CHAPITRE VI
Cerf-volant électrique de Franklin aux États-Unis. — Parallèle dM expériences de Franklin et de Romas.
Arrivons maintenant à l'expérience faite avec un cerf-volant électrique par Franklin, à Philadelphie, expérience qui eut lien antérieurement h celle de Romas, mais que l'ordre de notre récit nous a obligé de renvoyer ici.
C'est au mois de janvier 1753 que l'Académie des sciences de Paris fut informée, par une lettre de "Watson, de l'expérience du cerf-volant électrique, qui venait d'être exécutée par l'électricien des États-Unis. Voici le texte de la lettre de Watson, datée de Londres le 15 janvier 1753, et adressée à l'abbé Nollet:
c M. Franklin, écrit Walson, a remis à la Société royale, 11 y a quinze jours, une assez belle expérience électrique, pour tirer l'électricité des nuées. Sur deux petits bâtons de bois croisés, (l'une longueur convenable, faites étendre à ses angles un mouchoir de soie, dressez-le avec une queue et une corde de chan- -«, etc., et vous aurez un cerf-volant des enfants. A l'extrémité
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Ll PÀRATOXXEREI. w
ces petits bâtons, à l'autre duquel on atfacU »
lettre un tll de fer d'un pied de Imi/iiM:? : '■ icbine de soie, au li«-n île papier, j ■•••.? !* ;-i • ît du vent et de la pluie, ijuand ••'! .'■••'.•: e (qui sont 1res fréquents en Ain» ri»:'!"
ire, ce cerf volant moyennant du u\ «'•• ■
iquel on attache un rulian «le >ui«\ .;■ •■ se retirant, pendant qu'il Lut do I:i ; n que ce ruban ne se mouille point. ,f: • • î le til de chanvre ne touchât point !•■» • : ion. Quand les nuées de tounerr** •':■. • ce cerf-volant avec le lil derluinw- » ■ •
luxde chanvre s'étendent de ton* clef sur ce lil, vous tirez 1» s •! :. ■ ne, le lil. etc., sont pleine.'!!.;.* : il avec plus de facilité, et on : • * ■ • . ■ abondamment de la rie»', en &.
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tte lettre est bien lar'juiq-i . ■ • • ■ lit sont fort incomplet* • « . • ■ '£. Pour obtenir une d — :.■ nés obligé de recourir > * it à la suite de s- M-'- Jaunie Franklin, nui .• * „■
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s clef, la jointure --.;.'
1) IWtholon. De V> *'.**%:** v* w .- - -
» Philadelphie n'offrait alors aucun moyen de faire une pareille expérience ; tandis que Franklin attendait impatiemment qu'on y élevât une pyramide, il lui vint dans l'idée qu'il pourrait avoir un accès bien plus prompt dans la région des nuages par le moyen d'un cerf-volant ordinaire que par une pyramide. 11 en fît un en étendant sur deux bâtons croisés un morceau de soie, qui ponvait mieux résister à la pluie que du papier. Il garnit d'une pointe de fer le bâton qui était verticalement posé. La corde était de chanvre, comme ù l'ordinaire, et Franklin en noua le bout à un cordon de soie qu'il tenait dans sa main. Il y avait une petite clef attachée à l'endroit où la corde de chanvre se terminait.
* Aux premières approches d'un orage, Franklin se rendit dans les prairies qui sont aux environs de Philadelphie. U était avec son fils, à qui seul il avait fait part de son projet, parce qu'il craignait le ridicule qui, trop communément pour l'intérêt des sciences, accompagne les expériences qui ne réussissent pas. 11 se mit sous un hangar, pour être à l'abri delà pluie. SonceHvolant étant en l'air, un nuage orageux passa au-dessus ; mail aucun signe d'électricité ne se manifestait encore. Franklin commençait à désespérer du succès de sa tentative, quand tout è coup il observa que quelques brins de la corde de chanvre s'écartaient l'un de l'autre et se roidissaient. Il présenta aussitôt son doigt fermé à la clef, et il en retira une forte étincelle. Quel dut être alors le plaisir qu'il ressentit ! De cette expérience dépendait le sort de sa théorie. Il savait que, s'il réussissait, son nom serait placé parmi les noms de ceux qui avaient agrandi le domaine des sciences; mais que, s'il échouait, il serait inévitablement exposé au ridicule, ou , ce qui est encore pire, à la pitié qu'on a pour un homme qui, quoique bien intentionné, n'est qu'un faible et inepte fabricaleur de projets.
» On peut donc aisément concevoir avec quelle anxiété il attendait le résultat de sa tentative. Le doute, le désespoir, avaient commencé a s'emparer de lui, quand le fait lui fut si bien démontré, que les plus incrédules n'auraient pu résister à l'évidence. Plusieurs étincelles suivirent la première. La bouteille de Leyde fut chargée, le choc reçu, et toutes les expériences qu'on a coutume de faire avec l'électricité furent renouvelées. >
D'après ce récit authentique, on voit que l'expérience de l,"^nklin est loin de répondre à l'idée élevée qu'on a l'habitude
ad* c
Ll PARATONNERRE. 201
concevoir, sur la foi des innombrables éloges qu'elle
m jusqu'à nos jours. Quand on examine de près cette
puce, tant célébrée en prose et en vers, on s'aper-
|*'efle donne lieu à bien des remarques; on voit surtout
|en, dans la même circonstance, Romas, dont le nom
;& peine prononcé jusqu'à ce jour, fut supérieur au phy-
kde Philadelphie. Sans porter atteinte au génie de Frank-
1 es^ permis de dire que, dans les préparatifs et l'exé-
cette expérience, sa sagacité habituelle lui fit
(, préparée sans les prévisions suffisantes, elle fut
nite arec négligence, et dut au hasard la cause de son
la. Franklin construit avec un mouchoir de soie étalé sur
|ibâtûBs croisés, un cerf-volant, qui devait être lourd, dif-
t'à enlever, et qui avait en outre le défaut d'être fait
ft matière qui ne conduit pas l électricité. Une corde de
lire est aussi, surtout quand elle est sèche , un assez
vata conducteur du fluide électrique. Franklin ne se
iccupe pas de ces conditions défavorables, et si la pluie qui
int fortuitement, n'eût rendu cette corde légèrement con-
rice, l'expérience était manquée. Il laisse apparaître la
ne négligence pour se mettre à l'abri des dangers auxquels
Fait l'exposer la présence, dans la corde du cerf- volant,
îe notable quantité d'électricité empruntée aux nuages. \e
int pas muni d'un excitateur ou d'un instrument analogue
exposait aux plus graves périls en tirant avec le doigt des
icelles de la clef suspendue à la corde du cerf-volant Kn
mot, Franklin aurait infailliblement éprouvé un échec si
oluie, qui n'entrait pas dans ses calculs, n'était arrivée pour
•e réussir des dispositions très vicieuses en fait.
Combien l'expérience de Franklin semble pâle quand on la
npare à celle du physicien de Nérac ! Quelle différence
mensc dans les préparatifs, dans l'exécution, dans les résul-
s! Romas prépare son expérience avec le soin, l'habileté, la
prudence d'un physicien consommé. Il a compris d'avance ta dangers qui vont l'assaillir, et il a pris de [dus sages mesura pour préserver sa vie et celle des personnes qui l'environnent. Confiant dans les mesures que sa prudence a calculées, au lien de se cacher pour éviter le ridicule d'un échec, il opère en présence de tous ; il convie de nombreux assistants à venir admirer les merveilles qu'il a prédites. Ainsi, le talent dans la disposition de l'expérience, la sagacité qui préside à son eiécu-i tion, l'éclat admirable de ses résultats, tout est en faveur fl* notre compatriote, et sous ce rapport, on peut le dire hardiment, l'expérience du physicien français est bien au-déssm de celle de Franklin.
H nous reste maintenant à prouver que le magistrat <k Nérac n'avait nullement, comme on l'a toujours dit jusque et jour, emprunté à Franklin l'idée du cerf-volant électrique. Cette opinion, profondément inexacte, qui fait de Romas l'imitateur, le simple copiste de Franklin dans l'expérience du cerf-volant, a été introduite dans l'histoire par Priesdey, le partisan enthousiaste de Franklin, le défenseur, toujoun partial, des travaux des physiciens qui appartiennent, de près ou de loin, à l'Angleterre. Les assertions contenues dam Y Histoire de l'électricité de Priestley ont été reproduites, sans contrôle et sans critique, par tous les auteurs qui ont tracé, avec plus ou moins de soin, l'historique de l'électricité. Ainsi s'est établie et s'est propagée l'erreur que nous combattons.
On admet généralement aujourd'hui, et l'on répète uniformément dans tous les ouvrages de physique et de météorologie, que, tandis que Dalibard expérimentait en France. Franklin, ignorant complètement ce qui venait de se passer ei Europe, et fatigué d'attendre la construction de son clocher imagina spontanément l'expérience du cerf-volant électrique e au 22 juin 1752 la date de son expérience du cerf
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L f&ss *t :*3fi<r. c*»n ;"-w.i**r : :« * fir r repaie fit larK^zrt. ihi) fl*:^r » tt* j.jjc*»t ::»r« *»#>.•* s* îsolr* »rc"L =* i r : :•:■»•> .î i" t - : : . ; *• -:■: . ri.> «u i « à*** qu'un r?rf-T-:?iz: . r:: i-îrjhs^r; ; ".** :■•■■.■'■;*$ V> j-..;> s, remplirai: h:*n =i:er-.i >:•- r ■*:. ïr. ;;?>;•: ■*:■;■*. v j::am juin 1753. les -TMtr* o*c* d'an ^r.t«.i rvovchcr: .v s».' y itrémilés de deux bagueiles Je sje'n p:jtees eu ervi jiw- 1 ajusta les accessoires conv^û j'oie*, et en eutr* ;:ne pointe Étal. A Tapproche d'un or.1^0. il >:* :end;t *:.in> un champ. npagnéde son fils. Ayant lancé le cerf- volant. \\ al M du une 1 l'extrémité de la ficelle, puis un cordon de soie qu'il assu a un poteau, afin d'isoler l'appareil. I..» premier sijrne decité qu'il remarqua fut la divergence des filaments ûV rre qui avaient échappé à la torsion. In nuage épais ayant ; au-dessus du cerf-volant, il tomba un peu de pluie, qui it la corde humide et donna écoulement à l'électricité. Avant înté le dos de la main à la clef, il en tira des étincelle* bril- 19 et aigne-s avec lesquelles il enflamma l'alcool et chat peu oouteilles de Leyde. C'est ainsi qu'une découverte impor- >, que Franklin appelait modestement une hypothèse, fut mise
ombre des vérités scientifiques
Dalibardet Franklin ne furent pas les seuls qtii cherchèrent iitirer la foudre des nuages. En France, le 2(> murs 17 M, as obtint des résultats étonnants. Il avait construit un ferlât de sept pieds de haut, sur trois do large, qui lut élevé 11 auteur de cinq cent cinquante pieds avec une conle dmis telle il avait entrelacé un fil de métal. 11 s'établit entre lu conle
et la terre un courant d'électricité qui parut avoir (rois ou quatre pouces de diamètre et dix pieds de long ; ce phénomène se passait pendant le jour; M. de Romas ne douta pas que s'il eût eu lieu pendant la nuit, l'atmosphère électrique aurait eu quatre ou cinq pieds de diamètre. On sentit en môme temps une odeur de soufre fort approchante de celle des écoulements électriques qui sortent d'une barre de métal électrisée. On découvrit un trou dans la terre, ù l'endroit où la décharge avait eu Heu, d'un pouce de diamètre et d'un demi-pouce de largeur (4). »
Ainsi, M. Becquerel, qui commet d'ailleurs une erreur matérielle en fixant à Tannée 1756 l'expérience de Romas qui eut lieu en 1753, nous représente le physicien de Nérac comme ayant simplement reproduit et perfectionné l'expérience de Franklin.
On est allé plus loin encore dans cette appréciation inexacte de ce point important de l'histoire de l'électricité. Dans sa notice sur Franklin, imprimée dans la Biographie universelle de Michaud, M. Biot va jusqu'à supprimer tous les travaux des physiciens français sur l'électricité atmosphérique. Il passe sous silence les expériences de Dalibard, de Delor, de fiuflbn, de l'abbé Mazéas, etc. , pour faire honneur au seul Franklin de toutes les découvertes sur l'électricité.
« Franklin, nous dit M. Biot, reconnut aussi le pouvoir que possèdent les pointes de déterminer lentement et à distance l'écoulement de l'électricité ; et tout de suite, comme son génie le portail aux applications, il conçut le projet de faire descendre sur la terre l'électricité des nuages, si toutefois les éclairs et la foudre étaient des effets de l'électricité.
» Un simple jeu d'enfant lui servit à résoudre ce hardi problème. 11 éleva un cerf-volant par un temps d'orage, suspendit une clé au bas de la corde, et essaya d'en tirer des étincelles.
(i) Traité cjpérimental de VélectricUé et de magnétisme , en 9 vol. •834, t. I, p. 42-43.
IX fUL&KMEftM- 2*5
A il nuiif . maa£a ^ «r«. .*il ènaa* *am ~x i^K^ >~de cowhwtîtirnfcf <L t j piii^ jio: ;■* }>iii..z. * f£i*~ lène eùi lira coocdp £ ï'iti:: «s>«cy. x li i.-.-i: jias rt s bonde •■ le vc^ç? f^ia* à*?, £ tri; «é :*f . et sa ouverte périssait praba&èesM^! a*** ka. »
> récit contient beaucoup d'mtuclituikst Franklin ne deida pas /ouf de suite à leipérienr*. connue te diï M. ltk<« onfirmatkm de ses conjecture* sur i orùîne cfortrique de la ire. Après aïoir exposé cette idée théorique, il laissa à litres le soin de la vérifier expérimentalement. Après atoir ; en avant cette pensée, il demeura pendant prés de trois lées indifférent, inactif, laissant aux physiciens de FKuie le soin d'expérimenter à sa place, ne daignant pas me applaudir leurs tentatives ou les encourager . «H . s tard dans ses écrits, en pariant le moins possible, n'est pourtant qu'après avoir reçu la nom elle des belles lériences sur l'électricité atmosphérique faites par Dalixi à Marly, que Franklin se mit à l'œuvre, et qu'il entreprit tpérience du cerf-volant, qu'il couduisit (railleur assez iladroitement, comme nous l'avons déjà fait remarquer. Les écrivains des deux hémisphères qui, depuis un siècle, tètent uniformément cette assertion, ont donc eu ton affirmer que l'idée du cerf-volant électrique se présenta l'esprit de Franklin, avant qu'il eût reçu communication s expériences faites par Dalibard, en France, sur l'cleiisation des barres isolées. Franklin a autorisé cette erreur en irdant toujours le silence sur cette question, ou en laissant trier ses partisans qui voulaient lui attribuer la gloire tout itière des découvertes relatives à l'électricité atmosphérique, ais il n'en est pas moins certain qu'il ne procéda a ses expéencessur l'électricité des nuages, et à l'essai du cerf-volant, d'après avoir reçu la nouvelle de la réussite de Dalibard a iv. 18
Mark. Il nous suffira, pour le prouver, de citer un passage de Y Histoire de l'électricité de Priestley, publiée à Londres en 1767, ouvrage écrit sous les yeux de Franklin par on auteur qu'il patronait, et qui marchait au premier rang de ses admirateurs. Voici ce texte de Priestlev :
a M. Franklin est le premier (!) qui ait soupçonné l'identité des éclairs et du fluide électrique. Il a indiqué d'avance le moyen de constater cette identité, en proposant d'isoler à l'air libre, en temps d'orage, une aiguille éleclrisable par communication ; le premier spectacle électrique que cet instrument ait offert, a paru en France sous les veux de MM. Delor et Dalibard. M. Franklin, animé par le succès de ces deux Messieurs, éprouva lui-même le succès de son aiguille à Philadelphie où il était alors. Ce physicien ayant eu aussi un heureux snecès, pensa bientôt qu'an moyen d'un cerf-volant il pourrait se procurer un accès plus sûr et plus facile dans la région où s'engendre la foudre ; l'idée de ce moyen se trouva juste, par l'épreuve qu'il en fît au mois de juin de la même année 4752, dans la campagne de Philadelphie, où il jugea à propos d'opérer, sans autre témoin que son fils, pour éviter la risée des sots. »
Il résulte de ce passage de Priestley que Franklin ne commença ses expériences sur la barre isolée et sur le cerf volant, qu'après avoir eu connaissance des résultats obtenus par Dalibard à Marly.
Mais Priestley, tout en rendant ainsi hommage à la vérité, assigne une date inexacte à l'expériencedu cerf-volant de Franklin. L'expérience faite par Dalibard à Marly, le 10 mai 1752, mit naturellement plus d'un mois à passer de France en Angleterre, et de l'Angleterre aux États-Unis. Il n'est donc pas possible que ce dernier ait exécuté son expérience à Philadelphie au mois de juin 1752, comme le dit Priestley. Tout nous porte à croire qu'elle eut lieu, non au mois de juin (comme
lie lecteur sait ce qu'il faut entendre par cette priorité. (Anctor.)
LE PABAT0HHEB1I. 207
cet dit aussi d'ailleurs dans la suite des Mémoire* de •anklin publiés par son fils), mais seulement dans le court de septembre. On voit, en effet, dans la corresponnce de Franklin, qu'il fixe lui-même au mois de sepnbre 1752 la date des expériences qu'il fit avec une barre fer élevée sur le faîte de sa maison. Or, d'après le texte de iestley que nous venons de rapporter, c'est peu après le xès de ses expériences avec la barre de fer isolée, qu'il eut pensée de recourir au cerf-volant.
Nous ferons remarquera l'appui de l'opinion que nous vens d'émettre, que la lettre par laquelle Franklin annonce à Uin/son les résultats de l'expérience du cerf-volant, est écrite Philadelphie à la date du 19 octobre 1752, et que Franklin E*arle constamment de cette expérience comme si elle était ite récente (1).
Nous avons établi que Romas avait eu dès l'année 1752 l'idée «ployer le cerf-volant pour soutirer l'électricité des nuages, que, dans sa lettre du 12 juillet 1752, il communiqua sou >jet à l'Académie de Bordeaux en des termes un peu détourj, mais qui se rapportaient manifestement à cet objet; — e le 9 juillet 1752, il faisait confidence de ce projet, sans riphrase et sans restriction, à son ami M. Dutilh, — et que, 19 août, expérimentant au château de Chirac devant le cheier de Vivens et le baron de Secondât, il renouvela cette afidence au chevalier de Vivens, et à M. Bégué, curé du (âge d'Asquets. On voit donc bien positivement que Romas ivait emprunté à personne l'idée du cerf-volant électrique.
[1) Cette lettre de Franklin fut lue aux membres de la Société royale Londres dans les premiers jours de janvier 1753; le 15 du même is, Watson la traduisit et la fit parvenir à l'abbé Nollet, qui s'empressa n donner communication à l'Académie des sciences de Paris. Nous ras cité, au commencement de ce chapitre, le texte de cette lettre de itson, d'après l'ouvrage de Bertholon, Y Électricité des méttom.
C'est au mois de juillet 1752 qu'il en conçut le projet. S'il ne mit pas alors cette pensée à exécution, et s'il ne fit qu'au mois de juin 1753 l'admirable expérience dont nous avons rapporté les détails, et s'il fut, par conséquent, devancé par Franklin qui lançait son cerf-volant électrique en septembre 1752, c'est-à-dire huit mois auparavant, il n'en est pas moins certain, et c'est là le point historique que nous voulions établir, que Romas ne fut le copiste ni l'imitateur de personne, et qu'il n'emprunta pas à Franklin l'idée de cette expérience immortelle.
L'opinion que nous nous efforçons ici de combattre, et qui enlève à Romas le mérite, l'initiative de son expérience du cerfvolant, existait, il faut le dire, du temps même de ce physicien : elle fit le tourment de ses derniers jours, et il mourut sans avoir la satisfaction d'avoir obtenu justice. Il n'avait pourtant rien négligé pour atteindre un but si légitime.
Pour bien établir ses droits de priorité dans l'expérience du cerf-volant, Romas avait écrit en Amérique à Franklin luimême, le 19 octobre 1753, en lui envoyant deux mémoires dans lesquels il exprimait très nettement ses prétentions, et où l'expérience du cerf-volant électrique, racontée dans tous ses détails, était présentée comme lui appartenant en propre. V cette invitation directe de s'expliquer sur le sujet du débat, Franklin se contenta de répondre, le 29 juillet 1754, par une lettre évasive, dans laquelle il ne fait aucune allusion, pour la repousser ni pour l'admettre, à la prétention de Romas concernant la première idée de l'emploi du cerf-volant. Voici cette lettre ou plutôt ce billet de Franklin :
« Monsieur, la très obligeante lettre dont vous m'avez favorisé » le 1 9 octobre, et vos deux excellents mémoires sur le sujet de » l'électricité, ne m'ont été rendus qu'hier par un vaisseau qui » est sur le point de partir pour Londres. Je ne puis que vous en
arr nst*r la réception, et vous assurer que la correspondance
i 10e mu? ^ unir ni* <*n ^»i^nv*ji«^t «nt inûçs ie âdËrtr xuc nu* îwm.uiit^ ^ ■vase i .a. bus jrncnaine rjunnuttiu.- -•* " *u^ ^u" j»e -»i m <uv
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Mai* Sa réomw mmée i "jcr/.i juiui^ ^: fe.itufr Àac ht
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c 0« «fink. ai i « srV*: H. M^rri*. iJirs sec **««*.* ri.- . * travaux iù Amm. -f^ Frutliz. i^rj^l l\<«txM* $vi>c*;v\\ trop prévenue, aitnfecaâ si LLr-*rale£Kcc W «io^hùe wcruc d'avoir conev et r-oà*f revptr^ace qui Jk £:catr* la rrvxttxv de Téiectridlê dans !es n-iares on^u\% no r-?rsistâ d*u< >. a silence obstiné que pour entretenir une méprise, fart prwtîuNe suis doute à sa réputation, maïs très nuisible À la réputation de ses émnles scientifiques. 11 semble envier à ces derniers, e\perimentateurs plus actifs et plus habiles» l'honneur ùV l'axoir devancé et surpassé dans leurs hardies expériences ; il lui eu coûte d'avouer qu'il a eu des collaborateurs dans cette grande découverte qui a immortalisé son nom : aussi, pour éviter cet aveu, pénible à son amour-propre, fait-il de la diplomatie, et s'il ne ment pas pour le triomphe égoïste de sa cause, du iuoùu il ne défend pas a ses amis de mentir quaud il y trouve sou profit » (I).
Ajoutons que ce ne fut pas seulement envers Homas que •ranklin se montra injuste. 11 ne traita pas avec plus de Renéosîté Dalibard, dont il n'a pas prononcé une seule fois le nom lans sa volumineuse correspondance scientifique. Ainsi, pendant
(I) Étude sur les travaux de Homas, par M. Mergoy, priifiwmMii' il»* ihysique au lycée impérial de Bordeaux, imprimée ilmi* In hnvwil dn ictes de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts do JUti deti ii.r, 1853, 2" trimestre, page 492.
iv- W.
que l'Europe entière donne à la belle expérience de Dalibtrd le nom cl' 'expérience de Marly, Franklin seul l'appelle Vexpérience de Philadelphie (lettre du 18 octobre 1752), et quand il résume, dans une lettre adressée à Collinson (septembre 1753), Tordre historique de ses recherches sur l'électricité atmosphérique, après la description de quelques expériences infructueuses sur l'élcctrisation de l'air par le frottement, il ajoute, sans faire la plus légère allusion à Dalibard : « En sep- » tembre 1752, j'élevai une vergo de fer pour tirer l'éclair » dans ma maison, afin de faire quelques expériences dessus, » ayant disposé deux timbres pour m'avertir quand la verge » serait électrisée. Cette pratique est familière à tout éiectri- » cien. » Le nom de Dalibard, le premier auteur de cette expérience, n'est pas même prononcé.
San$ prétendre accuser Franklin d'avoir mis un calcul dans son silence, on doit pourtant faire remarquer que ce silence, avec lequel s'accordaient si bien les assertions de Priesdey, donna le change à l'opinion publique, et accrédita l'erreur que nous essayons de dissiper.
Mais Romas porta sa réclamation devant l'Académie des sciences de Paris, qui lui rendit pleinement justice. En 1764, notre Académie des sciences fut appelée à prononcer entre Franklin et lui. Les commissaires nommés par l'Académie, Duhamel et l'abbé Nolict, ouvrirent une sorte d'enquête où furent appelées et entendues les personnes dont Romas invoquait le témoignage. Leurs souvenirs, et les preuves irrécusables qui furent promptement fournies, établirent, sans contestation possible, l'originalité des recherches du physicien de >érac. C'est grâce à ces déclarations, et après un examen approfondi de la question, que Nollet et Duhamel arrivèrent, le k février 176/», à formuler comme il suit les conclusions de leur rapport :
« Ayant égard à toutes ces preuves, nous croyons que
LB PARATONNIRtl. 211
♦ de Romas n'a emprunté à personne l'idée d'appliquer le gf-volant aux expériences électriques, et qu'on doit le reirder comme le premier auteur de cette invention, jusqu'à i que M. Franklin ou quelque autre fasse connaître par des reuves suffisantes qu'il y a pensé avant lui. »
vec sa prudence ordinaire, Franklin se garda bien de récla-
* contre cette décision de l'Académie des sciences de Paris ; esta bouche close, comme s'il reconnaissait pour sa part uité de ce jugement « Mais, dit M. Mergey, cette résignaon sournoise ne l'empêcha pas, trois ans après, en 1767, e laisser son ami Priestlcy parler de Romas en termes avaliers. On peut alléguer, il est vrai, pour sa justification, u'il ignorait la déclaration des commissaires de l'Académie, e qui est très possible, sans être aucunement probable (1). » In 1766, le Journal encyclopédique, dans une analyse de ivrage de Priestley qui venait de paraître à Londres, avait roduit les assertions inexactes de l'écrivain anglais concerît Romas, et dit à propos de l'expérience du cerf- volant de înklin: « M. de Romas voulant s'assurer par lui-même de ce [u'il entendait raconter & ce sujet, la répéta en France, mais vec beaucoup plus d'appareil. » Pour rectifier cette injuste rmation, Romas adressa au rédacteur du Journal encycloiïque, nommé Lutton, une longue lettre dans laquelle l'hisre de cette question se trouvait soigneusement exposée, ds par la mauvaise volonté du journaliste, cette lettre ne rut point dans le recueil auquel elle était adressée. N'ayant pu obtenir justice de ce côté, Romas, après une ente de plusieurs années, se résolut à faire, d'une autre mière, appel à la publicité. Il travaillait depuis longtemps à i Mémoire sur les moyens de se garantir de la foudre dans i maisons. Il livra ce mémoire à l'impression et mit à la
(4) Étude sur les travaux de Romas, page 491.
suite sa Lettre à M. Lutton, que le journaliste avait refusé d'accueillir, en raccompagnant de pièces et certificats à l'appui des faits avancés. Mais toujours poursuivi par la destinée, Romas ne devait point jouir de la satisfaction tardive qu'il espérait retirer de cette publication. Il mourut en 1776, pendant l'impression même de son ouvrage, à l'âge de 70 ans. Son livre, imprimé à Bordeaux, ne parut qu'après sa mort, et grâce au zèle pieux et aux soins de ses amis du château de Clairac (1). L'intrépide physicien de Xérac est donc mort, attristé à ses derniers moments par la pensée de l'injustice dont ses contemporains le rendaient victime ; mais il léguait à la postérité les pièces du procès. Grâce à elles, l'impartialité de la critique peut rendre, un siècle après lui, toute justice à sa mémoire. Ce n'est que par une suite de malentendus, volontaires ou non, que l'on a attribué à Franklin la paît du lion dans les expériences sur l'électricité atmosphérique,' et accordé à son seul génie la gloire d'avoir tout fait dans ce champ de découvertes destinées à vivre d'un éternel souvenir. Nous avons rendu au physicien de Philadelphie tous les hommages qui lui reviennent pour sa découverte incontestable de l'analyse de la bouteille de Lcyde, et pour celle du pouvoir des pointes. Mais nous avons dû apporter des restrictions à ce qui concerne ses recherches sur l'électricité atmosphérique. Il importe
(1) Mémoire sur les moyens de se garantir de la foudre dans les maisons; suivi d'une Lettre sur l'invention du cerf-volant électrique, avec les pièces justificatives de cette même lettre ; par M. de Bornas, lieutenant assesseur au présidial de Nérac, de V Académie royale des sciences de Bordeaux, correspondant de celle de Paris. 1 vol. in-12. A Bordeaux chez Berge ret, et à Paris chez Pissot, 1776.
Cet ouvrage étant fort rare, nous avons cru devoir réimprimer dans les notes de ce volume (Note II) tous les documents historiques qu'elle renferme et qui établissent les droits de Romas à l'invention du cerfvolant électrique. Ces documents empruntés à l'ouvrage dont nous venons de citer le titre, sont : 1° La Lettre de Bornas à M. Lutton, éditeur du Journal encyclopédique ; 2° le certificat de l'Académie de Bordeaux ; 3° le rapport des commissaires de l'Académie des sciences de Paris.
[/plus de fixer rigoureusement ce jwint d'histoire, que ■ter à la part scientifique du physicien de Philadelphie, kit dépouiller des savants de notre patrie, les Buffon, les ^lesLcmonnier, lesRomas, etc., de l'honneur qui leur dans les grandes découvertes que nous essayons de