‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes (volume 4)Chapitre 12 sur 33 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Déeoiif«rte de rtiectro-magnétisme; — Son application au jeu des téiëgrapbes. — Etablissement de la télégraphie éleetrique auxEtats-Unia. —Télégraphe de M. Morse.— La télégraphie électrique en Anglelerre. -^Télégraphe à cinq aiguilles de M. Wheatstone. — Télégraphe à cadran. ^ Télégraphe à double aiguille. ^ Etat actuel de la télègrapliie âêctriqne eo Angleterre.

Tous les essais entrepris avant les premières années de notre siècle pour appliquer l'électricité au jeu des télégraphes ne s'écartaient guère , comme on Ta vu , des conditions d'une belle utopie philosophique. L'électricité statique est un agent si capricieux, si difficile à manier, que l'on ne pouvait raisonnablement en espérer aucim avantage sérieux dans un service régulier et continu. La découverte de la pile de Volta vint changer profondément la face de cette question. On sait que la pile électrique , découverte par Volta en 1800 , est un instrument qui fournit une source constante d'électricité, électricité sans tension, c'est-à-dire qui n'a aucune tendance à abandonner ses conductetu's. La pile voltaïque offrit'donc un moyen de faire agir ce fluide à travers un espace très étendu sans déperdition pendant le trajet.

Il restait cependant à remplir une condition capitale : il fallait rendre sensible à distance la présence de rélectricité par une action mécanique ou physique d'une intensité suffisante. Ce dernier pas fut heureusement franchi par la découverte bien connue du physicien danois (Ersted. Dans l'année 1820, (Ersted dé-

couvrit ce fait fondamental, que les courants électriques produits par la pile de Volta ont la propriété d'agir sur l'aiguille aimantée et de la détourner de sa position naturelle. Si Ton fait circuler autour d'une aiguille aimantée un courant vol ta'ique, on voit aussitôt l'aiguille dévier brusquement, osciller pendant quelques instants , et abandonner sa direction vers le nord. La possibilité d'appliquer ce fait remarquable à l'art télégraphique fut bien vite saisie par les physiciens. Voici, en effet, ce qu'écrivait Ampère très peu Ae temps après la découverte d'Œrsted : « D'après le succès de cette expérience, on pourrait, au moyen d'autant de fils conductem*s et d'aiguilles aimantées qu'il y a de lettres, et en plaçant chaque lettre sur une aiguille différente , établir, à l'aide d'une pile placée loin de ces aiguilles, et qu'on ferait communiquer alternativement par ses deux extrémités à celles de chaque fil conducteur, une sorte de télégraphe propre à écrire tous les détails qu'on pourrait transmettre , à travers quelques obstfeicles que ce soit , à la personne chargée d'observer les lettres placées sur les aiguilles. En établissant sur la pile un clavier dont les touches porteraient les mêmes lettres, et établiraient la communication par leur abaissement, ce mi^rcR de correspondance pourrait avoir lieu avec assez de facilité , et n'exigerait que le temps nécessaire pour toucher d'un côté et lire de l'autre chaque lettre (1). »

Le principe de la déviation de l'aiguille aimantée par l'influence d'un courant électrique a servi, en eflfet, à construire deux télégraphes ; ceux de Riehtie et

(i) Annatei de phyêique et de chimie^ t. XV, p. 72.

d'Alexander d'Edimbourg. Cependant ces appareils présentaient un vice capital, qui devait singulièrement en compliquer le jeu : c'était la nécessité d'employer un grand nombre de ûls métalliques pour indiqueriez diverses lettres de l'alphabet. Le télégraphe proposé par Alexander exigeait trente fils de cuivre. Ainsi le problème n'était pas encore résolu, et la télégraphie élëe* trique, pour atteindre son point de perfection, récla^ mait de nouvelles découvertes dans les propriétés de l'agent électrique. Elles ne se firent pas attendre.

£n 1820, M. Arago observa ce fait fondamental, que l'électricité circulant autour d^une lame de fer doux, c'est-à-dire de fer parfaitement pur, communique à ce métal les propriétés de l'aimant. Si l'on enroule autour d'une lame de fer doux plusieurs tours de fil de cuivre, et que l'on fasse passer dans ce fil un coiu*ant électrique, en le mettant en communication avec une pile en activité , aussitôt la lame métallique est aimantée, c'est-à-dire qu'elle acquiert la propriété d'attirer, comme l'aimant, un morceau de fer. L'aimantation cesse dès que l'on interrompt le courant, de telle sorte qu'en établissant et rompant alternativement la^communication avec la .pile, on peut successivement donner et enlever au fer son aimantation «

C'est sur cç fait capital de l'aimantation temp<Hraire du fer par lef courants électriques qu'est fondé le principe essentiel de la télégraphie électrique moderne. Supposons en efii^t qu'il s'agisse d'établir une communication électrique entre Paris et Rouen ^ Plaçons à Paris unç pile vol laïque en activité, étendons jusqu'à Rouen le fil conducteur de la pile et enroulons à Rouen l'extrémité de ce fil conducteur autour d'une lame de h 11

fer doux. Le fluide électrique, en circulant autour de la lame de fer, l'aimantera, et si Ton place au-devant de cette lame ainsi artificiellement aimantée un disque de fer mobile, aussitôt ce disque sera attiré et viendra se coller contre l'aimant. Maintenant, que l'on interrompe le courant électrique , en supprimant la communication du fil conducteur avec la pile : aussitôt la lame de fer doux revient à son état habituel, elle cesse d*ôtre aimantée , elle n'attire plus le disque de fer. Or admettons que , pour se porter vers l'aimant , la pièce de fer ait eu à vaincre la résistance d'un petit ressort ; dès que le courant sera interrompu , le petit ressort ramènera la pièce de fer mobile à sa position primitive, puisque la puissance de l'aimant ne CQntre-balancera plus la tension du ressort. Ainsi, chaque fois que Ton établira et que l'on interrompra le courant, la pièce de fer sera portée en avant, puis repoussée en arrière ; parla seule action de la pile, on pourra exercer de Paris à Rouen une action mécanique qui donnera naissance à un mouvement de va-et-vient.

L'aimantation temporaire du fer par l'influence d'un courant électrique donne donc le moyen d'exercer, à travers l'espace, un efiet d'attraction et de répulsion; la pile voltaïque permet, à travers toutes les distances, de mettre' un levier en mouvement. Tel est le principe fondamental de la télégraphie élec trique .*En effet , ce mouvement de va-et-vient une fois produit, la mécanique nous offre vingt moyens différents d'en tirer parti pour rappliquer au jeu des télégraphes.

Rien de plus varié que le^ procédés que l'on a mis en œuvre pour utiliser cette action mécanique. Les différentes combinaisons imaginées pour l'application

de réiectricilé à l'art des signaux ont doimé naissance à autant de télégraphes particuliers , qui , bien qu'identiques dans leur principe, diffèrent cependant beaucoup entre eux par les détails secondaires de leur mécanisme. Nous n'entreprendrons pas la tâche beaucoup trop longue de décrire en particulier chacun île ces instruments. Les personnes que cette question in* téresse trouveront la description des divers appareils de ce genre dans le traité spécial publié sur cette matière par M. Moigno. Il nous suflSra d'exposer, selon l'ordre historique, la constitution des systèmes de télégraphie électrique établis successivement aux États-Unis, en Angleterre, en Allemagne et en France. Le télégraphe électrique, qui fonctionne depuis sept ans aux États-Unis, a été imaginé et construit [par M, Samuel-Morse, professeur à l'université de New- York. M. Morse a été longtemps regardé comme le premier et le seul inyenteur du télégraphe électromagnétique. Cette gloire lui est cependant disputée aujourd'hui par de nombreu:;^ rivaux. On nous per* mettra de ne pas toucher ici à cette question de priorité, débattue de part et d'autre avec une passion infatigable. Il est bon , il est juste de rapporter à leur véritable auteur la gloire de ces découvertes immortelles qui changeront un jour les destinées de l'humanité;, mais quand une question de ce genre est obscure, complexe, hérissée de diflScultés de toute espèce, il est permis d'ensuspendre l'examen. M. Wheatstone disait en 1838 qu'il avait recueilli pour sa part les noms dç soixante-deux prétendants à la découverte du télégraphe électro-magnétique. Jusqu'à plus ample informé, nous nous en tiendrons aux

allégations de M. Morse, en laissant toutefois reposer sur lui la responsabilité de ses assertions.

M. Morse , qui prétend à l'honneur d'avoir le premier conçu ridée de la télégraphie électrique telle qu'elle est établie aujourd'hui , assure qu'il a imaginé son télégraphe électro-magnétique le 1^ octobre 1832. Il revenait de France aux États-Unis, à bord du paquebot le Suïly, Dans une conversation avec les passagers^ on parla de l'expérience de Franklin , qui avait vu Féleclricitè franchir, dans un instant inappréciable, la distance de deux lieues. Il lui vint aussitôt a la pensée que, si la présence de l'électricité pouvait être rendue visible dans une partie du circuit voltaïque, il ne serait pas difficile de construire un système de signaux par lesquels une dépêche serait instantanément transmise. Pendant les loisirs de la traversée , cette idée grandit dans son esprit ; elle devint fréquemment l'objet des conversations du bord. 0n lui opposait difficultés sur difficultés, il les surmontait toutes. Au terme du voyage , lé problème pratique était résolu dans sa pensée. En quittant le paquebot, M. Morse s'approcha du capitaine William Pell, et lui prenant la main : « Capitaine, lui dit-il, quand mon télégraphe sera devenu la merveille du monde , souvenez-vous que la découverte en a été faite abord du paquebot le Sully, »

Une semaine après son retour , M. Morse s'occupa de préparer les bases pratiques de son système de télégraphie; cependant, en raison de difficultés et de longueurs aisées à concevoir, ce ne fut que cinq ans après qu'il put l'établir. Les premières expériences qu'il exécuta, à l'invitation du Congrès des Etats-Unis, eurent lieu le 2 septembre 18S7 , sur 4me distance

de quatre lieues , en présence d'une commission de rinstitut de Philadelphie et d'un comité pris dans le sein du Congrès. Sur les rapports extrêmement favorables de ces deux commissions, le Congrès, par un acte passé le 3 mars 1813, accoi*da une somme de 30,000 dollars (150,000 fr.) pour dé nouvelles expériences sur une échelle plus étendue. C'est à la suite de ces derniers essais , dont les résultats furent sans réplique, que le système télégraphique de M. Morse, fut établi tel qu'il existe aujourd'hui aux Etats-Unis. Il commença à fonctionner régulièrement dans les premiers mois de l'année 18ii.

Il sera utile, avant d'aller plus loin, de donner une description succincte du télégraphe électronnagnétique américain.

A la station ou les dépêches doivent être reçues, se trouve un aimant temporaire de fer doux, ayant la forïne d'un fer -à cheval , autour duquel vient s'enrouler l'extrémité du fil conducteur du télégraphe. Une pièce de fer mobile est placée en regard de cet aimant, et est attirée vers lui lorsque passe le courant électrique. Cette pièce de fer mobile est armée d'un petit levier recourbé qui porte un crayon. Sous ce crayon est un ruban de papier qui marche continuellement à l'aide de rouages d'horlogerie. D'un autre côté, à la station d'où partent les dépêches, il existe une pile voltaïque en communication avec le fil conducteur ; ce fil est interrompu sur un point de son trajet, à peu distance delà pile. Les deux extrémités disjointes du fil conducteur sont plongées dans deux coupes contiguës contenant du mercure, de telle manière qu'on peut établir ou interrompre à volonté le courant, en ï. 11.

plongeant ces extràmités dans la coupe remplie de mercure ou en les retirant. Quand on établit le courant électrique y ce qui se fait en plongeant les deux extrémités du fil dans les deux coupes, le fer à dieval est instantanément aimanté; il attire à lui la pièce de fer doux et, par ce mouvement, le crayon vient porter sur le papier tournant ; quand le circuit est interrompu, le magnétisme du fer à cheval disparait, et le crayon s'éloigne du papier. Lorsque le circiut est ouvert et fermé rapidement , il se produit sur le papier de simples points ; si au contraire il reste fermé pendant un certain temps, la plume trace une ligne d'autant plus longue que la durée du circuit a été plus prolongée; enfin, rien n'est tracé sur le papier tant que le courant est interrompu. Ces points , ces lignes et ces espaces blancs conduisent ^ une grande variété de combinaisons. M. Morse a construit un alphabet à l'aide de ces éléments. C'est ainsi que l'on écrit :

A B C D E,etc.

Le télégraphe américain est, comme on le voit, un instrument qui écrit lui-même les dépêches qu'il transmet. C'est évidemment une disposition des plus avantageuses en ce que le texte même du message peut être conservé et reproduit , s'il est nécessaire, avec toutes les conditions voulues d'authenticité. En outre, la présence d'un employé à la station où la dépèche est expédiée n'est pas absolument nécessaire, puisqu elle s'imprime elle-même sans que l'on ait besoin de surveiller son inscription. Le premier modèle de ce genre de télégraphe, construit par M. Morse, employait un crayon de mine de plomb. Gomme il fallait

TÉLIÉGRAPHIE ÉLBGTRIQUfi. 127

à chaque instant aiguiser ce crayon, on le remplaça par une plume à laquelle un réservoir fournissait « constamment de Tencre. Cette plume donna d'assee bons résultats, mais l'écriture parut confuse ; d'i^il* leurs ,^si la plume s'arrêtait quelque temps, l'encre s'évaporait et laissait dans la pbune un sédiment qu'il fallait reljrer avant de la mettre de nouveau en activité. Ces difficultés forcèrent l'inventeur à recher<^her d'autres manières d'écrire. Après bien des expériences, il s'arrêta à l'emploi d'un levier d'acier à trois pointes, qui imprime sur le papier tournant des traces très nettes et très durables. Ces pointes métalliques laissent sur le papier, qui est très épais ^ des marques qui ne le percent pas , mais qui s'y impriment en r^ief , comme les caractères à l'usage des aveugles (1),

M. Morse avait d'abord enfoui sous terre les fils de fer qui forment les conducteurs, en les enveloppant d'une substance isolante. Il eut plus tard l'idée de les placer le long de la voie des chemins de fer, en les sQutenant en l'air à l'aide de poteaux . Commocette disposition si avan-

(1) L*empIoi du crayon est évidemment.bien préférable à celui de ces pointes d'acier auquel M. Morse a été contraint d'avoir recours par suite de la difficulté qu'il a éprouvée à faire retailla' le crayon à mesure qu'il s'use par le Iravail. M. Froment a parftUement résolu ceUe di^culté. II a construit un appareil de ce genre portant un crayon qui se taille luimême en écrivant, parce qu'il tourne continuellement sur son axe, tout en exécutant ses mouvements ; ce frottement contre le papier use le crayon daiw le sens oonvenable pour l'entretenirconstamment taillé. Les signes formés par ce télégra[Àe présentent la forme suivante :

MWV \J\MAm — f\J\m J\JL. '~'UJnJV\AAAfl/V\-Ji/VU JW VU"

D'après le nombre de ces traits, on peut construire un alphabet en chiffres qui suffit à toutes les nécessités de la correspoudanee.

tageusea été adoptée dqjuis pour la plupart des lignes télégraphiques, nous la décrirons en quelques mots. Voici donc comment le fil conducteur est élevé et soutenu le long de la voie. Des poteaux de bois, solidement plantés à la distance de vingt ou trente mètres, supportent le fil à la hant^ir de deux ou trois mètres au-dessus du sol. Sur ces poteaux sont placées des plaques de porcelaine , de verre ou de terre cuite , destinées à isoler lé fil, et qui sont protégées cpntre la pluie par de petits toits de zinc ou de fer; car, s'il arrivait que les poteaux fussent mouillés, et que les supports isolants le fussent aussi, Tisolement serait iraparfttit, il s'établirait des courants dérivés, et il faudrait des piles beaucoup plus énergiques pour conserver au courant principal une intensité suffisante. De cinq cents mètres en cinq cents mètres, on place des poteaux plus forts, que Ton appelle poteaux de traction^ sur lesquels on établit des espèces de cabestans propres à tendre le fil et à prévenir de trop grandes inflexions. •

Cependant cette disposition pour la pose des fils conducteurs n'est pas la seule adoptée aux États- Unis. Comme on recherche avant tout l'économie, dans le but de multiplier autant que possible les lignes, on prend en général la voie la plus courte, et l'on n'hésite pas à placer les conducteurs sur le bord des grandes routes, ou même à travers champs. Sur le trajet des routes , le fil est soutenu, comme le long de la voie des chemins de fer, par des poteaux de bms de sapin. Si la ligne prend à travers la campagne , on utilise souvent les arbres sur pied ; on élague les branches, et le tronc, resté debout, sert de support au fil télégraphique. S'il se rencontre une rivière,

un bras de mer ([u'on ne puisse franchir, on recouvre le fli de gutta^perchay et on le place tout simplement sous l'eau. C'est ainsi que le télégraphe dé New-York à Washington possède seize lieues de fils plongés dans l'eau salée. Le gutta-pereha étant une substance très adhésive et qui Jouit d'ime propriété isolante très prononcée, on n'a rien à redouter sur la dissémination du fluide électrique dans l'eau salée. Comme les fils établis dans les champs ont besoin d'être surveillés, on a intéressé à leur conservation les propriétaires des terrains traversés, en leur accordant la faculté de transmettre gratuitement les dépêches qui les concernent. En retour de cet avantage dont ils sont très jaloux, ils gardent et surveillent avec soin la portion de ligne établie sur leurs terres.

La télégraphie électrique occupe aux États-Unis une étendue immense ; elle relie le golfe du Mexique aux forêts du Canada. L'une des lignes télégraphiques partan t de Burlington-Vermont, sur la frontière du Canada, traversé Boston , New-York et Washington , en passant par Baltimore et Philadelphie; elle parcourt la Virginie, la Caroline, la Géorgie, et descend par Richemond, Raleigb, Colombia, Augusta et Mobile jusque vers le golfe du Meiique , et jusqu'à l'embouchure du Mississipi , \ qu'elle atteint à la Nouvelle- Orléans. Une seconde ligne principale part de cette dernière ville et remonte les vallées du Mississipi et de l'Ohio jusqu'à Louisville. Quelques autres partent des côtes de l'Océan pour se diriger vers le centre du pays , en remontant vers les grands lacs qui le bornent au nord. La ligne de Burlington-Vermont présente une étendue considérable , en raison de la grande distance

1^0 DÉCOUVERTES MODEHNES.

qui sépare les viUes qu'elle doit relier. Entre Butlington-Vermont elBostoo, elle a 116 lieues à parcotirir ; entre Boston et New-York , 102 lieues ; entre New-York et Washington , 1 37 lieues ; entre Washington et Colombia , 205 lieues ; entre Colombia et la Nouvelle-Orléans , A65 lieues. La ligne de la Nouvelle-Orléans à Louisville présente , y compris les embranchements , une étendue de iôO lieiies.

Depuis l'année 18i5<, dans tous les États de rUni<»i américaine,le télégraphe électrique a été mis à la disposition du public. Au mois de décembre iShi, M. Morse écrivait au Congrès des États-Unis pour l'engager à s'emparer de sa découverte dahs un but d'intérêt général et comme source importante de revenu pour le Trésor. Quelques mois après, le Comité des routes^ dans un rapport au Congrès, concluait au monopole dû télégraphe électrique par l'État^ en le considérant comme une branche nouvelle du post^offiee (poste aux lettres), et par suite, comme un cas prévu par la constitution. Mais l'ei^istènce d'un tel monopole ne s'accordait pas avec les habitudes et les mœurs libérales de la répid)lique américaine. Le Congrès rejeta cette proposition, et abandonna a la concurrence industrielle l'exploitation du service général de la télégraphie nouvelle. Le gouvernement se réser\a seulementl'usage d'un ou deux fils sur les Ugnes établies. Aussi la concurrence n'a-t-elle pas tardé à multiplier singulièrement le nombre des lignes et à perfectionner les appaieils ; entre certaines villes il existe quelquefois deux étabUssements rivaux pour l'exploitation de la correspondance électrique. Toutes ces circonstances ont contribué adonner, aux Etats-Unis,

une extension remarquable à la télégraphie électrique, et depuis plusieurs années elle rend au commerce, à l'industrie, aux relations privées dçs citoyens, des services qui sont de tous les jours et de tous les instants. Grâce à cet agent merveilleux, les commerçants américains sont instantanément informés du départ et de l'arrivée des navires dans les ports de rOcéan ,des mercuriales, du prix des colons çt des cafés dans les différentes villes, du littoral et de Tintérieur. Les producteurs du pays qui expédient des Mes, des cotons, des bestiaux et des fourrures parles fleuves rOhio et le M ississipi , sont avertis , pendant tout le cours de cette longue navigation , des différentes particularités et des accidents qui peuvent signaler le voyage, des variations du temps pendant la traversée, et enfin du moment précis de l'arrivée des bateaux. Les particuliers ont aussi recours au télégraphe électrique dans un grand nombre de cas où son usage nous surprendrait beaucoup : par exemple, pour transmettre des mandats de paiement; en un mot, le télégraphe électrique est pour eux une seconde poste aux lettres, qui souvent n'est guère moins occupée que son aînée. Aussi la plupart des ligne» télégraphiques, surtout dans les villes importantes telles que New- York, Boston et Washington, sont-elles pfesque toujours employées au service du public ; il faut souvent attendre plusieurs heures son tour de transmission , et il arrive quelquefois que les bureaux doivent rester ouverts une partie de la nuit. Les journaux américains , si nombreux et si utilement remplis , donnent chaque Jour un grand nombre de renseignements arrivés par la même voie. Il est même assez remarquable que ,

grâce au télégraphe électrique, les nouvelles d'Europe sont connues à New-York deux jours avant Tarrivée du bateau-poste d'Europe, et voici comment : en arrivant en Amérique, le paquebot touche à Halifax; là on fait rapidement un résumé des nouvelles qu'il apporte, et ce résumé , immédiatement transmis à New-York par le télégraphe électrique, arrive par conséquent dans jcette dernière ville avant le paquebot lui-même, qui dpit employer deux jours pour cette dernière traversée. ,

Le tarif pour l'expédition des dépêches du public est fixé comme il suit : sur la li^ne de New- York à Washington, 25 centimes par mot sans y comprendre la date, l'adresse et la signature de l'expéditeur; sur la ligne de Boston a New-York, 1 franc 25 centimes pour les dix premiers mots, et 10 centimes pour chaque mot suivant. Les journaux jouissent d'une réduction sur ce tarif.

La télégraphie électrique n'a pas fait en Angleterre des progrès moins rapides qu'aux États-Unis.

La plupart des lignes de télégraphie électrique qui fonctionnent aujourd'Jiui sur les chemins de fer anglais ont été^ créées par M. Wheatstone, dont le nom mérite une place à part dans l'histoire de la grande invention qui nous occupe. S'il n'est pas authentiquement prouvé qu'il ait le premier conçu l'idée de la télégraphie électro-magnétique, on ne peut contester cependant qu'il ne l'ait le premier réalisée d'une manière pratique. C'est à lui qu'appartient en effet l'honneur d'avoir le premier rattaché deux villes entre elles par un lien de correspondance électrique, C/est à lui qu'il

revient encore d'avoir fondé la théorie de ces phénomènes et d*avoir élevé les procédés de cet art nouveau à un degré de perfection remarquable.

M. Wheatstone, l'un des physiciens les pluç distingués de notre époque, fut conduit à l'invention de ses appareils télégraphiques par les expériences qu'il fit en 1834 sur la vitesse de transmission de l'électricité. Il s'assura que cette vitesse est de 333,800 kilomètres par seconde, ou si l'on veut, que l'électricité pourrait faire, dans Tespace d'une seconde, huit fois le tour du globe. Pour exécuter ces expériences, il avait employé . des fils de plusieurs lieues. Les effets produits par l'électricité a d'aussi grandes distances lui prouvèrent que les communicatioas télégraphiques par l'électricité étaient non seulement possibles, mais très praticables^ Il se mit donc à rechercher les appareils les plus convenables pour réaliser son projet, et il arriva bientôt aux résultats les plus satisfaisants.

Le premier télégraphe construit par M. Wheatstone fut établi en 1838 sur une partie du chemin de fer de Londres à Liverpool ; il était fondé sur le principe de la déviation des aiguilles aimantées par l'influence du courant voltaïque , et se composait de cinq fils qui servaient à faire apparaître instantanément les diverses lettres de l'alphabet. L'emploi de cinq conducteurs était une complication sérieuse et une aggravation de dépenses. Aussi ce système fut-il bientôt ajbandonné par l'inventeur, qui construisit de nouveaux appareils fondés sur le principe de l'aimantation temporaire par les courants électriques.

Le systènie télégraphique, imaginé en 1840 par m. Wheatstone, et qui a fonctionné quelque temps 1. V2

sur les lignes anglaises, porte le nom de télégraphe à cadran. Indiquons rapidement les principes sur lesquels reposent le mécanisme et le jeu de ce bel înslrument-

Aux deux extrémités de la ligne télégraphique , on place deux cadrans circulaires parfaitement semblables et qui portent inscrits sur leur circonférence les vingt-quatre lettres de l'alphabet et les dix chiffres de la numération. Ces deux cadrans communiquent entre eux par le fil conducteur de la pile. A l'aide de dispositions mécaniques convenables , chacune des lettres du cadrati peut , par l'action du courant voltaïque établi ou interrompu, se ciétacher dû cercle et venir se placer au-devant d'une sorte d'indicateur qui permet de la lire. Ces deux cadrans placés aux deux stations extrêmes sont liés entre eux de telle manière , que les mouvements qui s'exécutent sur Tun sont répétés exactement et au même instant par l'autre. D'après cela , si l'on fait passer l'électricité fournie par |a pile dans le conducteur qui relie les deux cadrans, et qu'à la station d'où partent les dépêches on amène successivement les diverses lettres de l'alphabet devant l'indicateur, les mêmes lettres se détachent instantanément sur le cadran placé à la station extrême. On peut transmettre ainsi quarante lettres au moins par minute et faire immédia^tement la lecture des mots transmis.

Maljgré tous les avantages qu'il présente, le télégraphe à cadran de M. Wheatstone a cessé d'être employé en Angleterre. Le système adopté par son auteur pour faire apparaître les lettres sur les cadrans offrait dans son maniement quelques difficultés, parce

qu'au lieu d'avoir simplement recours à un effet mécanique, on avait cru devoir se servir de la force électro-magnétique. Cette disposition , plus élégante sans doute, amenait cependant certaines difficultés manuelles dont on ne pouvait triompher qu'avec une grande habitude et beaucoup de dextérité. Ce vice de construction auquel il était facile de remédier et que M. Froment a d'ailleurs, chez nous, si admirablement annulé dans son télégraphe à clavier^ a fait renoncer en Angleterre à l'emploi des cadrans. Ils sont remplacés aujourd'hui par une nouvelle conAinaison imaginée par M. Wheatstone , qui porte le nom de télégraphe à douile aiguille. C'est l'instrument télégraphique réduit, on peut le dire, à sa plus simple expression. Il se compose uniquement eu effet de deux aiguilles fixées chacune au centre d'un cercle ; elles peuvent se mouvoir autour du cercle au- (juel elles appartiennent en s'arrêtânt à volonté à Tun quelconque des points de sa circonférence, Ces aiguilles sont mises eri; mouvement à l'aide de deux manivelles ou poignées que l'opérateur tient dans chacune de ses mains. Le mouvement imjH*imé aux manivelles établit ou interrompt le courant électrique, et l'aiguille peut, d,e cette manière, prendre sur la circonférence du cercle toutes les positions que l'on désire. Ces deux aiguilles et leurs cadrans sont fixés sur le panneau antérieur d'une sorte de grande boite offrant l'aspect d'un tombeau antique. On sait que les Anglais aiment à donner à leurs meubles ou à leurs appareils cette forme que nous nous accordonsf , en France , à trouver un peu lugubre.

Les différentes positions que peuventprendre les deux

aiguilles ont servi à former un alphabet télégraphique. Les signes adoptés pour la désignation des lettres sont les suivants :

A un coup k gauche de l*aiguille de gauche.

B deux coups de la même aiguille à gauche.

G tpois coups de la même aiguille à gauche..

D quatre coups de la même aiguille à gauche.

E un coup de Taiguille de gauche et deux de Taiguille de

droite.

F un coup de Taiguille de gauche et trois de Taiguitle de

droite, etc.

C'est , comme on le voit , un véritable alphabet de sourd et muet. M. Wheatstone a compté sur l'adresse, sur rhabîtude particulière des employés pour suppléer a l'insuffisance du mécanisme de son instrument et à la simplicité de son vocabulaire. L'expérience a parfaitement justifié d'ailleurs la confiance qu'il avait mise dans les ressources infinies de l'organisation physique servie et réglée par l'intelligence. Le moyen physiologique supplée ici de la manière la plus heureuse à l'imperfection de la combinaison mécanique.

Pour faire manœuvrer les aiguilles des cadrans, on a choisi en Angleterre de jeunes garçons de quinze ou seize années ; on comptait avec raison sur la vivacité et la délicatesse de mouvements naturelles à cet âge^ pour se plier plus aisément aux conditions si nouvelles et si particulières de ce service. Ces enfants n'ont pas tardé, en effet, à acquérir une habileté prodigieuse à comprendre ce vocabulaire et à exécuter les signaux qui le composent. Rien n'égale leur dextérité dans le manie-

TÉLÉGRAPHIE ÉLECTIUQLE. 137

ment pratique de ce langage de sourd et muet. Les aiguilles s'agitent sous leurs doigts avec la promptitude de la pensée; les mouvements sont si pressés et si rapides, que l'œil a de la peine à les suivre. On lit en gros caractères sur les murs de la salle : ^Ne dérangez pas les employés pendant qu'ils sont oc- » cupés à leurs appareils. » Cet avis est assez superflu, car pendant le cours de leur travail on voit les enfants causer, rire et s'occuper de ce qui se passe autour d'eux , comme s'ils exécutaient la besogne la plus simple et la plus indiflërente. Il leur arrive même pendant l'expédition d'un message, de faire des aparté télégraphiques et d'assaisonner les dépêches qu'ils sont occupés à transcrire de quelques plaisanteries à l'adresse de leur camarade.

On a'observé, en effet, que les jeunes employés du télégraphe finissent par faire en quelque sorte connaissance avec les agents des autres stations qui correspondent habituellement avec eux. Cette espèce d'intimité est si bien établie, qu'ils savent reconnaître aux premiers mouvements des cadrans celui de leurs camarades qui se dispose à leur écrire. On entend quelquefois un des employés de Londres s'écrier , en remarquant les mouvements de ses aiguilles que l'on commence à faire agir de Manchester, par exemple : « Ah ! voilà Georges qui est revenu ! » Un autre, en voyant les premières oscillations de ses aiguilles que l'on fait marcher de Liverpool, s'assied devant son appareil d'un air de contrariété et de mauvaise, humeur en disant : « Allons ! c'est encore ce brutal de John » qui est là-bas ! » Ces sentitnents d'antipathie qui s'établissent ainsi entre les employés d'une même ligne

188 DÉCOUYËRTËS MODERI^ES.

vont quelquefois au point de forcer Tadministratiou à les séparer ; c'est ce que l'on fit récemment sur la ligne de Londres à Birmingham, où deux jeunes gens étaient sans cesse occupés à se quereller et à échanger des injures par le télégraphe.

Le langage télégraphique permet d'obtenir une vitesse de transmission telle , que l'on expédie facilement eu trois secondes un mot d'une longueur ordinaire , pe qui revient à une vingtaine de mots par minute. En cas d'accident arrivé a l'appareil, on peut écrire avec une seule aiguille au moyen d'un alphabet différent préparé pour ces sortes de cas. Mais alors la vitesse n'est plus que de huit à neuf mots par minute. . Les lils conducteurs employés en Angleterre sont de cuivre. Ils sont, comme en Amérique, suspendus à trois ou quatre mètres de hauteur sur des poteaux de bois de sapin; mais on les établit avec plus de solidité et on les préserve de l'action destructive de l'atmosphère par la galvanisation , c'est-à-dire en les enveloppant d'une légère couche de zinc qui les défend de l'oxydation. Cependant Tusage des fils souterrains commence à se répandre en Angleterre. Notons en passant qu'un seul conducteur suffit pour le service d'un télégraphe; l'expérience a démontré, en effet, que le sol peut fonctionner comme un conducteur excellent , de telle sorte que, au lieu d'employer comme autrefois un second fil destiné à compléter le circuit, on se contente aujourd'hui de placer, à la station extrême, le bout du conducteur en contact avec un des rails du chemin de fer ; l'électricité retourne à la pile par le conducteur naturel que formé la terre. Cette heureuse modification est d'ailleurs mise en usage

aujoiutl*bui dans les télégraphes électriques de tous les pays.

Voilà les principales disposition^ adoptées en Angleterre pour l'application de Télectricité à la correspondance télégraphique. Nous avons dd seulement négliger ici la description d'un grand nombre 4*ûP" pareils accessoires qui sont indispensables pour asr surer la régularité et la commodité du service : tels sont, par exemple, les moyens de sonner la' cloche qui avertit les slationnaires de se préparer à recevoir et à lire une dépêche ; le mécanisme très simple qui permet de faire savoir à la station du départ qu'un mot ou une lettre n'ont pas lété compris; l'appareil qui sert à indiquer que le fil ne fonctionne pas, qu'il a été brisé, et le point probable de la ligne où il s'est rompu ; enfin la machine qui, si on le désire, peut imprimer les d^^hes à mesure qu'elles sont transmises. .

Personne n'ignore qu'en Angleterre la télégraphie électrique est exploitée aujourd'hui sur une échelle très considérable. Depuis IS&è, une compagnie puissante^ connue sous le nom de Compagnie du télégraphe électri* jfuc, s'est formée pour étendre ce genre de communica* tion à toutes les villes importantes de l'Angleterre et de l'Ecosse, Elle a fait élever, en 1848, un établissement magnifique dans la cité de Londres , à proximité de la Bourse et du quartier de la Banque. Ces bâtiments forment le point de jonction où viennent aboutir le^ lignes télégraphiques qui rayonnent de soixante villes importantes. Londres se trouve ainsi mi^e en communication instantanée avec Cambridge, Norwick, Portsmouth; avec Birmingham, Stratford, Derby, Nottingham , Liverpool , Manchester , Glaseow > Edim-

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bourg, etc. Elle communique aussi de la même manière avec Folkstone et Douvres. Le bureau central de la Compagnie se trouve relié avec toutes les tètes de chemins de fer qui ont des bureaux électriques^ par des conducteurs qui passent dans les rues à travers des conduits souterrains. Ce bureau central communique ainsi avec toutes les lignes électriques d'Angleterre, et il correspond dans ce moment avec cent dix-huit stations ou bureaux électriques situés dans Londres et les autres villes importantes de la Grande- Bretagne. Depuis Tannée 1847 jusqu'à cette année, la Compagnie a étendu d'une manière remarquable les fils du réseau télégraphique. D'après im relevé donné récemment par M. Valker, 2,218 milles anglais (917 lieues de France) sont -aujourd'hui occupés par les fils du télégraphe électrique , ce qui revient à dire qu'en Angleterre presque tout le parcours des chemins de fer se trouve muni de ces précieux appareils.

Mieux éclairée et plus libérale que la nôtre , l'administration anglaise a mis dès les premières années le télégraphe électrique à la disposition du public. Tandis qu'en France nous jouissons à peine depuis quelques mois de ce précieux privilège , il existe en Angleterre depuis plus de six ans. La Compagnie du télégraphe électrique qui, en Angleterre, a le monopole de toutes les communications télégraphiques, est chargée de l'exécution de ce service. Les correspondances du gouvernement ont lieu comme celles du public , par le bureau central de la compagnie ; seulement le gouvernement obtient, par déférence, la priorité pour le passage de ses dépêches. On assure même que ce privilège peut lui être contesté.

Comme Torganisation des établissements publics de télégraphe électrique est de nature à intéresser nos lecteurs, nous donnerons une idée des disjiositions intérieures du Télégraphe central de Londres.

Le Télégraphe électrique central est situé dans la rue Lothbury, en face du mur extérieur de la Banque. Quand on entre dans l'établissement, on trouve d'abord une grande salle commune éclairée par le haut et supportant trois galeries placées les unes au-dessus dés autres. Au milieu de cette salle règne une longue table divisée par des rideaux verts en six compartiments ou pupitres. C'est là que le 'public est admis à écrire les communications destinées à être expédiées par le télégraphe. Les messages doivent être inscrits sur une feuille de papier à lettre, dont près de la moitié est déjà remplie par une formule imprimée , avec des blancs destinés à recevoir le nom et l'adresse de l'expéditeur, celui delà personne à qui la communication est adressée , le prix du message et celui de la réponse , la date et l'heure de la réception de la dépêche , enfin la date et l'heure à laquelle la transmission a été commencée et terminée.

A mesure que les messages sont écrits , il sont passés l'un après l'autre, par un guichet vitré , dans une petite pièce appelée bureau d'enregistrement. Là il en est pris note ^ et on les marque d'un numéro d'ordre ; l'employé qui vient de faire cet enregistrement les place ensuite dans une petite boîte et tire le cordon d'une sonnette. Au même instant la boite s'envole par une espèce de cheminée de bois et transporte son contenu à k partie supérieure de l'édifice dans la salle des instruments.

142 UÉCOUVEKTKS MODERNES.

Si Toa rejoint la dépêche en suivant la voie plus lente, mais plus commode, de Fescalier, on arrive dans une assez grande pièce où se trouvent disposés huit appareils télégraphiques destinés à transmettre dans les différentes directions le texte des messages. Chacun de ces appareils porte les noms des six ou huit station3 avec iesquelles il correspond. En général, un employé suffit pour desservir trois de ces apr pareils.

Quand les différents messages sont arrivés à Ter tage des instruments, un employé les apporte sur l'appareil qui doit en fàirç Texpédition, et le jeune garçon chargé de ce travail se met aussitôt à Vœuvrè. Il commence par faire sonner, à l'aide du courant électrique, une petite sonnette , qui donne simul ta* nément Téveil à toutes les station^ de 1^ ligne. Mais, tout en attirant ainsi Tattention des agents placés à chacune des stations, lé bruit produit par les ponr nettes cesse presque immédiatement partout, excepté à la station vers le nom de laquelle Tenfant dirigerai* guille indicatrice. A ce signal, l'agent de cette station sait que le message qui va arriver n'est adressé qu'à lui, et au moyen d'un signal correspondant, il fait savoir à la station de Londres qu'il est à son poste, prêt à recevoir la communication annoncée. Notre jeune garçon saisit alors de ses deux mains les manivelles de cuivre qui font mouvoir les aiguilles, et se met à transcrire la dépêche , en faisant rapidement manœuvrer en divers sens cette poignée, qui imprime à ses aiguilles et à celles de son correspondant des mouvements convulsifs désignant telle ou telle lettre de l'alphabet électrique. Le message reçu a la station

OÙ il a été envoyé est immédiatement copié et remis à son adresse par un piéton attaché à l'établissement*

Les dépêches expédiées des différentes stations du royaume et aboutissant à Londres sont reçues dans la même salle aux instruments d'où nous venons de voir partir un message,. La manœuvre pour la réception est tout aussi simple que celle de l'envoi. Deux employés se tiennent au-devant de l'appareil occupé à transmettre une dépêche. L'un d'eux lit les mots à mesure qu'ils se présentent sur le cadran, et les dicte a son camarade. Cette dictée est si rapide que la plume a de la peine à la suivre. Si un mot n'a pas été bien compris, l'employé en informe immédiatement son correspondant par un signal particulier, et celuî-cî recommence. Quand la dépêche est terminée, celui qui l'a reçue relit le manuscrit pour reconnaître si aucune erreur n'a été commise. L'heure et la minute de la récjçption sont notées ; la copie est signée et elle descend au bureau d'enregistrement, où elle est transcrite sur un registre, et enfin envoyée à son adresse par un facteur.

Le tableau suivant donnera une idée des prix assez élevés perçus parla Compagnie du télégraphe électrique pour l'expédition des dépêches adressées de Londres aux différentes stations provinciales :

BirmiDgham, 65 lieues, 39 centimes par mot.

Derby, 53 A2 centimes*

Liverpool, 80 51 centimes.

York, . 87 bi centimes;

Edimbourg, 170 78 centimes.

Gtascow, 188 8/i centimes.

Indépendamment de la transmission des messages particuliers, la Compagnie du télégraphe électrique a

144 DÉCOUVERTES MODERÎSES*

établi, au centre des principales villes du royaume, des bureaux où Ton peut recevoir et d'où Ton peut expédier à toutes les autres stations des renseignements et des communications diverses. Il y a à chacune de ces stations une salle pour les abonnés , dans laquelle on affiche sur des tableaux, au furet à niesurequ elles arrivent, toutes les informations d'un intérêt public ou commercial, telles que le cours de la bourse de Londres, les mercuriales des différents marchés, le prix courant des marchandises dans les principaux centres manufacturiers, rétat de la mer et de l'atmosphère pris a neuf heures du matin dans les divers ports, l'arrivée et le départ des navires, les sinistres de mer, les nouvelles du sport et du parlement, les nouvelles générales^ etc. Les communications de cette nature sont confiées, dans rétablissement central de Londres, à un départenàent spécial nommé département des nouvelles , distinct du département des messages privés , et qui à pour mission exclusive de fournir des nouvelles aux salles de souscription d'Edimbourg, de Glascow, de Lîverpooj, de Leeds, de Manchester, de HuU, de Newcas tle, etc. A sept heures du matin, tous les journaux de Londres sont apportés au chef de ce dép^irtenaent, qui en extrait, pour être transmises sous une forme abrégée, aux différentes stations provinciales, les informations qu'il juge devoir être plus particuHèrement utiles à chacune d'elles. Les journaux de ces diverses localités attendent, pour mettre sous presse, l'arrivée de ces communications électriqnes, et c'est ainsi que le négociant de Manchester reçoit, à huit Tieures du matin, des nouvelles que le chemin de fer n'apportera qu'à deux heures moins un quart, et qui ne

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parviendront à Edimbourg, par cette même voie» qu'à neuf heures et demie du sc^r. La plupart des journaux de province ont des abonnements au télégraphe électrique de Londres pour recevoir instantanément les nouvelles de la journée. Il en résulte un avantage précieux pour eux; car ils ont ainsi, sur les journaux de la capitale, une priorité qui tourne au profit de leur influence.

Telles sont les dispositions intérieures de l'établissement central de télégraphie électrique à Londres* Ajoutons que Tédifice est décoré sur sa porte extérieure d'une horloge mise en mouvement par l'électricité; une petite pile met les aiguilles en mouvement* Si la compagnie adoptait pour son éclairage la lumière électrique au lieu du gaz, l'établissement, on le voit, serait complet dans son genre.

Nous n'ajouterons rien au récit de ces faits. Pour les admirer, il suffît de les connaître.

La télégraphie électrique est assez avancée en Allemagne, car ce pays a suivi l'un des premiers la voie si heureusement ouverte par le génie américain ; dans ce moment, elle est établie entre toutes les villes suivantes : Aix-la-Chapelle, Cologne, Elberferd, Hanovre, Brunswick, Hambourg, Berlin, Cassel, Dresde, Leipsig, Nuremberg, Aogsbourg, Francforts sur-lcr-Mein, Munich, Stettin, Breslau, Vienne, Pesth et Prague. La ligne télégraphique se continue même jusqu'à Trieste, Cracovie, Milan, Vérone et Venise.

Le système adopté en Prusse est le télégraphe à cadran et à vocabulaire alphabétique, assez heureusement modifié par M. Siemens, de Berlin. Pour la

pose des fils conducteurs, il se rapproche dé celui des Etats-Unis, en ce qu'il est tout à fait indépendant des chemins de fer. La plus grande partie des fils est enfouie dans le sol , le resté est disposé sur le bord des routes.

Les conditions libérales accordées en Angleterre et aux États-Unis pour Texploitation des télégraphes électriques n'ont pas été imitées en Allemagne. En Prusse et en Autriche, ce moyen de correspondance est la propriété exclusive et le privilège de l'État ; cependant le gouvernement le livre, sous son contrôle et sous sa surveillance , à l'usage du public.

Les télégraphes électriques qui existent en Hollande et en Belgique sont soumis aux mêmes conditions. Le télégraphe électrique belge à été mis à la disposition du public depuis quelques années. Le taux pour la transmission des dépêches est le suivant :

fr. c.

De Bruxelles à Malines 4e i à 20 mots. 3 50

— Anvers — 2 50

— Gand...*..* — i 50

— Ostende — 2 50

— Liège — 7 50

— Verriers..... — 2 50

— Quiévraio. .. — 7 50

En Hollande et en Belgique, la télégraphie électrique n'a reçu encore qu'une extension assez faible ; elle est néanmoins suffisante pour que dans ce mon[ient. Vienne, Berlin et Bruxelles soient rattachées entre elles par un lien électrique. Gomme, d'un autre côté, Bruxelles correspond directement avec Paris par une Toie semblable , on voit que toutes les grandes capitales du continent européen profitent aujourd'hui des

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avantages de cette conquête précieuse de la science moderne. En résumé, on peut dès à présent correspondre directement de Paris avec Bruxelles, Cologne, Francfort-sur-le-Mein, Hanovre, Berlin, Hambourg, Leipsig, Dresde, Breslau, Vienne et Trieste. Lorsque le fil sous-marin qui , traversant TOcéan , doit faire communiquer Douvres et Calais, sera établi d'une manière définitive, cet admirable réseau, symbole futur de la paix universelle et de la mutuelle aOectiop des peuples, sera complété sur toute son étendue* La pose du fil sous-marin tentée au mois de juin de l'année derrière a malheureusement rencontré certaines difficultés, et bien que les journaux anglais se plaisent à annoncer tous les mois l'heureuse fin de l'enr treprise , il est certain que dans ce moment les travaux sont loin d*être terminés. Cependant, comme les obstacles à vaincre sont assez médiocres en définitive, le retard apporté à l'exécution de ce projet admirable ne sera que momentané.

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