‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes (volume 2)Chapitre 14 sur 45 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

aturels et observations qui ont pu conduire à la découverte de ntité de la foudre et de l'électricité. — Faits rapportés par les riens latins. — Observations consignées dans l'histoire moderne. •e château de Duino, dans le Frioul. — Les feux Saint-Elme. — ifestations électriques en mer. — Scintillations électriques dans Jpes. — Découverte de l'analogie de la foudre et de l'électricité. Wall. — Grey. — Jean Freekhe et Benjamin Marti.— L'abbô et. — Question posée par l'Académie de Bordeaux. — Mémoire lergeret, de Dijon, sur la ressemblance <lu tonnerre et de l'élec té. — Mémoire de Bornas de Nérac.

lectricité se trouve répandue dans la nature avec une telle lance, que ses effets ont pu se manifester spontanément eux des hommes dans une foule de cas divers. A toutes poques, on a constaté des apparitions, des scintillalumineuses, des attractions et des mouvements, qui at l'électricité pour cause. Mais avant que la science fut Dssession de données exactes sur ces phénomènes méjues, c'est-à-dire avant la connaissance et l'étude de tricité, il était impossible de rattacher par un lien commun lits de ce genre que l'observation révélait de loin en loin, lait avoir des notions positives sur l'électricité, pour comdre que beaucoup d'accidents extérieurs et de phénomènes rels dépendaient d'une cause de ce genre et obéissaient à âme loi. C/est ce qui explique que, depuis l'antiquité jusla fin dernier siècle, les physiciens aient pu, dans un grand bre de cas, être témoins de' manifestations extérieures du b électrique, sans soupçonner la nature ni fournir l'explim de ces faits. Une revue des principales observations c genre que l'histoire nous a conservées, prouvera suffiment que beaucoup de faite naturels, qui ont étéTemariv. 12.

438 DBCOUVHTBS SCIEHTiriOUlS.

qués à différentes époques , avaient pour cause une action électrique , et auraient pu mettre les savants sur la voie d'une grande découverte, c'est-à-dire dévoiler l'identité de la foudre et de l'électricité , ou du moins faire constater l'existence de l'électricité libre dans l'atmosphère.

Le cheval que montait, à Rhodes, l'empereur Tibère, étincelait sous la main qui le frottait fortement On citait un antre cheval doué de la même propriété; le père de Théodoric, et quelques autres, l'avaient observée sur leur propre corps (1).

Mais les Romains avaient une manière commode d'éviter l'embarrassante explication d'un phénomène physique. On mit ces faits au rang des prodiges, ce qui dispensa de tout examen.

Pendant la nuit qui précéda la victoire que Postbumius remporta sur les Sabins, les javelots des soldats romains jetaient h même clarté que des flambeaux. Lorsque Gylippus allait à Syracuse, on vit une flamme sur sa lance (2).

Suivant Procope, le ciel favorisa Bélisaire du même prodige pendant la guerre contre les Vandales (3).

On lit dans Titc-Live que Lucius Atrcus ayant acheté un javelot pour son fils, qui venait d'être enrôlé parmi les soldats, cette arme parut embrasée, et jeta des flammes pendant plus de deux heures sans être consumée par le feu (U).

Plutarque, dans la Vie de Lysandre, fait mention de deux faits de cette nature: « Les piques de quelques soldats en » Sicile , et une canne que portait à sa main un cavalier, en

(1) Damasciusin Isidor., Vit. apud Phot. Biblioth., cod. 242.

(2) Gylippo Syracusas petenti, visa est stella super ipsam lanceam constitisse. In Romanorum castris visa sunt arderepila, ignibus scilicet in illa delapsis : qui sœpè, fulminum more, anima lia ferire soient et arbusta, sed si minores vi inittuntur, defluunt tantùm et insident, non feriunt nec vulnerant. (Senec, Natur. Quœst.i lib. I, cap. I.)

(3) Procop. De Bell. Vandal., lib. Il, cap. u. Tite Live, liv. XLIU.

Ll MATOaitlRtl. 139

ligne, parurent en feu. Les côtes lurent aussi lumi-

es et brillèrent de fera fréquents. »

e a observé le même phénomène sur des soldats qui

en faction la nuit sur les remparts : « Les étoiles

lèsent tant sur terre que sur mer. J'ai vu une lumière

cette forme sur les piques des soldats qui étaient en

on la nuit sur les remparts. On en a vu aussi sur les

pes et autres parties des vaisseaux , qui rendaient un

intelligible et changeaient souvent de place. Deux de

lumières prédisaient un bon temps et un heureux

îge, et en chassaient une autre qui paraissait seule et qui

t un aspect menaçant. Les marins appellent celle-ci

lène; mais ils nomment les deux autres Castor et Pollux,

es invoquent comme des dieux. Ces lumières se posent

îlquefois vers le soir sur la tète des hommes, et sont

n bon et favorable présage. » (1 ) « Mais, ajoute-t-il , en

magnifique, ces choses sont encore cachées dans la ma-

de la nature : » Incerta ratione et in naturœ majestate

sar rapporte , dans ses Commentaires, que pendant la ■e d'Afrique, après un orage affreux qui jeta toute l'armée dne dans le plus grand désordre, la pointe des dards d'un 1 nombre de soldats brilla d'une lumière s|>ontanée , ce de Courtivron (2), de l'ancienne Académie des sciences,

i « Existant Stella? et in mari tei risque. Vidi nocturnis militum is inhœrere pilis pro vallo fulgureni eiïlgie eà : et antennis navium, aliisque navium parlibus, cum vocali quodam sono insistant, lucres, sedem ex sede mutantes. Gemina? autem salutares et proscurpûs prœnuntiaî ; quarum advenlu, fugari diram illam ac m in a ce m Uatamqtie Helenam ferunt. Et ob id Polluci et Caslori his noiuen liant, eosque in mari deos invocant. Hominum quoque capiti vesperhoris magno prosagio circumfulgcnl. » (Flinii Historia nalu-

i,Ub.U.)

I) Histoire de l'Académie des sciences de Porto, pour 1752, p. 1P

a cru le premier pouvoir appliquer à l'électricité. Voici ce patsage de César : « Vers ce temps-là parut dans l'armée de César » un phénomène extraordinaire. Au mois de février, vers » la seconde veille de la nuit , il s'éleva subitement un nuage » épais suivi d'une grêle terrible ; et la même nuit , les » pointes des piques de la cinquième légion parurent s'en- » flammer (1) »

L'histoire moderne fournit un grand nombre d'exemples de ces apparitions de flamme à l'extrémité des corps pointus. Tant que Ton ignora la cause de ces phénomènes on y fit peu d'attention ; mais on les a recueillis avec soin dès que l'on a reconnu leur corrélation avec l'électricité atmosphérique.

De tous ces faits appartenant aux temps modernes, le plus curieux est assurément le suivant, qui a été publié pour h première foispar un physicien d'Italie , et reproduit ensuite dans l'un des Mémoires de Nollet à l'Académie des sciences (2).

Sur un des bastions du château de Duino , situé dans le Frioul, au bord de la mer Adriatique, il y avait, de temps immémorial, une pique plantée verticalement, la pointe en haut. Dans Tété, lorsque le temps paraissait tourner à l'orage, le soldat qui montait la garde sur ce bastion, présentait de près, au fer de cette pique, le fer d'une hallebarde (brandistoco) qui était toujours placée là pour cette épreuve. Si le fer de la pique étincelait beaucoup à l'approche de celui de la hallebarde, et qu'il jetât, par sa pointe, une aigrette luini-

(1) « Per id tempus ferè Cœsaris exercitui res accidit incredibili auditu ; nempè vigiliarum signo coofecto, circiter vigiliâ secundâ îioctif nimbus cum saxeâ grandine subito est coortus ingens ; eâdem nocte legionis quintœ cacuibina suâ sptfnte arserunt. » (Cœsaris Comment* f de Bello Africano, cap. vi. )

(2) Lettera di Gio. Forlunato Bianchini, dott. medic. intorno un nuovo fenomeno eletlrico. ail. Acad. R. di Science di Parigi, 1758. — — Mémoires de l'Académie des sciences de Paris, 1764, page 445, dans une note placée à la fin d'un Mémoire de l'abbé Nollet sur la cause et les effets du tonnerre.

i aeatiaeaV saaaaf aaaâùèc aae darae. ^at *e

aa-atahMt LHtwèboacMWfC :<*

■» traavaint àa avertit A? raporarae Ai awxv

t sar cet arô dacaa paa?ac ratm1 cki «oc L

ae cette putiqat est proavée par h tradkkw Ai

pu- aae lettre da P. Imperari. Iwaêdiaia . dKèe é>

■■s laquelle il estent, fa faèant aflnsâw à cet asaçe des

s de DaÎBO : Igné **. ks<tl *tmtvr *i r ■*♦*■**. j~twfï-

de plus curieux, rieo de plus remarquable assurément,

le coutume, qui fut sans doute révélée par quelque hasard

x aux habitants de cette partie des rn os de l'Adriatique»

l de tout temps observé, pendant les orages, des appa-

, des aigrettes, des scinnlhtions lumineuses brillant à

BBté des corps pointus qui sont très ëletés dans lair,

e les mats des vaisseaux et les clochers des églises. Tous

itigateurs ont signalé ces apparitions de lumière à la

r des mâts, des vergues ou des cordages des vaisseaux.

Fantiquité, ces étincelles ou ces flammes étaient regar-

Cornme des présages. Une seule flamme, qui recelait

le nom A* Hélène , était un signe menaçant pour la

née. Deux flammes (Castor et Pollux) prédisaient, au

aire, du beau temps et un voyage heureux. Ce phê-

ne météorologique a reçu différents noms chez les

mes : en France , c'est le feu Saint-Elme, en Italie

11 de Saint-Pierre, de Saint-yicolas, etc. Personne

ore que ces aigrettes lumineuses sont de véritables et fortes

des électriques, tirées des nuages orageux par la pointe

nftts.

itarque cite de nombreux exemples de ces apparitions îeuses; nous ne rapporterons que la suivante : « Au iment, dit Plutarque, où la flotte de Lysandro sortait du rt de Lampsaque pour attaquer la flotte athénienne, lu*

I&2 ' DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES. jufc,

» étoiles de Castor et de Pollux allèrent se placer des OTppW » côtés de la galère de l'amiral lacédémonien. » ' W*^

Les croyances, les mœurs, changent avec les siècles* les superstitions sont de tous les temps, et se presque sans altération d'âge en âge. Si Ton veut savoir ment les navigateurs contemporains de Christophe envisageaient le phénomène dont nous parlons, il fautHt%.iw dans l'ouvrage célèbre Historia deV Almirante, écrit par Jg^L fils de Christophe Colomb, ce curieux passage. .,

€ Dans la nuit du samedi (octobre 1493, pendant le secoai -

> voyage de Colomb), il tonnait et pleuvait très fortement. Saittë^ tt » Elme se montra alors sur le mât de perroquet avec sept ciorfti i

> allumés , c'est-à-dire que Ton aperçut ces feux que les matelots ■- » croient être le corps du saint. Aussitôt , on entendit chanter sur . » le bâtiment force litanies et oraisons, car les gens de mer tiea-

> nent pour certain que le danger de la tempête est passé dès » que Saint Elme parait. »

Herrera nous apprend que les matelots de Magellan avaient la même superstition.

« Pendant les grandes tempêtes, dit-il, Saint-Elme se mon- » trait au sommet du mât de perroquet , tantôt avec un cierge » allumé , et tantôt avec deux. Ces apparitions étaient saluées par » des acclamations et des larmes de joie. »

Le passage suivant, emprunté aux Mémoires de Forbin , présente un exemple du même phénomène, avec des proportions extraordinaires :

« Pendant la nuit (en 4 696, par le travers des Baléares), il se » forma tout à coup un temps très noir, accompagné d'éclairs et » de tonnerres épouvantables. Dans la crainte d'une grande tour- » mente dont nous étions menacés, je fis serrer toutes les voiles. » Nous vîmes sur le vaisseau plus de trente feux Saint Elme. Il » y en avait un , entre autres, sur le haut de la girouette du grand * -"At, qui avait plus d'un pied et demi (0m,50) de hauteur. J'

LK PAIAT0N5I1IIE. fU

itelot pour le descendre. Quand cet homme fui iria que ce feu faisait un bmil semblable a celui de u'on allume, après l'avoir mouillée. Je lui ordonnai girouette et de venir; mais à peine l'eûl-il Aiëe de le feu la quitta et alla se poser sur le bout du mât , it possible de l'en retirer. H y resta assez longtemps, qu'il se consuma peu à peu. »

t du feu Saint-Elme, dans sa Xotice sur le t>tny fait connaître sur ce sujet deux autre* fait* in

.oryson, secrétaire de lonl Montjoy, ra^mrte. dit in siège de Kingsale, le 23 décembre 1M»1. !«■ cr| lé par des éclairs sans tonnerre, |i*s ratalierx nu virent des lampes bru fer a la pointe de Jeun» lances i épées.

in\ier 1822, M. de Thielaw, se rendant a IVetherar, oe a\crse de neige, remarqua sur la route que les t des branches de tous les arbre* étaient Jumiri«'uw«. magne, la tour de Naumbourg était citée comme j»réuvent des feux Saint-Elme à son sommet. Au mois 38, Lichtenberg aperçut une flamme pareille sur le 3 la tour Saint-Jacques a GOïliugue. Le 22 jan- , pendant un violent orage accompagné de pluie et de Mongez remarqua des aigrettes lumineuses sur ptasommités les plus élevées de la ville de Rouen. 3, Sauvan publia que le 22 juillet, par une nuit oraivait aperçu, pendant trois quarts d'heure, une coulumière autour de la voûte du clocher des Grand»i à Avignon (1).

taturalistes célèbres du xv« siècle. Aldrovand*. o> et HermolausBarbarus, de Venise, disent ïrwin ^vides hauteurs considérables, descorb^aui dont >•

*, Notice mr U %mmr « Kwttfcpcr, lvBt îf

\hU PARATONNERRE.

jetait une vive lumière par les temps d'orage. C'est peofcêtre, ajoute Guéneau (de Montbeillard), quelque observation de ce genre qui a valu à l'aigle le titre de ministre de h foudre.

M. Binon, curé de Plauzet, assurait que pendant vingt-sept ans qu'il résida dans cette paroisse , les trois pointes de k croix du clocher paraissaient environnées d'un corps de flamme dans les grandes tempêtes : quand ce phénomène s'était montré, la tempête n'était plus à craindre, car le calme succédait aussitôt (1).

Pacard, secrétaire de la paroisse du prieuré de la montagne de Brcven, vis-à-vis le mont Blanc, faisant creuser les fondements d'un chalet qu'il voulait construire dans les prairies de Plianpra, un violent orage se déclara. Il se réfugia alors sous un rocher peu éloigné, et vit le feu électrique tomber I plusieurs reprises sur la tête d'un grand levier de fer planté en terre, qu'il avait laissé en se retirant (2).

Si Ton monte sur la cime d'une montagne, on pourra être électrisé par une nuée orageuse , comme le sont les pointes des girouettes et des mâts. C'est ce qu'ont éprouvé, en 1767, Pictet, de Saussure et Jallabert fils, sur la cime du Breven. Le premier de ces savants, à mesure qu'il marquait sur son plan la position de quelque montagne, en demandait le nom anx guides qu'on avait pris; et pour la leur désigner, il la montrait du doigt en élevant la main. « Il s'aperçut que chaque fois « qu'il faisait ce geste, il sentait au bout de son doigt une « espèce de frémissement ou de picotement, semblable à celui « qu'on éprouve lorsque l'on s'approche d'un globe de verre « fortement électrisé. » L'électricité d'un nuage orageux, qui était vis-à-vis, fut la cause de cette sensation. L'effet fut le même sur les compagnons et les guides du voyage, et la force

(1) Transactions philosophiques, t. XLVIH, part. I, p. 210.

(2) De Saussure, Voyage dans les Alpes, t. II, p. 56.

LE ttlATONNIRftE. 465

xtritilé augmentant bientôt, la sensation produite par icâté devint à chaque instant plus vive; elle était même lignée d'une espèce de sifflement Jallabert, qui avait m à son chapeau, entendait autour de sa tête un tournent effrayant, que les autres personnes entendirent [oand elles le mirent à leur tour sur leur tête. On tirait ocelles du bouton d'or de ce chapeau, de même que de le de métal d'un grand bâton. L'orage pouvant devenir •eux* on descendit à dix ou douze toises plus bas, où Ton tit plus d'électricité. Bientôt après il survint une petite l'orage se dissipa, et l'on remonta au sommet, où l'on ne i plus aucun signe d'électricité (1).

si, à toutes les époques on a vu se manifester des phéîes météoriques qui avaient l'électricité pour cause; en l'absence de connaissances positives sur ce grand de la nature , ces phénomènes ne pouvaient être qu'un de curiosité. Un étonnement stérile était le seul sent que ce spectacle pût exciter, lorsqu'une idée superstine venait pas couper court à toute tentative d'explica- Bien que connus .et depuis longtemps enregistrés dans maies historiques, ces faits restèrent donc, pendant des s, isolés et inutiles pour la science. Cette mine précieuse, levait être un jour si féconde en découvertes, se monpar intervalles et se dévoilait aux yeux des hommes par pie filon brillant, par quelque lumineuse échappée ; mais ppel à l'investigation scientifique demeurait sans résultat. le pouvait encore essayer de remonter jusqu'à la source t cachaient tant de merveilles. Un travail de ce genre ne itre entrepris qu'après qu'une physique plus avancée eut lis à ses études les phénomènes électriques. Alors , seu-

) Voyage dans tes Alpes, etc. t. 11, p. i.'iu. — Histoire de V Accèdes sciences de Vaiïs peur 1707, [•• 33.

U6 DKCOUVfcfcTKS SCtlNtmiQUES.

lement , tous les accidents météorologiques qui constituent des manifestations de l'électricité naturelle, apparurent sottt leur véritable jour et purent être rapportés à leur origine exacte.

L'analogie des effets de la foudre avec ceux de l'électricité est tellement saisissante, tellement naturelle, qu'elle fiitaperçue par les physiciens dès les premiers temps de la connaissance des phénomènes électriques. Ce que l'on observe en petit sur le conducteur d'une machine électrique , c'est-à-dire l'éclat et le bruit de l'étincelle, la lumière de l'éclair et h détonation de la foudre, le reproduisent en grand. Cette comparaison, ce rapprochement, sont si simples, si naturels, que l'idée en est venue à tous les physiciens, et cela, on peut le dire, dès le moment même où Ton a eu connaissance de Pétincelle électrique.

Le docteur Wall était un physicien anglais contemporain d'Otto de Guericke. Avant même que le célèbre bourgmestre de Magdebourg eût construit son globe de soufre, c'està-dire la première machine électrique que la science ait possédée, Wall, qui n'était pourtant qu'un observateur d'un mince mérite, apercevant pour la première fois l'étincelle tirée d'un gros morceau d'ambre , exprima tout aussitôt l'idée de la ressemblance de cette étincelle avec l'éclair. Cette remarque de Wall est assez curieuse pour mériter d'être rapportée textuellement.

Comme nous l'avons vu dans l'histoire de la machine électrique, Otto de Guericke n'avait obtenu qu'une faible lueur en frottant son globe de soufre ; "Wall parvint à produire une lumière plus marquée en frictionnant doucement avec la main bien sèche, ou une étoffe de laine, un gros morceau d'ambre auquel il avait donné la forme d'un cône. En présentant le doigt à une petite» distance de l'ambre ainsi frotté, Wall enteu- ~n petit craquement suivi d'une forte étincelle. Il corn-

Ll PABATONltlAML 147

on cette lumière à l'éclair, et le craquement au ton*

i frottant rapidement , dit Wall , le morceau d'ambre

i drap, et en le serrant assez fortement avec ma main ,

indit un nombre prodigieux de petits craquements , et

d'eux produisit un petit éclat de lumière; mais 1ers-

rotta l'ambre doucement et légèrement avec le drap, il

it seulement de la lumière et point de craquement. Si

un présentait le doigt à une petite distance de l'ambre» on

lit un grand craquement, suivi d'un grand éclat de lumière.

me surprend beaucoup en cette éruption , c'est qu'elle

le doigt très sensiblement et y cause une impression de

i quelque endroit qu'on le présente. Le craquement eat

>rt que celui d'un cbarbon sur le feu, et une seule friction

; cinq ou six craquements, ou plus, suivant la promptitude

quelle on place le doigt, dont chacun est toujours suivi de

e. Maintenant je ne doute pas qu'en se servant d'un mor*

'ambre plus long et plus gros, les craquements et la lumière

lent l'un et l'autre beaucoup plus grands. Cette lumière t|

\uement paraissent en quelque façon représenter te tonnerre

%ir (1). »

Bt bien curieux et bien décisif de voir cette analogie le tonnerre et l'électricité, reconnue dès l'observation emiers phénomènes électriques.

1735, le physicien Grey, dont les travaux appartiennent Eance de la science électrique, exprimait la même analans les termes les plus formels :

Quoique ces effets jusqu'à présent n'aient été produits que a petit, nous dit Grey, il est probable qu'on pourra, avec le >, trouver une façon de rassembler une plus grande quantité a électrique, et par conséquent d'augmenter la force de i qui, d'après plusieurs expériences (si licet parvis compo-

Priestley, Histoire del'électricilé.iome I, page 18-19.

nere parva) semble être de la même nature que celle du tonnerre et de l'éclair (4). »

Jean Freke, membre de la Société royale de Londres, et Benjamin Martin, Lecteur de physique, bnt également dans leurs mémoires signalé clairement la même analogie (2).

En France, l'abbé Nollet mit en avant cette pensée sous h forme d'une probabilité séduisante. Le passage, bien souvent cité, dans lequel ce physicien parle de l'analogie de l'électricité et de la foudre, se trouve au quatrième volume de ses Leçon» de physique expérimentale, qui parut en 1748.

c Si quelqu'un, par exemple , dit l'abbé Nollet, entreprenait de prouver par une comparaison bien suivie des phénomènes, que le tonnerre est entre les mains de la nature, ce que l'électricité est entre les nôtres, que ces merveilles dont nous disposons maintenant à notre gré, sont de petites imitations de ces grands effets qui nous effrayent, et que tout dépend du môme mécanisme; si Ton faisait voir qu'une nuée préparée par l'action des vents, par la chaleur, par le mélange des exhalaisons, etc., est vis-à-vis d'un objet terrestre, ce qu'est le corps électrisé, en présence et à une certaine proximité de celui qui ne l'est pas, j'avoue que ceUe idée, si elle était bien soutenue, me plairait beaucoup. Et pour la soutenir, combien de raisons spécieuses ne se présentent pas à un homme qui est au fait de l'électricité? L'universalité de la matière électrique, la promptitude de son action, son inflammabilité et son activité à enflammer d'autres matières; la propriété qu'elle a de frapper les corps extérieurement et intérieurement jusque dans leurs moindres parties; l'exemple singulier que nous avons de cet effet dans l'expérience de Leyde, l'idée qu'on peut légitimement s'en faire, en supposant un plus grand degré de

(1) Lettre adressée parGrey, eu 1735, à Cromwell Mortimer, secrétaire de la Société royale de Londres, et publiée, peu de temps après, dans les Transactions philosophiques.

(2) Essai sur la nature de l'électricité, traduit de V anglais de M. Jean Freke, dans le Recueil de traités sur l'électricité, traduit de l'allemand et de l'anglais, 3* partie, page 24. — Essai sur V électricité, traduit de l'anglais, de M. Benj. Martin, Lecteur de physique. Ibidem, ~- -"trtie, pages 71-76.

U PAftATOHZUBM. U*

Hedrifae . de. ; tas ces points d'analogie que je média quelque temps commencent à me Élire croire qu'où pour* m prenant l'électricité pour modèle, se former, touchant le rc et les éclairs , des idées plus saines et plus Traisem* I que tout ce qu'on a imaginé jusqu'à présent (I). »

Dême soupçon de l'analogie des effets du tonnerre avec le l'électricité a été émis, après Nollet, par divers autres iens, parmi lesquels nous citerons Winckler en AUe- ;, et Haies en Angleterre.

a, en 1726, l'Académie des sciences de Bordeaux avait lé son prix annuel à un mémoire du révérend Père de in du Fech, natif de Perpignan, sur la cause du /onet des Mairs. Dans ce mémoire, la cause du tonnerre apportée* l'embrasement des exhalaisons terrestres, selon triiie alors en vogue. Mais les phénomènes électriques qui ; signalés sur ces entrefaites, déterminèrent, en 1749, iémie de Bordeaux à remettre la même question au con- Le prix fut accordé en 1750, à un médecin de Dijon, té Berjeret, qui admettait l'analogie de la foudre avec ricité, sans invoquer toutefois aucune expérience, et ne itla matière que par de simples considérations générales e goût des dissertations académiques de cette époque, te décision de l'Académie de Bordeaux couronnant de Jmes la doctrine de l'analogie de la foudre avec l'électriîontre bien, selon nous, à quel point cette opinion était iansle courant des idées générales. Les Académies ne sont ovatrices par leur nature. L'histoire du passé, les exemontempôrains, montrent suffisamment qu'elles représentions les sciences, l'esprit du passé et le maintien rigoudes opinions reçues. S'attachant surtout à conserver (me scientifique le plus généralement accepté, elles no

leçons de physique expérimentale, tome IV, page 314.

1 50 DÉCOUVIftTBS SCUNT1NQUES.

peuvent représenter ridée de l'avenir, ni eelle du progrès. Or, puisque en France, une Académie prenait sous son pa tronage l'idée de l'origine électrique du tonnerre , on peut en conclure , en toute sécurité, que c'était là une doctrine en harmonie avec les opinions scientifiques du temps.

La distinction accordée par l'Académie de Bordeaux au mémoire de Berjeret, de Qijon, dans lequel on posait nettement le principe de l'analogie de la foudre avec l'électricité, imprima une impulsion nouvelle aux recherches déjà entreprises sur ce sujet Parmi les physiciens qui embrassèrent cette idée avec le plus d'ardeur, il faut citer sur tout de Romas, l'un des membres les plus actifs de l'Académie de Bordeaux.

Né dans la petite ville de Nérac, qui fut aussi le berceau des Montesquieu, appartenant à une famille noble de la province de Guyenne, de Romas n'était pas un savant de profession; il était lieutenant assesseur au présidial de Nérac, c'est-à-dire simple juge au tribunal civil de cette ville. Il était entré dans la carrière de la magistrature; et, une fois en possession de 11 place modeste d'assesseur au présidial de sa ville natale, il put se livrer à la vocation bien décidée qui le portait vers l'étude des sciences. Il possédait en physique des connaissances solides et variées. Si l'on consulte ses nombreux écrits, et en particulier ses recherches sur le magnétisme des corps, on voit qu'il avait abordé les parties les plus élevées et les plus difficiles de la physique. Gomme s'il eût trouvé trop étroit pour ses facultés le champ de cette dernière science, il s'occupait encore de mécanique, de géographie, de navigation, d'agriculture, d'élève des bestiaux, et sur ces divers sujets, il a laissé en manuscrits ou imprimés, trois gros volumes de mémoires.

Peu de jours après la publication du travail de Berjeret, de Dijon, c'est-à-dire en août 1750, Romas présenta à l'Académie de Bordeaux un mémoire qui avait pour objet de signaler 'wcmblances physiques entre la foudre et l'électricité. Cet

LB FABATOPHIIimi. 151

ht composé à l'occision d'an coop de tonnerre qui, le ttet.1750, frappa le château de Tampouy, situé près de , dans la sénéchaussée de Marsan, diocèse d'Aire. Il a itre : Observation qui prouve que la foudre a nan-seum f deux barres de feu, de même que r électricité a deux îles ; mais que, de même que l 'électricité, elle a aussi attractions. Romas cherche à prouver dans cet écrit x b la foudre a, comme l'électricité, deux barres de feu, -dire probablement deux pôles opposés; 2° que la foudre :, comme l'électricité, une attraction sur les corps cnviits. < Ce qui étant bien constaté , dit Romas, on en Ta inférer que la foudre ressemblant aux phénomènes amentaux de l'électricité, elle lui est analogue en toutes ternières particularités (1). »

nas donne, dans ce mémoire, une description minutieuse fets produits par la chute de la foudre sur le château de Miy. Il paraît que deux lames de feu se croisèrent à plureprises, avec des sifflements très intenses, et que des solides volumineux furent soulevés et transportés au lomas vit dans ces particularités une ressemblance avec nomène d'attraction et de répulsion des corps légers par le électrique, comme avec la double étincelle qui, selon ut entre deux conducteurs au moment de la décharge que. Ces rapprochements étaient sans doute inexacts, Is frappèrent beaucoup l'imagination de l'observateur , rmine son travail par les lignes suivantes : « Je me ré- 'e, si ce mémoire est bien reçu, de traiter un peu plus dément, dans un autre que je me propose de donner s la forme d'un ouvrage lié, de toutes les parties qui me

Ce mémoire n'a pas été imprimé, mais il se trouve avec les autres crits de Romas, dans les archives de l'ancienne Académie de lux, qui sont déposées aujourd'hui dans la bibliothèque de cette

ii i.

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'il

].rjj 1^

• paraîtront les plus propres à faire connaître l'analogi » foudre et de l'électricité (1). »

Le mémoire que nous venons de citer prouve avec é que, dès Tannée 1750, le physicien de Nérac avait péi nature du tonnerre, et qu'il avait poussé fort loin œ de l'identité de la foudre et de l'électricité qui comme prendre faveur chez les électriciens de l'Europe.

La question historique que nous venons de traiter < nant la découverte du grand fait de l'identité de l'élect de la foudre, met encore une fois en évidence une véi nous avons déjà essayé de faire ressortir dans cet ouvra c'est qu'il est impossible d'accorder à un seul homme neur d'une grande invention scientifique, et que les déce importantes naissent presque toujours, non des efforts iso homme de génie, mais d'un concours lent et successif de dirigés vers un but commun. La science et le temps pr les éléments divers des grandes découvertes; il arri lors un moment où la même idée se présente à la fc grand nombre d'esprits, parce qu'elle est la conséquenc foule de travaux antérieurement accomplis. On a ai tantôt à Wall , tantôt îi Franklin , tantôt à l'abbé N< gloire d'avoir démontré les premiers l'analogie physû

(1) A la suite du coup de foudre de Tampouyetdes réflexions événement fut le point de départ, Komas conçut le projet d'un ment destiné à détourner le tonnerre. Cet instrument, qu'il n'a dé< part, mais auquel il fait quelque allusion dans sa Lettre à M. dont il sera question plus loin, consistait, autant qu'on peut en j de vagues indications, en un conducteur isolé, terminé par une 1 qui aurait composé un fort mauvais paratonnerre. M. de Vivens, connaissance du nouvel instrument, et lui donna le nom de broni comprit sans doute les dangers que son emploi aurait inévita entraînés, et il détourna Romas de publier sa description.

(2) Voyez l'histoire de la machine à vapeur ^ celle de la j <l« V4lltirisQAion% etc.

LE l»AIATON.XEMIK. 153

5 l'électricité. Ce n'est & aucun de ces savants en j revient le mérite de cette pensée ; elle était l'esrésultat de l'ensemble des travaux des physiciens de. C'est à la science collective, à la réunion de s, et non à l'unique inspiration d'un homme de amanite est redevable de la plupart des grandes entifiques qui font son bonheur ou sa gloire.

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