‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes (volume 2)Chapitre 13 sur 45 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

anciens sur la foudre et les orages. — Opinions des philo-

et des physiciens, dans les xvii* et ivin* siècles, sur la aavat

terre : Théorie de Descartes, de Boerhavc. — Théorie ciaseiajM

i* siècle sur la nalure de la foudre. — Moyens employés chei

iens pouf écarter la fondre. — Temps mythologiques : Pronté-

Salmonée , Zoroastre. — Temps historiques : Nuna et Tullus

os. — Sylvius Alladas. — Aruns. — Les médailles de M. La

ire. — Le temple de Jérusalem. — Les vignes blanches et les

4é reau marin employées ches les Romaine pour écarter là

» — Épées plantées en l'air par les compagnon! de Xénephon.

i Thraces déchargent des flèches contre les nuages orageux. —

lé de l'alchimiste Abraham de Gotha. — Les perches plantées an

recommandées par Gerbert. — Conclusion.

posant météore de la foudre a toujours fortement imune l'esprit des hommes. Les nuées qui s'entr'ouvrent« : jaillir subitement une éblouissante clarté ; le ton* rai retentit en roulements prolongés, et dont les échos lient au loin et redoublent les grondements sinistres \ Ire qui s'élance en traits de feu, et porte sur son pas» t destruction et la mort ; tout cet ensemble d'un phéno* effrayant. et majestueux a de tout temps exercé sur ination une influence profonde. Dans l'enfance des », avec les préjugés qui obscurcissaient l'esprit des 6s primitives, on ne pût s'empêcher d'attribuer à ce phéne une source divine, d'y voir la manifestation du courtes dieux. Ces signes effrayants qui brillaient au sein des

airs, reproduisaient avec tant de fidélité tout ce qu'acvaieat évoqué l'imagination des poètes ou les menaces des prêtres, qu'il était presque impossible que l'on n'y vît point un témoignage du ciel armé contre la terre, ou l'indice de la présence des dieux irrités. Les anciens législateurs et les premier! rois ne manquèrent pas de profiter largement d'un fait naturel qui prétait tant de poids à leur autorité, qui retenait par la crainte les peuples dans le devoir, et qui était si propre à les maintenir dans une erreur favorable à leurs desseins politiques. Aussi voit-on cette idée de l'origine divine du tonnerre apparaître dès les premiers temps de l'humanité, se montrer uniformément au berceau de chaque nation, et persévérer chez les anciens peuples avec une constance invincible.

Les premiers philosophes de la Grèce tentèrent, par leurs poétiques fictions, de modifier cette notion primitive et universelle dans un sens plus en harmonie avec le caractère de la religion païenne. Pour les Grecs, le tonnerre et les éclairs provenaient des Gyclopes, occupés dans les cavernes de Lemnos à forger les foudres qui devaient servir aux vengeances de Jupiter. Mais le don de lancer le tonnerre était réservé à la plus puissante des divinités de l'Olympe, et c'est avec cet attribut symbolique, c'est-à-dire la foudre en main, que la religion païenne a toujours représenté le père des dieux.

Les Romains, aussi bien que tous les peuples de l'Asie, partagèrent cette croyance que le tonnerre était une manifestation spéciale et caractéristique de la divinité. En vain Lucrèce avait-il essayé de réfuter en vers admirables cet antique préjugé (1) : le sentiment d'un poëte sceptique ne pouvait opposer

(1) Postremo, cur sancta Deûm delubra, suasque Discutit iofesto prœclaras fulmine sedes, Etbenè facta Deûm frangit simulacra? suisque Démit imaginibus violento vuinere honorem?

(Lib. VI, vers 41i.)

LB PÂIÂTONNUII. 117

bien faible à une superstition populaire dérivée iigk>n9 et en apparence justifiée par les faits, ontinua donc, chez les Romains, à considérer la foudre rages comme une manifestation spéciale de la volonté ix ; cette opinion se transmit et se maintint après eux» îsque tous les peuples de notre hémisphère, n'avons pas besoin de rappeler l'impression que proît sur l'esprit des habitants du Nouveau Monde les îets et les canons des Espagnols. Si tout fuyait à l'apdes soldats de Pizarre et de Cortès, c'est que ces tordes s ne pouvaient que regarder comme des dieux venes conquérants qui s'avançaient tenant dans leurs mains ire et les éclairs.

que au XVIe siècle les saines lumières de la philosophie ; dissiper les épaisses ténèbres où les esprits s'égaraient si longtemps, les hommes, moins crédules et un peu iservateurs, osèrent envisager de plus près ce redoutable ■e. Il est assez remarquable que ce soit Descartes, rirapromoteur, dans notre pays, de la philosophie nouvelle, t essayé le premier de découvrir la cause du tonnerre, orie mise en avant par Descartes était erronée sans doute» die avait du moins l'avantage de poser la question de re à préparer pour l'avenir la solution du problème. Despensait que le tonnerre se manifeste lorsque des nuages plus haut dans l'atmosphère tombent sur d'autres situés os ; l'air contenu entre les deux nuages, étant comprimé me chute soudaine, produit, selon Descartes, un grand ement de chaleur, d'où résulte l'apparition de l'éclair et lit qui caractérise le tonnerre, illeur physicien que Descartes, l'illustre Boerhave, a après ce philosophe, une théorie du tonnerre plus forteraisonnée, sans être pour cela plus vraie. Pour expliquer «leur qui provoque la naissance des éclairs , Boerhave

118 DÊCOOYBRTBS SCttRtirtOUBS.

admettait que de petites massés d'eau congelées au sehk ÙËf » nuages ont la propriété de concentrer les rayons solaire!^ ' ces petits amas de glace peuvent agir, selon fioherhate, comme autant de lentilles convergentes pour condenser en M a point unique une quantité considérable de rayons solaires, et* « déterminer en ce point une élévation extrême de tempéra* ' ture.

Dans ses Notes sur le Cours de chimie de Lémery, le dri- * miste Baron expose en ces termes la théorie de Boerhave, qui ■

adopte sans réserve :

a Cet excellent physicien (Boerhave), nous dit Baron, prouva d'une manière très satisfaisante, dans ses Elemenla chimica, que les particules d'eau que l'action du soleil avait élevées en l'air, venant à se réunir plusieurs ensemble sous la forme de nuéfes, composent des masses de glace qui réfléchissent la lumière du so* leil par celle de leur surface qui regarde cet astre, tandis que leur surface opposée éprouve un froid glacial. S'il arrive donc, connut cela peut se rencontrer souvent, que plusieurs nuées soient disposées les unes à l'égard des autres de façon qu'elles fassent l'effet de plusieurs miroirs concaves dont les foyers concourent dans un foyer commun, on comprend aisément que les rayons du soleil, ainsi réfléchis et rassemblés dans un même lieu, doivent produire une chaleur excessivement prodigieuse. Le premier effet de cette chaleur sera de dilater considérablement l'air environnant et de causer une espèce de vide dans l'espace renfermé entre les nuées; mais bientôt après, ces mêmes nuées venant à changer de situation et les foyers se trouvant détruits, l'air, l'eau, la neige, la grêle et généralement tout ce qui environne le vide dont nous avons parlé, mais surtout les grandes masses de glace qui forment les nuées môme, fondent avec une impétuosité sans pareille les unes vers les autres pour remplir ce vide. L'énorme vitesse diâ mouvement par lequel toutes ces matières sont emportées occasionne un frottement si violent de toutes les parties les unes contre les autres, qu'il s'ensuit non -seulement un bruit éclatant et quelquefois horrible, mais encore l'inflammation de toutes les exhalaisons sulfureuses, grasses et huileuses qui se trouvent dans le voisinage, et dont l'air est toujours chargé abondamment pendant

cbtlturs. Ainsi il n'est pas étonnant qud le tonnerre ) toujours accompagné d'éclairs... s

« Boerhave sur la concentration des rayons solaires alites masses d'eau congelée flottant au sein des it pas acceptée, car on ne pouvait admettre que les soleil traversassent, sans les fondre» ces corpuscules Mais la seconde idée présentée par l'illustre physicien < resta universellement adoptée, car elle répondait rion fort en faveur depuis l'antiquité. Ou admit donc, •hâve, que le phénomène des éclairs et de la foudre ; de l'inflammation de toutes les exhalaisons sulfurasses, huileuses et essentiellement combustibles qui, 4e la terre, viennent se réunir et s'accumuler daas les ite explication physique du tonnerre, fort plausible te époque, devint la théorie dominante, l'opinion classijn'au milieu du xvnr siècle; c'est contre elle que dut lus tard la théorie des électriciens.

y dans l'opinion des physiciens de cette époque, on lit la matière du tonnerre comme un mélange de ortes d'exhalaisons terrestres , susceptibles de s'en- V soit par l'effet d'une fermentation spéciale, soit par Ct la pression des nuées que les vents agitent et t violemment les unes contre les autres. Lorsqu'une considérable de ce mélange vient à prendre feu, disaiti fait une explosion plus ou moins forte, suivant la ou la nature des matières qui s'enflamment. M cette théorie du tonnerre a joué un grand rôle dans s de la physique, nous croyons utile de la préciser ent Pour en donner une idée complète, nous citerons ige de la Météorologie du père Cotte, dans lequel l'audoppe et commente avec lucidité la théorie admise jappa sur la cause du tonnerre:

12Ô DÉCOUTÏRTÏS «CTWfTTFIQUES.

« Si l'inflammation des exhalaisons terrestres se fait raruM « médiocre quantité de matières, et au bord de la nuée, dit le père * Cotte, cet effet se passe sans bruit, au moins à notre égard; 3 d n'en résulte qu'un éclat de lumière , à peu près comme si noat a apercerions de loin une certaine quantité de poudre qui s'enflam- < mât librement et en plein air, sans être renfermée. Voilà l'éclair ■ qui nous éblouit sans nous rien faire entendre , et qu'on appelle "3 éclair de chaleur. »

» Qu'une plus grande quantité de cette même matière vienne I fermenter dans le corps même de la nuée , aussitôt grande effervescence, bouillonnement, explosion ; et si cette première portion, éclatant ainsi , en rencontre une semblable qui n'ait point tout ce qu'il lui faut de mouvement pour éclater elle-même , elle \ l'anime de son action , et celle-ci une troisième ; de proche ei proche il se fait une suite d'explosions d'autant plus violentes, que ces matières seront enveloppées de nuages plus épais. C'est ainsi, dit-on, que se font ces coups simples et redoublés qu'on entend quand il tonne , et dont les échos peuvent encore augmenter la durée. Voilà ce qu'on appelle tonnerre proprement dit

» La nuée , entr'ouverte par les grandes explosions , laisse échapper une partie de ces feux qu'elle renferme ; autant de fois que cela arrive, c'est un éclair plus vif que les précédents , et qui annonce un coup, que nous n'entendons pourtant que quelques instants après , parce que le bruit ou le son ne se transmet pas avec autant de promptitude que la lumière. Suivant l'expérience de M..., de l'Académie des sciences, on doit compter cent soixante- treize toises pour chaque seconde de temps, ou chaque battement de pouls , qui s'écoule entre le moment où l'on voit l'éclair et celui où on entend le tonnerre. Si on ne l'entend, par exemple, qu'après quatorze secondes, c'est une preuve que la nuée est éloignée d'une lieue commune de France, de deux mille quatre cent cinquante toises , au lieu que la lumière, n'employant que sept minutes à venir du soleil jusqu'à nous , parcourt en une seconde soixanle-dix-huit mille cent soixante-sept lieues, et en quatorze secondes un million quatre-vingt-quatorze mille trois cent trente-huit lieues; il n'y a donc pas d'intervalle sensible entre le moment où l'éclair sort du nuage et celui où nous le voyons.

» Dans le moment où on entend le tonnerre, il sort une vapeur "«flammée qu'on appelle la foudre, qui crève la nuée, tantôt par

Il FAUTOfmTlIK. lit

tantAt par en bas oo de côté , qui s'élance a? ec une •portkmnée à son explosion, comme la poudre qui s'enftns une bombe porto son action aux environs , quand ê le métal qui la retenait. La foudre part donc à chaque MMierre qui est précédé d'un éclair, mais elle ne frappe

i terrestres que quand elle éclate dans une direction qui

prêter de la force à cette théorie, les physiciens du âècle invoquaient les observations et les dérouvertes de e encore à sa naissance. On comparait à celui des chit grand laboratoire de l'univers. La terre, disait-on, est axe continuelle de vapeurs et d exhalaisons qui s'é- Ims les airs. Les trois règnes de la nature sont soustteloi. Les animaux perdent sans cesse, par la transt, une partie de leur substance; de la surface extérieure Mes, s'exhalent continuellement des matières vaporisées, t quelquefois, grâce à leur odeur, appréciables a nos sens; nés substances qui composent le règne minéral ne font cption à cette règle, et l'eau qui est répandue sur le globe rande abondance, se trouve aussi dans un état continuel iration. Ces vapeurs et ces exhalaisons différentes, qui mposées, disait-on, de soufre, de bitume, de nitre ou de on mot de toutes les substances sulfureuses , grasses, nables et volatiles des animaux, végétaux et minéraux, it dans l'atmosphère; elles y flottent au gré des vents, bissent une infinité de combinaisons. On ajoutait que la * du soleil, le mouvement dont tous les corps sont , les feux souterrains, etc. , élèvent dans les airs des les oléagineuses, salines, sulfurées et aqueuses. Mêlées binées par le souffle des vents, ces matières peuvent ter et s'enflammer. Cet effet se produit dans les moments :. Les exhalaisons terrestres sont alors agitées et réunies ; élange, leur choc et leur frottement les font fermenter

IT. Il

m DÉCOUfltTlf flCIlHTIPIQUES.

toutes à la fois. Il résulte de cette fermentation générait vm i inflammation de ces divers fluides, et une détonation qui eoa» \ stitue la foudre. Les vapeurs terrestres, disait-on, peuvent > s'embraser dans l'air, comme le font, dans le cabinet du phyrf^ % cien, divers produits inflammables. On citait en exemple h « poudre à canon et les diverses compositions détonantes qnt . Ton savait préparer à cette époque, telles que Y or et Y argent fulminant. Les nombreux pyrophores que les physiciens étudiaient alors avec tant de curiosité, le pyrophore de Bon* berg et celui de Geoffroy \ le volcan de Lémery (sulfure de fer), le phosphore de flrandt et de Kunckel , c'est-à-dire notn phosphore actuel, n'étaient pas oubliés dans cette énuniératios des substances qui peuvent s'enflammer dans l'air, ou produire une détonation par le choc.

Nous ne nous arrêterons pas à combattre cette théorie qui n'appartient plus qu'au domaine de l'histoire. Il nous a para utile de l'exposer avec détails, afin de montrer qu'elle reposait sur des considérations irès-spécicuses, et de faire comprendre les difficultés qu'elle opposa plus tard à la doctrine des électriciens.

Nous venons d'exposer l'opinion générale qui eut cours dans la science au sujet de la cause du tonnerre jusqu'à la découverte des phénomènes électriques. Il sera utile maintenant de passer en revue les moyens qui ont été proposés ou mis en œuvre, depuis l'antiquité jusqu'à la même époque, pour se garantir de la foudre. Ce sont les idées pratiques des anciens que nous allons rappeler, en ce qui concerne ce météore, après avoir fait connaître leurs opinions théoriques.

Servius, parlant de l'art de conjurer la foudre, nous transporte à l'époque la plus reculée de l'humanité. Cet écrivain latin, qui vivait sous Théodose le Jeune, est auteur de commentaires estimés sur les œuvres de Virgile. A propos du vers où

Ll PAlATOimMI. 121

jetait Jupiter ratifiant, par l'eiptosion de la foudre, s nations troyenne et latine fi), Scrvius prétend que ; découvrit et révéla aux hommes le inoven de faire

le feu du ciel: « Les premiers habitants de la terre, us, n'apportaient point de feu sur les autels; mais, l prières, ils y faisaient descendre (elicirhant) un feu

i même auteur, c'est Prnméthée qui leur avait révélé

• Prométhée, dit Servais, découvrit et révéla aux

i l'art de faire descendre la foudre (eliriendnrum fui-

). . . Par le procédé qu'il leur avait cnsc^tié, ils faisaient

Ire le feu de la région supérieure, (mprrma iqnin

Hur). (2)» Entre les adeptes, possesseurs de ce secret,

jompte Numa et Tullus Hostilius.

the de Salmonée remonte au delà des temps hislo-

felon le récit des prêtres, Salmonée, mi d'Élidc, eut

de vouloir imiter la foudre. Pour cela, il lançait sou

un pont d'airain et, secouant de tous côtés des torches

*, il imitait le bruit et l'éclat du tonnerre. D'après les

is, les dieux foudroyèrent Salmonée pour cette tenta-

icieuse et impie. Mais comment s'arrfter à cette opinion

ens? Comment le bruit d'un pont de bronze pouvait-il

entendre, comme le dit Virgile, « de tous les peuples

tec » (3).

thius, dans son commentaire sur l'Odyssée, met en 8 idées moins puériles. Il représente Salmonée comme

ludiat hœc genitor qui fulmine fœdera Rancit. »

(Virgil., JEncid., lib. XII, vors 200.) preliendit praeterea rationcni fulminum clicicndorum et liomiicavit ; undè celestem ignem dicitur esse furatus : nani quadam ►dem monstratà supernus ignis eliciebatur, qui mortalibus pro- „ « eo benè usi sunt : nam posteà malo hominum usu in perniun eversi sunt. — Seryius in Virgil., Éclog. VI, Ters. 12. fil, JSneid.f lib. VI, vers. 585 et sequentes.

13A DÉCOUYX&TBS SCIENTIFIQUES.

un savant qui s'efforçait d'imiter le bruit et l'éclat du tonnerre et qui périt au milieu de ses dangereux essais (1).

Le savant Eusèbe Salverte qui, dans son ouvrage sur les Sciences occultes, a consacré un long chapitre à signaler les connaissances des anciens dans l'art de conjurer la foudre, n'est pas éloigné de croire que Salmonée possédait en effet quelque méthode qui permettait « de soutirer des nuages la matière » électrique, et de l'amasser au point de déterminer bientôt » une effrayante explosion. » Il fait remarquer à l'appui de ses conjectures, qu'en Élide, théâtre des succès de Salmonée et de la catastrophe qui y mit un terme, on voyait, auprès du grand autel du temple d'Olympie, un autel (2) entouré d'une balustrade, et consacré à Jupiter Catabatès (qui descend): «Or ce surnom fut donné à Jupiter pour marquer qu'il faisait » sentir sa présence sur la terre par le bruit du tonnerre, par » la foudre, par les éclairs, ou par de véritables appari- » tions (3). » En effet, plusieurs médailles de la ville de Cyrrhus, en Syrie, représentent Jupiter armé de la foudre; au-dessous on ht le mot Catabatès; il est difficile, ajoute Eusèbe Salverte, de marquer plus fortement la liaison qui existait entre cette épithète et la descente de la foudre.

Parmi les anciens peuples de l'Asie, on peut aussi retrouver des traces curieuses qui se rattachent, d'une manière plus ou moins claire, à l'art de conjurer la foudre. Elles se rapportent surtout à Zoroastre, le célèbre fondateur de la religion des Mages.

Khondémir rapporte que le démon apparaissait à Zoroastre au milieu du feu, et qui! imprima sur son corps une marque lumineuse (4). Suivant Dion Chrysostome (5), lorsque Zo-

(1) Eustath, in Odyss., lib. II, vers. 234.

(2) Pautanias. Eliac, lib. I, cap. xiv.

(3) Encyclop. méthod. Antiquités, t. I, art. Catabatès*

(4) D'Herbelet, Biblioth. orientale, art. Zerdàscht.

(5) Dion Chrysost. Oral. Borysthen*

LI PABATONMIM. 125

re quitta la montagne où il avait longtemps vécu dans la de, il parut tout brillant d'une flamme inextinguible» avait fait descendre du ciel. L'auteur des Récognitions, niées à saint Clément d'Alexandrie (1) et Grégoire de s (2), affirment que, sous le nom de Zoroastre, les Perses aient un fils de Gham, qui, par un prestige magique, faidescendre le feu du ciel% ou persuadait aux hommes qu'il ce miraculeux pouvoir.

le tradition, répétée par plusieurs auteurs anciens, rapque Zoroastre, roi de la Bactriane, périt brûlé par le déqu'il importunait trop souvent pour répéter son brillant ge. Ces expressions semblent désigner un physicien qui, ant plusieurs fois une expérience dangereuse , négligea or de prendre les précautions nécessaires et tomba victime t oubli.

idas (3), Gédrénus et la Chronique d'Alexandrie disent toroastre, assiégé dans sa capitale par Ninus, demanda aux : d'être frappé de la foudre, et qu'il vit son vœu s'accomaprès qu'il eut recommandé à ses disciples de garder ses -es comme un gage de la durée de leur puissance. Suivant tutre tradition qui diffère peu de la précédente, Zoroastre, é à mourir pour ne point tomber au pouvoir du vainr, dirigea la foudre contre lui-même; par un dernier mide son art, il se donna une mort extraordinaire, bien î de l'envoyé du ciel et du pontife ou de l'instituteur du du feu.

\ quelques textes confus qui se rapportent au fondateur de

ligion des Mages et à celles de ses opérations cabalistiques

est question de la foudre, on a cru pouvoir induire que

astre avait des notions sur l'électricité; qu'il avait trouvé

Recog.ylïb. IV.

, Greg. Turon.,Hwf. Franc, lib. I, cap. v. Suidât, ver*» ZoroasLris< — Glyca;., AnncU.t p. 129.

126 DÉCOUtEfcîfiS SOfeNïlflQUIS.

le moyen de faire descendre la fondre d& dent; (Jti'fl l*6ft servit pour opérer les premiers miracles destinés à prouver tift mission prophétique, et surtout pour allumer le feu sacré qnfll offrit à l'adoration de ses sectateurs. On a encore ajouté qu'entré les mains de Zoroastre et de ses disciples le feu céleste détint un instrument destiné à éprouver le courage des initié*, à confirmer leur foi et à éblouir leurs yeux de cette splendeur immense, impossible à soutenir par des regards mortels, qui est à la fois l'attribut et l'image de la divinité.

Comme ces traditions appartiennent à des temps très reculée, il est impossible de prononcer rigoureusement sur l'opinion d'Eusèbe Salverte, qui attribue à Zoroastre et à ses disciples des connaissances dans l'art d'écarter la foudre. Il nous suffit de les mentionner.

En arrivant à des temps plus historiques, nous trouvons les faits, bien souvent cités, de Numa Pompilius, second roi de Rome, et de son successeur Tullus Hostilius.

Ovide nous a transmis dans ses Fastes, l'histoire légendaire de >uma, qu'il expose comme il suit.

À une époque où le tonnerre exerçait de continuels ravages en Italie, Numa chercha à expier la fondre [fulmen piare), c'est-à-dire, en quittant le style figuré, le moyen de rendre ce météore moins malfaisant. Dirigé par la nymphe Égérie, il obtint la révélation de ce secret, au moyen d'une surprise dont furent victimes Faunus et Martius Picus, dieux des forêts, ou prêtres des di\inités étrusques. Trouvant sur leur roule des coupes pleines de vin parfumé, que >uma y avait placées avec intention, ces dieux étourdis se laissent aller à fêter trop largement le délicieux breuvage. Quand ils sont privés de leurs sens par les fumées d'un vin généreux, >uma survient et les garotte sans peine. Sortant de leur sommeil, Faunus +\ Picus essayent en vain de briser leurs chaînes. Alors le

W U i âftAtOMUl. lit

ptramni se répand en iuih|hiibbhs respccnieBi, pttdoQ de l'extrême liberté qu u a prisé , qu'il ne veut leur frire aucun mal , et lansanft ^ull pourrait les délivrer à cette condition :

Ire

Quoq** Mto pouàl fiilmea nonstraro pian»

de lui apprendre la manière d'apaiser, de conjurer

; demande hardie n'est point absolument rejetée par > jfoi répond simplement:

Dî sumus agrestes, et qui dominemur in altis Montions : arbitrinm est in sua tela Jovi. Hua* tu non notent per te dedueere cœlo ; At poteris nostrâ forsitan usus ope.

tspicus reconnaît aussi qu'il possède Vars valida , et t disposé à le transmettre. Le marché se conclut, le it révélé, et l'on prend jour pour le mettre à l'épreuve, fixé, Numa et les siens se rassemblent solennellement lefl se levait radieux aux courbes lointaines de l'horisque Numa, la tête voilée de blanc, élève ses mains au demande que la promesse des dieux soit remplie.

Dùm loquilur, totum jam sol emerserat orbem,

Et gravis aethereo venit ab axe fragor.

Ter tonuit sine nube Deus, tria fulgura misit.

Idis qu'il parle, le disque entier du soleil s'est montré ; Oit éclatant retentit au plus haut des airs. Dans un ciel nuages, Jupiter a tonné trois fois, et trois éclairs ont ndi. » Alors la voûte d'azur s'ouvre dans les cieux, et lier sacré tombe aux pieds du monarque, d'après ce récit mythologique d'Ovide que beaucoup toêntateuis ont cru pouvoir admettre que Nuroa app1 '

158 DÉGOUfIRTES SCUMTIFIQUKS.

des prêtres étrusques le secret de conjurer la foudre et de U faire descendre, inoffensive, du sein des nuées.

S'il faut en croire les historiens de Rome, Numa Pompilios répéta plusieurs fois, avec succès, cette expérience religieuse. N'employant ce secret que pour le service des dieux, il put en user sans être puni. Mais il en fut autrement de son succès* seur Tullus Hostilius, qui, ayant voulu dénaturer l'emploi de l'arcane divin, fût frappé de mort

Tite Live et Pline ont raconté, sous la responsabilité de Lucius Pison et de ses Annales anciennes , comment le secret de Numa se transmit à Tullus Hostilius. Pline nous dit que Tullus apprit dans les livres de Numa l'art d'attirer le tonnerre, mais que l'ayant pratiqué d'une façon inexacte (parum rite) il fut foudroyé (1). Il répète à peu près les mêmes paroles à un autre endroit de ]son ouvrage. Mais là, de rechef, et toujours sur la foi des Annales anciennes de Pison (gravis auctor, nous dit-il), il affirme que la foudre pouvait être forcée à descendre du ciel par certains rites sacrés, ou par les prières, et il cite Porsenna, roi des Yolsques , qui Pavait évoquée aussi de la même manière. Pline ajoute que l'on eut recours à ce ' moyen pour délivrer la ville de Volsinies, dans l'Étrurie, d'un monstre qui les ravageait. Ce monstre avait reçu le nom de Volta, rencontre bien originale, il faut l'avouer, si l'on se rappelle le nom de Yolta , le célèbre physicien de Pavie qui s'est tant illustré par ses découvertes sur l'électricité (2).

Tite Live raconte avec un peu plus de développements les mêmes faits allégués par Pline : « On rapporte, dit Tite Live, » que ce prince en feuilletant les Mémoires laissés par Numa,

(1) L. Piso, primo Annalium, auctor est Tullum Hostilium regem ex Numœ libris, eodem quo illum sacrificio Jovem cœlo devocare conatum, quoniam parùm rite quaedam fecisset, fulmine ictum. (Plinii, lib. XXV11I, cap. 4. )

(2) Exstat Annalium memoriâ , sacris quibusdam et precationibus, —l çogi fulmina, vel impelrari. Vctuç fama Etruri» est, impctralura

LB PABAIOlfttlMI. 1S9

ara quelques renseignements sur les sacrifiées secrets ts à Jupiter Elieius. U essaya de les répéter, mais dans •éparatifs ou dans la célébration, il s'écarta du rite sacré... note au courroux de Jupiter évoqué par une cérémonie ttueuse (sollicitât i prava religione), il fut frappé de la re et consumé ainsi que son palais (1). » diverses citations, quelques curieuses qu'elles soient, ne ut pourtant pas, selon nous, pour établir que Nurna et Hostilius ont connu l'art de conjurer la foudre. Tout au K>urrait-on en inférer que les premiers rois de Rome» imposer à la multitude , cherchèrent à fairecroire qu'ils t investis de ce pouvoir.

vant Ovide et Denis d'Halycarnasse, Romulus, onzième

s Àlbains (Sylvius Alladas), aurait trouvé, même avant

et Tullus Hostilius, le moven de contrefaire le tonnerre

éclairs. Ëusèbe prétend que ce moyen consistait en une

b manœuvre, par laquelle ses soldats frappaient tous à

leurs boucliers de leurs épées (2), manière assez ridicule,

ts semble, d'imiter la foudre. Les dieux cependant prirent

ir cette usurpation, ou pour mieux dire cette contrefaçon

ors armes ordinaires, et le roi d'Albe tomba sous leur

are vengeur.

Fulmineo periit imitator fulminis ictu (3). En imitant la foudre , il périt foudroyé.

i trouve dans la Pharsale de Lucain un passage très eut peu remarqué jusqu'ici, et relatif au sujet qui nous pe. Ce poète prétend qu'un aruspice d'Étrurie; nommé

aio8 urbem, agris depopulatis subeunle monstro, quod vocavere

m. Evocalum et à Porsenna suo rege. (Plinii, Hist. nat., liber. Il,

uv.)

} Tite Live, liv. I, chap. xxxi.

j Euseb., Chronic. Canon., lib. I, cap. xlv-xlvi.

| Ovid., Melamorphos.y lib. XIV, v. 617 ; Fast.y lib. IV, v. 60. -±»

fi. Halic, lib. I,cap. xv.

ISO DÉCOUVERTES RClBHTIFlQUES.

Aruns, égalemeut versé dans la connaissance du moût menti du tonnerre et dans l'art divin d'interroger les entrailles de* victimes et le vol des oiseaux ,

Fulminis edoctus motus, venasque orientes Fibrarum et monitus errantis in aéra pennœ,

savait rassembler les feux de la foudre épars dans le ciel et les enfouir dans la terre (1).

Un érudit, membre de l'Académie du Gard, M. LaBoèssîère, a publié en 1822 un curieux mémoire qui traite des Connais^ sances des anciens dans l'art d'évoquer et d'absorber lu foudre (2). M. La Boëssière rappelle dans ce mémoire l'existence de plusieurs médailles qui paraissent se rapporter à son sujet L'une , décrite par Duchoul, représente le temple de Junon, déesse de l'air: la toiture qui recouvre cet édifice est armée de tiges pointues. L'autre médaille, décrite et gravée par Pellerin, porte pour légende Jupiter Elicius; le dieu y paraît la foudre en main ; en bas est un homme qui dirige un cerf volant. Cette dernière médaille présenterait une coïncidence et un rapprochement fort singuliers avec le cerf-volant électrique de Franklin et de Romas. Mais hâtons-nous d'ajouter que cette dernière médaille a été reconnue non authentique.

(1) Dumquc illi cfïusam longis anfractibus urbem Circumeuut, Aruns dispersos fulminis ignes Colligit, et ternn, mtrsto eu m murmure, condit. Dat que locis numen.

« Pendant que cette procession (le cortège des aruspices et des autres prêtres convoqués pour une cérémonie religieuse, eu vue de malheurs qui semblent menacer l'Êtrurie) fait, avec de grands circuits, le lourde la ville, dont les habitants se pressent sur les pas du cortège, Aruns rassemble les feux dispersés delà foudre et les cngoufTre dans la terre avec un bruit sinistre. Les lieux sont ainsi consacrés. » (Lucani Pharsata, lib. I, vers 606.)

(2) Notice sur les travaux de l'Académie du Gard de 1812 à 1821. Nîmes, 1822, lr* partie, p. 304 — 319. Le Mémoire de M. La Boëssière, lu en 1811, à l'Académie du Gard, n'a été publié qu'en 1822.

U PAlATOWtmi. IS1

$ son oomgt sur h Religion iee Romains, Duchool ■très médailles qui prétentent l'exergue : XV Virisacris ii$ (1); on y voit un poiaon hérissé de pointa, ■r an globe on tur une coupe : M. La Boëssière pense poisson ou un globe, ainsi armé de pointes, fut le conr employé par Xuma pour soutirer des nuages le feu pie. Et, rapprochant la figure de ce globe de celle d'une averte de cheveux hérissés, il donne une explication inas et plausible du singulier dialogue de Numa avec Julialogue rapporté par Valérius Autias, et tourné en ridior Arnobe (2), sans que probablement ni l'un ni l'autre prit

Hébreux ont-ils eu connaissance de l'électricité? •David avait avancé que Moïse possédait quelques noe ces phénomènes : un savant de Berlin, M. Hirt,a tenté yercette conjecture d'arguments plausibles (3). Mais tre érudit allemand, Michaêlis, est allé plus loin (4). s une correspondance avec Lichtenberg, sur Y effet des qui surmontaient le temple de Salomon, Michaêlis fait er que durant un laps de temps de mille années, le temple ualem paraît n'avoir jamais été atteint par le feu du ciel, nier fait n'est pas susceptible de preuves positives, ta ree de Michaêlis acquiert pourtant un certain degré d'imee, si l'on considère , avec Arago , que les anciens s mentionnaient avec un soin remarquable les accidents ordre arrivés à leurs monuments publics. Une forêt de i dorées, ou à pointes d'or très aiguës, couvrait le toit du t de Jérusalem, et, au moyen des conduits métalliques

Tétaient les quindecemvirs, ou les quinze prêtres préposés aux

nies.

krnot)., lib. Y.

Magasin encyclop., année 1813, t, IV, p. 415.

De l'effet des pointes placées sur le temple de Salomon (Magasin

•que de Gwmguc, 3* année, 5° cahier, 1783.)

!32 DÉC0DT1RTIS (SCIEMTlVIQnKS.

établis pour l'écoulement des eaux, ce toit communiquait ttoc les citernes et les cavités de la montagne sur laquelle le temple était bâti. Comme les toits, les murs et les poutres, les planchers et les portes de chaque appartement étaient dorés, il résuhaitde l'ensemble de ces dispositions un système de conducteurs pariait pour l'écoulement du fluide électrique.

L'historien Josèphe, en décrivant l'extérieur du temple de Jérusalem, nous dit qu'il était partout revêtu de pesantes plaques d'or (1), et que pour empêcher les oiseaux de souiller le toit de leurs excréments, on l'avait hérissé de baguettes pointues d'or ou revêtues d'or. Plus loin , décrivant le combat des prêtres contre les Romains après l'incendie du temple, Josèphe nous apprend que les prêtres Juifs arrachèrent les flèches dont le temple était surmonté , ainsi que les masses de plomb dans lesquelles ces flèches étaient enchâssées, et qu'ils s'en servirent comme de projectiles de guerre. Roland, dans ses annotations sur ce passage, déclare qu'il faut entendre par là les pointes de fer, obelos ferreos, placées sur le toit du temple pour éloigner les oiseaux. >

On ne saurait mettre en doute que ces dispositions architecturales du temple de Jérusalem n'aient eu pour résultat constant de détourner la foudre. Mais rien ne prouve qu'aucune intention scientifique eût présidé à l'érection de ces verges métalliques couronnant l'édifice. L'historien Josèphe nous fait connaître la destination de ces verges quand il dit qu'elles avaient pour objet d'empêcher les oiseaux de souiller le toit de leurs excréments, et nous ne voyons pas pourquoi on irait chercher en dehors de ce texte une explication qui oblige à prêter aux Hébreux des connaissances scientifiques qu'on ne leur a jamais accordées.

La première indication positive d'une méthode destinée,

(i) IlXoÇi *yàp x?w°û ortâàpatc xtxaXupptvc; «avtloôiv.

II PAftÂTONlimi. 13S

s anciens 9 & protéger les maisons contre le feu du ciel , ?e dans l'ouvrage de Columelle. Cet écrivain établit, nés exprès, que Tarchon, disciple du magicien Tagès, lateur de la théurgie étrusque, abritait son habitation en rant de vignes blanches :

Utque Jovis magni prohiberet fulmina Tarchon, Sœpè suas sedes percinxit vitibus albis (1).

lait que le temple d'Apollon fut, dans le même but, envide lauriers (2). Une croyance semblable se retrouvait les habitants de l'Hindoustan , qui employaient comme vatifs contre la foudre les plantes grasses dont ils entouleurs demeures.

tel moyen d'écarter la foudre n'avait rien de sérieux; voyons-nous dans Pline lui-même , que presque toutes irs élevées devant Théracine et le temple de Féronia ayant truites par le feu du ciel , les habitants renoncèrent à ce ier genre de retranchements.

le prétend encore que le tonnerre ne descend jamais dans à plus de cinq pieds de profondeur, et que les personnes ives couvrent leurs maisons de peaux de phoques, les .animaux marins que le tonnerre ne frappe jamais (3). , voit que les anciens avaient des idées fort étranges sur l'écarter la foudre, et que les moyens qu'ils préconit dans ce but n'étaient pas marqués au coin de la raison s l'observation.

De re ruslica, liv. X.

Pline attribue au laurier cette propriété singulière : « Ex iis quœ gignuntur, lauri fruticem non icit. » — Plinii, Hist. nat., lib. II,

Ideo pavidi altiores specus tutissimos putant ; aut tabernacula è os belluarum quas vitulos appellant ; quoniam hoc solum animal ex lis non percutiat. — Pline, Hist. nat., lib. I, cap. lvi. (Voir aussi àe, Antiq. Jud., liv. III, chap. vi, f 4.)

I?. lt

! 3& DiCOUYl&Tll «CUWTin^ES.

Ctésias de Gnide, un des compagnons de Xénophon , raconte dans un passage qui nous a été conservé par Pbotius , qoll avait reçu deux épées , l'une des mains de Farisatis, mère d'Àiw taxercès , l'autre des mains du roi lui-même. U ajoute : « Si » on les plante dans la terre, la pointe en haut , elles écartai *> les huées, la grêle et les orages. Le roi en fit l'expérience

devant moi à ses risques et périls (1). »

Ce qu'on peut objecter contre le moyen dont parle Ctésias, c'est son insuffisance pour écarter les orages, attendu qu'une simple tige pointue de quelques pieds de hauteur, comme une épée plantée dans le sol, n'a jamais joui d'un tel pouvoir. Comment d'ailleurs accorder le moindre crédit à l'assertion de cet historien, quand on voit Ctésias affirmer, dans le même chapitre, qu'il a connaissance d'une fontaine de seûe coudées de circonférence, sur une orgye de profondeur, qui, tous les ans , se remplissait d'un or liquide , dont on pouvait charger cent cruches.

Le moyen dont parle Ctésias , par son inefficacité absolue, doit donc être placé sur la même ligne que celui signalé par Hérodote, qui prétend que les anciens Thraces désarmaient les nuages orageux en lançant leurs flèches contre le ciel.

Les alchimistes ont cité avec complaisance un procédé pour faire de l'or au moyen de la foudre mise en bouteille. Ce procédé est rapporté par un vieux cabaliste nommé Holfergen, comme ayant été découvert par Abraham de Gotha, adepte de l'art hermétique. Abraham de Gotha se serait fait sans doute un nom célèbre dans l'histoire de l'alchimie, sans une circonstance fâcheuse : il fut pendu à l'âge de trente-six ans pour cause de sortilège.

Pour faire de l'or, le disciple d'Hermès conseillait de recueillir la foudre dans une fiole pleine d'eau. Après avoir fait évaporer

(i) Clèii&i m Indic.apudPhotwm. Oibl.cod. LUU.)

■t le liquide, en récitant certaines oraisons, cet heureux retrouvait toujours an fond de sa cornue une masse d'or rids égal à celle de l'éclair qu'il avait su liquéfier. e cabaliste ne paraît nullement douter du fait ; il pif tend [pie celte recette fut pratiquée bien avant Abraham de lar les Gaulois, du temps de César :

s morceaux d'or, retrouvés dans les lacs des Gaules, nous fêtaient que de la foudre concrétée. En temps d'orage, uens et les Tolosains se couchaient près des fontaines , ivoir allumé une torche et planté à côté d'eux leur épée pointe en haut. 11 advenait, que la foudre tombait ; sur la pointe del'épée, sans faire de mal au guerrier, tulait innocemment dans l'eau où, après s'être liquéfiée, ssait par sesolidiiier dans les temps de grande chaleur. »

aut s'en rapporter aux Lettres de Gerbert, qui ont été » récemment par M. Barse (d'Anrillac), ce moine savant i x* siècle, obtint la tiare pontificale sous le nom de re II, aurait inventé, dans les derniers tcmj)s de sa vie, en d'écarter la foudre. Quand l'orage grondait, Gerbcrt planter en terre de longs bâtons termines par un fer de rès aigu. Jalonnés de distance en distance, ces pieux baient les effets désastreux des orages. Mais le moyen ré par lepape Sylvestre ne pouvait pas jouir de beaucoup 'efficacité pour écarter la foudre que les épées plantées re par les soldats Êduens, par cette raison qu'il ne suffit lever en l'air un corps pointu pour annuler les effets de îcité atmosphérique, mais qu'il faut que ce corps, choisi les meilleurs conducteurs de l'électricité , soit mis lui* en communication avec une partie humide , dans les deûrs du sol , au moyen d'une tige ou d'une chaîne très ctrice de l'électricité. Privées de conducteurs, ces tiges les ne peuvent qu'attirer la foudre au heu de la détourner, tr terminer cette revue des moyens dont les anciens » ont parlé comme propres à écarter la foudre, uqu&

pouvons ajouter qu'au siècle de Charlemagne, on élevait dans les champs de longues perches, espérant prévenir ainsi la grêle et les orages. Mais hâtons-nous d'ajouter, pour réduire ce fiait à sa valeur réelle , que ces perches étaient regardées comme inefficaces, si elles n'étaient pas munies, à leur extrémité, de morceaux de papier. Par un capitulaire de l'an 789, Charlemagne proscrivit cet usage, qu'il qualifie de superstitieux. On voit que ce dernier moyen d'écarter les orages était l'analoguede celui dont font usage aujourd'hui les soldats de la Chine , qui, pour repousser l'ennemi , plantent en terre des piques de bois surmontées de morceaux de papier couverts de caractères magiques.

Nous avons rapporté longuement et avec fidélité tous les textes et les faits cités par les auteurs qui prétendent retrouver dans l'antiquité des traces manifestes de l'art de maîtriser 1a foudre et de conjurer ses effets. Tous ces textes nous paraissent bien insuffisants pour démontrer que l'on ait eu connaissance d'un tel secret dans les âges qui ont précédé le nôtre. Peutêtre à la rigueur pourrait-on inférer de quelques-uns que, dans certains pays, et tout à fait isolément, on a pu avoir connaissance d'un procédé de ce genre, et que, chez certains peuples» le hasard a pu révéler une forme rudimentaire du paratonnerre, et la pratique en confirmer les effets utiles. Mais cette concession, que l'on pourrait faire aux partisans de l'antiquité, n'entraînerait nullement à accorder aux anciens des notions positives concernant les phénomènes électriciques. Le hasard ou l'empirisme aurait pu enseigner, plus ou moins obscurément, à travers le cours des âges, quelques pratiques avantageuses sur l'art d'écarter la foudre, sans que, pour cela, les personnes en possession de ce moyen aient pu se rendre compte de leur véritahie action, sans qu'elles aient été dirigées par des principes flement scientifiques.

U rABATOHMBMI. 137

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