CHAPITRE m
Application dei prôeédét gai? anoplafttfqties à ta dorure et & rargmlun des métaax. — Tra? aux de M, de Ruoli. — Dorure par immeraioiw •^ Dorure par la pile voltaique. ^ Emploi industriel des procédés de la. dorure chimique. — Orfèvrerie argentée et dorée par les procédés Elklngton et de Ruolz.
U y a quelques années, la profession de doreur sur métaux était considérée à bon droit comme l'une des plus insalubres des professions industrielles. Voici, en effet, le procédé qui était suivi pour la dorure du bronze ou du cuivre. On dissolvait de l'or dans une certaine quantité de mercure, et l'amalgame ainsi formé servait a bar-
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boiiiUer la pièce métallique; en exposant ensuite le bronze, amalgamé à l'action du feu , le mercure s'évaporait et laissait à la surface du métal une couche d'or, qu'il ne restait plus qu'à polir à l'aide du brunissoir. La nécessfté d'avoir les mains constamment en contact avec le mercure, et surtout la présence de ce métal en vapeurs dans l'atmosphère des ateliers, altérait rapidement la santé des ouvriers doreurs; le résultat presque constant de ces opérations dangereuses était la maladie connue sous le nom de tremblement mercuriel , auquel peu d'ouvriers pouvaient ^e soustraire, et qui compromettait leur existence de la manière la plus grave. A diverses époques , on avait essayé de parer à l'insalubrité de cette industrie. En 1816 , un ancien ouvrier, devenu riche fabricant de bronzes, M. Ravrio, avait institué un prix de 8,000 francs, pour l'assainissement de l'art du doreur. L'Académie des sciences décerna ce prix au chimiste d'Arcet, qui construisit, pour lès ateliers de la dorure au mercure, des cheminées de formes et dé dimensions particulières , calculées pour augmenter considérablement le tirage et entraîner au dehors toutes les vapeurs mercurîelles. Cependant cette amélioration apportée à la disposition des ateliers n'avait qu'imparfaitement remédié au mal , car les ouvriers , avec leur insouciance ordinaire , ne tenaient aucun compte des précautions recommandées, et les fabricants eux-mêmes, bien que contraints par l'administration à construire leurs fourneaux dans le système de M. d'Arcet, se dispensaient de les faire fonctionner dans leur travail habituel. La statistique n'avait donc pas eu de peine à démontrer que la profession de doreur sur métaux était une de celles qui
apportaient le contingent le plus triste au martyrologe de rindustrie.
La découverte de la galvanoplastie arriva sur ces entrefaites; on s'occupait de toutes parts^ de chercher et d'étendre ses applications. II vint donc assez naturellement à l'esprit des indust^'iels et des savants la pensée d'employer l'agent galvanique comme moyen de dorure. Cette question offrait à divers points de vue une haute importance. Si Ton parvenait, en effet, à obtenir un dépôt d'or à la surface des métaux sans recourir aux moyens habituels de la dorure au mercure, on devait créer une branche d'industrie toute nouvelle et jusquelà sans analogue dans les arts. En même temps , on bannissait des ateliers cette funeste pratique de la dorure au mercure qui y faisait tant de victimes. Il y avait donc là tout à la fois une découverte scientifique, un grand succès industriel et une œuvre d'humanité. Dès l'année 1838, on commença à essayer les applications de la galvanoplastie à l'art du doreur, et, dès ce moment, il devint probable que le succès couronnerait ces efforts; mais ce qu'il était difficile de prévoir, c'est que l'application des moyens électrochimiques pût donner immédiatement de si brillants résultats, que l'industrie de la dorure au mercure en fut presque totalement ruinée , et qu'à la place de ces pratiques si nuisibles à la santé des ouvriers , on vit s'élever en quelques années une industrie nouvelle, plus économique dans ses procédés, plus prompte dans ses^ opérations et tout à fait exempte d'inconvénients et de dangers. Ce résultat remarquable est dû principalement aux travaux de M. de Ruolz, dont la pei*sê- Nérance et le talent ont écrit une page des plus bril-
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lantes dans Tbistoire de l'industrie contemporaine.
M« de Ruolz, homme du monde et compositeur habile dont le théâtre Saint-Charles de Naples et le grand Opéra de Paris ont successivement applaudi les œuvres lyriques, avait été amené, à la suite de quelques revers de fortune, à s'occuper de chimie industrielle. Son attention fut portée sur le fait de la dorure et de l'argenture des métaux par la pile , question qui , à cette époque, occupait beaucoup les esprits et était devenue déjà , en Angleterre et en Allemagne , l'objet de travaux sérieux. M. de la Rive , à Genève, était entré le premier, avec succès , dans cette voie qui devait conduire un jour a des résultats si brillants.
Comme tous les esprits élevés, M. de la Rive afiTeclionne particulièrement les travaux scientifiques dont les applications peuvent servir au bien-être et au perfectionnement de l'humanité. C'est à ce titre qu'il avait entrepris en 1825 des recherches ayant pour but de substituer à la dorure au mercure la dorure par les courants électriques. Mais la science n'était pas encore assezavancée à cette époque pour permettre une entière réussite. M. de la Rive ne résolut que très imparfaitement le problème ; il parvint à dorer seulement le platine, ce qui était évidemment d'une bien mince utilité. Son insuccès tenait surtout à l'insuffisance des piles voltaïques que l'on connaissait alors, et qui ne permettaient pas d'obtenir les courants cpnstants et réguliers que nous produisons si facilement aujourd'hui. Cependant, quinze ans après cette époque, en 18&0, guidé par les beaux résultats obtenus par M. Recquerel avec les courants électriques d'une faible intensité, encouragé aussi par les premiers succès de MM. Spencer et
SSi DÉCOUVERTES MODERIŒS.
Jacobi qoi commençaient à faire dans le monde savant une certaine sensation, M. de la Rive reprit ses premières tentatives. Il fut plus heureux cette fois; il ne put néanmoins résoudre encore qu'une partie du problème. Il dora l'argent, le cuivre et le laiton, mais son procédé était loin d'offrir tous les avantages désirables.
Voici comment opérait M. de la Rive. La dissolution qu'il employait était le chlorure d'or neutre, la source d'électricité une pile simple. L'objet à dorer était placé , ainsi que la dissolution , dans un sac cylindrique formé d'une membrane de vessie; on plongeait ce sac dans un vase rempli d'eau acidulée ; une lame de zinc était placée dans ce vase et communiquait, au moyen d'un fil de cuivre, avec l'objet à, dorer. Ce procédé était fort imparfait. La première couche d'or était assez épaisse et assez adhérente, mais les autres devenaient pulvérulentes ; il fallait alors retirer la pièce, la frotter de manière à enlever la couche pulvérulente, puis la remettre dans la dissolution , et répéter cette opération un certain nombre de fois avant d'avoir une couche d'or sut flsamnient épaisse. En outre on ne réussissait pas toujours à obtenir un ton de dorure convenable. Souvent le chlore rendu libre par la décompoation du chlorure d'or venait attaquer et noircir la pièce, malgré la couche d'or dont elle était recouverte. Enfin une grande portion de l'or se déposait sur la vessie, ce qui amenait une perte notable de ce métal précieux.
Les essais de M. de la Rive n'eurent donc pas de suite au point de vue industriel. Cependant les succès croissants delà galvanoplastie faisaient aisément com-
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prendre qu'il ne serait pas impoi^sible d*en tirer , en les perfectionnant, un parti plus avantageux. En effet, ce que Jacobi et Spencer avaient exécuté avec le cuivre, on pouvait espérer le reproduire avec l'or, métal d'une ductilité et d'une maUéabilité bien supérieures à celles du cuivre. La non-réussite du procédé de M. de la Rive devait donc être attribuée à la nature des dissolvants employés par ce physicien, plutôt qu'à Tor lui-même, et le problème de la dorure galvanique était simplifié jusqu'au point de ne plus exiger que la recherche de dissolutions particulières de Tor , et l'application à ces composés de ces piles à courant constant qui donnaient dans les expériences' galvanoplastiques de si heureux résultats.
M. Boetger, en Allemagne ^ perfectionna les moyens employés par M. de la Rive* Au cylindre de baudruche il substitua, dans l'appareil de M. de la Rive, un tube de verre de i centimètres, ouvert à Tun de ses bouts et fermé à l'autre extrémité par un niorceau de vessie. Au lieu de chlorure d'or simple, il employait le chlorure double d'or et de sodium. A l'aide de ces précautions, H. Boetger réussit à dorer assez facilement des objets de fer et d'acier préalablement décapés à leur surface, par leur immersion dans de l'acide chlorhydrique affaiblie
M. Ëlsner répéta les expériences de Boetger en opérant avec un appareil presque semblable. 11 remar* tjua que le bain doit avoir une très faible acidité, que les objets prennent une dorure d'autant plus belle qu*ils sont mieux polis et que le courant est plus faible. Ënfln^ ce qui constitue le point important de ses observations, M. Élsner reconnut l'utilité d'ajouter au
chlorure double d'or et de sodium une dissolution de carbonate de potasse. Cette modification faisait déjà pressentir l'utilité, pour la dorure galvanique, des dissolutions alcalines d'or qui ont été employées plus tard avec tant de succès.
Tel était l'état de la question lorsque M. de Ruolz commença ses travaux. Par une série de persévérantes recherches , ce chimiste résolut d'une manière complète le problème général de la précipitation galvanique «les métaux les uns sur les autres. Non seulement, en elîet, il découvrit un très grand nombre de procédés différents pour argenter et dorer les métaux par la pile de Vol ta, mais il trouva encordes moyens d'obtenir à volonté la précipitation galvanique de presque tous les métaux usuels. Il alla plus loin que Spencer et Jacobi; car non seulement il put précipiter avec économie l'or sur le cuivre, l'argent, le platine, etc., mais il parvint aussi à réaliser sur un métal donné la précipitation de la série de tous les autres métaux.
Le 9 août 1841 , M. de Ruolz présenta à l'Académie des sciences [un mémoire dans lequel il exposait le résultat de ses recherches, et à propos de ce mémoire, M. Dumas écrivit le 29 novembre suivant un rapport très étendu. Le beau rapport de M. Dumas, qui fixe avec une précision remarquable l'état de la question de la dorure au double point dé vue scientifique et industriel, fut un véritable événement dans la science, et donna aux travaux de M. de Ruolz un retentissement considérable.
Les procédés de M. de Ruolz pour la dorure et l'argenture des métaux par la voie galvanique ont été
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acquis par M. Christofle, qui a fondé à Paris uu établissement des plus importants pour l'application des nouveaux procédés de la dorure chimique. Nous donnerons ici quelques détails sur cette branche nouvelle de l'industrie, qui emprunte exclusivement à la science ses appareils et ses procédés,
La nouvelle industrie de la dorure chimique se compose de deux branches distinctes, la dorure par immersion et la dorure par voie galvanique. La première, qui a été imaginée et mise en pratique en Angleterre par M. Elkington dès Tannée 1836, ne peut donner a la surface du cuivre qu line couche d'une excessive minceur ', elle sert exclusivement pour le filigrane et tous les objets d'ornementation qui ne doivent pas être soumis à des frottements habituels. La dorure galvanique, qui estdue aux recherches simultanées de MM. Elkington et de Ruolzy s'applique à tous les objets destinés à de longs usages. Exposons rapidement les procédés de chacune de ces deux branches de la dorure chimique.
Toutes les fois que l'on plonge dans une dissolution métallique un métal qui est plus oxydable que celui de la dissolution, ce dernier est précipité; il se dépose sur le métal immergé, qui lui-même se dissout alors dans le liquide. Que Ton place, par exemple, une lame de cuivre dans une dissolution d'azotate d'argent, la lame de cuivre se recouvrira d'argent métallique, et en même temps une portion de cuivre passant à l'état 4'azotate, enti^era en dissolution dans la liqueur pour remplacer l'argent précipité. Le même fait se reproduirait avec toutes les dissolutions des sels d'argent ; il y aurait toujours précipitation de l'argent et disso- I. 29
lution d'une quantité correspondante de cuivre. Ce principe établi, il est facile de comprendre théoriquement le nouveau procédé de dprure par voie humide, qui est connu dans le commerce sous le nom de dorure au trempé ou. dorure parimmersion.V ofératxon s'effectue en plongeant les objets de cuivre dans la dissolution d'un sel d'or. Il se fait aussitôt sur le cuivre un dépôt d'or métallique aux dépens d'une partie correspondante du métal de la pièce immergée. On comprend que la couche d'or déposée doit être excessivement mince, car le dépôt est dû à l'action du cuivre sur la dissolu* tion d'or, action qui cesse dès que l'or recouvre exactement le cuivre et le met ainsi à l'abri de l'action ultérieure de la liqueur.
C'est là le principe de la dorure par immersion; quant aux moyens pratiques, ils sont de la plus grande simplicité. La dissolution d'or sur laquelle on opère est du chlorure d'or que l'on fait bouillir pendant deux heures avec ime assez grande quantité de bicarbonate.de po* tasse ; l'acide carbonique se dégage et le composé se transforme en aurate de potasse, sel qui a la propriété de céder l'or au cuivre à la température de l'ébullition. Ce liquide étant entretenu bouillant dans une bassine de fonte, on y plonge les objets adorer (préalablement bien nettoyés et décapés par un acide) en les suspen^ dant à une tige de métal que l'opérateur tient a la main« L'objet est doré en quelques secondes. Rien n^est plus curieux que devoir les pièces de cuivre plongées dans le liquide et qui sortent du bain recouvertes aussitôt d'une couche d'or du plus bel éclat. L'objet doré, lavé dans une cuve d'eau, est ensuite séché a la sciure de bois, selon une pratique en usag^ dans l'or*