CONCLUSION
L'importance de ces observations sera justement appréciée lorsque la description des nerfs de la gorge, du col et de la poitrine aura été présentée à la Société Royale , comme nous venons de le faire pour les nerfs de la face , et lorsqu'on aura établi
(i) L'auteur s'est occupé de l'expression dans un autre ouvrage.
une comparaison entre les différentes espèces de nerfs qui correspondent aux changemens qu'éprouve le mécanisme de la respiration dans les difterens animaux. Alors on remarquera dans les nerfs qui se répandent par tout le corps les mêmes différences de tissu et de fonctions que nous avons fait observer dans ceux de la face. Il nous sera possible de distinguer et de séparer les nerfs de la respiration au milieu de la confusion apparente du système général. En divisant les nerfs de la respiration , nous trouverons qu'il est possible d'arrêter successivement les mouvemens des différentes parties qui contribuent à l'acte de la respiration , d'arrêter non-seulement les mouvemens du diaphragme, mais ceux du côté, de l'épaule, du larynx ou du pharynx, en coupant leurs nerfs respiratoires respectifs. Après cette opération on verra ces parties remplir leurs autres fonctions par l'influence d'autres nerfs , et, susceptibles de recevoir d'autres excitations , s'acquitter des mouvemens volontaires , quoique mortes à l'influence du cœur et des poumons.
En distinguant ainsi les nerfs de la respiration , et en les séparant pour ainsi-dire des autres , nous réduisons le reste du système nerveux à une simplicité comparative; la confusion apparente dans la division des nerfs > leur convergence vers certains organes quoique partis de points différens , leur réunion et leur divergence, au lieu d'être une source d'embarras, présentent un sujet du plus grand inté-
rêt. Nous assurons actuellement que la réunion et Tentre-croisement des nerfs ont pour but d'associer les muscles des différentes classes , de les combiner pour le service de différens organes , et de les placer sous l'influence d'une sensibilité moins incertaine dans son opération , que la volonté.
A l'aide de ces observations les démonstrations anatomïques auront dorénavant pour caractères, la simplicité et Tordre , et nous possédons une meilleure base pour établir notre diagnostic dans les maladies, et saisir l'importance de leurs symptômes.
Je vais rapporter ici quelques exemples familiers pour montrer l'importance de la connaissance des nerfs de la face , dans l'examen des maladies.
€ J. Richardson , octobre, 1820. Au premier abord , lorsqu'on examine cet homme , on ne remarque rien d'extraordinaire dans l'état de la face ; mais aussitôt qu'il parle ou qu'il sourit , la bouche se tire du côté gauche ; lorsqu'il rit la distorsion est plus forte , et quand il éternue , la différence entre les deux côtés est tout-à-fait extraordinaire. »
« Lorsqu'on lui présenta de l'ammoniaque , on observa qu'il ne pouvait aspirer facilement par la narine droite , et en examinant l'état des muscles , lorsque l'acte de l'éternument était excité par l'ammoniaque aspirée par la narine gauche, on trouva que non-seulement ceux du côté droit du
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nez et de la bouche, mais aussi ceux des paupières* restaient passifs , tandis que tous les muscles du côté gauche entraient complètement en action. Lorsqu'il soufflait ou qu'il essayait de siffler, l'air s'échappait par l'angle droit de la bouche , le buccinateur droit n'agissant pas du tout d'accord avec celui du côté gauche , ni avec les muscles de la poitrine et du col , par lesquels l'air était chassé ; la sensibilité de la joue paralysée était égale à celle de l'autre côté, et il pouvait serrer les mâchoires avec autant de force d'un côté que de l'autre. »
Voici le commencement de l'histoire de ce cas , d'après le rapport fait par les amis du malade.
« Il fut pris d'une forte douleur au-dessous de l'oreille , et en peu de temps il délira si complètement, et sa face présentait de telles distorsions, que les personnes chez lesquelles il logeait, croyant qu'il était devenu fou par une affection du cerveau le portèrent à la maison de travail de la paroisse. Il y resta jusqu'à ce que ses amis l'y ayant découvert, le conduisirent à l'hôpital. On trouva alors que la frénésie qui l'avait fait supposer fou par les gens de l'hôtel , n'était qu'un fort état de délire causé par de violens oreillons ; en effet , l'inflammation avait été si forte , qu'il s'était formé un abcès qui s'ouvrit sous l'oreille. Lorsque la tuméfaction disparut, on put observer facilement le degré de paralysie. »
« Le délire et la paralysie de la face portaient naturellement les hommes de l'art qui les premiers
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virent le malade , à supposer que les symptômes étaient dus à -une 'affection du cerveau. Heureusement le traitement suivi dans les cas de frénésie étai t très-convenable à l'affection particulière qui avait causé et le délire et la paralysie. La portion dure qui s'était trouvée engagée dans l'inflammation développée au-dessous de l'oreille était la vraie cause de la paralysie. »
(Extrait d'une consultation sur un cas de paralysie 'partielle de la face (1). )
Je crois pouvoir vous faire plaisir en vous apprenant que ma pratique m'a fourni cinq cas de paralysie des muscles de la face d'un seul côté, complètement locale, et ne dépendant nullement de l'encéphale; ces cinq cas ont guéri après avoir suivi une marche régulière \ sans l'emploi de ventouses ni de saignées générales.
« Je me trouvai dernièrement en consul tation avec le D. B. et le D. S , pour une dame qui était dans son neuvième mois de grossesse ; elle éprouvait d'un côté de la face une paralysie partielle des muscles , causée par l'action du mercure sur la bouche , qui avait déterminé l'inflammation d'une glande lymphatique entre l'apophyse mastoïde et l'angle
(i) Ce cas est un de ceux que l'auteur a envoyés au traducteur ? et qui n'avaient pas été publiés dans l'édition anglaise. ( Note du traducteur. )
de la mâchoire, et occasionné la compression d'une branche de la portion dure de la septième paire , les muscles de la face, étaient si complètement paralysés, que la bouche était entraînée par leurs antagonistes , et se trouvait entièrement défigurée. »
« M. B. et M. S. , craignirent que le cerveau ne fut comprimé vers l'origne de la cinquième paire ? mais je pris la liberté de leur exposer les découvertes anatomique de M. Ch. Bell , et je leur prouvai par les autres cas que j'ai observés, qu'il n'y avait aucun danger, et que le cerveau lui-même ne participait point à l'affection. Dans l'espace de quinze jours ce cas se termina heureusement , à l'aide de légers purgatifs, de sangsues derrière l'oreille et d'un petit vésicatoire. »
« Cette dame était âgée de 36 ans , elle avait déjà eu dix enfans , et après ses couches elle recouvra une santé parfaite, elle n'avait pas présenté les symptômes de vertige, de tintement d'oreille, ni de congestion sanguine à la tête. »
Je dois à un médecin de mes amis le cas que je vais rapporter ici.
Worcester, 25 juillet 1824.
Monsieur , Connaissant la nature de vos dernières recherches sur la fonction des nerfs, je crois devoir vous envoyer le cas suivant :
« Les parens d'un jeune homme , âgé de i4 ans , demeurant dans le village de Kempsey dans ce comté , remarquèrent que l'expression de ses traits était fort altérée. Tant que les traits étaient tranquilles on ne pouvait rien observer d'extraordinaire dans la figure ; mais aussitôt qu'il lui survenait quelqu 'émotion , l'expression de la face était si différente de l'état naturel , que ses frères et les autres personnes de la famille se plaignaient de ce qu'il leur faisait des grimaces \ et en effet , il ne souriait, ne riait et ne fronçait le sourcil , que du côté gauche de la face , les muscles du côté droit restant inactifs , et comme il cédait passivement à la contraction des muscles du côté gauche , dèslors la figure présentait une forte distorsion toutes les fois que ceux-ci étaient mis en action. Il perdit le pouvoir de siffler , et pour la même raison , de souffler et il ne pouvait plus fermer l'œil droit. La sensibilité du côté droit était aussi parfaite que celle du côté gauche. Il ignorait complètement tous ces changemens, il ne connaissait pas les grimaces que présentait sa figure lorsqu'il souriait, etc. Cette affection ne vint pas subitement, mais elle sembla augmenter graduellement , et devint si évidente dans l'espace d'une semaine, que le père du jeune homme crut devoir appeler son pharmacien, M. Bick, de Kempsey. Lorsque M. B. le vit, il trouva les symptômes que nous venons de rapporter , mais en examinant avec plus de soin , le côté droit de la|face , il découvrit immédiatement
au-dessous de l'oreille droite de la résistance , produite par une tumeur dure , fixe et indolente , placée entre la branche de la mâchoire inférieure et l'apophyse mastoïde du temporal. »
« Il lui donna quelques purgatifs , et fit faire sur la tumeur des frictions avec l'huile camphrée. La tumeur disparut en quinze jours , et avec elle graduellement Ja paralysie des muscles de ce côté de la face. Il y a quinze jours que M. Bick l'a vu pour la première fois , et actuellement il a recouvré toutes ses facultés excepté celles de souffler et de siffler ; je l'ai vu plusieurs fois pendant le traitement. Je présume que la portion dure de la septième paire a été dans ce cas lésée par la pression d'une glande engorgée , au moment où elle sort du trou stylo-mastoïdien, et qu'elle a recouvré ses fonctions lorsque la pression a disparu. »
Je suis , etc.
JONAS MALBEN. M. D.
Le cas suivant nous fera bien connaître le danger auquel l'œil est exposé par la paralysie de la portion dure, ou par une opération quelconque à la face, dans laquelle on ne fait pas attention aux fonctions de ce nerf.
» Le malheureux qui en fait le sujet éprouva, il y a environ dix-neuf ans, une violente douleur dans l'oreille droite , accompagnée d'un écoulement. Après un paroxisme plus fort qu'à l'ordinaire , il trouva , en se levant un matin , que le
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côté droit de la face était paralysé. Son état présent , et la description qu'il nous donne de la marche des symptômes, prouvent que cette paralysie a été suivie des mêmes résultats que dans les exemples déjà rapportés ; mais ce dont cet homme se plaint le plus, c'est que depuis le premier jour qu'il en a été attaqué il n'a pu fermer l'œil droit , et c'est avec raison qu'il s'en plaint, car l'exposition constante de l'œil à la lumière et à la poussière , a causé plusieurs inflammations successives, et conséquemment l'opacité de la cornée, au point que la vision est aujourd'hui complètement perdue* C'est ce que je crains de voir arriver dans tous les cas semblables ; car j'ai observé que l'œil s'est toujours enflammé chez les animaux sur lesquels la portion dure avait été coupée. Ce qui est remarquable , c'est que l'inflammation a été plus violente chez le chien et chez l'âne que chez le singe. Une grande source de l'augmentation de l'inflammation, c'est la sécrétion purulente delà conjonctive; le singe l'essuyait avec sa main, tandis qu'elle restait entre les paupières du chien et de l'âne où elle formait une nouvelle cause d'irritation. »
L'extrait qui suit va nous montrer quels sont les derniers effets de la perte du pouvoir sur les muscles de la face , par suite d'une affection de la portion dure.
« L'atrophie de tous les muscles de la face qui servent à la respiration et à l'expression , donne un
air très-remarquable à la face de Garrity ; la joue est si mince que quand il parle elle est agitée comme s'il n'y avait que la peau ; et le muscle sourcilier , ainsi que l'occipito-frontal , qui sont principalement des muscles de l'expression, sont tellement amaigris , qu'au premier abord on croirait qu'ils ont été enlevés par une opération , et qu'actuellement les os ne sont plus recouverts que par la peau. On ne peut pas douter que l'atrophie de ces muscles n'ait été le résultat de leur longue inactivité , puisque les muscles masseter et temporal du même côté , qui continuent à remplir leurs fonctions, n'ont pas du tout perdu de leur volume, et qu'ils sont aussi forts que ceux du côté opposé. »
Une expérience faite sur un jeune chien , nous a fourni un exemple curieux de l'effet contraire produit sur l'accroissement des muscles de la respiration et de l'expression , par la lésion de la portion dure. Après avoir fait sur lui la section de ce nerf, on l'habitua à montrer les dents , toutes les fois qu'on lui présentait un bâton ; comme on répétait cette menace très- souvent , les muscles du côté où le nerf était entier devinrent très-forts , tandis que ceux du côté opposé diminuèrent plutôt qu'ils n'augmentèrent à mesure que le chien avança en âge. En peu de mois un côté de la face se trouva plus gros que l'autre. Chaque jour nous voyons les mêmes résultats produits par la paralysie des muscles des membres.
La mémoire de mon lecteur va lui rappeler ac-
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tuellement beaucoup de cas où la paralysie de la face > causée par une affection locale de la portion dure, aura été prise pour une attaque d'apoplexie, et le malade traité en conséquence. Dans un cas, le malade après avoir été soumis à la saignée , aux purgatifs et à une diète rigoureuse, et après avoir eu la tête rasée et couverte de vésicatoires, fut guéri subitement par l'ouverture d'un abcès dans l'oreille.
Dans un autre cas , la maladie commença par une violente douleur au-des>ous de l'oreille , et en peu de temps tout un côté de la face fut paralysé. Le malade consulta des médecins distingués pour cette affection ; le premier plan de traitement fut la saignée, les vésicatoires et la diète, parce qu'on supposait que l'affection avait son origine dans le cerveau ; mais comme ce traitement fut plutôt suivi de l'augmentation que de la diminution des symptômes , on le soumit à un traitement mercuriel, que l'on porta au point qu'il en perdit plusieurs dents. Lorsqu'il fut rétabli des mauvais effets du mercure , on lui recommanda de ne faire attention qu'aux organes de la digestion ; mais les pilules mercurielles ne produisirent aucun effet sur la distorsion. Le dernier conseil que reçut ce malade fut de porter un exutoire au col ; il ne Ta pas exécuté, craignant qu'il n'eût d'autre effet, comme quelques-uns des autres remèdes, que de ]e rendre plus mal.
Beaucoup de cas, a peu près semblables , m'ont
été présentés par mes élèves ; je n'ajouterai ici que deux exemples tirés des articles de M. Shaw.
Dans le premier cas , il s'agit d'un malade qui avait éprouvé une attaque d'apoplexie ordinaire» On peut l'offrir comme présentant un exemple de la série des symptômes qui suivent ordinairement les affections du système primitif ou symétrique des nerfs , et qui sont faciles à distinguer de ceux qui résultent de l'affection des nerfs de la classe surajoutée. Dans le second, c'est un homme chez lequel la portion dure et la cinquième paire avaient été lésées en même-temps par un coup; le troisième est celui d'un malade chez lequel ces deux nerfs paraissent avoir été affectés dans l'intérieur du crâne.
« J. Cooper. — L'apparence de cet homme est complètement celle d'un vieux paralytique; mais la distorsion de la face chez lui est plus remarquable qu'à l'ordinaire , le côté droit , ou celui qui est est paralysé , étant en outre marqué d'une tache rouge. »
« Le bras et la jambe du même côté sont presque sans force , l'intellect est beaucoup affaibli , et il a perdu la mémoire. L'histoire de ce malade a été rapportée d'une manière très-claire par sa femme ; d'après elle , son mari eut d'abord une attaque d'apoplexie, il y a environ sept ans; il se releva insensiblement de cette attaque , mais au bout d'un an il en éprouva une seconde , et depuis cetie époque il en a éprouvé deux distinctes chaque an-
nées; depuis deux ou trois ans il a toujours été | peu près dans le même état qu'aujourd'hui. »
Etat des joues et de la bouche. « Lorsqu'on le fait rire, la joue droite s'élève au même point que la gauche; lorsqu'il souffle (car il ne peut s'empêcher de rîre si On lui propose de siffler ) ie buccinateur de la joue droite entre autant en action que celui de l'autre côté. Quand on lui irrite le nez en lui faisant respirer de l'ammoniaque , les muscles qui favorisent l'éternument entrent également en action des deux côtés de la face. Ces phénomènes prouvent que les muscles des deux joues exécutent parfaitement leurs actions, tant ^qu'ils sont influencés par le nerf respiratoire ; ils forment un contraste avec l'état des mêmes muscles, dans les cas rapportés pages 84 et 88, lorsqu'on excitait l'éternument. »
Les recherches suivantes ont pour objet l'influence des branches de la cinquième paire de nerfs.
« La joue droite et le côté droit de la bouche tombent plus bas que du côté gauche. Lorsqu'on lui met un morceau de pain entre les dents et la joue droite , le malade ne peut pas le changer de place, mais il est obligé de le retirer avec la langue. La salive coule continuellement du côté droit de la bouche , et lorsqu'il boit, une partie du fluide sort du même côté. La perte dé la sensibilité du contour de la bouche est encore mieux prouvée par l'impossibilité où il est de tenir un pinceau ou une pipe à fumer dans l'angle droit de la bouche. »
ET DES FOJSCTIO^S DES 1SERFS. l)J
« On examina ensuite ie degré comparatif de la sensibilité des deux joues. Lorsqu'on lui piquait îa joue droite avec une épingle , il paraissait complètement insensible , et rnêîr.e bien que ce fût jusqu'à le faire saigner. Mais à la moindre piqûre du côté gauche , il tressaillait aussitôt. On observait la même différence dans le degré de sensibilité en tirant un poil de chaque moustache. (La sensibilité des membres droits et gauches correspondait à celle des joues. ) »
« Si on lui mettait de l'esprit de corne de cerf sous la narine droite , il respirait aussi bien qu'avec la gauche , et aussitôt on remarquait tous les symptômes qui se développent chez une personne sur le point deternuer (ij. Comme le nez était tourné en haut , et que les ailes du nez entraient également en action des deux côtés , ceci était une preuve suffisante que l'état du côté paralysé était très -différent ici de l'état que nous avons décrit dans les cas précédens. On examina ensuite l'influence de la cinquième paire sur le nez : la titillation de l'intérieur de la narine droite ne produisit aucun effet ; mais du côté gauche , elle
(1) La sensibilité apparente de la narine sur laquelle la cinquième paire avait perdu son influence, peut s'expliquer en supposant que les vapeurs de l'ammoniaque passèrent par l'ouverture postérieure à l'autre, narine, et occasionèrent ainsi l'éternument.
fut suivie évidemment des symptômes de 1 eternument. Le mouvement de l'œil était parfait. »
« II pouvait aussi bien fermer la paupière du côté paralysé que celle de l'autre; et lorsqu'on lui irritait le nez par de l'ammoniaque , ou lorsqu'il riait , l'orbiculaire de l'œil et le sourciller entraient complètement en action , de sorte qu'il n'y avait pas cette pesanteur dans l'expression de la partie supérieure de la face, qui est si remarquable chez les personnes paralysées. Nous voyons donc ici une preuve que les mouvemens des sourcils , que nous savons ne plus avoir lieu lorsque la portion dure est affectée , restent complets dans les cas de paralysie ordinaire. En effet , nous avons tous les jours des occasions , en marchant dans les rues , d'observer que les malades affectés de la paralysie d'un côté du corps , n'éprouvent aucune difficulté à fermer les paupières. »
Dans le cas suivant, les deux systèmes des nerfs semblent avoir été affectés.
Phipps ? maçon , tomba d'un échaffaud , le i#r septembre 1821 , de la hauteur de trente pieds. Il eut la clavicule droite fracturée, et de fortes meurtrissures aux lombes et a la hanche, et il reçut une large contusion à la tête , dont on put surtout remarquer les signes dans une tumeur qu'il avait derrière l'oreille droite, et dans l'écoulement de sang qui eut lieu du même côté par l'oreille et par le nez.
Il était tombé dans l'état de stupeur lorsqu'il fut apporté à l'hôpital, mais il en sortit dans le courant de la journée. Pendant les deux ou trois premiers jours, il parut ne souffrir que des effets de la commotion , ne présentant jamais aucun des symptômes que Ton attribue généralement à la compression. Le quatrième jour , on observa que l'angle de la bouche était plus tiré d'un côté que de l'autre , et l'on remarqua aussi un certain degré d'inégalité dans la contraction des pupilles.
Le sixième jour, tandis qu'il dormait, on vit que l'œil droit était ouvert à moitié , et même plus , tandis que le gauche était fermé.
Les notes prises sur ce malade sont très-longues jusqu'au 24 septembre , et montrent que pendant cet intervalle il a parcouru la série ordinaire des symptômes qui accompagnent la légère inflammation du cerveau , que l'on voit souvent être la suite de la commotion.
Le ier octobre , il fut mis au nombre des malades externes, sa face présentant à cette époque une sorte de contorsion.
L'apparence générale de la face était alors celle d'un homme qui est resté paralytique à la suite d'une attaque d'apoplexie. Mais on pouvait en outre remarquer que quand il parlait , ou quand il riait, la contorsion augmentait beaucoup, la bouche étant plus tirée à gauche que je ne l'ai jamais vu chez aucun autre malade.
Voici les notes qui furent prises alors. « Tous les
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muscles du côté droit de la face paraissent être complètement paralysés. Lorsque le malade rit, ils restent passifs, tandis que ceux du côté gauche sont régulièrement en action. S'il veut siffler , il ne peut assez fermer les lèvres ; lorsqu'il souffle , la joue droite se dilate., mais passivement, comme une vessie que l'on gonfle. Il peut fumer en mettant la pipe dans l'angle gauche de la bouche ; il rejette la fumée par le côté droit ; mais ici l'action est évidemment bornée aux muscles du côté gauche. La joue et la bouche sont abaissées comme dans les cas ordinaires d'hémiplégie. Il ne peut mouvoir les lèvres par un acte volontaire ; quand il met un morceau de pain entre la joue et les dents du côté droit , il ne peut le pousser avec le buccinateur, mais il le retire avec la langue. Il ne peut tenir une pipe ni un crayon du côté droit des lèvres. » On regardera sans doute tous ces faits comme des preuves suffisantes de la paralysie complète des muscles d'un côté de la face.
La différence de la sensibilité des deux joues était très-distincte , il n'éprouvait pas de douleur quand on tirait un poil de la moustache droite ; mais il tressaillait aussitôt qu'on en arrachait un de la gauche. Si on lui piquait les joues avec une aiguille , il disait : « je sens que du côté droit vous me poussez , mais à gauche vous me piquez. » Lorsqu'il portait ses mâchoires avec force l'une contre l'autre, il disait qu'il ne sentait pas frapper ses dents du côté droit , quoiqu'il les sentît très-dis-
tïnctement à gauche. En examinant l'état du nez , nous trouvâmes qu'il était impossible de faire entrer en action les muscles de la narine droite.
L'état des paupières droites et du sourcil ressemblait à celui des mêmes parties chez les malades qui ont une paralysie de la portion dure; car le muscle orbiculaire des paupières et le sourcilier étaient si complètement paralysés , qu'il ne pouvait ni fermer l'œil , ni froncer le sourcil du côté droit.
En examinant à quel point était affectée la branche de la cinquième paire qui se rend à l'œil et aux paupières, nous trouvâmes que les symptômes ne correspondaient pas exactement avec ceux observés dans les parties qui reçoivent les autres branches de la cinquième paire , et particulièrement pour le degré de sensibilité; car si on arrachait un cheveu de chaque tempe et un poil de chaque sourcil, la douleur ressentie des deux côtés était presque la même, et les muscles masseter et temporal n'étaient pas paralysés de ce côté. Les mouvemens de l'œil étaient si parfaits, qu'il pouvait suivre un objet porté devant lui; mais il ne pouvait diriger exactement les deux yeux , il voyait double. La contraction et la dilatation de la pupille de l'œil droit étaient presque comme à l'œil gauche.
Il peut présenter la langue et la mouvoir dans toutes les directions avec la plus grande facilité ; les mouvemens sont tous, en apparence , justes et naturels ; il peut passer un morceau d'un côté de
la bouche à l'autre vers la gorge , et il peut le tirer d'entre la joue et les dents.
Ces observations nous conduisirent à conclure que non seulement le nerf moteur de la langue, ou la neuvième paire, mais aussi le glosso-pharyngien étaient intacts.
Ce cas diffère des exemples ordinaires de la paralysie de la face, non-seulement en ce qu'on voyait des marques évidentes de paralysie , tandis que les muscles de la face étaient en repos , mais en ce que la sensibilité de la peau du même côté, était en grande partie détruite ; il diffère aussi des cas d'hémiplégie.
La première différence que nous voyons entre ce cas et les cas ordinaires d'hémiplégie , c'est que la paralysie est bornée à la face. La seconde , c'est que la paralysie a paru du côté même de la tête qui a été blessé. La troisième , c'est que la paralysie est plus évidente , lorsqu'on fait éternuer ou rire le malade. D'après ces circonstances nous pouvons conclure qu'il y a eu dans le cerveau une lésion qui a affecté également la cinquième et la septième paire.
« Jacques Galland , âgé de 26 ans, a été reçu à l'hôpital deMiddlesex, le i5 avril 1823. La bouche et la joue gauche sont contournées vers le côté droit. Tout le côté gauche de la face est insensible, il n'a pas la force de mouvoir l'œil de ce côté , qui depuis peu s'est enflammé ; il se plaint d'une douleur profonde dans la tempe du même côté.
« Son commerce lui a été si favorable, qu'il a pu vivre de la manière la plus dissipée, pendant les cinq dernières années. Il a fréquemment traîné dans les rues durant la nuit dans un état complet d'ivresse ; il est resté trois semaines sans quitter ses habits , et ne s'est couché que rarement ; il a été attaqué deux fois de syphilis; il fut retenu par la première attaque pendant dix-huit mois , et durant tout ce temps , soumis à un traitement mercuriel. Après avoir recouvré la santé , il éprouva sou* vent une douleur cuisante dans l'œil et la tempe gauches, assez grave même pour l'empêcher de lire, surtout le soir, à la lumière. Il y a environ un an , qu'il fut renversé par terre ; il tomba sur la partie postérieure de la tête , et l'artère occipitale fut blessée; il croit qu'il n'a jamais été très-bien depuis cette époque. Le i5 octobre de l'année dernière; un de ses camarades lui fit remarquer qu'il avait la bouche tirée d'un côté ; cela le porta à observer, pour la première fois l'état de sa face dans une glace; il essaya de cracher, et remarqua que la salive au lieu de passer par le centre, était chassée par l'angle droit de la bouche qui était contracté. Ses lèvres étaient sons les autres rapports, dans leur état naturel, possédant la sensibilité et lamotilité. Il pouvait aussi alors fermer les paupières de l'œil gauche, mais pour cela, il avait besoin de fermer aussi l'autre œil,
Le lendemain matin il sentit un engourdissement particulier au-dessus de l'œil gauche. Cet en-
gourdissement s'étendit imperceptiblement et graduellement sur la joue gauche , et affecta en mêmetemps les surfaces internes et externes de presque tout ce côté de la tête. Il perdit le sens du tact du côté gauche de la langue , et en un peu moins de quinze jours , il devint sourd de l'oreille gau lie. Actuellement il se plaint surtout de l'état d'inflammation de l'œil gauche, qui a commencé il y a environ dix jours, et dune douleur dans la tempe gauche.
Il a pu rapporter lui-même distinctement les circonstances précédentes , voici l'état dans lequel il fut trouvé le 20 avril :
« Le côté gauche de la face est tiré à droite , et œdémateux. La narine gauche est abaissée , et ne se dilate pas pendant la respiration. La bouche est contournée vers le côté droit. Quand il parle, les deux côtés de la face sont comme séparés par une ligne qui les diviseroit, Faction des muscles de la bouche et des narines du côté droit, étant toutà-fait distincte , tandis que ceux du côté gauche restent sans mouvement. Il a perdu tout pouvoir sur les paupières gauches , jusqu'à ces derniers temps qu'il a pu élever la paupière supérieure , quoique , depuis l'époque de la première attaque, il ait toujours éprouvé une certaine difficulté à la fermer. Actuellement la paupière reste lâche et pendante, il ne peut presser les paupières l'une contre l'autre.
« La sensibililé du tact est perdue dans la plus grande partie du côté gauche de la tête et de la
face, et jusqu'au sommet de la tête. Les surfaces de la conjonctive et des paupières sont aussi complètement insensibles, et cependant l'œil est enflammé et ulcéré. Le côté gauche du nez, la joue, les lèvres supérieure et inférieure, sont entièrement insensibles ; mais il sent lorsqu'on le touche sur le côté gauche au-dessous de la mâchoire inférieure elle-même, jusqu'au bas de la lèvre inférieure. L'oreille externe et la partie postérieure de la tête, conservent leur sensibilité naturelle presque jusqu'au sommet de la tête. »
« Les surfaces internes de la narine gauche , de la bouche et des gencives du même côté , sont insensibles au sens du goût ou de la sensibilité générale de ce côté de la langue ; d'après cela , des portions de nourriture se sont quelquefois arrêtées dans le côté gauche de la bouche, sans qu'il eût connaissance de leur présence , avant qu'elles eussent commencé à se putréfier. »
« Le pouvoir de faire agir la langue est complet; si elle est immobile , elle reste dans sa position naturelle dans la bouche, et elle n'est point tirée d'un côté ni de l'autre , lorsqu'on lui dit de l'avancer. Si l'on tilille avec une sonde le côté gauche de la racine de la langue, on produit comme du côté opposé des sensations de nausées et des efforts de vomissement. Il peut ouvrir et fermer les mâchoires ; on voit cependant que quand on lui fait serrer les dents , ou mordre fortement, les muscles masseter et temporal du côté droit, sont durs,
tendus , et agissent avec force, tandis que les muscles analogues du côté opposé, sont totalement diflérens sous ce rapport , car ils paraissent mous et flasques. »
« Quant à l'œil gauche an a déjà fait remarquer qu'il est privé de la sensibilité générale , et que le malade ne peut ni baisser , ni élever la paupière ; en outre, il n'a aucun pouvoir sur le globe de l'œil qui reste fixe et immobile, et dirigé droit en avant lorsqu'il cherche à le tourner vers les objets. La pupille ne fait aucun mouvement lorsqu'on présente une lumière à l'œil; il conservela vision quoiqu'elle semble obscure. Cette dernière circonstance est sans doute due à l'inflammation de l'œil ainsi qu'à l'ulcération et à l'opacité de la cornée. Lorsque les deux yeux sont fermés il perçoit dans l'œil gauche une lumière rouge, tandis que l'œil droit ne lui offre rien de visible. » ( 1 )
, On l'interrogea sur l'époque à laquelle il s'appereut qu'il avait perdu le pouvoir de diriger l'œil gauche vers les objets , mais il ne put nous en informer , parce qu'il avait toujours cru que cet œil exécutait ses mouvemens aussi-bien que l'autre.
« Août 1824. — Cet homme est encore vivant ? plusieurs des symptômes de la paralysie , tant de la portion dure que la cinquième paire sont devenus moins distincts , il a recouvré un peu de force
(1) Voyez les remarques faites à ce, sujet dans le premier mémoire sur les mouvemens de l'œil.
sur les mouvemens des paupières et de quelques muscles de la face , et les tégumens possèdent un léger degré de sensibilité. »
Les symptômes , comme nous pouvons l'observer, montrent que dans ce cas l'affection était bornée aux nerfs de la septième et de la cinquième paire du côté gauche , et ils s'accordent mieux avec la supposition que ces nerfs ont été lésés dans leur trajet par une maladie de l'os ou des membranes qui s'avance graduellement vers les nerfs de l'orbite.
Je vais terminer la narration de ces cas , en rapportant un fait qui m'est arrivé il y a déjà quelques années.
Un monsieur , dans la vigueur de l'âge , vint dans mon cabinet pour me consulter , présentant la contorsion des traits la plus remarquable que j'aie jamais vue. Il m'exposa ce qu'il regardait comme la cause de cette paralysie d'un côté de la face : il avait été renversé par un coup donné sur l'oreille , et était resté insensible pendant toute la nuit , avec un écoulement de sang par l'oreille , et c'est depuis cette époque que les traits avaient été tirés du côté opposé; je crus que je le rassurerais en lui disant que cette paralysie devait être attribuée à la lésion de l'os , qu'elle ne venait pas d'une tendance à l'apoplexie , et qu'il n'avait point à craindre une nouvelle attaque , ni une augmentation de la paralysie; mais ce n'était pas là ce qu'il attendait de moi ; il avait consulté mon frère alors à Rome , qui lui avait proposé de le guérir par une opération»
J'étais fort embarrassé pour concevoir qu'elle opération son esprit inventif lui avait fait imaginer pour remédier à une difformité si remarquable. Ce monsieur me dit qu'on avait résolu de lui faire trois petites incisions sur différens points de la face, afin de rétablir l'accord des traits ; il fut évidemment frustré dans son attente , en me trouvant moins intelligent ou moins habile qu'il ne croyait, et nous nous séparâmes.
En réfléchissant sur la conversation de ce monsieur , je présumai que mon frère , croyant que la paralysie venait d'une lésion de la cinquième paire, avait proposé de rétablir l'équilibre des traits par la division des branches de ce nerf du côté opposé ; persuadé , sans doute , que les traits seraient encore animés par la portion dure de la septième paire. Il eut résulté de cette opération un effet singulier , les traits seraient restés tirés du même côté qu'avant , et il aurait été privé de toute sensibilité de ce côté. Si l'on voulait au contraire faire la section de la portion dure du côté contracté , il en eut résulté une conséquence plus fâcheuse ; car, dans la suite , il n'eût plus jamais pu parler , ni même serrer les lèvres contre les dents , ni retenir sa salive. Les traits des deux côtés se seraient effacés, Fœil serait resté découvert, et le malade eût perdu la vue par l'inflammation et l'opacité de la cornée, suite de son exposition continuelle à l'air.
Il doit paraître singulier que tant de chirurgiens aient coupé les branches de la cinquième paire,
pour le tic douloureux , sans être conduits à s'inquiéter d'une manière plus particulière des fonctions des diffère ns nerfs de la face»
Nous voyons dans quelle erreur la sagacité de mon frère allait l'entraîner, parce qu'il avait souvent coupé la cinquième paire sans produire une distorsion horrible , et je crois que la même méprise a fait dire à un honorable Baronnet * que je n'avais pas coupé la branche frontale de la cinquième paire sur la face d'un homme d'une naissance illustre , lorsque je n'avais coupé que cette branche , sans comprendre les branches de la portion dure , et conséquemment sans produire le plus léger effet sur les muscles du sourcil. Toutes ces circonstances , j'espère, tendent à donner une nouvelle importance aux études anatomiques.