‹ Exposition du système naturel des nerfs du corps humainChapitre 12 sur 29 · DANS LES ACTIONS DE LA RESPIRATION , DE LA PAROLE ET DE L'EXPRESSION · texte numérisé non relu

DANS LES ACTIONS DE LA RESPIRATION , DE LA PAROLE ET DE L'EXPRESSION

Mémoire lu devant la Société royale , le 2 mars 1Ô22 3 ( suite de celui sur la Structure et les fonctions des nerfs.)

Dans le Mémoire précédent, j'ai examiné les nerfs de la face. J'avais choisi cette partie du système nerveux, parce qu'elle prouve de la manière la plus générale , que deux espèces de nerfs , jusqu'ici confondues , possèdent des pouvoirs distincts , et que l'on obtient des effets très-différens, lorsque l'on prive les muscles et les téguinens de l'influence de l'une ou de l'autre espèce de ces nerfs. Nous avons montré aussi dans cet article que des parties fort éloignées sont cependant unies par la sympathie la plus étroite avec les poumons;

qu'en coupant un de ces nerfs on peut séparer ces organes des autres parties de l'appareil de la respiration : et quoique dorénavant ils ne soient plus susceptibles de recevoir l'influence du cœur et des poumons , ils peuvent cependant conserver leurs autres propriétés , telles que la sensibilité et le mouvement volontaire.

Dans ce Mémoire , je me propose de continuer le même sujet, en décrivant les nerfs qui président aux mouvemens du tronc dans la respiration , et je les soumettrai aux mêmes recherches.

Ce qui encourage l'auteur de ce Mémoire , et lui fait espérer l'indulgence de la Société pour les longs détails dans lesquels il va être obligé d'entrer, c'est que le premier Mémoire a déjà eu d'heureux résultats sur la pratique ; car les vues qui y sont présentées dans leurs rapports avec la science générale, ayant été appliquées à la pratique , le médecin a pu porter un diagnostic plus assuré sur la maladie , et le chirurgien éviter d'occasionner une contorsion, en voulant guérir une difformité (1).

Des mouvemens du thorax qui servent à éclair cir la confusion des nerfs de cette partie.

Nous avons vu combien il est nécessaire de

(1) L'auteur fait ici allusion aux opérations pratiquées sur la face et le col.

passer en revue toutes les fonctions et les relations de la partie de l'organisation animale, dont nous nous proposons de distinguer les nerfs d'après leurs usages , et cette nécessité devient plus sensible dans l'examen du thorax, que dans celui de la face , ce qui sera évident si nous énonçons simplement les usages de cet assemblage d'os et de muscles. Outre que le thorax soutient et protège ie cœur et les poumons , ainsi que les viscères de ïa région supérieure de l'abdomen , il remplit encore les fonctions suivantes :

1*. Il résiste et cède alternativement au poids de l'atmosphère , et ainsi produit la respiration.

2°. Aux mouvemens uniformes de la poitrine , dans la respiration , se joint une augmentation accidentelle , et une agitation proportionnée à l'état d'excitation de l'organisation animale \ lorsque des muscles surajoutés sont mis en action.

5°. Le thorax est le siège de l'action de l'appareil respiratoire dans la voix naturelle , et dans le langage articulé.

4°. Les émotions et les passions de lame se signalent aussi par les nerfs et les muscles du thorax employés dans la respiration.

5°. Les organes da sens de l'odorat, et surtout les muscles qui font mouvoir les cartilages du nez , sont, pendant leur action, aussi nécessairement unis à ceux de l'inspiration , que ceux de la parole le sont à l'acte de l'expiration.

6°. Les actes de la toux, de leternument, du

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vomissement et du bâillement , appartiennent à ce système.

70. Les forces des bras , dans l'effort volontaire , dépendent en grande partie de la dilatation du thorax , ensorte que l'acte de l'inspiration accompagne tout effort violent et subit. Et plus nous examinons les mouvemens du corps , soit dans les effets de la force , soit dans l'acte de la respiration, plus les combinaisons inattendues des muscles paraîtront remarquables. Nous ne pouvons comprendre comment le mécanisme du thorax , ou plutôt de l'appareil respiratoire tout entier affecte la disposition de tout le système nerveux , que quand nous connaissons l'étendue des actes de la respiration, et lorsque nous savons qu'ils comprennent la face , le col et le tronc. Partout où en examinant l'anatomie comparée des animaux , nous voyons des muscles respiratoires élever et abaisser les côtes, il existe une moëlL? épinîère s et l'on distingue un cerveau et un cervelet. Et l'expérience nous apprend avec l'observation que le siège de cette force, qui préside à l'acte étendu de la respiration , existe dans les portions latérales de la moelle allongée , d'où elle se continue par plusieurs nerfs respiratoires qui sortent du col , et plus bas par les colonnes correspondantes de la moelle de l'épine vers les nerfs intercostaux.

Origines des nerfs respiratoires.

Les nerfs dont dépendent les actes combinés de

la respiration, et que nous avons prouvé appartenir à ce système par des expériences directes, et par des inductions tirées de l'anatomie , ont des origines très-rapprochées. Ces origines ne sont pas en paquet ni en faisceau , mais sur une ligne , et sur une colonne particulière de la moelle de 1 épine. On voit derrière le corps olivaire , et en devant de la protubérance qui descend du cervelet , le corps restiforme , bandelette convexe , de substance médullaire, et l'on peut suivre cette convexité, ou cette colonne, jusqu'au bas de la moelle épinière , entre les sillons d'où partent les racines antérieures et postérieures des nerfs de l'épine. Cette portion de substance médullaire est étroite en haut, au-dessous du pont de varole. Elle s'élargit en descendant ; c'est vers la partie inférieure du corps olivaire qu'elle a acquis la plus grande convexité , ensuite elle se resserre un peu , et descend le long de la partie latérale de la moelle de l'épine. De ce faisceau de substance .blanche, sur les côtés de la moelle allongée, sortent successivement, et de haut en bas , la quatrième paire , la portion dure de la septième paire, le nerf glosso-pharyngien , le nerf de la paire vague, le spinal ou l'accessoire de la paire vague, le phrénique , et les nerfs respiratoires externes.

Il est probable que les branches des nerfs intercostaux et lombaires , qui font agir les muscles intercostaux et les muscles de l'abdomen dans l'acte de la respiration, tirent leur origine du

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même cordon ou de !a même bandelette de substance médullaire, et l'on ne manquera pas d'observer que les nerfs appelés ph ré nique et respiratoire externe , tirent très-probablement leur origine de la même portion de la moelle épinière, ainsi que le nerf accessoire , quoiqu'ils sortent avec les nerfs cervicaux.

Les nerfs intercostaux, par leurs rapports avec la moelle allongée , peuvent suffire à l'acte de la respiration , pour ce qui regarde l'office des poumons ; mais ils ne pourraient exécuter les fonctions surajoutées qui sont, pour ainsi dire , imposées à l'appareil respiratoire , lorsqu'elles viennent se combiner à d'autres offices.

Des muscles du tronc qui aident les muscles respiratoires ordinaires.

Si nous considérons l'organisation du corps pour, déterminer quels sont les muscles les plus propres à aider les mouvemens de la poitrine , lorsque l'action de cet organe est accélérée , nous aurons peu de difficulté à les distinguer, et nous n'éprouverons pas plus d'embarras pour assigner un usage aux nerfs qui se distribuent exclusivement à ces muscles : car ces nerfs ont la même origine ; ils suivent une marche embrouillée , passant entre d'autres nerfs et d'autres muscles , ou les traversant, pour se distribuer entièrement aux muscles qui élèvent la poitrine. Il est bon d'observer dans cette recherche, que la vie des animaux est proté-

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gée par un sentiment particulier , qui leur fait faire instinctivement un mouvement d'inspiration pour dilater subitement et puissamment la poitrine, au moment d'un effort ou d'une alarme. Le tressaillement à la suite d'une frayeur subite est accompagné d'une dilatation rapide et de relèvement de la poitrine , et la voix qui se fait entendre dans ce moment est produite par la rapidité de l'inspiration, mais non par l'expiration. Cette dilatation de la poitrine se combine avec la disposition à la fuite ou à la défense , puisque ce mouvement produit l'extension des muscles qui couvrent la poitrine et le dos , et puisque ainsi ils se trouvent avoir une influence bien plus puissante sur les bras ou les extrémités antérieures. On observera aussi que l'oppression et la difficulté de respirer se manifestent par une inspiration longue et forcée , en tirant l'haleine , mais non en la chassant.

Nous n'éprouvons dès-lors aucune difficulté, lorsque nous examinons le tronc du corps humain , à distinguer les muscles qui sont les plus propres à élever la poitrine; et, en effet, nous les voyons fortement influencés dans l'inspiration profonde, que l'action soit volontaire , comme dans la parole , ou involontaire, comme dans les derniers efforts de la vie, lorsqu'il ne reste aucune connaissance au malade. Ces muscles sont le sternocléido-mastoïdien, le trapèze , le grand dentelé , et le diaphragme.

1°. S temo - cléido -mastoïdien. Ce muscle , par

son attache au sternum, élève ou hausse la poitrine, et son action est très-évidente dans tous les états où la respiration est accélérée , surtout pendant le chant , la toux et 1 eternument ; mais il y a un muscle qui est nécessaire pour compléter l'effet de celui-ci sur la poitrine : car , autrement , il serait. un muscle de la tête , et non du thorax ; c'est

2° Le trapèze : il doit fixer la tête ou la porter en arrière , avant que le sterno-cléido-mastoïdien puisse agir comme muscle respiratoire, et nous allons examiner ici comment leurs actions sont combinées. La position de la tête de l'asthmatique pendant l'accès , aussi bien que la posture du blessé ou du mourant prouvent l'influence de la partie supérieure du trapèze pendant l'accélération de la respiration.

Le trapèze a une influence encore plus puissante dans la respiration, lorsqu'elle est plus forte que dans l'état ordinaire ; c'est lorsqu'il tire en arrière l'omoplate , afin que l'action du grand dentelé puisse avoir son effet.

5° Le grand dentelé étant étendu sur tout le côté de la poitrine, et prenant ses points d'attache dans tout l'espace qui est depuis la seconde jusqu a la huitième côte . possède une grande force pour soulever les côtes , mais il ne saurait produire cet effet, indépendamment du trapèze; puisque, sans cette combinaison d'action , toute sa force se bornerait à mouvoir l'omoplate, et non les côtes. Le grand dentelé n'est un muscle de la respiration que

Il6 DES NERFS QUI ASSOCIENT

quand l'omoplate est fixée , ou portée en arrière par le trapèze.

Ainsi ces trois puissans muscles s'accordent ensemble dans leur action, et se combinent avec celle du diaphragme pour augmenter la cavité de la poitrine dans tous ses diamètres. D'après la marche que nous suivons dans nos recherches , nous nous trouvons arrivés à nous demander si ces muscles reçoivent plus que les autres des nerfs d'une classe particulière. La réponse est facile, c'est à ces muscles que se distribuent les nerfs que je vais appeler nerfs respiratoires de la poitrine.

Anatomie des nerfs respiratoires du tronc (1).

Les nerfs qui forment le plexus extraordinairement compliqué de ce système , que l'on remarque sur les côtés du col sont: le spinal , ou accessoire, le phrénique et le nerf thoracique externe» D'après les ouvrages ordinaires d'anatomie , on voit que le nerf phrénique ( 12, pi. 3. ) , reçoit la plus grosse racine du quatrième nerf cervical ; et qu'ensuite il est joint par une plus petite branche du troisième cervical, mais outre ces racines, il a des connexions qui suffiraient seules pour faire connaître la fonction de ce nerf. A la partie supérieure il Communique avec le nerf vague , et avec l'hypoglosse , tandis qu'en même temps il envoie

' (0 Voyez pi. 3.

une branche aux muscles du larynx. Le tronc du nerf descend dans la cavité du thorax , et ne fournit aucune branche avant d'arriver au diaphragme; alors il se divise en de nombreuses branches qui se perdent dans la substance de ce muscle.

On sait depuis long-temps que l'irritation produite sur ce nerf fait entrer le diaphragme en convulsion , et que si on le coupe en travers , on paralyse ce muscle. Ces faits et la marche qu'il suit , nous prouvent que c'est un nerf respiratoire , et telle a été l'opinion universelle.

Mais pourquoi un nerf particulier est-il envoyé au diaphragme , si les autres muscles placés à l'extérieur , dont l'action est combinée avec celle du diaphragme , et qui sont aussi importans a la respiration , n'ont pas un lien semblable pour les unir Tun à l'autre , et tous aux organes de la voix?

N erf respiratoire externe du thorax. ( i3 , pi. S ). Ce nerf est à l'extérieur ce que le nerf phrénique est à l'intérieur ; il sort des quatrième et cinquième nerfs [cervicaux , et* communique souvent avec le phrénique; il s*écarte un peu de ce nerf, parce qu'au lieu de descendre en dedans de la poitrine , il passe sur les côtes , et vient sous l'apparence d'un tronc aplati et distinct, sur le côté externe de la poitrine, se distribuer entièrement au muscle grand dentelé. Ce muscle reçoit des nerfs de la moelle de l'épine, parce qu'il doit se combiner avec les mouvemens du corps , dans la locomotion ; mais le nerf qui descend des quatrième et cinquième

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paires cervicales est un nerf respiratoire : ce que nous pouvons reconnaître à son origine, à son trajet et à sa destination : par son origine et son trajet il ressemble au nerf dinphragmatique , il en est de même de sa destination puisqu'il se distribue à un muscle nécessaire dans l'inspiration complète.

J'arrive maintenant au nerf spinal accessoire ( 11 pi. 5 ), qui fait plus particulièrement le sujet de ce mémoire , on le nomme respiratoire supérieur du tronc. Les expériences peuvent bien recevoir une teinte de l'idée préconçue on favorite , mais une recherche soignée sur la structure ne peut nous induire en erreur, aussi l'auteur réclame une attention particulière pour l'anatomie de ce nerf, parce qu'elle conduit de la manière la plus concluante à la connaissance de ses fonctions.

Il sort de la portion cervicale de la moelle de l'épine , mais au lieu de rassembler ses branches pour sortir entre les vertèbres comme les nerfs respiratoires interne et externe , il se dirige en haut dans le canal de Fépine , entre dans le crâne , et se joint à la huitième paire , ce qui lui a fait donner le nom d'accessoire.

Les racines de ce nerf descendent jusqu'à la quatrième paire cervicale (i), elle ne viennent ni de la colonne antérieure ni de la postérieure de la moelle

(i) Dans Vàne, il prend ses racines encore beaucoup plus bas.

épiuière, mais naissent, entre les racines postérieures des nerfs cervicaux et le ligament dentelé, du faisceau de substance blanche que nous avons décrit. Elles partent sur une seule ligne , et cette ligne est dans la direction des racines de la huitième paire , et du nerf respiratoire de la fa *e. Pendant son trajet d'ascension , le nerf accessoire est attaché à la racine postérieure du premier nerf cervical.

Lorsque le nerf a passé par le trou occipital [foramen magnum)^ il sort du crâne en même temps que ceux qui forment la huitième paire , marchant renfermé dans une gaîne qui leur est commune ; ils traversent ensemble le trou déchiré postérieur ( foramen lacerum), le long de la veine jugulaire. Dans ce trajet le nerf accessoire se divise en deux : une de ses divisions se joint à des filamens de la paire vague ( i pi. 5), et ceux-ci envoient de nouveau des rameaux au nerf glosso-pharyngien et quelquefois on peut en appercevoir une branche qui se rend au nerf hypoglosse ( lingualh médius ); la division la plus extérieure du nerf accessoire descend derrière la veine jugulaire , se dirige en avant et traverse le muscle sterno-cléido-mastoïdien (9 pi. 3 ); en traversant ce muscle elle envoie des branches qui se distribuent dans son épaisseur; et si, comme cela arrive quelquefois , quoique rarement, le nerf ne le traverse pas il ne lui donne pas moins invariablement les branches que nous venons d'indiquer.

En sortant de la partie postérieure du muscle

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sterno-cléido-mastoïdien le nerf communique avec une branche de la troisième paire cervicale qui monte derrière ce muscle, et presqu'en même temps, il est joint par une branche du second nerf cervical. Le nerf respiratoire supérieur descend alors sur le col , et commence à distribuer ses branches dans un ordre régulier vers le bord du muscle trapèze ( 1 1 pi. 3. ); quatre ou cinq branches se dirigent vers ce muscle , se partagent en un grand nombre de rameaux, et se perdeut dans sa substance. Une division plus considérable, (c'est la plus inférieure), reçoit une longue branche descendante de la deuxième paire cervicale ; renforcée par cette réunion elle descend sous le muscle trapèze et derrière la clavicule. Si Ton suit cette branche descendante, on remarquera qu'elle est exclusivement attachée au trapèze ; derrière l'omoplate elle reçoit de nouveau des branches des nerfs de l'épine, et forme une espèce de plexus imparfait d'où partent plusieurs rameaux qui descendent encore , en suivant le bord inférieur de ce muscle, et finissent par se perdre entre ses fibres.

Ce nerf vient du même faisceau que les nerfs respiratoires , il prend une route difficile et tortueuse pour se réunir aux nerfs que nous savons appartenir à cette classe. Il envoie des branches aux nerfs de la langue et du pharynx , il en envoie au larynx, qui accompagnent celles de la paire vague; il croise ensuite les grands nerfs du col > passe sous les nerfs de 1 épine , ne fournit de ra-

LES MUSCLES DE LA POITRINE. 12 î

meau à aucun muscle dans son trajet, mais envoie toutes ses branches aux muscles sterno-cléido-mastoïdien , et trapèze; cela est aussi évident pour un anatomiste que si on lisait écrit sur ce nerf, en grosses lettres : mrf respiratoire supérieur du tronc (1).

Examen comparé de ces nerfs.

Si , à l'aide de l'anatomie comparée nous considérons la paire vague, la portion dure de la face , le thoracique externe , le diaphragmatique et le spinal accessoire , nous conclurons qu'ils sont tous des nerfs respiratoires , puisqu'ils s'adaptent à la forme et au jeu des organes de la respiration. Chez les poissons , ce nerf (2) respiratoire sort de la partie postérieure de la moelle allongée. Lorsqu'il sort du crâne, il grossit considérablement , et distribue ensuite ses rameaux aux branchies et à l'estomac, mais de ce même nerf partent des branches pour les muscles

(1) Lobslein, dans une dissertation sur ce nerf ne pouvant s'expliquer pourquoi le fluide nerveux arrive aux muscles par un double passage , conclut en disant : — ce veniet forsan tempus quo ista quae nunc latent dies extrahat et longioris sévi diligentia ».

(2) C'est le nerf qni se rend par sa subdivision au cœur, aux poumons , à l'estomac, et aux muscles des ouïes.

qui font mouvoir les ouïes et l'opercule , tandis qu'une division se prolonge sous la ligne latérale du corps jusqu'à la queue. On dit que cette division ne fournit aucune branche, mais cela n'est pas exact ; elle donne successivement des branches aux muscles depuis l'épaule jusqu'à la queue ; plusieurs expériences ont été faites sur ces nerfs, mais ces détails nous entraîneraient trop loin. Il est presqu'inutile d'ajouter que chez les poissons il n'y a ni nerf phrénique, ni spinal accessoire, ni nerf thoracique externe, puisque la disposition de leur système musculaire ne l'exigepas. Chez les oiseaux, la structure de l'aîle et l'absence du muscle sternocléido-mastoïdien rendent le nerf spinal accessoire inutile. Il manque par la même raison que dans les cas où il n'existe pas de diaphragme, on ne trouve pas de nerf phrénique. Les quadrupèdes ont les trois nerfs respiratoires du tronc, mais chez eux aussi l'on trouve dans la disposition musculaire des variétés qui prouvent la destination des nerfs.

Le col du chameau ressemble pour la construction à celui des oiseaux; on trouve une suite de muscles courts , le long du col , et qui s'attachent aux vertèbres ; mais il n'y a pas de muscle long comme le sterno-cléido-mastoïdien , qui contribue au mouvement de la respiration. Dès-lors on ne rencontre pas dans le col de cet animal , de nerf spinal accessoire.

Les nerfs du col des oiseaux nous fournissent tin exemple remarquable de la manière dont ces

les muscles de la poitrine. i^5

nerfs varient dans le cours de leurs distributions , et conservent cependant leurs fonctions propres. Chez eux , la portion dure de la neuvième paire n'est plus obligée de s'avancer vers les narines et les lèvres , puisque le bec en tient lieu ; le nerf se contourne en arrière, et se distribue au col et à la gorge. Et une chose digne de remarque , c'est que l'action qui redresse les plumes du col, comme lorsqu'un coq de combat tient tète à son rival , cesse si l'on coupe ce nerf.

Si nous comparons l'anatomie du nerf respiratoire de la face dans les différentes espèces d'oiseaux , nous trouverons que la distribution en est analogue à celle du même nerf, dans les différentes classes des quadrupèdes. Chez le coq de combat, quelques branches se rendent à la peau qui est sous la mâchoire , et qui se dilate pendant son chant, et le plus grand nombre se distribue aux muscles du col où elles font lever les plumes lorsqu'il se prépare au combat. Mais chez le canard qui , pendant la passion , n'a que peu ou même point de pouvoir d'expression , le même nerf n'est pas plus gros qu'un iil de batiste, et ne se rend qu'à la peau qui est sous la mâchoire (i).

(1) Ces nerfs respiratoires du thorax, îe diaphragniatique, le supérieur et le nerf thoracique externe, sont tous des nerfs de l'inspiration. L'acte de l'inspiration est pourvu d'une manière beaucoup plus spéciale que l'acte de l'expiration; il

Nouvelles explications sur les fonctions de ces nerfs.

Avant de recourir aux expériences sur les animaux , nous pouvons observer ce qui arrive dans notre propre corps. En plaçant la main sur le col , on sent que le muscle sterno-cléïdo-mastoïdien a deux mouvemens. L'extrémité inférieure est fixée lorsque nous remuons la tête ; mais lorsque nous nous servons de ce muscle dans l'inspiration , c'est la tête , et conséquemment l'extrémité supérieure du muscle qui est fixée. Or, si nous désirons élever le sternum par l'action de ce muscle , nous remarquerons que nous faisons agir en même temps , d'une manière insensible pour nous , d'autres muscles qui n'ont aucun rapport avec cet élèvement du sternum. Par exemple , si nous essayons de lever l'extrémité inférieure du muscle , nous ferons inévitablement entrer en action les

exige plus d'effort musculaire, et est plus essentiel à la vie; l'inspiration est le premier acte de la vie renouvelée, le dernier de la nature épuisée : aussi, les muscles en sont-ils gros et puissans, et existe-t-il une double rangée de nerfs ; car, non-seulement les branches latérales de la moelle vertébrale influencent l'acte de l'inspiration , mais aussi, les nerfs respiratoires additionnels ( que nous venons de décrire ) descendent de la partie supérieure de la moelle de l'épine sur la poitrine, destinés à la conservation de la vie, comme un moyen spécial et surajouté..

Imiscles des narines ; et par cette combinaison d'actions , nous découvrirons que nous nous servons du sterno-cléido-mastoidien comme muscle respiratoire. Si nous changeons le mode de Faction , et si nous mouvons l'extrémité supérieure du muscle , nous ferons entrer également en action d'autres muscles ; mais alors ce sera pour aider les mouvemens de la tête. On peut encore faire cette expérience d'une autre manière. Si en nous mouchant , ou en sentant quelque chose , nous mettons les doigts sur les portions des muscles sterno-cléido-mastoidiens , qui s'attachent au sternum, nous remarquerons que chaque petit mouvement des narines est accompagné de l'action correspondante des portions sternales de ces muscles» Lorsqu'un homme éprouve une fracture de I épine vers la sixième vertèbre cervicale, et que la moelle est comprimée , il continue de respirer par l'influence des trois nerfs qui naissent audessus de l'endroit lésé. Il inspire avec force ; mais il ne peut exécuter l'expiration par un effort musculaire , ce n'est que par l'élasticité et la gravitation des parties. Il peut bâiller , car dans cet acte il n'a qu'à tirer l'air ; mais il ne peut éternuer , puisque dans celui-ci il faut le chasser. Au reste , ce sujet est si intéressant par lui-même, et jusqu'ici il a été observé avec si peu de soin , que je le réserve pour une dissertation particulière (l)..

(0 Voyez les observations, page. i32.

i'26 DIS NËRF.S QUI ASSOCIENT

Chez un homme qui avait une hémiplégie complète l le côté de la face dans un relâchement remarquable , le bras pendant sans force , et la jambe sans action dans la marche , nous désirions connaître si tous les nerfs de la face étaient affectés, ou seulement les nerfs réguliers ou volontaires. Nous fîmes plusieurs tentatives pour lui faire lever l'épaule du côté malade , mais en vain. Il ne put le faire qu'en courbant l'épine de l'autre côté , comme s'il eut voulu peser l'épaule paralysée ; l'ayant fait mettre vis-à-vis de nous, et lui ayant dit de faire une grande inspiration , les deux épaules s'élevèrent en même temps que les deux narines furent mises en mouvement. Le nerf respiratoire de la face et le nerf respiratoire supérieur remplissaient entièrement leurs fonctions ; et quoique le système régulier des nerfs refusât d'agir, le sterno-cléido-mastoidien et le trapèze contribuaient pour leur part à l'acte de la respiralion. Puisque le premier de ces muscles reçoit deux sortes de nerfs , dont les uns appartiennent aux nerfs volontaires, et les autres aux nerfs respiratoires , ne sommes-nous pas autorisés à conclure que lorsqu'on meut ia tête, comme cet acte appartient strictement à la volonté , il est exécuté par l'influence du système régulier des nerfs volontaires? Que quand la poitrine est élevée, c'est par un acte de la respiration , qui est le résultat de l'influence des nerfs qui font agir les muscles respiratoires ?

U-JS MUSCLES DE L.A POITRÎJSE. 1 2"}

Cette conclusion est confirmée par l'expérience suivante : dans lane il y a deux muscles qui remplissent l'emploi du sterno-cléido- mastoïdien; l'un s'attache à la mâchoire , on peut l'appeler sterno-maxillaire , et l'autre aux vertèbres, c'est le sterno-vertébral. Le nerf respiratoire supérieur (ou spinal accessoire) donne des branches à ces muscles en se rendant au trapèze. Ces mêmes muscles reçoivent en même temps et directement de nombreux nerfs de la moelle de l'épine. Si on met à décou- \ert le nerf respiratoire supérieur , et que l'on fasse ensuite accélérer la respiration , de manière à faire entrer ces muscles dans une action violente, en même temps que les autres muscles de la respiration , et si dans le moment on fait la section du nerf , le mouvement cesse , et le muscle reste dans le relâchement jusqu'à ce que l'animal le mette en mouvement comme muscle volontaire.

Un âne a3^ant été renversé, l'on coupa ses nerfs phréniques , et l'on vit aussitôt la poitrine s'élever d'une manière remarquable. Cette dilatation devint plus considérable , et les parois de la poitrine s'étendaient de plus en plus à chaque inspiration. 11 n'existait alors aucune excitation particulière des muscles du col, de l'épaule ou de la gorge, ensorte que pour mettre ces muscles en action , il fut nécessaire de comprimer les narines. Lorsqu'ils commencèrent à agir avec plus de force , et d'accord avec les autres muscles de la respiration , on coupa le nerf respiratoire supérieur. L'action

cessa immédiatement dans les muscles attachés au sternum du côté où le nerf avait été coupé, tandis que les muscles correspondais de l'autre côté n'avaient pas suspendu leur action.

Lorsqu'on coupe la moelle épinière entre les vertèbres du col et celle du dos , la respiration se continue par le diaphragme, et comme cette expérience est rapportée par beaucoup de physiologistes, l'auteur n'a pas cru nécessaire de la répéter, il s'est contenté de faire l'expérience suivante sur un âne.

Les nerfs phrénîques ayant été d'abord divisés, et la moelle épinière coupée au bas des vertèbres cervicales, la respiration fut a'rêtée dans la poitrine ; les muscles des narines , de la face et des parties latérales du col présentaient cependant encore une action forte , entrecoupée par intervalles réguliers. La jpartie la plus importante de l'appareil respiratoire était seule arrêtée ; mais ces muscles, accessoires restaient animés , et faisaient des efforts inutiles pour produire la respiration. Lorsque l'âne parut mort , on le ranima par une respiration artificielle , et alors ces muscles de la face et du col recouvrèrent leur activité , et éprouvèrent des contractions régulières et successives, comme dans la respiration accélérée , tandis que la poitrine restait en repos. Ces actions continuèrent pendant peu de temps, et cessèrent alors; mais lorsqu'on reproduisit de nouveau la respiration artificielle , on obtint les mêmes résultats.

LES MUSCLES DE LA POITRINE. l'2Q

Ceci fut répété plusieurs fois , l'animal restant insensible pendant ces expériences.

En stimulant les nerts sur cet animal après sa mort, on observa que la classe des nerfs respiraroires conservait le pouvoir de mettre en action les muscles qui en dépendent , long-temps après que les autres nerfs avaient cessé d'exercer aucune influence. Ils appartenaient évidemment à la classe de ceux qui conservent la vie le plus long-temps.

J'ai cru devoir éviter de répéter inutilement les expériences. Je vais maintenant présenter un court tableau de faits qui sont appuyés sur les autorités les plus incontestables. Ceux qui firent ces expériences n'avaient point en vue les idées présentées dans ce moment à la société,

La division de la branche récurrente de la paire vague anéantit la voix (1).

La division du nerf laryngé de la même paire , fait cesser l'accord des mouvemens entre les muscles de la glotte et ceux de la poitrine (2).

La lésion ou la compression de la paire vague rend la respiration difficile (3)..

(i) Sectis ambobus nervis recurrentibus vox périt : arne-

MANN, SOEMMERENG, JYIORGA.GNI.

(î) LEGALLOIS.

(3) Vinculo compressis nervis vagis oriuntur in bestiis spirandi difiicultas, surditas , vomitus ,corruptio ciborum in ventriculo : soemmering , h aller , brun de ligaturis nervorum.

l30 DES NERFS QUI ASSOCIENT

A l'aide de ces faits bien connus , nous complétons la connaissance du cercle des actions produites par les nerfs respiratoires. La moelle allongée et la moelle éfinière sont composées de colonnes de substance nerveuse ; on prouve qu'elles ont des propriétés distinctes , par les pouvoirs différens que possèdent les nerfs , selon qu'ils viennent de l'une ou de l'autre de ces colonnes.

Chez les animaux qui respirent par des côtes , et par un nombreux appareil de muscles, et qui possèdent une moelle épinière, on reconnait qu'il existe entre les faisceaux antérieurs et postérieurs de ce corps une colonne de substance blanche , qui peut être suivie jusqu'au bas entre les racines des nerfs de l'épine. C'est de la partie supérieure de cette colonne , à l'endroit où elle commence dans la moelle allongée , que partent les différens nerfs qui ont fait le sujet de ces mémoires , et dont l'influence , tcomme on l'a prouvé, dirige principalement les mouvemens de la respiration. Et l'on ne tire pas une conclusion extravagante en avançant que le pouvoir des nerfs intercostaux et lombaires qui se succèdent régulièrement , considéré par rapport à leur influenee pour les actions respirespiratoires , vient des connexions des racines de ces nerfs avec cette colonne qui se continue en bas , et qui peut être distinguée dans toute la longueur du reste de la moelle épinière.

Nous pouvons actuellement distinguer l'influence de la moelle épinière , et la succession

I/ES MUSCLES DE LA FOÎTRINE. l3t

régulière des nerfs qu'elle fournit , de l'influence et de la succession de ceux que nous avons fait connaître dans ces mémoires. Les premiers sont essentiels à l'acte de la respiration; sans eux les autres sont insufïïsans pour remplir cette fonction ; mais , d'un autre côté 9 quoique le système des nerfs réguliers de l'épine puisse bien élever et abaisser le thorax 9 il ne peut cependant suffire pour dilater complètement la poitrine dans le cas où l'action de la yoix est animée ; il ne peut faire exécuter les mouvcmensdela glotte , du pharynx, des lèvres et des narines ; parties qui sont toutes nécessairement influencées dans la respiration accélérée , aussibien que dans les actes de l'odorat , de la toux , de l'éternument et de la parole; ils ont besoin de îa coopération de toute la classe des nerfs respiratoires.

Après avoir examiné avec soin la complication des moyens employés dans l'homme pour l'exécution de ces différentes fonctions, on trouve le fruit de ces détails fatiguans dans la contemplation des phénomènes les plus intéressans de la nature. Les différentes considérations que présente ce sujet peuvent être offertes sous les rapports de la pathologie et de l'expression.

Des actions de la respiration chez ceux qui ont éprouvé une fracture de l'épine y vers les vertèbre* cervicales inférieures.

Lorsque la moelle vertébrale a éprouvé une contusion à la partie supérieure de l'épine , l'homme meurt à l'instant même ; mais si la contusion n'a eu lieu que vers la partie inférieure du col , quoique la lésion soit suffisante pour priver de toute sensibilité et de tout mouvement volontaire les parties qui sont situées au-dessous, il continue cependant de respirer.

Les auteurs, dont les noms ont le plus d'autorité, ont dit que dans ce cas l'homme respire par le diaphragme, qui reçoit le nerf phrénique, dont l'origine est située au-dessus de l'endroit lésé de la moelle vertébrale. Mais les observations sur lesquelles on a appuyé cette opinion n'ont pas été recueillies avec soin. Je ferai d'abord voir combien cette supposition est insoutenable , et je donnerai ensuite le détail des phénomènes qui accompagnent la fracture de l'épine dans cet endroit. Enfin, je montrerai qu'il est d'autres nerfs que le phrénique , qui , partis de la même origine , viennent se distribuer aux muscles extérieurs de la poitrine, et que c'est par leur influence que l'acte de la respiration continue.

Le diaphragme est cette cloison musculcuse qui sépare le thorax et l'abdomen , et qui, lorsqu'elle s'abaisse, augmente la profondeur des cavités de

LES MUSCLES DE LA POITRINE. l33

la poitrine dans l'inspiration. Lorsque le diaphragme a agi , et que l'air est entré dans les poumons , cet air est chassé par la réaction des muscles abdominaux. Ces muscles compriment les viscères., et ^ en les poussant en haut , ils relèvent le diaphragme relâché , et le préparent à un autre effort d'inspiration. N'est-il pas évident que si le diaphragme conserve son influence toute entière, et si les muscles abdominaux ont perdu la leur, la respiration doit s'arrêter, il en serait ainsi , s'il n'y avait pas d'autres muscles et d'autres nerfs non moins importans que le diaphragme et les nerfs phréniques, e\ dont les physiologistes ne se sont pas occupés.

Nous avons montré dans la première partie de ce Mémoire que le sterno-cléido-mastoïdien , le trapèze et le grand dentelé sont des muscles disposés pour élever la poitrine avec une grande force, et exécuter l'inspiration par leur action combinée. Nous avons aussi fait voir que les nerfs qui y ont été décrits comme nerfs respiratoires supérieur et externe se rendent exclusivement à ces muscles qui agissent sur la poitrine 9 et que ce que les nerfs phréniques sont au diaphragme , ceux-là le sont aux trois grands muscles extérieurs. Nous avons démontré en outre dans ce Mémoire , que comme tous ces nerfs tirent leur origine de la même partie de la moelle vertébrale, ils se trouvent conséquemment dans les mêmes circonstances , par rapport à la fracture de la colonne vertébrale.

Lorsqu'elle a lieu vers les vertèbres cervicales inférieures , ces nerfs ne sont pas lésés \ et ils continuent à animer les muscles extérieurs aux côtes, aussi bien que le diaphragme.

Nous allons prouver par les observations suivantes de quelle importance sont ces nerfs et ces muscles extérieurs, pour la continuation de la vie. J'ai omis à dessein tous les détails pratiques, et je n'ai recueilli que les symptômes physiologiques , et comme s'il se fût agi d'une expérience au lieu d'un accident déplorable arrivé à l'un de nos semblables.

Dans l'espace d'un mois , j'ai recueilli dans ma pratique ces trois exemples de fractures des vertèbres du col. Dans le premier cas > la fracture eut lieu à la partie inférieure du col, et le malade vécut quelques jours. Dans le second , la fracture eu lieu au milieu du col , et le malade vécut une demi-heure. Dans le dernier , la première vertèbre fut fracturée, et la mort arriva immédiatement.

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