CHAPITRE IIL
L^abbé Cbappe. — Ses expériences télégrapliiques. — Établissement des premiers télégraphes aériens. — * La télégraphie aérienne établie en Europe.
Claude Chappe était fils d'un directeur des domaines de Rouen; il était le neveu de l'abbé Chappe d* Auteroche que son dévouement à la science a rendu célèbre , et qui, envoyé par l'Académie des sciences dans les déserts de la Californie pour observer le passage de Vénus sur le disque du soleil , y périt victime du climat de ces contrées. Claude €happe était né àBrûlon, dans le département de la Sarthe. Cadet d'une famille
nonabreuse, il entra dans les ordrçs. Il avait ojbtenu â Bagnolet , près de Provins , un bénéfice d'un revenu assez considérable , qui lui fournissait les moyens de se liyrgr à son goût pour les recherches de physique. Â Tàge de vingt ans, il faisait déjà partie de la Société philomatique, qui commençait #cette époque à prendre beaucoup d'importance.
La révolution française l'arrêta dans ses travaux. Il perdit son bénéfice et retourna à Brùlon au miUeu de sa famille f où il retrouva quatre de ses frères, dont trois venaient aussi de perdre leurs places. Dans ces circonstances, il lui vint à la penséetle mettre à profit quelques essais qui remontaient aux premières années de sa vie. Il espéra pouvoir tirer pavti , dans l'intérêt de sa famille, d'une sorte de jeu qui avait fourni des distractions à sa jeunesse.
L'abbé Ghappe avait été élevé dans un séminaire près d'Angers, tandis que ses frères étaient placés dans une pension à une demi-lieue du séminaire. Pour tromper les ennuis de la séparation et de la solitude, il avait imaginé une manière de correspondre avec eux. Une règle de bois tournant sur un pivot et portant à ses extrémités deux règles mobiles de nioitié plus petites, était l'instrument qui leur avait servi a échanger quelques pensées. Par les diverses positions de ces règles, on obtenait cent quatre-vingt-douze signaux qu'il était facile de distinguer avec une longuevue. Claude Chappe peqsa que l'on pourrait tirer un grand parti de ce mode de signaux , en l'appliquant sur une échelle étendue au% rapports du gouvernement avec les villes de l'intérieur et de la frontière. Il proposa, donc à ses frères de perfectionner, ce moyen de
correspondance et de Toffrir ensuite au gouvernement. Il fit adQ|)ter ses vues à sa famille, et décida ses frères à le seconder dans ses recherches.
Le système des règles mobiles , qui avait fonctionné heureusement lorsqu'il ne s'était agi que d'une correspondance entre deux points , rencontra des difficultés insurmontables quand on voulut multiplier les stations. On renonça donc a cette combinaison pour essayer l'électricité. Dans ses travaux de physique , l'abbé Chappe s'était surtout occupé d'électricité, et cet agent semblait si bien satisfaire à toutes les conditions du problème télégraphique , que des essais de cette nature étaient pour ainsi dire commandés. Son cabinet de physique permit d'entreprendre les expériences ; mais les frais qu'elles occasionnaient ne tardèrent pas à s'élever si haut , qu'il fallut vendre tous les instruments. D'ailleurs^ ces essais exécutés nécessairement avec l'électricité statique, n'amenaient aucun résultat avantageux.
On en vint alors à se senir d'un corps opaque, isolé dans l'atmosphère et qui , par son apparition et sa dispa* rition successives, indiquait l'instant précis de marquer le chiffre désigné par deux pendules placées aux deux stations et parfaitement concordantes entre elles. On put ainsi correspondre régulièrement et avec une grande promptitude à trois lieues de distance. Ces résultats furent parfaitement constatés par des expériences spé* ciales dont le procès-verbal existe encore , et qui furent exécutées en présence des officiers municipaux et des notables tlu pays , au château de Brûlon.
Muni de ces procès^-verbaux , l'abbé Chappe vint à Paris vers la fin de 1791, et après bien des difficultés
et des démarches , il obtint la permission d'élevet un de ses télégraphes sur le petit pavillon de gauche de la barrière de l'Étoile. Deux de ses frères le secondaient dans ces expériences qui donnaient les meilleurs résultats. Mais une nuit plusieurs hommes masqués envahirent le pavillon et enlevèrent le télégraphe.
Cette mystérieuse disparition de leur machinje , qui n'a jamais été bien expliquée , découragea les inventeurs et refroidit leur zèle. Ils auraient probablement renoncé pour jamais à Tentreprise sans un événement qui vint leur rendre quelque espoir. L'aîné des frères Chappe fut nommé , par le département de la Sarthe , membre de l'Assemblée législative. Comptant dès lors sur le crédit du nouveau député , l'abbé Chappe retourna à Paris, et il obtint l'autorisation d'établir un autre télégraphe dans le beau parc que Lepélletier de Saint^Fargeau possédait à Ménilmontant. Ce nouvel appareil consistait en une sorte de grand tableau de forme rectangulaire qui présentait plusieurs surfaces de couleurs différentes et dont Taxe pivotait de telle sorte que ces sufaces paraissaient et disparaissent à Volonté. Ce n'était pas encore là , comme on le voit, le télégraphe actuel ; c'est néanmoins la disposition qui a servi de modèle au télégraphe aérien aujourd'hui en usage en Angleterre et en Suède.
Les frères Chappe travaillaient avec ardeur à perfectionner et à régulariser lejeu de cet instrument, lorsqu'un matin, au moment où ils entraient dans le parc, ils virent accourir vers eux le jardinier tout épouvanté, qui leur cria de s'enfuir. Le peuple s'était inquiété du jeu perpétuel de ces signaux ; on avait vu là une machination suspecte, on avait soupçonné quelque cop*
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respondance secrète avec le roi et les autres prisonniers du Temple, et Ton avait mis le feu à h machine. Le peuple menaçait de jeter aussi les mécaniciens dans les flammes. Les frères Chappe se retirèrent consternés.
Cependant Claude Chappe ne se laissa point abattre. n voulut poursuivre jusqu'au bout une découverte dont la première pensée lui appartenait. Pour la troisième fois, il demanda l'autorisation d'établir de nouvelles machines à ses frais et il l'obtint par le crédit de son frère le député. Il disposa donc trois postes, dont l'un fut placé à Ménilmontant , l'autre à Écouen , village situé à cinq lieues de Paris, et le troisième à Saint- Martin-du-Tertre , à quatre lieues d'Ecouen. C'est a cette époque que furent arrêtées entre les frères Chappe les dispositions et les combinaisons du télé" graphe actuel. Le mécanisme des trois règles mobiles et le vocabulaire qui se rapporte à ces signaux furent alors mis en pratique pour la première fois.
Quand les stationnaires furent convenablement exercés à toutes les manœuvres de la ligne , l'inventeur demanda au gouvernement l'examen public de sa découverte. Un an s'écoula sans amener de réponse. En d'autres temps peut-être ce retard eût été indéfini, et le projet de Chappe , enseveli dans les cartons poudreux d'un ministère , serait resté à jamais oublié. Mais à une époque où plusieurs armées éparses sur divers points éloignés du territoire avaient besoin de pouvoir communiquer librement et rapidement entre elles, un agent de correspondance précieux à tant d'égards devait appeler l'attentioii des dépositaires dé l'autorité publique. Un député, nommé Romme, qui avait quelques notions de sciences , découvrit l'exposé de
Ghappe dans les bureaux du comité de rinstruelion publique. Frappé de la lucidité de ce travail et en comprenant toute l'importance, il le signala avec éloge au comité. Nommé rapporteur du projet, le 4 avril 1793, il monta àla tribune le mémoire de Ghappe àlamain,etoblint de la Convention qu'une somme de six mille francs fût consacrée à l'essai de ce système télégraphique.
Les expériences eurent lieu le 12 juillet suivant. Daunou et Lakanal , commissaires de la Gonvention , se tenaient à Sarnt-Martîn , l'un des postes extrêmes, avec Abraham Ghappe ; Arbogast et quelques autres députés se trouvaient , avec l'abbé Ghappe , à Ménilmontant. Les expériences durèrent trois jours. A la distance de sept lieues, toutes les dépèches furent transmises avec une précision et une promptitude extraordinaires. De retour à Paris, les commissaires firent à la Gonvention un rapport qui détermina l'assemblée à ordonner l'établissement d'une ligne télégraphique de Paris à Lille. L'abbé Ghappe fut chaîné du soin d'organiser cette première ligne ; la Gonvention crut devoir l'honorer à cette occasion du titre peu euphonique d'ingénieur télégraphe.
Les travaux pour la construction de cette ligne durèrent plus d'une année. Nous n'avons pas besoin de dire quels obstacles il fallut surmonter , quelles ressources , quelle activité il fallut déployer dans l'organisation d'un système si nouveau. Ces difficultés ne pouvaient être vaincues que par le courage , la persévérance et l'accord d'une famille intéressée au succès d'une création dont la gloire devait lui revenir tout entière.
La ligne télégraphique fut inaugurée par l'annonce
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d'une victoire. Dans la séance du 30 novembre 1794, Garnot apporta à la Convention la nouvelle expédiée par le télégraiphe de la prise de Condé sur les Autridiiensi. Aussitôt les applaudissements éclatèrent sur tous les bancs de l'assemblée. La Convention transmit immédiatement cette réponse : « L'armée du Nord a bien mérité de la patrie. » Elle envoya en même temps un décret par lequel le nom de la ville de Condé était changé en celui de Nord^Libre. La dépêche , la réponse et le décret furent transmis avec une telle promptitude, que les ennemis crurent que la Convention elle-même siégait au milieu de l'armée*
En 1708^ on construisit la ligne de Strasbourg. En l'an YII, le Directoire commença la ligne du Midi, qui s'arrêta i Dijdn et ne fut pas mise immédiatement en activité. En 1805, Napoléon décréta la ligne de Paris i Milan. Celle de Lyon à Toulon a été construite sous la Restauration. Toutes ces lignes ont été organisées par les frères Chappe, qui furent mis dès le début à la tête de l'administration des télégraphes.
L'abbé Chappe est mort sous l'empire , à la suite d'un diner de savants. Les convives étaient un peu animés; il se laissa choir dans un puits qu'il n'avait pas aperçu. Il eut la fin de l'astrologue de la Fable, avec lequel il n'est pas sans avoir eu quelque ressemblance durant sa vie.
Ses deux frères René et Abraham restèrent, après lui, a la tête de radministration jusqu'en juillet 1830, époque à laquelle le gouvernement provisoire les mit à la retraite. Abraham Chappe fut destitué pour avoir refusé, le 31 juillet 1830, de faire passer dans les départements les dépêches du gou-
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vernement provisoire, René Chappe fut renvoyé tout simplement parce que Toa avait besoin de sa place. H avait cepen4ant prêté serment au gDuvernement nouveau, « comme j'en avais prêté dix autres, » ajoute* t^l assez piteusement dans sa brochure publiée enlSAO au Mans, où il s'était retiré.
II. faut convenir que, dans cette affaire , la sévérité fut poussée jusqu'à l'ingratitude. Le nom des Chappe est une des gloires de la France; leur découverte a excité l'envie et l'admiration de rEur(^; ils avaient épuisé leur fortune dans de longues et dispendieuses études ; ils avaient donné à l'administration quarante ans de leur vie ; ils avaient donc bien acquis le droit de mourir à leur poste* Si quelquefois les gouvernements sont ingrats, la conscience publique se mobtre plus fidèle au souvenir de nos gloires nationales. Quand on entre dans le cimetière de l'Est, on «perçoit, dan« un coin retiré, un m^ument trè^ simple qui port© pour tout emblème un télégraphe de fonte : c'est la tombe de l'abbé Chi^ppe. Les hommes n'ont pas élevé d'autre monument a sa mémoire; mais celui*là suffira, dans sa simplicité éloquente, pomf rappeler le nom du sauvant laborieux et modeste dont la vie n'a pas été sans influence sur nos <testinées contemporaines.
La découverte du télégraphe français produisit en Europe une sensation très vive ; tous les peuples étrangers s'empressèrent de l'adopter ou de l'imiter. Notre télégraphe fut établi en Italie et en Espagne. Dans les pays septentrionaux , les brumes particulières à ces climats rendent difficilement visibles les signaux sdloo^ . gés; on préféra se servir de volets m(Ailes,dont les^ iorobinaisonssont assez variées pour offrir une niulr
titudede signaux. Oa a vu d'aiileuis que Chappe avait pendani^quelque ten^s, employé cette disposition. En Angleterre et en Suède, les télégraphes aériens sont construits d'après ce système.
Le télégraphe suédois construit par M. Elndelerantz se compose d'un grand cadre offrant des volets placés à égale distance , et disposés sur trois rangées verticales; chacun de ces volets est fixé sur un axe mobile; ils peuvent prendre une position horizontale ou ver-» ticale, et en ^'ouvrant ou se feignant de cette manière, ils forment mille vingt-quatre signaux qui suffisent aiu^ besoins de la correspondance. Les premiers essais du télégraphe suédois furent faits entre Rrottninghoim et Stockholm le 30 octobre 1794. En 1790, o^ disposa trois télégraphes pour servir a la corroda* dance des^ deux hprds d'Alatid, à la dfe tance ile 8 lieuen de France.
Le télégraphe suédois étail à peine établi, que Ls gouvernement anglais en adopta un à peu près sem* blable, qui fut élevé en 1796 sur l'hôtdl de l'Amirauté. C'était une sorte de grille remplie de six volets très rapprochés. Mais cette disposition , qui expose trop aisément à confondre entre eux les signes placés i côté ou au-dessus les uns des autres, jointe d'aîlr leurs à l'existence habitiielle des brouillards «ous le climat si défavorable de l'Angleterre, empêcha de retirer du télégraphe tous, les avantages qu'on m obtient dans les pays méridionaux. On a prétendu que* le premier télégraphe établi à Londres en 179ë ne pouvait servir que vingt-cinq jours au plus dans l'année. Diverses modifications apportées à cet appareil ont amélioré, depuis celte époqiie , l'étuL de la
télégraphie aérienne , sans Tamtener cependant à un degré suffisant de valeur. C'est précisément en raison des insuccès répétés de la télégraphie aériienne que la télégraphie électrique devait plus tard prendre en Angleterre un essor si rapide.
La découverte française se répandît plus lentement en Allemagne. Bergstrasser , qui n'abandonnait pas aisément la partie, dépeça, mutila le télégraphe français, et en fit une machine assez informe qui ne put jamais être employée. Il allait chercher toutes les raisons du monde pour donner le change à ses compatriotes sur le mérite de l'invention française. Et parfois il rencontrait de singuliers argum^its. « Au reste, dit-il dans un ouvrage dédié à l'empereur François II, je pense que les Français n'emploient pas leur télégraphe à autre chose qu'à un but politique : on s'en sert pour amuser les Parisiens, qui, les yeux sans cesse fixés sur la madiine , disent : /{ f>a , il ne va pas. On profite de cette occasiop pour détourner l'attention de l'Europe, et en venir insensiblement à ses fins.» Cependant on ne tint pas compte d'aussi bonnes raisons, et le télégraphe ^e Chappe est le seul appareil aérien qui fonctionne aujourd'hui dans les Etats allemands.
Le télégraphe aérien fut un moment sur le point de s'installer en Turquie. L'ambassadeur ottoman fit demander pour son -souverain un modèle de télégraphe au gouvernement français. Les appareils furent, envoyés, mais personne à Constantinople ne put réussir à les faire fonctionner.
La découverte de Chappe devait trouver en Egypte un accueil plus heureux. Méhémet-Ali , désireux de
doter son pays de cette nouvelle conquête de la civilisation européenne , chargea un ingénieur, M. Abro, d'établir une ligne télégraphique du Caire à Alexandrie. On fit venir de France les modèles, les lunettes d'approche et tous les instruments nécessaires. M. Abro, accompagné de M. Coste, un des ingénieurs du prince, fit la reconnaissance des lieux et présida à la construction des tours. La ligne télégraphique créée par Méhémet-Ali fonctionne très bien aujourd'hui en Egypte; on reçoit en quarante minutes à Alexandrie les nouvelles du Caire au moyen de dix-neuf stations. La télégraphie a rencontré plus de difficultés en Russie ; ce n'est guère qu'en 1834 qu elle a pu s'y établir d'une manière définitive. Cependant l'utilité d'un tel agent de correspondance se faisait sentir en Russie plus que dans toute autre partie de l'Europe . L'immenseétendue de cet empire est un obstacle continuel à la transmission des ordres envoyés de la capitale ; il faut des mois entiers pour les faire parvenir et pour assurer leur exécution. La distance qui sépatre les divers peuples soumis à l'autorité du czar est si considérable, qu'ils ne peuvent former entre eux de relations suivies, et qu'ils sont pour k plupart comme étrangers les uns aux autres. Toutes ces circonstances devaient donner à l'établissement dé la télégraphie chez les Russes un prix inestimable. Aussi l'empereur attachaitil la plus haute importance à cette question. Malheureusement les résultats répondirent mal à son impatience et à ses désirs. Un grand nombre de personnes avaient essayé à Saint-Pétersbourg deconstruire des télégraphes, mais leurs tentatives avaient été si mal combinées, qu'il en reste à peine quelques traces. Noos ne
connaissons de ces essais infructueux que l'esquisse de machine télégraphique qui fut proposée au czar par l'abbé HaCiy, connu par sa méthode d'éducation des aveugles. Dans une brochure publiée eu 1806, Haùy annonce : < qu'il vient d'appliquer heureusement sa 3> méthode à la composition d'un système et d'une » machine télégraphique dont il a accommodé le ser- » vice exprès pour l'usage de l'empire de Russie. » Il est assez difficile de comprendre comment une méthode imaginée pour des aveugles peut servir â apercevoir des signaux à de grandes distances. Cette idée n'eut aucune suite.
Les journaux annoncèrent en 1808 qu'unM.Volque allait enrichir Saint - Pétersbourg d'un télégraphe aérien. Cet appareil devait mal remplir les vues du gouvernement, puisque son auteur crut devoir l'année suivante le transporter à Copenliague. Cependant, en 1809,1e consul de Danemarck fit au gouverne- ^lent français la demande d'un télégraphe, ce qui ne plaide pas en faveur de l'appareil imaginé par M. Volque,
Tous les essais entrepris en Russie pour la création des lignes télégraphiques avaient donc édioué, et depuis trente ans une commission officielle instituée en vue de cette question n'avait encore absolument rien produit, lorsqu'en 1832 un ancien employé de la télégraphie française vint proposer au czar de doter son empire du moyen de correspondance depuis si longtemps cherché. C'était M. Chatau, qui, au moment de la révolution de juillet, avait été destitué avec Abraham Chappe. Le système qu'il imagina est une modification du télégraphe de Chappe qui a pour principal avantagede diminuer le nombre des signaux. M. Chatau a établi en
Russie deux lignes de télégraphie aérienne, Tune de huit postes entre Saint-Pétersbourg et Cronstadt, et une seconde de cent quarante-huit postes entre Saint-Pétersbourg et Varsovie. La première a été ouverte à la fin de février 1834 , la seconde à la fin de mars 1839.
La ligne télégraphique de Varsovie est la plus étendue de l'Europe. Elle a 300 lieues de longueur. Son organisation est entièrement militaire. Chacun des postes renferme une chambre à coucher, une cuisine , deux remises, une cav#, une vaste cour, un jardin et un puits. Quatre employés sont attachés au service de chacune des stations. Cette ligne donne d'excellents résultats ; M. de Barante et le général Lamoricière ont rendu témoignage des parfaites conditions du service organisé par M. Chatau. Après avoir doté la Russie de cet établissement remarquable , notre compatriote est rentré en France honoré d'une pension de l'empereur;