CHAPITRE VL
La téiégraphte électrique en France.
Quand on se. propose de faire connaître l'établissement de la télégraphie électrique en France, l'histoire de ses progrès en Amérique et en Angleterre est, il faut en convenir , un préambule d'un assez fâcheux eflfet. A côté de l'initiative hardie , des expériences
lis DÉCOUVERTES MODERNES.
brillantes, des résultats magnifiques obtenus à l'étranger, il faut se résigner à signaler chez nous des essais tardifs , timides , embarrassés , une réussite presque contestable. A de telles comparaisons , l'amourpropre national court les risques de plus d*un fâcheux mécompte.
Tandis qu'en Angleterre et dans le nouveau monde, la télégraphie électrique se jouait , grâce au génie de Wheatstone et de Morse, de la distance et de l'espace, elle rencontrait en France une résistance obstinée. Enchaînée par ses habitudes de routine , notre admi» •nîstration fermait les yeux à la lumière des plus éclatants progrès. Sans la persévérance du savant qui eut la gloire de découvrir les phénomènes physiques sur lesquels repose le mécanisme du télégraphe électrique , il est probable que nous en serions encore à envier à nos voisins la possession de cet instrument merveilleux. C'est en effet à l'initiative de M. Arago que nous sommes redevables de l'existence dans notre pays de la télégraphie électrique.
Au mois de juin 18A2, le gouvernement présenta à la chambre des députés une demande de crédit pour perfectionner la télégraphie aérienne. Il s'agissait d'expériences de télégraphie upcturne, et si nous ne nous trompons , on se proposait d'essayer le système d'éclairage de M. Jules Guyot. M. Fouille t était rapporteur du projet. Dans un rapport de ce genre, il était bien difficile de se taire sur l'existence de la télégraphie électrique , dont les journaux étrangers apportaient par intervalles les plus étonnants récits. M. Pouillet en parla eti effet, mais ce fut pour déclarer que la télégraphie électrique n'était qu'une utopiie
briliantequi ne se réaliserait jamais. Une telle assertion, émise par un juge aussi compétent, semblait devoir retarder indéfiniment l'installation delà télégraphie électrique en France. Heureusement M. Arago prit en main les droits de la science. Il énuméra, dans une improvisation brillante, les avantages delà télégraphie électrique ; il fit connaître les admirables résultats obtenus en Amérique par les instruments de M. Morse ; il prouva enfin qu'il était facile de créer en France des établisse* mei>ts analogues. Dès ce jour, les incertitudes, les résistancesde l'administration durent cesser, et peu de temps après, le gouvernement envoya en Angleterre M. Foy, administrateur en chef des lignes télégraphiques, avec mission d'y étudier les nouveaux appareils électriques. A la suite des rapports de M. Foy, le gouvernement s'entendit avec M. Wheatstone pour l'établissement eh France d'une ligne de télégraphie électrique. On stipula le prix qui serait accordé à l'inventeur pour l'emploi de ses procédés et la fourniture des instruments. M. Wheatstone vint à Paris. Mais au moment de prendre les arrangements définitifs, des difficultés regrettables s'élevèrent inopinément. M. Arago et les savants français prétendaient que les lignes établies en Angleterre n'embrassaient pas une étendue suffisante pour décider à priori que les communications entre deux villes très éloi^ées, telles que Paris et le Havre, Paris et Lyon, pussent se faire sans aucune station intermédiaire ; on exigeait donc des expériences spé^ ciales. M^. Wheatstone açsurait, au contraire, que tout essai de ce genre était super^u, parce qu*il avait théoriquement et expérimentalement prouvé que le télégraphe électrique peut transmettre une dépêche à cent L 1^
quarante lieues de distance sans aucune station intermédiaire. Les doutes de nos savants blessèrent un in* venteur que huit années de travaux et de triomphes incontestés semblaient devoir affranchir d*un pareil contrôle. Ces premières difficultés en amenèrent d'au< très; bref, le conflit dégénéra en rupture complète. La commission instituée par le gouvernement pour rétablissement d'une ligne télégraphique de Pans à Rouen crut pouvoir se passer des lumières du physi* cien anglais, et M. Wheatstone quitta Paris.
Pour l'avenir de nos établissements de télégraphie électri^e, il ne pouvait rien arriver de plus fâcheux. On va voir, en effet, à quels regrettables erremenU s'est laissé entraîner la commission livrée à ses seules lumières, et privée du concours et de l'expérience du savant illustre qui a doté l'Angleterre de son nouveau système de télégraphie.
D y avait bien des manières d'établir en France la télégraphie électrique. On pouvait adopter le système américain de M. Morse, dont la pratique. attestait tous les jours la parfaite convenance. On pouvait employer les appareils à cadran imaginés par H. Wheatstone, que nous croyons pour notre compte le dernier mot de l'art. On pouvait prendre , en les modifiant, les combinaisons mécaniques adoptées par M. Steinheil ou par M. Jacobi, dans les télégraphes construits par ces savants en Allemagne et en Russie. La commission repoussa tout cela. H. Foy, qui présidait la coinmi^sion et qui parait avoir eu la haute main dans la direction de ses travaux, s'arrêta à l'idée étrange et bizarre de faire exécuter par le télégraphe électrique les signaux ordinaires du télégraphe aérien.
Comment une idée pareille a-t-elle pu être accueillie par une commission formée d'hommes instruits et familiers avec toutes les difficultés et les exigences de la télégraphie électrique? Nous l'ignorons; toujours est-il que le projet de M. Foy fut adopté, M. Breguet construisit deux petits télégraphes longs de quelques pouces ; on les plaça aux deux extrémités de la ligne ; on tendit deux fils métalliques aboutissant à chacune des ailes de ces télégraphes , et , après de très longis essais préalables, ce système fut définitivement installé le 9 décembre 1844, Il fonctionne aujourd'hui sur toutes nos lignes de télégraphie électrique.
On se serait proposé de chercher le plus imparfait de tous lies systèmes de télégraphie électrique, certes on n'aurait pas trouvé iwieux. Nous allons essayer de le prouver.
En premier lieu , le télégraphe Foy-Breguet exige l'emploi de deux courants voltaïques et de deux conducteurs au lieu d'un seul courant et d'un seul fil que présentent tous les appareils employés aujourd'hui, En effet, pour faire agir une des branches de ce petit télégraphe aérien, il faut une pile, un courant, un fil conducteur, un mécanisme d'horlogerie formant les signaux; pour faire agir l'autre branche, il faut une autre pile, un autre courant, un autre conducteur, un autre mécanisme d'horlogerie. Il faut faire travailler côte à côte ces deux appareils jumeaux qui cependant sont indépendants l'un de l'autre» On comprend tous les inconvénients qui découlent de cette inutile et malencontreuse complication. Les dépenses sont doublées; mais ce qu'il y n de plu^ grave, c'est que les chances d'erreurs sont illimitées par suite des embarras continuels qu'a-
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mène la manœuvre de ces deux instruments isolés et cependant liés entre eux.
Un autre inconvénient du système de'M. Foy, et qui a tout autant de gravité que le précédent , c'est que le nombre des signaux est excessivement restreint. Quand on voit manœuvrer ces télégraphes en miniature on est assez naturellement porté à croire qu'ils reproduisent fidèlement tous lès signaux de l'instrument de Chappe; c'est là cependant une erreur' qu'un peu d'attention fait aisément reconnaître. Les télégraphes deM. Foy ne donnentquetoutjùstelamoitîédes signaux consacrés à la correspondance du téléjgraphe aérien. Ceci exige, pour être compris, une courte explication . Le télégraphe de Chappe se compose, nous l'avons dit, de trou pièces mobiles: le régulateur etles deux ailes. Les ailes peuvent prendre quarante-neuf positions ; ces quarante-neuf combinaisons graphiques sont vues sous deux aspects diflTérents , selon que le régulateur est porté à l'obliquç de droite ou à l'oblique de gauche : delà, deux foisquarante-neufouquatre-vingt-dix-huitsignauxdans la télégraphie aérienne. Or le télégraphe électrique de M. Foy ne possède que deux pièces mobiles, les ailes. En effet, le régulateur, qui n'existe que pour la forme, est fixé dans la position horizontale , au lieu d*ètre mobile autour de son point d'appui, comme dans le télégraphe de Chappe. Ce régulateur ne peut donc plus servir, comme celui du télégraphe aérien, à doubler par ses deux positions le hombre des combinaisons qui résultent de la situation des ailes. Le télégraphe électrique de M. Foy reproduit très bien les quarante-neuf signaux^ du télégraphe aérien dans lesquels le régulateur est horizontal, mais il né peut représenter un seul
signaux dans lesquels le régulateur est oblique ou vertical. Le vocabulaire) du télégraphe de Chappe destiné à la composition des dépêches se compose, comme nous l'avons vu , 4e quatre-vingt-dix-huit figures. Le télégraphe Foy-Bréguet ne donne que quarante-neuf de ces figures ; il ne fournit donc que la moitié des signaux qui forment le vocabulaire de la télégraphie aérienne.
Pour justifier l'emploi du système qu'il a fait adopter sur les lignes françaises , M. Foy invoquait ce motif, qu'il désirait ne rien changer au personnel des employés de la télégraphie. Mais il est facile de voir, au contraire, que tout employé ayant l'habitude de manœuvrer le télégraphe aérien est par cela même improj^e au service électrique. La raison en est simple. La manivelle qui fait tourner les ail^s du télégraphe de Chappe se meut dans tous les sens, et l'employé doit, d'après le mécanisme de l'instrument la tourner tantôt à droite, et tantôt à gauche; au contraire, dans le télégraphe électrique de M. Foy, la manivelle doit constamment tourner dans le même sens, et si l'employé, obéissant à l'empire de l'habitude, la ramène dans le sens contraire, l'aiguille est déplacée d'un cran et tout le systèmedes signau^^^e trouve compromis.
On a dit encore en faveur du télégraphe Foy-Bréguet, que les tronçons de lignes électriques devant se souder aux lignes aériennes dans la partie de la France où le réseau électrique n'est pas encore terminé, il sera plus commode pour le service, que le signal ne change pas de forme pendant le trajet. Cette observation serait fondée si le signal conservait sa forme, mais nous avons vu que le télégraphe de Itf. Foy ne donne que la moitié des signaux du télégraphe Chappe.
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Comme on ne peut pas s'astreindre à se priver ainsi volontairement sur les lignes aériennes de la moitié du vocabulaire , il est évident que les signaux doivent se Iransformer pour passer du système électrique au système aérien. D'ailleurs il doit exister tout au plus trois ou quatre de ces soudures, et cet état ne peut durer que quelques années ; il serait peu logique, pour un avantage d'une durée si faible , de laisser s'établir parmi nous un système dont les inconvépients et les impossibilités parlent à tous les yeux^
Il nous parait donc indispensable d'abandonner le système que M, Foy a fait établir ^ur les lignes françaises ; les embarras , les inconvénients sans nombre des dispositions actuellement adoptées en font une loi. Les appareils à cadran nous semblent appelés à remplacer la vicieuse combinaison en usage aujourd'hui. Si, néanmoins , l'administration tenait absolument à conserver pourle télégraphe électriqueVusagedes signaux aériens, on pourrait dessiner pes signes sur un appareil à cadran et les faire successivement apparaître ainsi dessinés à U station extrême; on pourrait tracer sur un même cadran deux ou trois segments concentriques portant deux ou trois séries des signaux de Chappe. M. Froment a construit et livré à l'étranger quelques télégraphes électriques sur ce modèle. On pourrait encore, comme le propose M. Moigno, employer un certain nombre de cadrans portant tous des signes différents, quatre-vingtdouze cadrans , si l'on veut , pour correspondre aux quatre-vingt-douze pages du vocabulaire phrasique de l'administration. Remplacer un cadran par un autre serait une opération de quelques secondes ; on indiquerait, par un signal particulier, celui des cadrans
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que Ton doit installer actuellement , celui des segments dont les signes voiit être transmis et doivent, par , conséquent , être remarqués et notés.
Nous ne voyons pas néanmoins pourquoi on s'obstinerait à conserver dans la télégraphie électrique Tusage des signaux de la télégraphie aérienne. Il n'y a qu'une utilité très contestable à combiner entre eux ces appareils qui ont été institués chacun en vue d'exigences très direrses.Les inconvénients de cette fusion sont, au contraire, de la nature la plus grave. On limite en effet, par là, les ressources de la correspondance au répertoire très borné du vocabulaire de Chappe. Et quelle nécessité d'enchaîner Ttinsi la langue des communications télégraphiques dans ce cercle étroit d'où elle ne pourra jamais sortir.
Évidemment, le meilleur parti à prendre, c'est dfe renoncer à l'usage des signaux aériens et d'adopter le système à cadran/ Un cadran circulaire portant les viiîgt-quatre lettres de Falphabet et les dix chiffres de la ni^mération est parcouru par une aîguifle qui , par un mécanisme approprié , s'arrête à volonté devant chacune de Ces lettres. Deux cadrans parfaitement semblables étant disposés aux deux stations extrêmes, par exemple à Paris et à Rouen , les aiguilles dès deux cadrans sont d'abord placées sur un même signe servant de point dé repère ; les cadrans sont ainsi réglés et mis d'accord. Si alors, sur le cadran de Paris, on amène successivement l'aiguille devant les différentes lettrés qui doivent coniposer le mot, le mécanisme de l'appareil présente l'aiguille audevant des mêmes lettres sut le cadran de Rouen. L'employé peut ainsi lire et noter successivement les
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mots qui lui ^nt transmis. Pour indiquer la fin du mot, il suiBl, à la terminaison de chaque mot, de ramener l'aiguille à la position de son point de départ. Tel est le principe des télégraphes électriques que construit aujourd'hui M. Froment, et que nous avons vus fonctionner dans les ateliers de ce savant mécaniden. Le clavier qu'il a ajouté récemment à cet appareil, et ^ont le jeu repose sur une des combinaisons les plus remarquables de la mécanique, rend remploi de cet instrument plus facile et phis merveilleux encore. Ce clavier est semblable à celui des pianos, chaque touche portant une lettre ou un chiffre; il suffit de poser le doigt sur une des touches pour que l'aiguille de Tautre station vienne se fixer sur la lettre correspondante. La main la moins exercée peut envoyer une dépêche en touchant sur le clavier les lettres qui la composent, sans craindre d'erreur provenant de l'appareil. Une touche frappée mal à propos n'amène aucune altération dans les signes suivants, et la disposition mécanique est si parfaite, que l'on peut promener au hasard et tant qu'on veu( les doigts sur le clavier sans introduire le moindre désaccord entre les signes suivants. L'extrême simplicité, l'exactitude, la régularité du jeu de cet appareil, nous paraissent lui assigner le premier rang parmi les divers systèmes de télégraphes électriipjes exécutés jusqu'ici.
C'est à grand tort que l'on objecterait qu'avec les appareils de M. Froment, le secret des dépèches ne serait pas suffisamment assuré. Pour réunir toutes les garanties nécessaires , il suffirait de prendre pour le vocabulaire une clef de contention , c'est-à-dire d'attacher aux lettres une valeur différente de leur
signification habituelle, ainsi qu'on le fuil pour les messages diplomatiques. Il faut bien remarquer d'ailleurs que cette question du secret des dépêches, si grave lorsqu'il s'agit de la télégraphie aérienne , n'a qu'une très faible importance dans la télégraphie électrique* Le télégraphe aérien étale ses signaux à tous les yeux, il les déploie librement à la faee du puUic , dont il semble provoquer sans cesse et irriter la curiosité. Aussi doit-on prendre des précautions de tout genre pour déjouer les surprises de commentaires intéressés. Mais avec le télégraphe électrique ,^ rien ne transpire au dehors ; non seulement personne ne peut observer les signaux au passage , mais même aucun indice extérieur ne trahit le moment où la correspondance est en action. Toute surprise étrangère est donc impossible, et l'on n'a à se prémunir que contre rindiscrétioa de quelques employés . Le changemejfi t de la clef du vocabulaire suffît, et bien au delà, pour remplir cette condition. Ainsi la question du secret des dépêches, si grave quand on fait usage du télégraphe de Ghappe, n'est qu'infiniment accessoire avec les appareils électriques. En résumé, nous croyons pouvoir conclure avec assurance que le système de télégraphie électrique aujourd'hui usité en France ne saurait être plus longtemps conservé. Des intérêts de toute nature en prescrivent l'abandon. Il sera bon alors de soumettre à un examen seirieux les appareils de M, Froment , ou plutôt il sera plus convenable et plus juste d'adopter une mesure depuis longtemps réclamée par les mécaniciens français et les constructeurs étrangers; il faudra ouvrir un concours de télégraphes électriques, en choisissant, pour juges, les savants las plus compé- I. ^ ik
ténts sur la matière. Il appartiendrait à un gouvernement éclairé de prendre Tinitiative de cette mesure, qui serait à la fois conforme à lajustice, importante pour l'avenir de nos établissements de télégraphie, et en harmonie enfin avec l'esprit de nos institutions actuelles.
Il serait d'autant plus urgent de s'occuper des perfectionnements que réclame le mécanisme de nos appareils , que depuis deux ans la télégraphie électrique a subi en France une extension notable , et qu'elle semble vouloir regagner au milieu de nous le temps qu'elle a perdu. A l'heure où nous écrivons, vingt-cinq villes eh France sont reliées par des conducteurs électriques, et ce système est destitîé à acquérir un plus grand développement à mesure que s'étendra le réseau de nos lignes^ de fer. En mettant les télégraphes électriques â la disposition du public, la loi du 2« novembre 1850 a donné une satisfaction légitime à des besoins depuis longtemps exprimés; tout perfectionnement qui permettra de rendre plus sûr, plus commode et plus rapide le jeu de nos appareils électriques, sera donc reçu avec reconnaissance, parce qu'il constituera un nouveau et remarquable service rendu à la fois à l'administration et au public.
La télégraphie électrique s'étend aujourd'hui à peu près suf tous nos chemins de fér en cours d'exploitation. Dans ce moment, la ligne de Paris à la frontière belge, celle de Paris à Calais et au Havre sont pourvues de conducteurs électriques qui mettent Bruxelles, le Havre et Calais en communication instantanée avec Paris. Le chemin de fer du Centre, qui s'étend jusqu'à Angers d'une part et jusqu'à Châteauroux de Tautre, et le chemin de Paris à Lyon, terminé maintenant jus-
qu'à Chalon-sur-Saône, sont également reliés avec Paris par un conducteur électrique. L'administration a le projet de munir de cette annexe précieuse chacune de nos voies ferrées, au fur et à mesure de leur terminaison (1).
Conformément- à la loi du 29 novembre 1850, le service de la télégraphie privée est organisé en France depuis le 1" mars de cette année. Il n'existe encore que sur quelques lignes, sur les chemins de fer du Nord et sur celui du Centre, mais il ne tardera pas i recevoir toute l'extension nécessaire.
L'institution de la télégraphie privée est encore parmi nous de date trop récente pour qu'elle ait pris beaucoup d'importance; elle n'en est encore .qu'à ses débuts. Dans les deux premiers mois on n'a guère expédié de Paris que 500 dépêches ; c'est à peu près le travail que fait en un seul jour la télégraphie de Londres. Aussi le service est-il établi chez nous dans des proportions et sur une échelle infiniment plus modestes que chez nos voisins. C'est au ministère dërintérieur qu'est placé le bureau qui doit recevoir et expédier les com-
(i) Pour étendre à toute la surface de la France le réseau delà télégraphie électrique^ il ne serait pas nécessaire d^attendrerachèvementcomplet de DOS chemins de fer. L^enfouissement des fils conducteurs sous le sol des grandes routes suffirait pour atteindre ce résultat. On a craint pen* dant longtemps que la télégraphie souterraine ne présentât pas toutes les conditions de sûreté et de régularité nécessaires ; mais Texpérience a prononcé, et ce système qui fonctionne en Prusse et dans plusieurs parties de l'Amérique, avec toute Texactitude désirable, a reçu de la pratique une sanction déGnitive. Rien ne nous empêcherait donc d*adopter cette disposition désormais éprouvée, qui nous perme|trait de faire jouir des avantages de la télégraphie nouvelle toutes les parties de la France «loi, comme nos départements do Midi, sont encore dépourvues de toies ferrées.
munications du public. Au fond de la grande cour du ministère, sous le télégraphe qui la décore, se trouve une grande voûte servant de passage ; c'est à droite de cette voûte, au bout d'un corridor obscur, que Ton trouve une petite salle consacrée au service de la télégraphie privée. Cettepièceestdivîséeendeux parties par une cloison grillée et vitrée ; derrière ce vitrage, trois ou quatre employés attendent le public. Tout se passe là assez bourgeoisement. Un employé vous présente une feuille de papier blanc sur laquelle votis inscrivez en termes aussi laconiques que possible votre missive que vous signez et dont vous acquittez le prix. La dépêche est ensuite portée dans la pièce suivante , où se trouvent deux petits télégraphes Poy-Bréguet. Traduite en signaux selon le vocabulaire de Chappe, elle est immédiatement transmise à sa destination.
La taxe des dépêches privées est fixée d'après le tarif suivant :
fr, c.
De Paris à Rouen. . . r. . de i à 30 moU. à 68
— Amiens — A 80
— Arras , — 5 64
— Lille ... — G 36
-- Catais. — 7 56
— Valenctennes. — 6 36
— * Daiikerque. . — 7 32
— Orléans. .... — A 56
— Broi». . . — 5 28
— Tours — 5 88
— Angers — 7 20
— Bourges..... — 5 88
— Nevers — 6 72
— Chateauroux. — 24
La loi du 29 novembre 1850, qui a réglé les rapports du public avec Tadministration des télégraphes,
TÉLÉGRAPUIË ÉLECTRIQUE. 161
renferme plusieurs dispositions qui ont été l'objet de critiques assez vives (1). La nécessité de faire constater son identité pour être admis à expédier une missive, l'obligation d'écrire la dépêche en langage parfaite-ment intelligible pour les employés ^ enfin la faculté exorbitante accordée à ces derniers d'accepter ou de refuser la missive, sont des mesures marquées évidemment au coin d'une rigueur administrative des plus exagérées. Ces entraves, nous l'espérons, sont destinées à disparaître. Nous ne pouvons penser que l'administration ne consente à accorder au public l'usage d'un moyen de correspondance si précieux à tant d'égards, qu'à la condition de rendre son exécution difficile et parfois impossible. Malheureusement les considérations politiques ont toujours dominé et opprimé en France les questions d'intérêt public. Il serait temps cependant de comprendre que le gouvernement n'est pas précisément une abstraction posée en face de la société, ayant un but distinct et des intérêts opposés ; mais que c'est, au contraire, la société elle-même administrant avec unité les intérêts communs à tous les citoyens, et que, par conséquent, tout ce qui contribue à augmenter les ressources, les moyens d'action et le bien-être des individus , doit tourner en même temps au profit de Tinfluence de l'Etat. Aucune entrave n'est apportée, en Angleterre et aux États-Unis, au droit de se servir des appareils télégraphiques ; on a pensé que la signature de l'expéditeur apposée au bas de la dépêche était une garantie parfaitement suffisante pour sauvegarder tous les intérêts. Les conditions sont-elles assez
(1) On trouvera ù la On du volume (note IV}, le le\lc Oc celle loi.
différentes entre ces deux peuples et nous^ pour justi- . fier des mesures si opposées ?
n s'estformé tout récemment à Paris deux entreprises industrielles connues sous le nom d'O^ce^ télégraphiquesy dont Tune a son siège rue Laifitte, et l'autre place de la Bourse. Elles ont pour but de recevoir, par la voie des télégraphes électriques étrangers et par le télégraphe français, des nouvelles des points les plus importants de l'Europe. Les agents de ces établissements vont tous les jours recevoir, au bureau du télégraphe public, les dépêches que leur expédient leurs correspondants de Vétranger. Nos journaux ont des abonnements aux Oj^cei télégraphiques ^ et c'est par cette voie que les cours des principales bourses de l'Europe, et quelques nouvelles politiques ou commerciales, sont mis depuis quelque temps sous les yeux du public. Le cours de la bourse d'Autriclie, expédié de Vienne à quatre heures de Taprès-midi, est ainsi connu à Paris dans là soirée.