‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes (volume 4)Chapitre 20 sur 33 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

Utilité de la méthode anesthéstque. — Résultats statistiques concernant rinQneBce de Téther et du chloroforme sur TlsSue des opérations ehirurglcales. •«- Daogera^ attachés à remploi des anesthésiques. — Discussion sur les cas de mort attribués h Téther et au chloroforme. «^ Conclusion. -<- Anesthésie locale.

n est une question que nous noQs dispenserions d'aborder, tant sa solution parait simple, et que nous

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ne pouvons cependant négliger ici, parce qu'elle doit nous introduire dans uq ordre de considérations d'une importance incontestable; nous voulons parler de l'utilité de la méthode anesthésique. Tant que la douleur ^era un mal et le bien-être un bien , c'est-à-dire, tant que nous verrons maintenues les conditions présentes de l'existence humaine, on attachera ime grande valeur à tous les moyens qui ont pour résultat l'abolition de la douleur. Or, de toutes les douleurs, celles qui accompagnent les opérations chirurgicales étant sans aucun doute les plus redoutées et les plus effrayantes, il serait évidemment superflu d'examiner si la méthode anesthésique doit être regardée comme utile ; l'assentiment général , la pratique universelle , les résultats obtenus répondent suffisamment à cette question. Mais on peut se demander dans quelles limites cette utilité reste maintenue, quel est son dc^ré précis et surtout si Tanesthésie ne s'accompagne pas d'inconvénients ou de dangers de nature à contrebalancer ses avantages. Il convient donc d'aborder, pour compléter cette étude, l'examen de la question suivante : Quel est le degré précis d'utilité de la méthode anesthésique? Quels sont les inconvénients, les dangers qui l'accompagnent? Ces inconvénients et ces dangers sont-ils assez graves pour la faire rejeter, au moins en partie?

Pour apprécier les avantages qu'amène la suppression de la douleur, il suffit de connaître la fâclieuse influence que cet élément exerce si souvent dans les opérations chirurgicales (1). Il serait inutile d'insister

(f) Nous ne croyons pas devoir noas arrêter h ropînîon qui accorde à la douleur unecertaim; utilité. Selon quelques cldnirgiens, la douleur

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longuement sur celle considération. La seule appréhension de la douleur est déjà pour les malades une source de dangers. Les ouvrages de chirurgie en fournissent des preuves nombreuses, et Ton ne manque pas de citer, dans les cours de pathologie externe , le fait de ce malade qui mourut entre les mains de Desault, par le seul effet de la terreur que lui lit éprouver le simulacre de l'opération de la taille que ce cliirurgieu exécutait en promenant son ongle sur la région périnéale. Le Journal de médecine de Bordeaux (1) rapportait récemment un fait presque sem- ])lable ; un malade est mort de terreur, au moment où M. Cazenave, s'apprêtant à lui faire subir l'opération de la taille, se mettait seulement en devoir d'intro-: (luire une sonde dans l'urètre.

Si l'appréhension seule de la douleur peut amener une si fatale issue, il est facile de comprendre l'influence funeste que cet élément doit exercer lorsqu'il est porté à un haut degré d'intensité. « La douleur » est mère de l'inflammation » a dit Sarcone ; la douleur est mère de la mort, pourrait-on ajouter. Les cas où la douleur seule a causé la mort par son intensité

déterminerait apfèsropération nne excitation salutaire qui seconderait la réaction de l'organisme et favoriserait le cours de la fièvre traumui- (^ue. Mojon a publié à Gènes un discours SulV utilUd del dolore^ traduit dans le Journal universel des sciences médicales (octobre 1817). Le mince opuscule de Mojiln est loin de justifier Tattention qu*il a provoquée pendant left premiers leiiipt de la méthode anesthésique* on y ,clierciienilt en vain les ressources liabituellement invoquées pour soutenir honorablement un paradoxe. Le discours Sur Vutilité de la douleur n'est qu^un vain assemblage de lieux communs et de trivialités. La doulenr y est représentée comme nn don précieux de la nature, comme un banme salutaire. Enfin Ton arrive à cette conclusion aussi belle que neuie: rbomme doit chérir Técote du malheur !

(1) Mai 1850.

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et sa durée ne sont pas rares dans les annales de la chirurgie, et la chronique des hôpitaux n'est pas muette en récits de ce genre. On peut dire que dans plusieurs de ces opérations graves et de longue durée qui amènent fréquemment la mort , telles que l'opération de la laille et la désarticulation des membres , le patient a commencé de mourir sur la table. Dans son traité de YIrritation constitutionnelle , le chirurgien anglais Travers consacre une section de son livre à l'examen des effets de la douleur chirurgicale et il entre en matière par cette phrase. « La douleur, quand elle a atteint un certain degré d'intensité et de durée , suffit pour donner la mort. » Delpech avait posé un principe , qu'une opération ne saurait durer plus de trois quarts d'heure sans devenir une chance probable de mort ; encore est-il nécessaire, ajoutait-il, de rompre la douleur par des intervalles de repos. « La douleur tue comme Thémorrhagie » a dit Dupuy tren ; selon ce grand chirurgien, l'épuisement de l'influx nerveux peut amener la mort comme l'épuisement du sang. Les suites et les conséquences de la douleur chirurgicale sont une autre source de dangers qui ont fait l'objet constant de l'étude des q)éraieurs. La douleur intense et prolongée qui accompagne certaines opérations chirurgicales amène à sa suite un triste cortège d'effets morbides qui réclament une grande part dans^ le chiffre effrayant que la^ statistique nous révèle touchant la mortalité des opérés. Les accidents nerveux , les convulsions , cette forme particulière de délire qui atteint les opérés et qui porte le nom significatif de délire traumatique^ la stupeur et quelquefois le tétanos , sont des conséquences naturellement et

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directement liées à rébranlement profond provoqué au sein de Téconomie par l'excès de la douleur. En supprimantcet élément, laméthodedes inhalations ane&* thésiques conjure évidemment ces redoutables effets.

Si ces considérations n'étaient qu6 la. déduction simple et logique tirée à priori de Texamen général de la question, çlles n'auraient ici qu^une valeur secon* daire. Mais l'expérience des faits recueillis depuis quatre années leur pi'ête la force d'une vérité démontrée. La statistique est venue e^ outre leur fournir son irrécusable i^ppui. MM. Simpson d'Edimbourg^ Phillipps de Liège , Malgaigne et Bouisson ont dressé , avec des soins minutieux , le tableau statistique d'un grand nombre d'opà*ations exécutées avec ou sans l'emploi des agents anestbésiques. Le résultat ana« nime de ces comparaisons, c'est que la mortalité, à la suite des grandes opérations , a notablement dinûnué depuis l'introduction de l'éther et du chbroforme dans la pratique chirurgicale*

M. Simpson a rassemblé et comparé les résultat» d'un grand nombre d'opérations exécutées dttns ks hôpitaux d'Angleterre , avec et sans le concours de l'éther, dans la vue de déterminer le chiffre de la mprtaUté dans les deux cas. Il a fait choix, pour ces comparaisons , de l'amputation des membres. Selon M. Simpson , les grandes amputatio&s des membres sont généralement mortelles diins la pratique des hô* pitaux, dans la proportion de 1 sur 2 ou é. Dans les hôpitaux de Paris, par exemple, elle s'élève, d'après des relevés qui appartiennent à M. Malgaigne, à plus de 1 sur 2. Dans les hôpitaux d'Angleterre elle est, selon M. Simpson, de 1 sur S 1/2 Or les opérations prati**

quées en Angleterre dans les mêmes hôpitaux sur la même classe de sujets, mais avec le secours de Tétlier, n'ont admis qu'une mortalité de 23 sur 100, c'esl-àdire de 1 sur à à peu près. Il résulte de divers chiffres rapportés par M. Simpson et que nous négligeons ici, que sur 100 amputés dans les hôpitaux anglais , il y en a 6 qui ont été sauvés avec Téther, et qui auraient succombé sans son emploi .

Mais la comparaison établie en réunissant toutes les amputations des membres, et confondant ainsi des opérations différentes , c'est-à-dire les amputations du bras, de la jambe et de la cuisse, pouvait laisser quelques doutes dans les esprits; M. ^mpson a voulu étudier, sous ce l'apport, une même opération, et il a choisi l'amputation de la cuisse. « Il y a peu ou point, dit M. Simpson, d'opérations de la chirurgie ordinaire et rationnelle qui donne des résultats plus funestes que l'amputation de la cuisse. La triste conclusion des statistiques des hôpitaux, selon M. Syme, est que la mortalité moyenne n'est pas moindre de 60 à 70 sur 100; en d'autres termes , qu'il meurt plus de 1 opéré sur 2. Sur les 987 amputations de cuisse réunies par M. Phillips, &35 s'étaient terminées par la mort, c'est-à-dire, 44 morts sur 100. En résumant, dit M. Curling, le tableau des amputations pratiquées de 1837 à 1843 dans les hôpitaux de Lopdres , je trouve 134 [cas d'amputation de la cuisse et de la jambe ^ dont 66 morts; la proportion est de 41 pour 100. Dans les hôpitaux de Paris, sur 201 amputations de cuisse, jtt. Malgaigne a trouvé 126 morts. A Finilrmerie d'Edimbourg , il y a eu 21 morts sur 43 ; à Glascow, 46 morts sur 127. Dans mon propre ta-

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bleau , sur 28i amputations de cuisse pratiquées daus trente hôpitaux d'Angleterre , il y a eu 107 morts.

» Au contraire, sur mes 145 amputés sous Tinfluence de réther, 37 seulement ont succombé.

» Ce qui revient à dire que l'amputation de la cuisse sans éther tue la moitié ou le tiers des opérés, tandis qu'avec Téther la mortalité est réduite au quart.

» Le tableau suivant résume ces résultats.

Tableau de la morlalité des amputations de la cuisse t dressé par M* Simpson»

Sans éther :

Hépilaux de Parb. «— Muigaigne* • • • I Hdpilaux d^Édimbourg, — feacock..

{ Geileetion général^. -* PhUlips. . . • .

Uô|MlaI de Glascow. — Lawrie. . . . .

' Hôpitaux anglais. •— Simpson

OPBBÉS.

Sous Vinfluence de Vélher :

Hôpitaux anglais. — Simpson. . .

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