéories qne leur généralité met au-dessua de la portée dn vulgaire , et qui se répandant par de nombreuses applications , sur la nature et sur les arts , sont derenoes d'inépuisables sources de lumières et de jouissances. Les gouvernemens sages, convaincus de l'utilité des sociétés savantes et les envisageant comme .l'un des principaux fondemens de la gloire et de la prospérité des empires , les ont instituées et placées près d'eux , pour s'éclairet de lesrs lumières dont souvent ils ont retiré de grands avantages.
De toutes les sociétés savantes, les deux plus célèbres par le grand nombre et par l'importanee des découvertes dans l'Astronomie , sont, l'Académie des Soiences de Paris, et la société royale de Londres. La première fut créée eu 1 666 , par Lenis ZIV qui pressentit l'éclat que les sciences et les arts devaient répandre sur son règne. Ce monarque dignement secondé par Coibert, invita plusieurs savans étrangers à venir se fixer dans sa
■ Toat ban eiprit doit , *ur le» objets i Montagne , que f ignorance cl F'meurituiU *ont un mol M doux dmnt pour rtpoio' un» tète biat Jaile.
capitale. Haygetu se rendit i cette inTÎtatioii flattense : il publia dans le seia de l'Académie doot il fat na des premiers membres , soa admirable ouvrage de fforoh- ^ osciUatorio.
Dominique Cassinï fut pareillement attiré à Paria , par les bienfaits de Louis XIV. Pendant quarante ans d'utiles travaux , il enricliit l'Astronomie , d'une foule de découvertes : telles sont, la théorie des satellites de Jupiter , dont il détermina tes mouvemens , par les observations de leurs éclipses ; la découverte de quatre satellites de Saturne , de la rotation de Jupiter et de Mars, de la lumière zodiacale; la connaissance fort approchée de la parallaxe du soleil ; une table de ré< fractions très exacte ; et surtout, la théorie complète de la libration de la lune. Galilée n'avait considéré que la libration en latitude : Hévélins expliqua la libration en longitude, en supposant que la lune présente toujours la même face eu centre de l'orbe lunaire dont la t^rre occupe un des fojers. Newton , dans une lettre adressée à Mercator eu 1675, perfectionna l'explication d'Hévélius , en la ramenant i l'idée simple d'une rotation uniforme de la lune sur elle-m£me , pendant qu'elle se meut inégalement autour de la terre ; mais il supposait avec Hévélins l'axe de rotation toujours perpendiculaire à l'écliptique. Cassîni reconnut par ses propres observations , qu'il lui était un peu incliné d'un angle constant; et pour satisfaire k la condition déjà observée par Hévélins, suivant laquelle toutes les inégalités de la libration ae rétablissent à chaque révolution des nœods de l'orbe lunaire ; il fit coïncider constamment avec eux, les nœuds de l'éqnateur lunaire. Tel a été le progrès des idées , sur un des pointa les plus curieux du système du monde.
Le grand nombre des Académiciens astronomes d'un rare mérite, et le* bornes de ce prà:i« historique, ne me permettent pas de rendre compte de leurs travaux. Je me contenterai d'observer gué l'applîtation du télescope an quart de cercle, l'inVention du micromètre et de l'hëliomètre, la propagation successive dé la lumîire, la grandeur de la tore, et la diminution de la pesanteur k l'équateur, sont autant de découvertes sorties du sein de l'Académie dès Sciences.
L'Asb^noiAie n'est pas moins redevable à la Société royale de Londres, dont l'origine est de quelques années, atitérieure à celle de l'Académie des Sciences. Parmi les Astronomes qu'elle . a produits , je citerai , Flamsteed l'an dés plus grands observateurs qui aient paru; Halley', illustre par des voyages entrepris poup l'avancement des sciences , par son beau travail sur les comptes , qtù lui' St découvrir le retour de la comète de 175g, et par l'idée ingéniense d'employer les passages de Vénus sut le soleil à la détermination de sa parallaxe. Je citerfti enûn Bradley , te modèle des observatenrB,:et. célèbre à jamais par deux des plus belles découvertes que l'on ait faites en Astronomie , l'aberration des fixes , et la. notation de l'axe de la terre.
Quand l'application du pendule aux horloges , et du télescope au quart de cercle, eut rendu seosildes aux observateurs, les plus petits cbangemens dans la position des corps célestes ; ils cherchèrent i déterminer la pazallaxe annuelle des étoiles ; car il était naturel de penser qu'une aussi grande étendue que le diamètre de l'orbe terrestre , est encore sensible à ta distance de ces astres. En les observant avec soin dan» toutes les saisons de l'année; il» aperçurent de légère» variations, quelquefois favorables , mais le plus souvent conh-aires aux
effets de 1* parallaxe. PoordAenoiaer la loi de ces va-
TiationSjil fallait nn instrament d'an grand -njon, et divisé avec un soin extrême. L'artiste qui l'ezëcnta, mérite une part dans la gloire de l'Astronome qni loi dat ses dëcouvertes. Grabam , fàmenx horloger «ogiais , conatmisit un grand seclear arec leqnel Bradley rtcoanutcn 17371 l'aberration des étoiles. Pour l'expliqaer, ce grand Âitronome ent l'heureuse idée de combiner le mouTement de la terre, arec celai delà lomière , que Boè'mer à la fin de l'avant-derai^ siècle , arait conclu des éclipses des satellites de Jupiter. On doit être surpris que dans l'interralie d'un demi>siècle , qui sépare cette découTerte de celle de Bradley , ancnn des sarans tris distingués qui exiitaîént alors, et qui tons admettaient le mouvement de la lumière , n'ait fait attention aux effets très simples qui en résultent sur la position des étoiles. Mais l'esprit humain, si actif dans la formation des systèmes, a souvent attendu que l'observation et l'expérience lui aient fait connaître d'importantes vérités que le simple raisonnement eût pu faire déconrrir. C'est ainsi que l'invention "des Innettes astrotkomiques a suivi de pins de trois siè<^, celle des verres lenticulaires, et n'a mâme été due qu'au hasard.
£a i745> Bradley reconnut pKr l'obso^atioa, la natation de l'axe terrestre et ses lois. Dans tontes ces variations apparentes des étoiles, <d>servéea avec an soin extraordinaire, il n'aperçut rien qui indiquât ane parallaxe sensible. On doit encore k ce grand Astronome , le premier aperçu des principale* ibégalitâi des satellites de Jupiter , que Wargentin ensnite a développées avec étendue. Enfin il a laissé un recueil immense d'observations de tous les phénomènes que le ciel a
s Ters le nilien du dernier nicle.peoduitpliu de dix KOB^s coiuécatives. Le grand nombre de ces obeerratidna et k pr&ision tp.i ies distiogne, font de ce recaeil , l'an dei principaux fondemeni de l'Astronomie moderne , et l'épocpe d'oà l'on doit partir maintenant , dans les recherches ddicates de la science. Il a BerTL de nodUe à pluBiears recueils sembUbles qui •accessivement peifectionnës par les progrès des arts, •ont autant d« jalons plao^ lor la route des corps eâestes , pour ea marquer les chaiigemens périodique» et sëcnlftires. *
A la même époque , flearirent, La CaîUe en France, et Tobie Majer en Allemagne : observateurs infatigables et laborieux calculateurs, îU ont perfectionné les théories et les Tables astronomiques , et ils ont formé sur leurs propres observatîoos , des catalogues d'étoiles, qui comparés Jl celui de Bradley , fixent arec une grande exactitude , l'état du ciel au milieu du dernier siècle.
Les mesures des degrés des méridiens terrestres et du pendule, multipliées dans les diverses parties du globe , opération dont la France a donné l'exemple , en mesurant l'arc total du méridien qui la traverse , et en envoyant des Académiciens au nord et à l'équateur, pour y observer la grandeur de ces degrés et l'intensité de la pesanteur ; l'arc du méridien compris entre Dunkerque et Formentera , déterminé par des observations très précises , et servant de base an syitime de mesures , le plus naturel et le plus simple ; les voyages entrepris pour observer les deux passages de Vénus sur le soleil, eu 1761 et 1769, et la connaissance très approchée des dimensions du système solaire, fruit de ces voyages; l'invention des lunettes achromatiques, des montres marines, de l'octant, et du cercle répétiteur trouvé
par filayer et perfecUoonë par Borda ; la fonnatioa par Majer , de Tablea tanaîres auéz exactes pour oerTir à la détenninatioii des longitudes k la mer; la découverte delà plaoète Uranns, faîte par Herschel en 1781 ; celle de ses satellites et de deoz nouveatiz satellites de Saturne, due au même obserrateor; telles sont, avec les découTertes de Brndley, les principales obligations dont l'Astronomie est redevable au siècle précédent. Le siècle actuel a commencé de la manière la plus heureuse pour l'Astronomie : son premier joor est remarquable par la découverte de la planète Cérès, jEaite par Piazzi à Palerme ; et cette découverte a bientût été suivie de celles des deux planètes- fallas et Vesta, par Olbers, et de la planète Junon, parKutUng.
DU SYSTËUE DD HOKDE.