‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes (volume 2)Chapitre 43 sur 45 · ROTIS · texte numérisé non relu

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chir la science ; cependant, malgré ces progrès considérables, inespérés, l'Instruction sur les paratonnerres n'a aucun besoin d'être réformée, do moins dans ses principes les plus essentiels. Pour ce qui tient à la nature des constructions, c'est un élément nouveau dont il faut tenir compte : en effet, dans un grand nombre de cas les métaux remplacent aujourd'hui la pierre et le bois ; nos édifices deviennent en quelque sorte des montagnes métalliques sur lesquelles les nuages orageux ont incomparablement plus de prise. Le Palais de l'Industrie, qui s'élève aux Champs-Elysées, en est un exemple : il occupe près de 3 hectares qu'il va couvrir d'une immense construction ayant 40 mètres de hauteur, où il entre partout, depuis la base jusqu'au sommet, des niasses énormes de fer, de fonte et de zinc. La compagnie qui a entrepris ce grand monument a désiré obtenir l'avis de l'Académie sur l'ensemble des moyens qu'il y aurait à employer pour le garantir des effets de la foudre. L'Académie a chargé la section de Physique d'examiner cette demande et de lui en faire un Rapport ; à cette occasion nous avons dû reprendre l'Instruction de 1 823, afin d'y introduire les modifications dont elle pourrait être susceptible.

C'est seulement d'une manière accidentelle que l'Instruction s'occupe des édifices où il entre des métaux ; le seul passage qui s'y rapporte est le suivant :

« Si le bâtiment que l'on arme d'un paratonnerre renferme » des pièces métalliques un peu considérables, comme des lames » de plomb qui recouvrent le fattage et les arêtes du toit, des goût- » tières de métal, de longues barres de fer pour assurer la soli- » dite de quelques parties du bâtiment, il sera nécessaire de les 9 faire toutes communiquer avec le conducteur du. paraton- » nerre; mais il suffira d'employer pour cet objet des barres de » 8 millimètres (3 lignes) de côté ou du fil de fer d'un égal dia- » mètre. Si cette réunion n'avait pas lieu, et que le conducteur » renfermât quelque solution de continuité, ou qu'il ne commu- *» niquât pas très librement avec le sol, il serait possible que la » foudre se portât avec fracas du paratonnerre sur quelqu'une » des parties métalliques. Plusieurs accidents ont eu lieu par » cette cause ; nous en avons cité deux exemples au commence* » ment de cette Instruction. »

Telles sont les indications qui avaient été données : bien qu'elles soient très générales et peut-être un peu succinctes, elles

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pouvaient être suffisantes pour leur époque ; mais nous pensons qoe le moment est venu d'entrer, à cet égard, dans de plus amples détails.

Autrefois, dans les constructions ordinaires, remploi des métaux était, en effet, restreint presque exclusivement aux faîtages, aox gouttières, aux tirants de consolidation; ce n'était que bien rarement, et comme par exception, que Ton rencontrait, soit une charpente de fer, soit une couverture de plomb, de cuivre ou de zinc, tandis que maintenant le métal prédomine de plus en plus ; on le met partout, et, ce qui est un point important, on le met en grandes superficies et en grandes masses : couvertures de métal, charpentes de métal, poutres de nrçétal, croisées de métal, «donnes de métal, et quelquefois peut-être murailles de métal. Alors les nuages orageux décomposent, par influence, des quantités d électricité décuples ou centuples de celles qu'ils auraient décomposées sur les corps moins bons conducteurs, comme l'ardoise ou la brique, le bois, la pierre, le plâtre, le mortier et tous les anciens matériaux de construction. Ce nouveau système réalise donc sur une immense échelle ce que Ton objectait d'abord aux paratonnerres : il attire la foudre. -

Quand l'objection s'appliquait aux paratonnerres, elle n'avait qu'une apparence de vérité : car il est vrai que le paratonnerre attire la foudre, mais il est vrai aussi qu'obéissant aux lois qu'elle a reçues, elle lui arrive en général sans bruit, sans éclat, et toujours infailliblement domptée et docile, ayant perdu toute sa puissance originelle de destruction. Quand l'objection, au contraire, s'applique à ces amas de substances métalliques qui entrent dans nos constructions actuelles, elle n'est pas seulement spécieuse, elle est juste, profondément juste, fondée sur les lois les mieux établies : ces constructions attirent, en effet, la foudre, et rendent ses coups plus désastreux.

Deux édifices, pareils pour la grandeur et la forme, étant situés sur le même sol et disposés de la même manière .par rapport à un nuage orageux, l'un construit en pierre et bois d'après l'ancien système, l'autre en pièces métalliques d'après le nouveau, si les paratonnerres manquent, et que les conditions soient telles que la foudre doive éclater, elle frappera toujours ce dernier et jamais le premier, celui-ci se trouvant protégé par son voisin, dont les fluides sont influencés plus vivement. Il arriverait /à ce qui arrive qviawA ow ^t&sute en même temps aux con-

docteurs d'une machine électrique, a b a»éroe distance el de la même manière, une boole de pierre un de bois et une boule de métal : c'est toujours celle-ci qn reçoit l'étincelle des que Ton approche assez près pour quelle «date. Les paratonnerres «ont donc d'autant plus indispensables que les édifices contiennent de plus grandes superficies et de pins grands Tommes de substance» métalliques.

Pour se faire une idée juste de tontes les causes qui concourent à l'eiplosion de la fondre, il ne faut pas considérer seulement les constructions, et. en général, tons les objets qui s'élèvent au-dessus du sol ; il fiant tenir compte encore du sol lui-même et de toutes les substances qui le constituent depuis sa surface jus qu'à de grandes profondeurs dans les entrailles de la terre, l'n sol aride, composé d'une couche mince de terre végétale, sous laquelle se trouvent d'épaisses formations de sables secs, de cal caireou de granit, n'attire pas la foudre, parce qu'il n'est pas conducteur de l'électricité: s'il est eiposé à ses coups, ce n'est qu'accidentellement après les pluies qui en ont imbibé la surface. Là, les bâtiments participent jusqu'à un certain point au privilège du sol, à moins qu'ils ne soient construits dans le nouveau système et qu'ils n'occupent une étendue assez considérable. Mais, sous ce sol aride et sec , y a-t-il , à plusieurs dizaines de mètres de profondeur, de grands gisements métalliques, de vastes cavernes, des nappes d'eau ou seulement des fontaines abondantes, les nuages orageux exercent leur action sur ces matières conductrices, la foudre est attirée , elle éclate en franchissant l'intervalle; la croûte sèche n'est pas un obstacle insurmontable , elle peut être percée, fouillée, fendue, à peu près comme l'est une couche de vernis par l'étincelle électrique. Alors, malheur aux constructions qui se trouvent sur son passage : fussent-elles de pierre ou de bois, elles sont brisées comme le reste, à moins qu'elles n'aient à opposer pour défense un paratonnerre bien établi. Si ces couches humides ou métalliques se trouvent cachées à des profondeurs plus grandes, le danger de l'explosion diminue par deux causes : d'une part, l'enveloppe qui les couvre devient plus difficile à traverser; d'une autre part, l'action des nuages s'affaiblit par l'augmentation de la distance. On peut citer en preuve les vallées étroites qui ont quelques centaines de mètres de profondeur : la fondre n'y pénètre jamais ; elle peut frapper les crêtes des collines, mais il est sans exemple qu'elle soit descendue jusqu'aux habi-

tations, aux arbres ou aux ruisseaux qui en occupent les parties basses. Ces faits constants donnent en quelque sorte la mesure de l'accroissement de distance aux nuages qui est nécessaire pour être à l'abri du danger.

Il importe de bien remarquer que jamais la foudre ne s élance sans savoir où elle va , que jamais elle ne frappe au hasard : son point de départ et son point d'arrivée , qu'ils soient amples ou multiples, se trouvent marqués d'abord par un rapport de tension électrique, et au moment de l'explosion , le sillon de feu qui les unit, allant à la fois de l'un à l'autre, commence en même temps par ses deux extrémités. Les herbes, les buissons, les arbres même, sont des objets trop petits pour la foudre, ils ne peuvent pas être son but; s'ils sont frappés, c'est parce qu'ils se trouvent sur son chemin, c'est parce qu'il y a au-dessous d'eux des masses conductrices plus étendues qui sont le but caché d'attraction, qui reçoivent au large l'influence et déterminent l'explosion.

Ainsi les lieux les plus exposés sont les lieux qui, étant les plus rapprochés des nuages, sont en même temps découverts, humides et bons conducteurs; les arbres élevés sur les sommets des coteaux sont soumis à la première condition , les vaisseaux au milieu de la mer sont soumis à la seconde, et il se peut trouver à une hauteur moyenne des localités qui tiennent assez de l'une et de l'autre pour recevoir à la fois les coups les plus fréquents et les plus terribles ; car le coup d'un même nuage orageux peut être fort ou faible, suivant l'étendue grande ou petite du corps conducteur qui le fait éclater.

Nous citerons ici quelques faits qui nous paraissent propres à faire mieux comprendre ces principes généraux, et en même temps à justifier les modifications que nous avons à proposer dans la construction du paratonnerre.

Le 4 9 avril 4 827, le paquebot le New-York, de 580 tonneaux, venant de New-York à Liverpool, reçut deux coups de foudre ; il était alors par 38 degrés de latitude nord et 63 degrés de longitude occidentale , par conséquent à 600 kilomètres des terres les plus voisines.

Au premier coup , n'ayant point de paratonnerre , il eut à éprouver de graves dégâts, comme on en peut juger par ce seul fait bien digne de remarque : un tuyau de plomb , communiquant du cabinet de toUeUa à la vxver^ fut mis en fusion ; il avait

cependant huit centimètres de diamètre et treize millimètre*

d'épaisseur.

Au deuxième coup le paratonnerre était établi ; il se composait d'une baguette de fer conique ayant 4",Î0 de longueur, H millimètres de diamètre à la base, et dune chaîne d'arpenteur longue d'environ 40 mètres, établissant la communication entre la mer et le pied du paratonnerre. Cette chaîne était faite avec du 61 de fer de 6 millimètres de diamètre ; les chaînons avaient 45 centimètres de longueur , terminés en boucles ; aux deux bouts ils étaient réunis par des anneaux ronds.

A l'instant de l'explosion , tout le bâtiment fut éclairé d'une vive lumière ; en même temps la chaîne était dispersée de toutes parts , en fragments brûlants ou en globules enflammés ; le paratonnerre lui-même était fondu sur une longueur de 30 centimètres à partir de la pointe , la fusion s'arrêtant au diamètre de 6 millimètres. Ces globules de fer en combustion, gros comme des balles, mettaient le feu sur le pont en cinquante endroits, malgré une couche de grêle qui le couvrait , malgré la pluie qui tombait à flots. Le reste du paratonnerre était en place , avec un bout de chaînon de 8 centimètres , et le plus gros fragment de la chaîne retrouvé sur le pont n'avait pas 4 mètre de longueur ; il portait des boursouflures qui accusaient l'action du feu.

A ce premier fait nous en joindrons un second plus récent ; nous l'empruntons encore aux événements de la mer, parce qu'en général ils sont décrits à l'instant même, et avec précision , par des hommes qui ont l'habitude d'observer. Celui-ci est extrait de la Relation que M. le Ministre de la marine a adressée dernièrement à l'Académie des sciences :

Le 4 3 juin 4 854, dans la baie de Baltchick, à sept heures du soir, le tonnerre est tombé sur le vaisseau à deux ponts le Jupiter-, faisant partie de l'escadre de la mer Noire.

Les chaînes des paratonnerres étaient en place ; celle du grand mât, qui a reçu le coup, plongeait dans la mer de 3 mètres, portant à son extrémité un boulet de $ kilogrammes.

Au moment de l'explosion oh a vu une vive lumière ; l'intensité du bruit et les tourbillons de fumée ont fait supposer d'abord que c'était un coup de canon parti de l'une des batteries, mais Terreur n'a duré qu'un instant ; la chaîne du paratonnerre avait disparti, on en voyait partout les débris.; Te gaillard d'arrière, la dunette, le porte-hauban en étaient couverts ; plusieurs hommes de l'équi-

page en avaient reçu dans leurs vêtements, trois d'entre eux en étaient légèrement blessés.

Cette chaîne, d'environ 70 mètres de longueur, qui descendait du pied du paratonnerre jusqu'à la mer, en suivant d'abord la flèche de cacatois, puis en passant dans de larges anneaux de cuivre le long d'un galhauban de perroquet, n'était autre chose qu'un câble à trois torons, formé en tout d'une soixantaine de 61s de laiton ; chacun pouvait avoir d'un demi à deux tiers de millimètre d'épaisseur.

La foudre en avait fait des milliers de morceaux plus petits que des épingles ; cependant , au milieu de cet amas de fragments épars, on trouvait encore , çà et là, quelques bouts du câble luimême ; ceux-ci avaient tout au plus quelques décimètres de longueur ; on voyait à leur surface ces couleurs violettes que le feu donne au métal, et, en effet, les premiers qu'on a touchés étaient encore brûlants.

Ces deux exemples suffisent pour faire connaître que, dans quelques circonstances, un paratonnerre peut être foudroyé ; mais ils font connaître aussi que, même dans ce cas , le paratonnerre n'est pas absolument inutile, puisqu'il reçoit la décharge, puisqu'il la dirige encore, et, par là, détourne les coups qui en tombant à côté do lui auraient fait beaucoup plus de mal.

En définitive, le Jupiter n'a eu aucune avarie, tandis que, non loin de lui, d'après la même relation, un vaisseau turc, qui avait aussi un paratonnerre , mais dont la chaîne n'était pas à l'eau, ayant reçu pareillement un coup de foudre pendant le même orage, a eu dans son flanc, un peu au-dessus du cuivre et près de la flottaison, un trou de plus de 30 centimètres de profondeur, et tel à peu près qu'aurait pu le faire un boulet de canon.

Cependant un paratonnerre, au lieu d'inspirer la confiance, ferait naître des craintes trop légitimes si, lorsqu'il est bien établi et en bon état, il y avait la moindre probabilité qu'il pût être ainsi frappé, rompu en pièces brûlantes, et lancé au loin comme une mitraille ou comme une pluie de feu.

La question est donc de. savoir si de tels accidents sont inévi tables , s'ils tiennent essentiellement à la nature des choses , ou s'ils dépendent seulement de quelques vices de construction particuliers aux appareils dont un seul éclat de tonnerre fait tant de débris.

Or les faits que nous venons de rapporter, et tous les autres

faits plus ou moins analogues que l'on pourrait trouver dans l'histoire de la foudre et de ses phénomènes, si souvent extraordinaires, ne laissent aucun doute sur ce point : tous les paratonnerres qu'elle a détruits étaient de mauvais appareils, insuffisants, mal construits, non conformes aux principes que la théorie a pu déduire de l'expérience. Ce n'est pas que le paratonnerre soit fait pour n'être jamais foudroyé ; au contraire, il est fait pour l'être souvent, mais pour l'être à sa manière, et pour résister toujours, même aux coups les plus violents.

Examinons, en effet, les appareils du New-York et du Jupiter.

Le paratonnerre du New-York avait plusieurs vices de construction : sa tige était trop mince et trop effilée ; son conducteur était d'une section beaucoup trop petite; de plus, la forme do chaîne n'est jamais admissible , elle doit être exclue très sévèrement de tout emploi de cette nature. En voici les raisons : les anneaux ne se touchent qu'imparfaitement, à cause des altérations du métal et des souillures diverses qui s'y attachent ; et, en admettant même que les surfaces des points de contact soient bien nettes et métalliques, il arrive toujours qu'elles sont trop étroites, et qu'une faible décharge, resserrée sur ces points, suffit pour y mettre le fer en fusion et en combustion.

La nature de ces défauts indique la nature du remède ; seulement on pourrait craindre qu'il ne fallût porter la section des tiges et celle des conducteurs à de telles dimensions , que l'établissement d'un bon paratonnerre ne fût une chose très difficile et à peu près impraticable dans un grand nombre de cas. Ces craintes sembleraient même justifiées par la première décharge électrique qui tomba sur le New-York, puisqu'elle fut capable d'y fondre un tuyau de plomb qui avait une section métallique de près de 30 centimètres carrés. Mais ce fait ne prouve rien autre chose que ce qui était déjà parfaitement prouvé par les expériences de laboratoire, savoir : que le plomb est le plus mauvais métal que Ton puisse employer comme conducteur de paratonnerre, parce qu'il est trop fusible et trop mauvais conducteur de l'électricité. Ces mêmes expériences indiquent qu'il faut, au contraire, choisir le fer et le cuivre rouge : alors on arrive à des dimensions éminemment praticables et à des prix de revient qui n'ont rien d'exorbitant. Il n'y a pas d'exemples qui montrent que la foudre ait jamais été capable de mettre eu fusion des tringles de fer de 2 centimètres de diamètre ou de 3 centimètres carrés de section ; ir. Wx

et, bien que le cuivre rouge soit beaucoup plus fusible que le fer, il peut être employé en dimensions encore plus réduites , parce qu'il est, avec l'or, l'argent et le palladium, parnii les meilleurs conducteurs des fluides électriques.

Le paratonnerre du Jupiter, quoique mieux établi que le précédent, avait aussi un vice radical de construction. Nous ne dirons rien de la tige, faute de détails suffisants sur les modifications que la décharge a pu y produire, on se borne à dire qu'elle a été tordue ; nous ne parlerons que du câble de fil de laiton qui formait le conducteur. Nous avons dit quels phénomènes singuliers de brisement et de projection il a présentés; on peut se rendre compte de ces effets de la manière suivante : on petit croire d'abord qu'il avait simplement une section trop petite, et qu'il a été dispersé par cette cause à peu près comme la chaîne du New-York ; car il a été bien démontré par Van Marum, en 4 787, que le laiton jouit particulièrement de la propriété d'être brisé en mille pièces par une décharge électrique. Cependant les nombreux fragments du câble qui nous sont parvenus, et que nous avons pu examiner sous tous les aspects, ne portent que quelques traces de fusion ; de plus , il arrive qu'aucune de ces traces ne s'étend à l'épaisseur entière du câble, toutes sont limitées à un groupe de quelques-uns des soixante fils qui le constituent. Cette circonstance nous semble démontrer que la décharge ne s'est pas propagée également par tous les fils, que ceux qu'elle a suivis, étant insuffisants pour la transmettre , ont dû être les uns. fondus, les autres brisés ou volatilisés avec cette vive explosion qui accompagne toujours les volatilisations électriques. Ds là cette rupture du câble et cette projection en fragments de quelques décimètres de longueur qui , brûlants à la main , n'étaient pas cependant chaufiTés au point d'enflammer le bois et les autres corps combustibles.

Cette explication toutefois soulève une question singulière, la question de savoir si, dans un câble de fils pareils, commis et tordus ensemble, la foudre peut en effet choisir quelques fils de préférence au reste, surtout quand leur entière réunion est à peine suffisante pour lui donner un libre passage. Nous n'hésitons pas à répondre affirmativement, du moins sous certaines conditions. Sans doute, si aux deux extrémités du câble, sur une longueur d'environ \ décinlètre, les fils, d'abord étamés séparément, étaient ensuite soudés fcWàsmVAfc \w« tararac^ti quelque sorte un

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cylindre métallique, jamais il n'arriverait que l'électricité naturelle ou artificielle, ayant à circuler dans la longueur entière du câble, montrât quelque préférence pour l'un ou pour l'autre de ces fils pareils : devenus solidaires, ils subiraient la même loi, ils résisteraient ensemble, ils seraient fondus, volatilisés ensemble. Mais si cette condition n'est pas remplie, si aux deux extrémités, ou plus généralement aux deux points de jonction avec les autres conducteurs, les fils se trouvent isolés entre eux par des couches dépoussière ou d'oxyde ; si, de plus, le câble ne touche ces conducteurs que par ses fils superficiels, alors les choses se passent tout autrement : les fils ne sont plus ni égaux ni solidaires, l'électricité choisit ou plutôt elle prend ceux qui sont en contact avec les conducteurs, et que la torsion du câble amène tantôt à la surface, tantôt au centre du faisceau ; ces fils, réduits en petit nombre, deviennent incapables de supporter l'effort, et le câble entier, brisé par l'explosion, présente infailliblement tous les phénomènes qui se sont produits à bord du Jupiter, et qui ont été si bien décrits par le commandant M. Lugeol.

Ces imperfections graves que nous venons de signaler dans deux paratonnerres foudroyés, bien qu'elles soient différentes à quelques égards, remontent cependant à la même origine et dépendent de la même cause : l'insuffisance de section. Dans le premier, cette insuffisance est apparente et en quelque sorte constitutive : un fil de fer de 6 millimètres d'épaisseur ne présente qu'une section neuf ou dix fois trop petite ; dans le second, cette insuffisance est plutôt cachéeet accidentelle, parce quelle résulte de jonctions mal faites. C'est sur ce dernier point que nous devons surtout appeler l'attention.

Les deux règles les plus fondamentales de la construction du paratonnerre et de ses conducteurs sont :

4 ° Qu'ils aient partout une section suffisante ;

2° Qu'ils soient continus et sansMacune depuis la pointe de la tige jusqu'au réservoir commun.

Mais il faut bien expliquer ce que doit être cette continuité, car on peut, à la rigueur, l'entendre de deux manières : on peut admettre que deux pièces de métal qui se touchent forment un ensemble assez continu pour l'électricité ; on peut admettre, au contraire, que le plus souvent ce simple contact est l'équivalent d'une lacune, à cause de l'oxydation qui se produit avec le temps et des corps étrangers qui se déposent entre les surfaces.

L'Instruction de 4 823, sans avoir adopté la première opinion, nous paraît n'avoir pas assez recommandé la seconde qui, à notre avis, doit être exclusivement mise en pratique dans tout ce qui appartient aux paratonnerres.

Nous ne nierons pas, sans doute, qu'en multipliant les précautions et les soins, on ne puisse parvenir à joindre et à boulonner deux pièces de fer ou de cuivre assez étroitement pour qu'elles offrent au fluide électrique un assemblage véritablement continu ; mais quand les joints doivent se multiplier, nous craignons quelques négligences des ouvriers, et par-dessus tout nous craignons les altérations chimiques des surfaces, les dépôts des diverses matières étrangères, enfin les dislocations mécaniques qui se produisent aussi avec le temps et par des secousses répétées. En conséquence, nous regardons comme indispensables les deux règles pratiques suivantes :

Première règle. — Réduire autant que possible le nombre des joints sur la longueur entière du paratonnerre, depuis la pointe jusqu'au réservoir commun.

Deuxième règle. — Faire au moyen de la soudure à l'étain tous ceux de ces joints qu'il est nécessaire de faire sur place, soit à cause de la forme, soit à cause de la longueur des pièces.

Ces soudures à l'étain, qui devront toujours se faire sur des surfaces ayant au moins 4 0 centimètres carrés, seront en outre consolidées par des vis, des boulons ou des manchons.

Ces précautions nous semblent commandées par la prudence, surtout pour les édifices où il entre beaucoup de métal, pour ceux qui sont placés sur un vaste sol bon conducteur, enfin pour les bâtiments de mer ; parce que ce sont là, comme nous l' avons dil, les conditions qui donnent, pour un môme nuage orageux, les flux électriques les plus considérables.

Troisième règle. — Une troisième règle à laquelle nous attachons aussi de l'importance, est de ne pas amincir autant qu'on le fait, en général, le sommet de la tige du paratonnerre. A notre avis, l'extrémité supérieure du fer ne doit pas avoir moins de

3 centimètres carrés de section, par conséquent 2 centimètres de diamètre; on y fera à la lime et dans Taxe un cylindre ayant

4 centimètre de diamètre et 4 centimètre de hauteur, qui sera ensuite taraudé; sur cette vis saillante on adaptera un cône de platine de 2 centimètres de diamètre à la base et d'une hauteur double, c'est-à-dire de 4 centimètres , l'angle d'ouverture à la

pointe aiguë étant ainsi de 28 à 30 degrés ; ce cône de platine, d'abord plein, sera creusé et taraudé pour faire écrou sur la vis, ensuite il sera soigneusement soudé au fer, à la soudure forte, pour composer avec lui un tout continu et sans vides.

Indiquons les raisons de ce changement.

Quelque grand que soit un nuage orageux, quelque considérable que puisse être son élasticité électrique, il est certain que, s'il était assez loin du paratonnerre et que s'il s'en approchait assez lentement, il n'y aurait aucune explosion de la foudre : le paratonnerre exercerait dune manière efficace son action préventive; sans neutraliser complètement la puissance électrique du nuage, il la réduirait dans une énorme proportion ; et, dans ce cas, il ne protégerait pas seulement un cercle restreint autour de lui, il aurait de plus protégé par anticipation, dans une certaine mesure, tous les objets au-dessus desquels ce nuage doit passer dans sa course ultérieure. C'est pour augmenter encore cette action préventive si remarquable que nous donnons au paratonnerre, dans toute sa longueur, cette continuité métallique absolue qui la favorise à un haut degré. La pointe aiguë, d'un angle de 30 degrés, que nous substituerons à la pointe aiguë et beaucoup plus effilée dont on se sert généralement, n'empêche pas cette action, bien qu'elle soit moins propre à la favoriser quanc} les distances sont petites et les intensités faibles ; mais elle a une incontestable supériorité par la résistance incomparablement plus grande qu'elle oppose à la fusion, résistance que nous jugeons nécessaire.

En effet, il faut bien se poser cette question : Un bon paratonnerre peut-il être foudroyé, à la manière d'un mauvais paratonnerre, à la manière des autres objets terrestres, c'est-à-dire par un éclair, par une explosion soudaine ? Or, à cette question nous ne trouvons dans les faits jusqu'à présent connus rien qui nous autorise à faire une réponse négative absolue. Nous dirons seulement que ce phénomène, s'il se produit, ne peut se produire que sous la condition qu'une force électrique considérable se développe subitement dans le voisinage du paratonnerre. C'est là tout ce que nous pouvons déduire aujourd'hui des lois encore imparfaitement connues de l'électricité atmosphérique ; et il n'est pas impossible que cette condition se trouve quelquefois remplie, soit par les actions multiples et diverses qui s'exercent entre des nuages différents, soit par des condensations rapides, analogues iv. Àâ.

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a celles qui donnent tout à coup des masses d'eau on de grêle, soit enfin par d'autres causes dont notre ignorance actuelle ae nous permet pas d'apercevoir l'origine.

Ce phénomène, nous n'en doutons pas, sera très rare et, si 1 oa veut, tout à fait exceptionnel ; mais il suffit qu'il ne soit pas impossible pour que nous en tirions cette conséquence pratique : qu'il est indispensable de constituer le paratonnerre, non -seulement pour qu'il ne soit pas détruit par la foudre, mais encore pour qu'il n'en puisse éprouver aucun dommage capable d'affaiblir sa puissance protectrice.

La pointe mince et effilée ne remplit pas cette condition ; car il ne faot pas un coup de foudre bien vif pour qu'elle soit énxmssée, ou même pour que la tige qui la porte soit ramollie à un tel point, que, par son poids, elle se courbe en forme de crosse, et s'il arrive que le coup soit violent, la pointe et une longueur plus on moins considérable de la tige tombent en globules enflammés. Après de tels accidents, si le conducteur lui-même n'a reçu aucune atteinte, il est vrai que le paratonnerre n'est pas précisément hors de service, mais il est certain aussi qu'il a perdu toot l'avantage que l'on avait recherché en lui donnant une pointe à angle très aigu. Un appareil ainsi dégradé reste encore très propre à recevoir d'autres coups de foudre et à protéger autour de loi dans un certain rayon, mais il est devenu impropre à exercer aucune action préventive, puisque le sommet de la tige n'est plus qu'une masse informe recouverte d'une couche épaisse d'oxyde.

Dans ses deux états il représente les deux opinions extrêmes qui, à diverses époques, ont été émises sur les paratonnerres : rivant le coup de foudre, il représente l'opinion de ceux qui demandent exclusivement au paratonnerre une action préventive; après le coup de foudre, il représente l'opinion de ceux qui, ne comptant pour rien l'action préventive, demandent seulement que le paratonnerre puisse étro foudroyé sans dommage. Nous ne prétendons pas donner satisfaction à tout le monde, mais nous avons la ferme confiance qu'il est possible de constituer un paratonnerre qui résiste parfaitement aux plus violents coups de foudre, et qui possède, après comme avant, une action préventive très efficace.

Tel est le but des trois règles pratiques que nous venons de donner.

Pour le surplus, nous renvoyons à l'Instruction de 4 823, car

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