‹ Exposition du système naturel des nerfs du corps humainChapitre 8 sur 29 · APPELÉS RESPIRATOIRES · texte numérisé non relu

APPELÉS RESPIRATOIRES

cette combinaison de différentes forces. Observons dans l'acte de la mastication et de la déglutition, ïa combinaison nécessaire des trois pouvoirs , de 3a sensibilité , de l'activité musculaire volontaire, et de l'action des muscles respiratoires.

Si nous coupons sur un âne la division de la cinquième paire qui se rend aux lèvres , ces organes perdent la sensibilité : ainsi quand l'animal presse ses lèvres sur la terre et les passe sur l'avoine qu'on y a répandue , il ne la sent pas, aussi ne fait il aucun effort pour la ramasser. Mais si d'un autre côté nous coupons la septième paire lorsqu'elle se rend aux lèvres, l'animal sent l'avoine , mais il ne peut faire aucun effort pour la prendre, parce que la section du nerf lui a ôté le pouvoir du mouvement musculaire ; ainsi nous voyons qu'en mangeant , aussi bien qu'en ramassant quelque cbose avec la main , le toucher dirige l'effort ; et une action très-simple a besoin de l'exercice de deux propriétés du système nerveux.

Dans l'action de boire , le fluide est entraîné par l'inspiration , et la déglutition s'en opère , lorsque la bouche est remplie. L'eau est sentie , la volonté fait prendre aux lèvres la forme nécessaire , et les muscles de l'inspiration se combinent pour entraîner le fluide ; mais pendant la déglutition , le liquide descendrait dans la trachée artère , s'il n'y avait une combinaison des muscles respiratoires avec l'appareil de la déglutition pour l'en

empêcher ; et les fluides ainsi que les substances solides ne pourraient traverser le diaphragme , sans une coïncidence semblable d'activité et de relâchement, entre des parties animées par des systèmes de nerfs différens.

Dans la parole , il est encore évident que l'acte de la respiration , doit devenir volontaire , afin que la sortie de l'air soit d'accord avec les contractions du larynx, de la langue et des lèvres, pour produire le son, et plus spécialement le langage articulé.

Le système respiratoire doit dépendre d'une impulsion instinctive et involontaire , comme il arrive dans la respiration pendant le sommeil et l'insensibilité ; mais il doit à de certaines époques , se combiner avec des actions volontaires. En prévoyant cette difficulté , nous éviterons le- danger de pousser trop avant les recherches de l'anatomie, ou de faire naître le doute sur des découvertes fort importantes en voulant aller trop loin.

Après l'examen du système régulier des nerfs de la sensibilité et du mouvement volontaire , la question qui m'avait si long-temps occupé , savoir qu'elle est la cause de l'excessive complexité des nerfs de la face, des mâchoires, de la gorge et de la poitrine , se trouve facilement résolue. Ces nerfs sont les agens de pouvoirs différens , et ils combinent les muscles dans l'exécution cle fonctions différentes.

Les nerfs symétriques et primitifs ont paru suffire pour la combinaison des muscles, pour

APPELÉS RESPIRATOIRES. 5l

ce qui regarde le mouvement et la sensibilité. C'est par eux que les animaux sentent la douleur, qu'ils se meuvent , et se mettent à l'abri des violences extérieures. Mais ces nerfs ne peuvent pas remplir l'acte vital de la respiration , c'est-à-dire , ne sont pas doués de la propriété nécessaire pour cet acte, bien moins encore pour sentir , parler, chanter et rire, actes dans lesquels le système respiratoire est mis en activité. A mesure que les animaux s'éièvent dans l'échelle des êtres, ils reçoivent un surcroit de nouveaux organes ; et comme de nouvelles fonctions et de nouveaux organes sont surajoutés à l'organisation primitive , elle reçoit aussi de nouveaux nerfs , de nouvelles sensations et de nouveaux pouvoirs d'activité.

Dans l'acte de la respiration, nous voyons une succession de mouvemens réguliers s'étendre à une grande partie de la machine animale; nous reconnaissons d'un coup-d'œil , qu'elle forme une nouvelle espèce d'activité , et que cette nouvelle énergie doit venir d'une source différente de celle du pouvoir locomoteur. Si l'on considère les mouvemens simultanés de l'abdomen , du thorax , du col , de la gorge , des lèvres et des narines , il devient évident qu'ils doivent dépendre des nerfs qui possèdent les mêmes pouvoirs , et que ces nerfs doivent avoir un centre commun , afin qu'ils puissent être excités simultanément et également , et donner une impulsion uniforme aux muscles de la respiration.

Le lecteur comprendra maintenant pourquoi, dans le cours de mes réflexions, j'ai fait observer que certains nerfs sortent d'une colonne particulière de la moelle épinière, qu'ils sont non-seulement, différens des nerfs de l'épine , mais aussi de chacune des racines de ces mêmes nerfs ; et que leurs racines sont disposées sur une seule rangée régulière. D'après les recherches dont j'ai déjà rendu compte ,jil était naturel de supposer que ces nerfs doivent avoir une fonction distincte ; et quelle fonction était plos probable que celle qu'indiquent et leur trajet et leur distribution , que l'influence enfin qu'ils ont sur la respiration? Ayant observé que le nerf spinal accessoire ( D , fig. 8 , pi. 1.) la paire vague, E,le glosso-pharyngien F , la portion dure de la septième paire G , ou nerf respiratoire de la face sortent d'une colonne distincte , ( I. K. ) j'entrevis qu'ils m'offraient de beaux sujets d'expériences ; et qu'une seule suffirait pour déterminer si ces cinq nerfs unissent dans l'acte de la respiration , les parties éloignées auxquelles ils se distribuent.

L'examen du trajet de la huitième paire (E, fig. 8. ) , vint à l'appui de cette idée , et l'anatomie comparée de ce nerf, la confirma.

En comparant les expériences qui avaient été faites de temps en temps sur ce nerf , je vis que toutes conspiraient à montrer qu'il sert à combiner les organes propres de la respiration ; tandis que les autres nerfs ( comme D, fig. 5 , pi. i. ) ont

APPELES RESPIRATOIRES. ÙÙ

pour but de faire agir l'appareil extérieur delà respiration, sympathiquement avec le cœur et les poumons. Ces idées furent pleinement confirmées par les expériences.

Dans le cours d3 ces recherches , il était naturel d'examiner pourquoi le nerf spinal accessoire des auteurs ( D. fig. 8. ) , vient de la partie cervicale de la moelle épinière , pourquoi il remonte dans la tête pour se joindre à la paire vague , au lieu de se rendre directement et sans détour à sa destination , aux muscles du col et de l'épaule \ comme les nerfs de l'épine. J'en coupai les différentes branches sur un animal vivant , et aussitôt plusieurs muscles cessèrent de participer à la respiration , quoiqu'ils obéissent à l'influence des autres nerfs \ c'est-à-dire, qu'ils restassent sous la direction de la volonté, lorsqu'ils avaient cessé d'être influencés par les poumons.

Arrivé à la portion dure, je cherchai à déterminer pourquoi le nerf qui se distribue aux muscles delà face , n'a pas la même origine et la même marche que la cinquième paire , destinée aux mêmes parties. Je prouvai par une expérience qu'il est le nerf respiratoire de la face , et de là je conclus qu'il a l'origine que nous voyons, et qu'il suit la même marche que les nerfs respiratoires , parce qu'il est nécessaire pour associer les joues , les narines et les lèvres aux autres muscles] employés dans la respiration, la parole, etc. C'est pour cela qu'il est uni

54 SYTTEME DES NERFS

à la racine de la huitième paire , et non à celle de la cinquième.

Les recherches que je fis sur les fonctions des branches de la portion dure qui se rendent aux paupières , me portèrent à observer les mouvement de l'œil , et à la fin me firent arriver à la quatrième paire, (H, fig. 8. ) pour expliquer les mouvemens sympathiques de l'œil , combinés avec les autres parties qui sont mues pendant l'état d'excitation de la respiration. Je ferai observer ici qu'en enfonçaxxt une épingle ou un stilet dans la substance de la moelle allongée -, auprès de la racine de la portion dure G , et tournant ensuite de l'autre côté, nous trouverons que nous avons pénétré entre les racines de la quatrième paire (1).

J'ai discuté ce sujet un peu embrouillé dans le dernier mémoire qui; fut lu devant la Société Royale, et qui se trouve à la fin de ce volume.

Rien ne peut mieux prouver l'importance des principes établis au commencement de cette exposition , que l'explication de cette confusion apparente des nerfs de l'orbite, de la face et de toute la tête , et la variété des faits curieux que ces principes font connaître. On trouvera ceux-ci, comme je l'ai dit dans le dernier des mémoires qui suivent.

Il paraît donc qu'il sort quatre nerfs de la co-

(1) J'ai indiqué le trajet de la quatrième paire, par une ligne de points.

Page 1