‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes (volume 4)Chapitre 29 sur 33 · M. DAGUERRE · texte numérisé non relu

M. DAGUERRE

AVAKT LA DéCODYIUirB DU DAGUERRÉOTTPE.

La substance que l'on doit employer de préférence est le résidu qu'on obtient par l'évaporation de l'huile essentielle de lavande, appliqué en couches très minces, par le moyen de sa dissolutloQ dans l'alcool.

Bien que toutes ies substances résineuses ou bitumineuses, sans en excepter une seule, soient douées de la même propriété, c'està-dire celle d'être sensibles à la lumière, on doit donner laprélérence à celles qui sont les plus onctueuses, parce qu'elles donnent

plus de fixité h Tépreuve ; plusieurs liuiies essentielles perdent ce caractère lorsqu'elles sont exposées à une forte chaleur.

Ce n'est cependant pas à cause de sa prompte décomposition à la lumière que Ton doit préférer le résidu de Thuile de lavande ; il est des résines , le galipot , par exemple, qui, dissoutes dans Talcool et étendues sur un verre ou sur une plaque de métal, laissent, par Tévaporation de Talcool, une couche très blanche et in- Gniment plus sensible à ta radiation qui opère cette décomposition. Mais cette plus grande sensibilité à la lui;nière, causée par une éva* poration moins prolongée , rend les images ainsi obtenues plus faciles à se détériorer ; elles se gercent et finissent par disparaître entièrement quand on les expose plusieurs mois au soleil. Lç ré« sidu de Thuile essentielle de lavande présente plus de fixité, sans être cependant inaltérable par Faction directe du soleil.

Pour obtenir ce résidu, on fait évaporer Tessence dans une capsule à Taide de la chaleur, jusqu'à ce que le résidu acquière une telle consistance, qu'après son refroidissement il sonne en le frappant avec la pointe d'un couteau, et qu'il se brise en éclats lorsqu'on cherche à le détacher de la capsule. On fait ensuite dissoudre une très petite quantité de cette matière dans de l'alcool ou dans de Téther acétique ; il faut que la solution soit très claire et d'une couleur citron. Plus là solution est claire, plus la couche qu'on obtient est mince ; il ne faut pas cependant qu'elle soit trop claire, car alors elle ne pourrait pas mater ni faire une couleur blanche, ce qui est indispensable pour obtenir de l'effet dans les épreuves. L'emploi de l'alcool ou de l'éther n'a d'autre but que de faciliter l'application du résidu sous unè^forme qui est excessivement divisée ; puisque, lorsqu*on opère, l'alcool est entièreinent vaporisé.

Pour obtenir plus de vigueur, il faut que le métal soit bruni; les épreuves sûr verre ont plus de charme et surtout beaucoup plus de finesse.

Lorsqu'on veut opérer, il faut que le métal ou le verre soit parfaitement nettoyé ; on peut pour cela se servir d'alcool bu de tripoli très fin, mais il faut toujours terminer cette opération en frottant à sec, afin qu'il ne reste aucune trace de liquide ; on se sert de coton avec l'alcool et le tripoli,qui doit être excessivement fin pour qu'il ne raie pas le métal ou le verre.

Pour appliquer la couche , on tient la plaque de métal ou le verre d'une main, et de Taùtre on verse dessus la solution (qui doit être contenue dans un petit flacon à large ouverture), de manière que cette solution couvre rapidement, en coulant, tonte la surface de la plaque. D'abord il faut tenir la plaque un peu inclinée ; mais aussitôt qu'on a versé la solution et qu'acné a cessé de couler, on la dresse perpendiculairement. On passe tout de suite le doigt derrière la plaque, ainsi qu'au bas, pour entraîner une parlie du liquide qui, tendant toujours h remonter, doublerait l'épaisseur de la couche. Il faut chaque fois s'essuyer le doijg:t et le passer très rapidement dans toute la longueur de la plaque, pardessous et du côté opposé à la couche. Lorsque le liquide ne coulé plus, on place, pour la laisser sécher, la plaque à l'ombre^ car autrement la lumière détruirait la sensibilité de la substance.

Dans cet état, la couche est blanche et extrêmement inlnce ; c'est en partie à cette dernière condition qu'est dû le plus ou le moins de promptitude. Cette préparation doit être faite à un faible jour, ou, ce qui est préférable, à la lumière d'une bougie qui n'a pas d'action sur cette substance.

Lorsque la couche est bien sèche, la plaque peut être mise dans la chambre noire. On la laisse dans Cet état le tempsjnécessaire k la production de l'image, temps qui ne peut être limité parce qu'il dépend du plus ou moins d^intensité de la lumière répandue sur les objets dont on veut fixer l'image. Cependant il ne faut pas moins de sept à huit heures pour une vue, et à peu près t^rois heures pour les objets 1res éclairés par le soleil et d'ailleurs très clairs de leur nature. Cependant ces données né sont qu'approximatives, car les saisons et les différentes heures de la journée y apportent de grandes modifications.

Quand on opère sur verre, il est nécessaire, potir augmenter la lumière, de le poser sur une feuille de papier; mais pour que ce reflet ne soit pas confus, il faut que le côté de la couche soit posé directement sur le papier et qu'elle le touche parfaitement sur toute sa surface. Pour cela, il faut tendre le pajràer sur ane planche très plane, en supposant que le verre le soit aussi ; on aura soin de choisir le verre le plus blanc possible.

Quand l'épreuve a été laissée le temps nécessaire dans la cham-

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bre noire, il faut la retirer en ayant toujours soin de la garantir de la lumière.

Gomme il arrive très souvent qu'au sortir de la chambre noire on n'aperçoit aucune trace de Timage, il s'agit de la faire paraître.

Pour cela, il faut prendre un bassin de cuivre étamé ou de ferblanc, plus grand que la plaque, et garni tout autour d'un rebord d'environ ôO millimètres de hauteur. On remplit le basshi d'huile de pétrole , jusqu'à peu près un quart de sa hauteur ; on fixe la plaque sur une planchette de bois qui couvre parfaitement le bassin. Lliuile de pétrole, en s'évaporant, pénètre entièrement la substance dans les endroits sur lesquels l'action de la lumière n'a pas eu lieu , il lui donne une transparence telle qu'il semble ne rien y avoir dans ces endroits ; ceux, au contraire, sur lesquels la lumière a vivement agi ne sont point attaqués par la vapeur de l'huile de pétrole.

C'est ainsi qu'est effectuée la dégradation des teintes, par le plus ou moins d'action de la vapeur de l'huile de pétrole sur la sub« stance.

U faut de temps en temps regarder l'épreuve, et la retirer aussitôt qu'on a obtenu les plus grandes vigueurs; car en poussant trop loin l'évaporation les plus grands clairs en seraient attaqués et finiraient par disparaître. L^épreuve est alors terminée. 11 faut la mettre sous verre pour éviter que la poussière s'y attache, et, pom* renie ver, il ne faut pas employer d'aulre moyen que de la chasser en soufflant. En mettant les épreuves sous > verre , on préserve aussi la feuille d'argent plaqué des vapeurs qui pourraient l'al^ lérer.

Résumé,

Comme il a été dit plus haut, tous les bitumes, toutes les résûies et tous les résidus d'huiles essentielles sont décomposables par la lumière d'une manière très sensible ; il suffit pour cela de les mettre en couches très minces , et de trouver un dissolvant qui leur convienne. On peut employer comme dissolvants Thuile de pétrole, toutes les huiles essentielles, l'alcool, les éthers et le calorique.

M. Mepce plongeait la plaque, cou verte d'un vernis debilume,

dass un dlMoWant liquide ; mais un semlilable moyen est rarement en rapport avec le peu d*iniensité de lumière qu^ont les ëpreu?es obtenues dans la chambre noire.

Il arrive toujours que le dissolvant est trop fort ou trop faible. Dans le premier cas, il enlève entièrement lé vernis, et dans le second, il ne rend pas Timage assez apparente.

Vetkt du dissolvant dans lequel on plonge Tépreuve est d^enlever le vernis dans les endroits oà la lumière n*a pas frappé^ ou bien, selon la nature du dissolvant, on obtient l'effet contraire, c'est-èHllre que les parties frappées par la lumière ^ont enlevées, tandis que les autres restent intactes. C'est là ce qui arrive lors* ^'on emploie, comme disac^vant, de Talcool , au lieu d*faiiile de pétrole ou essentielle.

Les dissolvants par Févaporation ou par l'effet du calorique sont bien préférables; on peut toujours en arrêter les effets à volonté. Mais il est indispensable que la couche ne fasse pas Teffet d'un vernis ; il faut qu'elle soit mate et aussi blanche que possible. La vapeur du dissolvant ne fait que pénétrer la couche et endétrtt&« le mat, selon le plus ou moinsdintensité de la lumière. Cette manière de procéder donne une dégradation de teintes qu'il est tout à fait Impossible d'obtenir en trempant l'épreuve dans un dissolvant.

Un grand nombre d'expériences faites par l'auteur loi ont prouvé que la lumière ne peut pas frapper sur un corps sanslais^ ser des traces de décomposition à sa surface ; mais elles lui ont aussi démonuré que ces mêmes corps ont la propriété de se reeom* poser en grande partie à l'ombre^ à moins que la lumière n^all déterminé une décomposition complète.

On peut s'en convahicre en disposant, par le procédé décrit cidessus, deux plaques semblables préparées de la même manière, et en les exposant à la lumière avec des effets d'oihbre. Quand on juge que la lumière a produit 9on action^ on retire les deux plaques, et l'on fait sid)ir immédiatement à l'une l'effet du dissolvant; et l'on conserve l'autre enfermée dans une botte pendant plnsieiirs jours, après lesquels on l'expose, comme la première, à Telfet du dissolvant. On verra alors que le résultat obtenu sur la seconde plaque ne ressemble pas à celui qu'à donné la première.

On peut conclure de là qu'une grande partie des corps, et âans

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aucun doutie tous l«sveniid, se détnilraient beaucoup plus promptement, sans cette propriété qu^ils possèdent de se recomposer à rombre.

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