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CHAPITRE VII

La télégraphie électrique en France. — Lignes télégraphiques établies en Allemagne, en Belgique et en Italie.

Quand on se propose de faire connaître l’établissement de la télégraphie électrique en France, l’histoire de ses progrès en Amérique et en Angleterre est. un préambule d’un assez fâcheux effet. À côté de l’initiative hardie , des expériences brillantes, des résultats magnifiques obtenus à l’étranger, il faut se résigner à signaler chez nous des essais tardifs, timides, embarrassés. A de telles comparaisons, l’amour-propre national court les risques de plus d’un mécompte.

Tandis qu’en Angleterre et dans le nouveau monde, la télégraphie électrique, grâce au génie de 'Wheatstone et de Morse,

se jouait de la distance et de l’espace, elle rencontrait en France une résistance obstinée. Enchaînée par ses habitudes de routine, notre administration fermait les yeux à la lumière des plus éclatants progrès. Sans la persévérance du savant qui eut la gloire de découvrir les phénomènes physiques sur lesquels repose le mécanisme du télégraphe électrique, il est probable que nous en serions encore à envier h nos voisins la possession de cet instrument merveilleux. C’est, en effet, h l’initiative d’Arago que nous sommes redevables de l’existence, dans notre pays, de la télégraphie électrique.

Au mois de juin 1842 , le gouvernement présenta à la chambre des députés une demande de crédit pour perfectionner la télégraphie aérienne. Il s’agissait d’expériences de télégraphie nocturne, et si nous ne nous trompons, on se proposait d’essayer le système d’éclairage de M. Jules Guyot. M. Pouillet était rapporteur du projet. Dans un rapport de ce 1 genre, il était difficile de se taire sur l’existence de la télégraphie électrique, dont les journaux étrangers apportaient par intervalles les plus étonnants récits. M. Pouillet en parla, en effet, mais ce fut pour déclarer que la télégraphie électrique n’était qu’une utopie brillante qui ne se réaliserait jamais. Une telle assertion, émise par un juge aussi compétent, semblait devoir retarder indéfiniment l’installation en France de la télégraphie électrique. Heureusement, Arago prit en main les droits de la science. Il énuméra les avantages de la télégraphie électrique, il fit connaître les admirables résultats obtenus en Amérique par les instruments de M. Morse, il prouva enfin qu’il était facile de créer en France des établissements analogues. Dès ce jour, les incertitudes, les résistances de l’administration durent cesser, et peu de temps après, le gouvernement envoyait en Angleterre M. Foy, administrateur en chef des lignes télégraphiques, avec mission d’v étudier les nouveaux appareils.

A la suite dos rapports de VI. Foy, le gouvernement s’en tendit avec M. NVlieatstonc pour l’établissement, en France, d’une ligne de télégraphie électrique. On stipula le prix qui serait accordé à l’inventeur pour l’emploi de ses procédés etj la fourniture des instruments. M. Wheatstone tint à Paris.' Mais au moment de prendre les arrangements définitifs, des difficultés regrettables s’élevèrent inopinément. Àrago et les satants français prétendaient que les lignes établies en Angleterre n’embrassaient pas une étendue suffisante pour décider à priori (pie les communications entre deux villes très éloi-î gnées, telles que Paris et le Havre, Paris et Lyon, pussent se faire sans aucune station intermédiaire; on exigeait donc des expériences spéciales. M. AVbeatsIone assurait, au contraire, que tout essai de ce genre était superflu, parce qu’il avait expérimentalement prouvé que le télégraphe électrique peut! transmettre une dépêche à cent quarante lieues de distance sans aucune station intermédiaire. Les doutes de nos savants j blessèrent un inventeur que huit années de travaux et de triomphes incontestés semblaient devoir affranchir d’un pareil j contrôle. Ces premières difficultés en amenèrent d’autres ;j bref, le conflit dégénéra en rupture. La commission instituée par le gouvernement pour l’établissement d’une ligne télégraphique de Paris à Rouen, crut pouvoir se passer des lumières du physicien anglais, et M. Wheatstone quitta Paris.

Pour l’avenir de nos établissements de télégraphie électrique, il ne pouvait rien arriver de plus fâcheux. On va voir, en effet, à quels regrettables errements s’est laissé entraîner la commission livrée à ses seules lumières, et privée du concours du savant illustre qui a doté l’Angleterre de son système actuel de télégraphie.

Il y avait bien des manières d’établir en France la télégraphie électrique. On pouvait adopter l’appareil américain, dont la pratique attestait tous les jours la parfaite convenance. On

|H)ii\ail employer le système à cadran. On pouvait prendre, <'ii les modifiant , les combinaisons mécaniques adoptées par M. Steinheil ou par M. Jacobi, dans les télégraphes construits par ces savants en Allemagne et on Russie. La commission repoussa tout cela. M. Foy, qui présidait la commission, et qui parait avoir eu la haute main dans la direction de ses travaux, s’arrêta à l’idée étrange et bizarre de faire exécuter par le télégraphe électrique les signaux ordinaires du télégraphe aérien. Comment une idée pareille a-t-elle pu être accueillie par une commission formée d’hommes instruits et familiers avec toutes les difficultés et les exigences de la télégraphie électrique? Nous l’ignorons; toujours est-il que le projet de M. Foy fut adopté. M. Breguet construisit deux petits télégraphes longs de quelques pouces, mis en action, grâce à un mécanisme d’horlogerie, par le courant voltaïque. On plaça ces deux appareils aux deux extrémités de la ligne; on tendit deux fils métalliques aboutissant à chacune des ailes de ces télégraphes, et, après de très longs essais préalables, ce système fut définitivement installé le 9 décembre 18/té. Il fonctionne aujourd’hui sur toutes nos lignes.

On se serait proposé de chercher le plus imparfait de tous les systèmes de télégraphie électrique, certes on n’aurait pas trouvé mieux. Nous allons essayer de le prouver.

lin premier lieu, le télégraphe Foy-Breguet exige l’emploi de deux courants voltaïques et de deux conducteurs, au lieu d’un seul courant et d’un seul fil que présentent presque tous les appareils employés aujourd’hui, lin effet, pour faire agir une des branches de ce petit télégraphe aérien, il faut une pile, un Courant, un fil conducteur, un mécanisme d’horlogerie formant les signaux; pour faire agir l’autre branche, il faut une autre pile, un autre courant, un autre conducteur, un autre mécanisme d’horlogerie. Il faut faire travailler côte à côte ces deux appareils jumeaux, (pii cependant sont indépendants l’un

de l’autre. On comprend tous les inconvénients qui découlent de cette malencontreuse complication. Les dépenses sont doublées; mais ce qu’il y a de plus grave, c’est que les chances d’erreurs sont illimitées par suite des embarras continuels qu’amène la manœuvre de ces deux instruments isolés et cependant liés entre eux.

I n autre inconvénient du système de M. Foy, et qui a tout autant de gravité que le précédent, c’est que le nombre des signaux est excessivement restreint. Quand on voit manœuvrer ces télégraphes en miniature, on est assez naturellement porté à croire qu’ils reproduisent fidèlement tous les signaux de l’instrument de Chappe; c’est là cependant une erreur qu’un peu d’attention lait reconnaître. Les télégraphes de M. Foy ne donnent que tout juste la moitié des signaux consacrés à la correspondance du télégraphe aérien. Ceci exige , pour être compris, une courte explication. Le télégraphe de Chappe se compose, nous l’avons dit, de trois pièces mobiles : le régulateur et les deux ailes. Les ailes peuvent prendre quarante-neuf positions; ces quarante-neuf combinaisons graphiques sont vues sous deux aspects différents, selon que le régulateur est porté à l’oblique de gauche : de là, deux fois quarante -neuf ou quatre-vingt-dix-huit signaux dans la télégraphie aérienne. Or, le télégraphe électrique de M. Foy 11e possède que deux pièces mobiles , les ailes. E11 effet, le régulateur, qui n’existe que pour la forme, est fixé dans la position horizontale , au lieu d’ètrc mobile autour de son point d’appui, comme dans le télégraphe de Chappe. Ce régulateur 11e peut donc plus servir, comme celui du télégraphe aérien , à doubler, par ses deux positions, le nombre des combinaisons qui résultent de la situation des ailes. Le télégraphe électrique de M. Foy reproduit très bien les quarante-neuf signaux du télégraphe aérien, dans lesquels le régulateur est horizontal ; mais il ne peut représenter un seul des signaux dans lesquels le régulateur est oblique ou vertical.

Le vocabulaire du télégraphe de Chappe destiné à la composition des dépêches se compose, comme nous l’avons vu, de quatre-vingt-dix-huit ligures. Le télégraphe Foy-Breguet ne donne que quarante- neuf de ces figures; il ne fournit donc que la moitié des signaux qui forment le vocabulaire de la télégraphie aérienne.

Ces remarques critiques contre l’appareil Foy-Breguet ont été, à diverses reprises, développées par nous dans la presse et dans diverses publications. Depuis l’adoption de ce s\ stème en France, les avertissements n’ont pas manqué, sous ce rapport, à l’administration des télégraphes. L’expérience n’a pas manqué, d’ailleurs, de démontrer la vérité et la justesse de ces critiques. En effet, tant que l’emploi de la télégraphie nouvelle resta, parmi nous, limité à une sphère peu étendue, les appareils Foy-Breguet purent suffire aux faibles exigences de ce service. Mais lorsque, par suite de la création successive d’un grand nombre de lignes nouvelles, la télégraphie électrique a reçu, dans notre pays, une extension immense, les vices, les inconvénients, les difïicultés de tout genre (pii découlaient de ce système, se sont produits avec une évidence irrécusable. Par suite de l’impérieuse nécessité des faits, l’administration française a été obligée de faire elle-même un premier pas dans l’abandon du système qu’elle avait créé.

Le but que l’on s’était proposé en construisant l’appareil Kov-Breguet était, comme nous l’avons dit plus haut, de conserver pour l’usage de la télégraphie électrique l’emploi des ; signaux de la télégraphie aérienne. Cette combinaison du système ancien et du procédé nouveau aurait offert, à une certaine "époque, quelques avantages, si l’on avait pu la réaliser complètement. Mais on n’avait pas même pu y réussir, puisque l’appareil employé pour reproduire électriquement les signaux de la télégraphie aérienne ne donnait, comme nous l’avons dit, (pie la moitié des signaux du vocabulaire aérien, ce qui faisait naître

1 \)k découvertes scientifiques.

des difficultés considérables pour la transmission des dépêches.

Ces difficultés ont été si sérieuses, que peu d’années après son installation sur nos lignes, on a été obligé de modifier profondément le mode d’emploi du télégraphe de M. Foy. On renonçait à lui faire exprimer, ainsi qu’on l’avait voulu à l’origine, les signaux du vocabulaire de la télégraphie aérienne, et l’on se bornait à choisir parmi les signes qu’il peut donner, 2k positions destinées à représenter les 2k lettres de l’alphabet. On transformait ainsi en un simple télégraphe alphabétique l’instrument qui avait été créé dans la vue spéciale de servir à l’emploi du vocabulaire aérien.

Mais du moment que l’on se décidait à se servir d’un télégraphe simplement alphabétique, il n’existait plus de motifs pour conserver un appareil qui exigeait, pour la formation des signaux, l’emploi de deux fils conducteurs et de deux appareils mécaniques. Il fallait nécessairement en revenir aux appareils généralement adoptés où l’on ne fait usage que d’un seul conducteur.

Cette résolution a heureusement fini par prévaloir. Un décret du 1 1 juin 1854, qui introduisait divers changements dans l’organisation générale de l’administration des télégraphes, a fait connaître officiellement la nécessité d’apporter au matériel du service des améliorations reconnues indispensables. A la suite de ce décret, l’abandon des appareils Foy-Breguet a été adopte en principe. Seulement, comme il était impossible de réformer du jour au lendemain un matériel dont la valeur pouvait s’élever à 1,500,000 francs, on a conservé les appareils existant alors, et l’on s’est borné à construire dans un autre système les appareils nouveaux. Dans le moment actuel, le télégraphe Fov-Breguet est encore en usage pour les dépêches du gouvernement qui exigent un vocabulaire secret, Mais ce télégraphe n’est plus employé pour le service1 dit public, ni pour les dépêches internationales;

Quoi est le système nouveau que la télégraphie française a adopté, après un examen approfondi de tous les appareils de re genre qui existent actuellement en Europe? C’est le télégraphe américain, l’appareil de M. Morse, sans modification importante.

Ces considérations qui ont motivé, de la part de l’administration française, le choix du système Morse sont, à notre sens, parfaitement fondées. En premier lieu, et c’est là une raison sans réplique, ce système tend à être universellement adopté. Il règne sans partage aux Etats-l nis et dans les autres parties de l’Amérique oit a pénétré la nouvelle télégraphie. En Europe, il fonctionne dans l’Allemagne, la Belgique et la Suisse. Or, il importe au plus haut degré, pour faciliter la transmission des dépêches internationales, (pie les divers États européens s'accordent à faire usage d’un même appareil télégraphique. C’était donc déjà obéir à une sage pensée que d’adopter un système qui réunissait en sa faveur le suffrage des principaux Etats de l’Europe.

On peut ajouter, comme considérations d’ordre secondaire, qui ont motivé l’adoption de l’appareil américain, l’avantage précieux qu’il présente de transmettre l’électricité à des distances très considérables sans aucune interruption dans le (il conducteur, condition que ne remplissent point tous les systèmes rivaux. I n dernier avantage de l’appareil Morse, c’est qu’il a pour résultat de laisser une impression matérielle de nature à être conservée. Comme l’instrument transcrit lui-même sur le papier la dépêche envoyée par le correspondant, on peut conserv(>r le texte authentique du message, et si une erreur s’est glissée dans la traduction ou la transmission d’une dépêche, reconnaître celui des employés qui a commis l’erreur.

Conformément à la loi du 29 novembre 4850, le télégraphe électrique a été mis, en Krance, depuis le 1"' mars 1851, à la

disposition du public (1). C’est au ministère de l’intérieur que se trouve le bureau central des dépêches de la télégraphie privée. Au fond de la grande cour du ministère, sous le télégraphe qui la décore, existe une grande voûte servant de passage; c’est à droite de cette voûte, au bout d’un corridor obscur, que l’on trouve une petite salle consacrée au service de la télégraphie privée. Cette pièce est divisée en deux parties par une cloison grillée et vitrée ; derrière ce vitrage, trois ou quatre employés attendent le public. Tout se passe l'a assez bourgeoisement. Un employé vous présente une feuille de papier blanc sur laquelle vous inscrivez, en termes aussi laconiques que possible, votre missive, que vous signez et dont vous acquittez le prix. La dépêche est ensuite portée dans la pièce suivante, où se trouvent les appareils télégraphiques, et transmise immédiatement à sa destination.

Comme il était facile de le prévoir, l’usage de la télégraphie privée a pris, en France, une extension rapide. Les chiffres suivants représentent sa progression depuis son établissement en 1851. Dans les deux derniers mois de 1851, on a transmis 9,01 û dépêches privées. En 1852, ce nombre s’est élevé à /i 8, 1 05. Sur ce dernier nombre, les dépêches envoyées de Paris étaient de 19,425. I^es recettes des bureaux de télégraphie privée se sont élevées, en 1851, à 76,722 francs; celles de 1852 ont atteint 452,225 francs; celles de 1853 se sont élevées a un million; enfin on estime qu’en 1856 les recettes de 1 administration des lignes télégraphiques monteront h 4 millions et demi, bien que les dépêches olficielles, dont le nombre s est sensiblement accru par les nécessités de la guerre, occupent les lignes pendant une grande partie du jour et restreignent par conséquent la transmission des dépêches taxées.

(1) Voyez a la fin du volume (Note IX) le texte de la loi actuelle sur la télégraphié, privée.

Le développement rapide qu’a pris à Paris le service de la télégraphie privée a nécessité l’établissement de plusieurs succursales de ce bureau central. L’une de ces stations supplémentaires est placée dans la rue Richelieu, en face de la Bourse, dans un lieu voisin du centre des affaires. On y reçoit, comme au bureau du ministère de l’intérieur, les dépêches envoyées par les particuliers. Deux autres sont établies aux embarcadères des chemins de fer d’Orléans et du Nord. Enfin on en trouve deux autres à l’administration centrale des postes et au palais du Luxembourg.

Indépendamment de cet établissement placé sous la direction de l’Etat, il existe à Paris diverses entreprises industrielles connues sons le nom à' offices télégraphiques , qui ont pour but de recevoir, par la voie des télégraphes électriques étrangers et par le télégraphe français, des nouvelles des points les plus importants de l’Europe. Les agents de ces établissements vont tous les jours recevoir, au bureau du télégraphe public , les dépêches que leur expédient leurs correspondants de l’étranger. Nos journaux ont des abonnements aux offices télégraphiques, et c’est par cette voie que les cours des principales bourses de l’Europe, et les nouvelles politiques ou commerciales, sont mis aujourd’hui sous les yeux du public. Le cours de la bourse d’Autriche, expédié de Vienne à quatre heures de l’après-midi, est ainsi connu à Paris dans la soirée.

Nous nous étions attaché, dans les éditions précédentes de cet ouvrage, à présenter l’état de la télégraphie électrique en France, et à donner la liste des villes qui ont été reliées successivement par des fils électriques. Ce tableau devient aujourd’hui inutile, puisqu’il est assez connu que la télégraphie électrique «■st établie aujourd’hui sur toutes nos lignes de chemins de fer, ce qui nous dispense de toute énumération. Le 1er janvier 1855, la longueur des fils servant à la transmission des dépêches était de 9,244 kilomètres; à la fin de l’année 1855, il s’élèvera à

10,000 kilomètres, et 170 stations télégraphiques fonctionneront pour la correspondance privée. Non-seulement toutes les préfectures, mais un nombre considérable de sous-préfectures seront reliées au réseau télégraphique. On songe à étendre les bienfaits des communications nouvelles à d’autres points encore, et l’on arrivera probablement à donner un bureau de correspondance à toutes les sous-préfectures situées sur le parcours des lignes télégraphiques.

Quant au tarif de la transmission des dépêches , il se résume par un article de la loi du 22 juin 1 854, qui porte que, pour une dépêche de un à vingt-cinq mots, il est perçu un droit cle deux francs dix centimes par myriamètre de distance. Audessus de vingt-cinq mots, cette taxe est augmentée d’un quart pour chaque dizaine de mots excédant.

Pour compléter le relevé de l’état actuel de la télégraphie I électrique dans les deux mondes, nous jetterons un regard ; rapide sur l’ensemble des lignes électriques qui fonctionnent en ce moment en Allemagne, en Belgique et en Italie.

La télégraphie électrique est assez avancée en Allemagne, j car ce pays suivit, un des premiers, la voie si heureusement ouverte par le génie américain. C’est , en effet , en Prusse que ! fut établie la première correspondance connue de télégraphie ' électrique. En juillet 1837, M. Steinheil établit à Munich une j communication électrique entre son observatoire et un faubourg , de Munich, sur une distance de plus d’une lieue (1). Ce fut là la première réalisation pratique, faite en Europe, du nouveau procédé de communication qui devait prendre bientôt une extension si rapide.

La première ligne allemande fut installée dans le duché de Hesse, entre Mayence et Francfort. Le succès de cette ligne

t (I) Voyez à ce sujet une note intéressante de M. Steinheil, dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences du 10 septembre I8as.

éveilla l'attention du gouvernement prussien, qui mit à profit le nouveau procédé télégraphique, pour lier le palais de Berlin avec celui de Potsdam. Aujourd’hui, le réseau télégraphique de la Prusse est de plus de six cents lieues ; sa longueur est presque double de celle du réseau français. Voici la liste des i principales lignes qui se trouvaient établies en Prusse au mois de juin 1850 :

1° De Berlin à Francfort, 180 lieues;

2" De Berlin par Cologne à Aix-la-Chapelle, par Potsdam, Magdebourg , Ochsers-Leben , Brunswick, Hanovre, Minden , Hamrn, Dusseldorf, Deutz, Cologne et Aix-la-Chapelle, 190 lieues;

5° De Dusseldorf à Elberfeld, 8 lieues;

/i" De Berlin à Hambourg, par 5\ ittemberg, Haguenau, Hambourg, 76 lieues;

.»” De Berlin à Stcttin, 36 lieues;

6" De Berlin à Oderberg (ville frontière de l’Autriche) , par Francfort, Liegnitz, Brest au, Oppeln, Kosel, Ratibor et Oderberg, 1 Vi lieues ;

7’ De Halle à Leipzig, et de Leipzig à Berlin et Francfort, 200 lieues ;

8^ De Berlin à Kœnigsberg , communiquant avec Sleltin et Swinemunde.

Le système adopté en Prusse est le télégraphe à cadran et à vocabulaire alphabétique, assez heureusement modifié par M. Siemens , de Berlin. La plus grande partie des fils est enfermée sous le sol , le reste est disposé sur le bord des grandes routes.

L’Autriche est en possession des lignes suivantes :

1° De Vienne à Prague, par Olmutz, 122 lieues;

2° De Vienne à Briinn, par Prague, 108 lieues:

3° De Vienne à Presbourg, 18 lieues;

(\° De Vienne h Oderberg, par Prévau, 75 lieues;

5° De Vienne à Trieste, par Bruck, Cilly et Laybach 146 lieues;

6° De Vienne à Salzbourg, par Linz, et communiquant ave» ! les lignes télégraphiques de Bavière, 80 lieues;

7° De Prague aux frontières de Saxe, et des frontières i Dresde ;

8° D’Oderberg à Cracovie; de Salzbourg à Inspruck d’Jnspruck à Bregenz; d’Inspruck à Botsen; de Steenbruck ; Agram.

Les lignes établies en Saxe sont :

1° De Leipzig à Hof, 48 lieues;

2° De Leipzig à Dresde, 32 lieues ;

3° De Dresde à Kœnigsten, 8 lieues;

4° De Dresde aux frontières de la Bohème, 14 lieues;

5° De Dresde à Hof, 48 lieues.

Les lignes de la Bavière sont établies :

1° De Munich à Salzbourg, 38 lieues;

2° De Munich à Augsbourg, 16 lieues;

3° D’ Augsbourg à Hof, par Nuremberg et Bamberg, 100 lieues ;

4° De Bamberg à Francfort , par Würzbourg et Aschaffenbourg, 64 lieues.

L’Allemagne a encore quelques autres lignes : celles de Menhein à Bàle, d’Aix-la-Chapelle aux frontières de la Belgique; de Hambourg à Cuxhaven, et de Brème à Bresnerhaven.

Les conditions libérales accordées aux États-Unis pour l’exploitation du télégraphe électrique n’ont pas été imitées en Allemagne. En Prusse et en Autriche, ce moyen de correspondre est la propriété exclusive et le privilège de l’État; cependant le gouvernement le met, sous son contrôle et sous sa surveillance, au service du public.

Les télégraphes électriques qui existent en Hollande et en

Belgique sont soumis aux mêmes conditions. Le télégraphe électrique belge est mis à la disposition des particuliers. Le tarif belge pour la transmission des dépêches est le suivant :

De Bruxelles à Malines, de 1 à 20 mots. .

2 fr.

• — Anvers .

— (J and .

/ml

— Ostende .

— Liège .

— Verviers .

— Quiévrain. . • .

En Hollande et en Belgique, la télégraphie électrique n’a reçu encore qu’une extension assez faible; elle suffît néanmoins pour que, dans ce moment, Londres, Vienne, Berlin et Bruxelles, soient rattachés par un lien électrique.

L’Italie n’est pas restée tout à fait en arrière des autres nations de l’Europe dans l’adoption du nouveau moyen de correspondance. Elle a créé quelques lignes qui sont encore d’un faible parcours, mais qui ne tarderont pas à s’étendre sur les nombreux chemins de fer auxquels on travaille en ce moment avec activité dans les divers États italiens. Les lignes électriques ont été installées en Toscane, en 1 847 , sous la direction de l'habile physicien, AL Matteucci. Elles existent ;

1" De Florence à Livourne ;

2" D’Empoli à Sienne;

3" De I’ise à Lucques ;

h" De Florence à Patro.

fies lignes n’embrassent qu’une étendue de 120 milles italiens, ou environ 00 lieues.

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