‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes (volume 4)Chapitre 4 sur 33 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Description des opérations de la photographie sur plaque métallique d'après le procédé dç Daguerre. — Perfectionnements successif ap« portés aux opérations du daguerréotype.

Les images daguerriennes se forment , comme tout le monde le sait, à la surface d'une lame de plaqué ou cuivre recouvert d'argent. On expose pendant quelques minutes une lame de plaqué aux vapeurs spontanément 4<^gagées par l'iode à la température ordinaire ; çlle se recouvre d'une légère couche d'iodure d'argent , et. le mince voile, ainsi formé, présente une surface éniinemment sensible à l'impression des rayons lumineux. La plaque iodée est placée alors au foyer de la chambre noire , et l'on fait arriver à sa surface l'irnage formée par la lentille de l'instrument. La lumière g, la propriété de décomposer l'iodure d'argent; par conséquent, les parties vivement éclairées de l'image décomposent, en ces points, l'iodure d'argent ; lesparties obscures restent, au contraire, sans action; enfin les espaces correspondant aux demi-teintes sont influencés selon que ces demi-teintes se rapprochent davantage des Ombres ou des clairs.

Quand on la retire de la chambre obscure, la plaque ne présente encore aucune empreinte visible; elle conserve uniformément sa teinte jaune d'or. Pour faire apparaître l'image , une autre opération est nécessaire; la plaque doit être soumise à l'action des vapeurs du mercure. On la dispose donc dans une pe-

tite boîte , et Ton chauffe légèrement du mercure liquide disposé dans un réservoir à la partie inférieure de la boîte. Les vapeurs de mercure se dégagent bientôt et viennent se condenser sur le métal ; mais le mercure ne se dépose pas uniformément sur toute la surface métallique , et c'est précisément cette condensation inégale qui donné naissance au dessin photographique. En effet, les gouttelettes de mercure viennent se condenser uniquement sur lesparties que la lumière a frappées , c'est-à-dire . sur les portions de Tiodure d'argent que les rayons lumineux ont <îhimiquement décomposées ; les parties restées dans l'ombre ne se recouvrent pas de mercure. Le même effet se produit pour les demi-teintes. Il résulte de là que les parties éclairées sont accusées sur la plaque par un vernis brillant de mercure ,' et les ombres par la surface môxïie de l'argent non impressionnée. — Pour les personnes qui assistent pour la première fois à cette curieuse partie des opérations photographiques , c'est là un. spectacle étrange et véritablement merveilleux. Sur cette plaque , qui ne présente aucun trait , aucun dessin, aucun aspect visible , on voit tout d'un coup se dégager une image d'une perfection àans pareille , comme si quelque divin artiste la traçait de son invisible pinceau.

Cependant tout n'est pas fini. La plaque est encore imprégnée d'iodure d'argent , et si on l'abandonnait à elle-même en cet état , l'iodure continuant à noircir sous l'influence de la lumière ambiante,, tout le dessin serait détruit. Il faut donc débarrasser la plaque de cet iodure. On y parvient en la plongeant dans une dissolution d'un sel, Thyposulfite de soude, qui a la pro-

priété de dissoudre Tiodure d'argent. Après ce lavage, répreuve peut être exposée sans aucun risque à l'action de la lumière la plus intense; tout à Theure on ne pouvait la manier que dans l'obscurité , ou tout au plus à la faible lueur d'une bougie; on peut maintenant la manier en plein soleil.

On voit en définitive que dans les épreuves daguerriennes l'image est formée par un mince voile de mercure déposé sur une surface d'argent ; les reflets brillants du mercure représentent les clairs, les ombres sont produites par le bruni de l'argent ; l'opposition , la réflexion inégale de la teinte de ces deux métaux sufiîsent pour produire les efiets du dessin.

Tel ^st l'ensemble des opérations dans le procédé primitif imaginé par Daguerre , et nous devons dire que ce procédé , tel qu'il a été décrit par l'inventeur, est d'une exécution si simple , que l'on est assuré de réussir, dans tous les cas, en suivant à la lettre les instructions qu'il a données. Les perfectionnements apportés plus tard à la méthode primitive ont eu pour résultat d'abréger le temps des opérations; mais les manœuvres sont devenues par cela même plus . difficileç , et le succès moins certain. Lorsque la durée de l'opération est une circonstance secondaire , quand il s'agit, par exemple, de reproduire une vue extérieure ou un monument , le plus court est de recourir aux instructions publiées par M. Daguerre en 18S9; on peut les considérer comme un véritable modèle de précision et de clarté.

Une fois tombée dans le domaine public , la photographie a fait des progrès immenses. Un résumé rapide

suffira pour faire comprendre Fimporlance de ces perfectionnements successifs.

Les épreuves obtenues d'après les procédés de M. Daguerre, bien que remarquables à divers titres, avaient cependant un assez grand nombre de défauts qui en diminuaient beaucoup la valeur artistique. Elles offraient un mirôitage des plus désagréables , le trait n'était visible que sous une certaine incidence de la plaque, et, dans certains cas, ce défaut allait si loin que répreuve ressemblait plutôt à un moiré métallique qu'à un dessin. Le champ delà vue était extrêmement limité. Les objets animés ne pouvaient être reproduits ; la vie manquait dans ces tableaux. Les masses de verdure n'étaient accusées qu'en silhouette, et le ton général des dessins était criard. Enfin il était à craindre que , par suite de la volatilisation spontanée du mercure , l'image ne finît , sinon par disparaître entièrement , au moins par perdre de sa netteté et de sa vigueur. La plupart de ces défauts étaient la conséquence du temps considérable exigé pour l'impression lumineuse : en effet , un quart d'heure d'exposition à une lumière très vive était indispensable pour obtenir une épreuve. Aussi les premiers efforts pour le perfectionnement de cet art nouveau eurent-ils pour but de diminuer la durée de l'exposition de la plaque dans la chambre obscure.

Ce premier résultat fut en partie réalisé par des modifications très heureuses apportées à l'objectif de la chambre noire. M. Daguerre avait fixé avec beaucoup de soin les dimensions de l'objectif; mais on reconnut bientôt que les règles qu'il avait posées à cet égard , excellentes pour la reproduction des vues et

des objets éloignés, ne pouvaient s'appliquer aux objets plus petits ou plus rapprochés. On imagina donc de raccourcir le foyer delà lentille; par cet artifice, on put condenser à la surface de la plaque une quantité de lumière beaucoup plus grande , qt , la plaque étant plus vivement éclairée, o^n put diminuer d'une manière notable la durée de l'exposition dans la chambre noire. Bientôt un opticien français, 5t. Ch. Chevalier, imagina une modification particulière de l'objectif, qui doubla, pour ainsi dire, la puissance de l'instrument. L'emploi d'un double objectif achromatique permit à la fois de raccourcir les foyers pour concentrer sur la plaque une grande quantité de lumière, d'agrandir le champ de la vue , et de faire varier à volonté les distances focales. La disposition et la combinaison de ces deux lentilles sont tellement ingénieuses que, sans employer de diaphragme, on conserve à la lumière toute sa netteté et toute son intensité. Le système du double objectif permit de réduire de beaucoup la durée de l'exposition lumineuse ; on put opérer en deux ou trois minutes.

Toutefois ce problème capital d'abréger la durée de l'exposition lumineuse ne fut résolu qu'en 18A1 d'une manière bien complète , grâce à une découverte d'une incalculable valeur. M. Claudet, artiste français qui a acheté de M. Daguerre le droit et le privilège exclusif d'exploiter, en Angleterre, ses procédés photographiques, découvrit en 1841 les propriétés des substances accélératrices. On donne, en photographie, le nom de substances accélératrices à certains composés qui, appliqués sur la plaque préalablement iodée, en exaltent à un degré extraordinaire la sensibilité lumineuse.

Par elles-mêmes ces substances ne sont pas photogéniques , c'est-à-dire qu'employées isolément elles ne formeraient point une. combinaison capable de s'influencer chimiquement au contact de la lumière ; mais si on les applique sur une plaque jdéjà iodée , elles communiquent à l'iode la propriété de s'impressionner en quelques secondes. Les composés capables de stimuler ainsi l'iodure d'argent sont extrêmement nombreux. Le premier, dont la découverte est due à M. Claudet, est le chlorure d'iode ; mais il le cède de beaucoup en sensibilité aux composés découverts postérieurement. Le brome en vapeur, le bromure d'iode, la chaux bromée , le chlorure de soufre , le bromoforme , l'acide chloreux, la liqueur hongroise, la liqueur de Reiser, le liquide de Thierry, sont les substances accélératrices les plus actives. Avec l'acide chloreux; , on a pu obtenir des épreuves irréprochables dans une demi-seconde , et même dans un quart de seconde.

La découverte des substances accélératrices permit de reproduire avec le daguerréotype l'image des objets animés. On put dès lors satisfaire au vœu général formé depuis Torigine de l'art photographique, c!està-dire obtenir des portiaits. Déjà, avant cette époque, on avait' essayé de faire des portraits au daguerréotype; mais le temps considérable qu'exigeait l'impression lumineuse avait empêché toute réussite. On opérait alors avec l'objectif à long foyer, qui ne transmet dans la chambre obscure qu'une lumière d'une faible intensité ; il fallait donc placer le modèle en plein soleil et prolonger l'exposition pendant un quart d^heure. Comme il est impossible de supporter si longtemps, les yeux ouverts, l'éclat des rayons solaires, il avait fallu se I. 3

résoudre à faire poser les yeux fermés. Quelques amateurs intrépides osèrent se dévouer , mais le résultat ne fut guère à la hauteur de leur courage. Qui ne se rappelle avoir vu à l'étalage de Susse cette triste procession de Bélisaires sous Téliquette usurpée de portraits photographiques? Par l'emploi des objectifs à court foyer on put réduire l'exposition à quatre ou cinq minutes ; alors le patient put ouvrir les yeux ; néanmoins il fallait encore poser en plein soleil ; or ce soleil, qui tombait d'aplomb sur le visage , contractait horriblement les traits, et la plaque conservait la trop fidèle empreinte des souffrances et de l'anxiété du modèle. On s'asseyait, avec cet air aimable que prend toute personne ayant la conscience de poser pour son portrait, et l'on vous oiïrait l'image d'un. martyr ou d'un supplicié. Pendant sïx mois, avecsla prétention d'obtenir des portraits photographiques , on n'a guère fait que multiplier les copies d'un même type : la tête du Laocoon. Rien qu^à voir ces traits crispés, ces faces contractées, ces spécimens cadavéreux , oii eût pris le daguerréotype en horreur. C'est la qu'ont trouvé leur source la plupart des préventions défavorables que les productions daguerriennes ont eu si longtemps à combattre. Les artistes passaient en ricanant devant ces déplorables ébauches.

Cependant toutes les préventions durent disparaître, tous les préjugés durent tomber en présence des résultats qu'amenèrent la découverte et l'emploi des substances accélératrices. Bès ce moment , la physionomie put être saisie en quelques secondes et reproduite avec cette continuelle mobilité d'impressions qui forme le signe et comme le cachet de la vie. C'est à

partir de cette époque que Ton vit paraître, de jour en jour perfectionnés , ces admirables portraits où l'harmonie de l'ensemble est encore relevée par le fini des détails. C'est alors que put être vraiment réalisé le rêve du conteur allemand : « Qu'un amant, voulant laisser à sa maîtresse un souvenir durable , se mire dans une glace et la lui donne ensuite, parce que son image s'y est fixée. »

Après la découverte des substances accélératrices, le perfectionnement le plus important qu'ait reçu la photographie consiste dans la fixation des épreuves. Les images daguerriennes obtenues à l'origine étaient déparées par un miroitement métallique des plus désagréables. En outre, le dessin ne présentait que peu de fermeté, puisque le ton résultait seulement du contraste formé par l'opposition de teintes du mercure et de l'argent. Enfin (et c'était là un des plus graves inconvénients) , l'image était extrêmement fugitive, elle ne pouvait supporter le frottement \ le pinceau le plus délicat, promené à sa surface , effaçait entièrement le dessin. M. Fizeau fit disparaître tous ces inconvénients à la fois , en recouvrant l'épreuve photographique d'une légère couche d'or. Il suffit , pour obtenir ce résultat, de verser à la surface de l'épreuve une dissolution de chlorure d'or mêlée à de l'hyposulfite de soude, et de chauffer légèrement ; la pla<jue se recouvre aussitôt d'un mince vernis d'or métallique. Cette opération , si simple en elle-même , est cependant le complèmentle plus utile de la découverte de Daguerre. Elle a permis , en effet , de rehausser à un degré remarquable le tondes dessins photographiques, de bannir presque entièrement le miroitage et de communi-

quer à l'épreuve une grande solidité, c'est-à-dire une résistance complète au frottement et à toutes les actions extérieures.

Comment la dorure d'un dessin photographique peut-elle communiquer à celui-ci la vigueur de ton qui lui manquait et faire disparaître le miroitement? C'est ce qu'il est facile de comprendre. L'or vient recouvrir à la fois l'argent et le mercure de la plaque ; l'argent, qui forme les noirs du tableau , se trouve bruni par la mince couche d'or qui se dépose à sa surface ; ainsi les noirs sont rendus plus sensibles, et le miroitage de l'argent n'çxiste plus ; au contraire , le mercure , qui forme les blancs, acquiert, par son amalgame avec l'or, un éclat beaucoup plus vif, ce qui produit un accroissement remarquable dans les clairs. Le ton général du tableau est d'ailleurs singulièrement rehaussé par l'opposition plus vive ^ue prennent les couleurs des deux métaux superposés. Tous ces avantages ressortant d'une manière surprenante , si l'on compare deux épreuves dont l'une est fixée au chlorure d'or et l'autre non fixée. La dernière, d'un ton gris bleuâtre, paraît exécutée sous un ciel brumeux et par une faible lumière ; l'autre, par la richesse de ses teintes, semble sortir de la chaude atmosphère et du beau ciel des contrées méridionales. Quant a la résistance qu'une épreuve ainsi traitée oppose au frottement et aux actions extérieures, elle s'explique sans pein«, si l'on remarque que le mercure, qui tout à l'heure formait le dessin à l'état de globules infinimentpetits et d'une faible adhérence, est maintenant recouvert d'une lame d'or uniforme, qui, malgré son extraordinaire ténuité , adhère à la plaque en vertu d'une véritable action chimique. Les épreu-

ves , ainsi fixées , offrent assez de résistance au frottement pour pouvoir être conservées et transportées dans un portefeuille : elles présentent donc plus de solidité qu'un dessin au crayon.

Les perfectionnements successifs apportés au procédé originel de Daguerre ont changé, conmie on le voit, d'une manière très notable, l'ensemble des opérations photographiques. Il ne sera donc pas inutile de préciser la méthode actuellement suivie. Voici, en quelques mots , la série consécutive des opérations qui s'exécutent aujourd'hui pour obtenir l'épreuve daguerrienne : Exposition de la lame métallique aux vapeurs spontanément dégagées par l'iode à la température ordinaire, pour provoquer à la surface de la plaque la formation d'une. légère couche d'iodure d'argent; — exposition aux vapeurs fournies par la chaux bromée, le brome ou toute autre substance accélératrice ; — exposition à l'action de la lumière dans la chambre obscure, pour obtenir la formation de l'image ; — exposition aux vapeurs mercurielles, pour faire apparaître le dessin, — lavage de l'épreuve dans une dissolution d'hyposulfite de soude, pour enlever l'iodure d'argent non attaqué ; — enfin, fixage de l'épreuve par le chlorure d'or.

La méthode actuelle, en permettant d'opérer cent fois plus vite que par le procédé primitif, a introduit dans la photographie un perfectionnement immense , mais il faut reconnaître aussi qu'elle a rendu les opérations beaucoup plus compliquées. L'exposition à la lumière étant abrégée de trente ou quarante fois le temps ordinaire, les erreurs sur la durée de cette exposition, sur le temps nécessaire pour l'application de

Tiode et des substances accélératrices , sont devenues plus faciles et plus désastreuses. L'artiste le plus exercé n'est donc jamais assuré d'avance de réussir dans l'opération qu'il entreprend, et ces obstacles continuels seraient susceptibles de décourager le plus fervent adepte, si la photographie n'était par ellemême un art des plus attrayants. Ce sont précisément ces difficultés, cette incertitude sur le succès définitif, qui prêtent aux opérations photographiques un charme toujours nouveau et toujours renaissant. Si le daguerréotype n'était qu'une machine aveugle dont le résultat pût être toujours calculé avec certitude ; si le maniement de l'appareil ne laissait aucune part aux soins habiles et aux prévisions de l'intelligence , auprès des amateurs et des artistes, il perdrait son intérêt le plus vif.

Pour terminer cette revue des modifications apportées dans ces derniers temps aux procédés photographiques, nous devons signaler quelques emprunts curieux que l'on a faits à diverses sciences pour perfectionner les épreuves daguerriennes ou pour leur prêter certaines qualités spéciales. Ici se rangent en première ligne les applications de la galvanoplastie.

La galvanoplastie, dont les procédés seront décrits dans ce volume, est un art tout récent et qui n'est aujourd'hui ni assez apprécié, ni assez connu. Il consiste à produire, par l'action de l'électricité, un dépôt métallique à la surface des différents corps, et surtout à la surface d'autres métaux. En décomposant certains sels par la pile voltaïque, on peut, comme nous le verrons, appliquer avec économie le cuivre sur l'argent, l'or sur l'acier, l'argent sur l'étain, le platine sur le fer, sur

le bronze, etc. Si donc, mettant à profit ces procédés, Ton soumet à Faction d'un faible courant électrique une dissolution de sulfate de cuivre en plaçant dans la liqueur une image daguerrienne , le cuivre provenant de la décomposition du sel se dépose peu à peu sur toute la plaque, et, se moulant sur les faibles inégalités de sa surface, il donne naissance , au bout de vingt-quatre heures , à une planche de cuivre sur laquelle le dessin photographique se trouve reproduit avec une entière fidélité. « Je ne saurais rendre , dit M. Ch. Chevalier, la surprise que j'éprouvai, la première fois que je réussis à reproduire une épreuve photographique au moyen du galvanisme. L'idée de cette expérience me vint en cherchant un objet propre à être placé dans l'appareil galvanoplastique ; ne trouvant iii médaille, ni empreinte, j'imaginai de souder une petite épreuve daguerrienne au conducteur de l'appareil ; je croyais vraiment sacrifier l'épreuve et n'obtenir tout au plus qu'une feuille de cuivre bien plane. Le lendemain, en présence de MM. Richoux et deKramer, je détachai les deux plaques, et nous trouvâmes sur le cuivre une contre-épreuve parfaite de l'original (1). » Ce qu'il y a de plus étonnant, c'est que la plaque daguerrienne qui a servi de type à ce merveilleux moulage n'est aucunement altérée^ et qu'elle peut être reproduite ainsi un grand nombre de fois sans se détruire ou sans se détériorer sensiblement. Il faut ajouter cependant que cette application de la galvanoplastie est plus curieuse qu'utile, car on se décide difficilement à soumettre une belle épreuve à une-pareille opération.

(1) Mélanges pJwiographiques , pag. 74.

Les procédés galvanoplastiques appliqués aux images daguerriennes ont fourni d'autres résultats pleins d'intérêt. Afin de communiquer aux épreuves des tons particuliers ou des effets plus vigoureux , on les a revêtues, par l'action de la pile, d'une mince couche d'un autre métal richement coloré. Si l'on place dans une dissolution d'or une planche photographique , en plongeant dans la liqueur les pôles d'unp pile voltaîque extrêmement faible, on la recouvre en quelques instants d'un mince vernis d'or. Cette pellicule métallique donne à l'épreuve des tons qui sont souvent du plus heureux effet; ils varient depuis la teinte verdâtre jusqu'au jaune intense. On obtient avec le cuivre, en opérant dans des conditions semblables , des tons vigoureux, compris depuis le rose le plus pâle jusqu'au rose vif. L'argent a été essayé dans le même but ; mais ce métal, qui donne au tableau une douceur et un char toiement très agréables, lui retire cependant une partie de sa vigueur.

Depuis plusieurs années, on voit aux étalages de produits photographiques un grand nombre de portraits coloriés qui attirent les regards des passants. Il ne s'agit pas, comme on l'a jcru d'abord, d'images obtenues dans la chambre obscure avec les couleurs naturelles, mais tout simplement de couleurs appliquées à la main. Il serait difficile de rien imaginer d'aussi barbare. Colorier une planche daguerrienne est aussi ridicule que de vouloir enluminer une gravure de Reynolds ou de Rembrandt. Le mérite essentiel des épreuves photographiques réside dans l'admirable dégradation des teintes et dans une harmonie si parfaite de la lumière et des ombres, qu'elle défie à ja-

mais le burin. Toutes ces qualités restent ensevelies sous cet absurde empâtement de couleurs. Le peintre substitue sa propre exécution à Texécution de la nature. Prenez donc la peine de créer un de ces merveilleux dessins, pour qu'une lourde main vienne les déshonorer par ce badigeonnage indigne. Arrivons à quelque chose de plus sérieux.

Rien n'est plus sérieux, en elïfet, rien n'est plus riche de promesses, rien n'est plus digne de l'appui des amis des arts, que les efforts que l'on a faits en France pendant plusieurs années pour transformer une épreuve daguerrienne en planche propre à la gravure. Il ne faut pas que les produits du daguerréotype d'une perfection si achfevée, restent à l'état de type unique; il faut que l'impression puisse les multiplier indéfiniment ; il faut perfectionner et surtout régulariser les procédés de gravure photographique actuellement connus ; il faut qu'ils ne restent pas plus longtemps concentrés entre les mains d'un ou deux artistes , paralysés dans leur développement par toutes les entraves des brevets. Alors seulement le daguerréotype aura dit son dernier mot, alors la photographie aura trouvé des applications utiles, complètes, étendues, dans la pratique des arts. Le joiu* où les planches daguerriennes pourront être économiquement transformées en planches de gravure, nous n'aurions plus rien à demander à la photographie, car nous obtiendrons sur le papier des images parfaites, redressées,, inaltérables, d'une correction et d'une finesse achevées, et qui présenteront l'inappréciable avantage de pouvoir être multipliées indéfiniment. Nous sommes loin encore d'avoir atteint un si dési-

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rable but; cependant les résultats obtenus jusqu'ici, et que nous allons rapidement indiquer, font concevoir à cet égard d'assez légitimes espérances.

L'idée de transformer les plaques photographiques en planches à l'usage des graveurs était si naturelle, que, dès les premières applications du procédé de Daguerre, un grand nombre de personnes s'occupèrent de ce problème. M. le docteur Donné essaya de le résoudre le premier. Le procédé qu'il employait est des plus simples. Il reconnut que l'eau forte étendue de A parties d'eau attaque les parties noires des images daguerriennes sans altérer les parties blanches, ou, en d'autres termes, dissout l'argent de la plaque sans toucher au mercure. Il suffit donc de garnir les bords de la plaque d'une marge de vernis de graveur, et de verser sur l'épreuve l'eau forte qu'on laisse réagir quelques minutes. Quand on juge la morsure suffisante, on lave la plaque à grande eau, et l'on enlève la marge de vernis; elle peut être immédfatement encrée et servir à l'impression. Mais l'argent pur est un métal trop mou pour suffire à un grand. tirage; après quarante épreuves, la planche était épuisée. La gravure était 3' ailleurs fort imparfaite.

M. Fizeau a résolu la question avec beaucoup plus de bonheur. Voici un court aperçu du procédé curieux qu'il a imaginé. On commence par soumettre la plaque à l'action d'une. liqueur légèrement acide qui attaque l'argent, c'est-à-dire les parties noires de l'image, sans toucher au mercure qui forme les blancs. On obtient ainsi une planche gravée d'une grande perfection, mais d'un très faible creux. Or, la condition essentielle d'une bonne gravure, c'est la profondeur du

trait ; car si les creux sont trop légers, les particules d'encre, au moment de l'impression, surpassant en dimension la profondeur du trait, l'épreuve, au tirage, est nécessairement imparfaite. Pour creuser plus avant, on frotte la planche gravée et peu profonde d'une huile grasse qui s'incruste dans les cavités et ne s'attache pas aux saillies. Ou dore ensuite la plaque à l'aide de la pile voltaïque. L'or vient se déposer sur les parties saillantes, et ne pénètre pas dans les creux abrités par le corps gras. En nettoyant ensuite la plaiiche, on peut l'attaquer très profondément par Teau forte, car les] partie? saillantes recouvertes d'or sont respectées par l'acide. On creuse ainsi le métal à volonté. Enfin, comme la mollesse de l'argent limiterait singulièrement le tirage, on recouvre la planche d'une couche de cuivre par les procédés galvanoplastiques. Le cuivre, métal très dur, supporte donc seul l'usure déterminée . par le travail de l'impression. M. Fizeau a obtenu de cette manière des gravures offrant beaucoup de qualités. Nous devons ajouter cependant que ce genre de produits photographiques est assez négligé depuis quelques années, c'est-à-dire depuis les récents et remarquables progrès de la photographie sur papier.

On a réussi , en Angleterre , à graver les épreuves photographiques par un procédé encore plus hardi que le précédent. M. Grove est parvenu à ce résultat par la seule action d'un courant électrique. Si l'on attache une image dàguerrienne au pôle négatif d'une pile voltaïque, chargée d'une liqueur faiblement acide, en plaçant au pôle positif une lame de platine, l'acide attaque l'argent de la plaque et grave en creux le des-

&in. Une plaque ainsi traitée peut à peine se distinguer de répreuve daguerrienne. Si on Texamine à la loupe, on y retrouve les détails les plus fins et les plus délicats de riûipfession lumineuse.

Ainsi un dessin tracé par la lumière est gravé par l'électricité. Tout est surprenant, tout est merveilleux dans ces mille inventions nouvelles qui chaque 'jour, apparaissent autour de nous. La lumière est domptée, le fluide électrique est un serviteur obéissant; de la lumière on fait un pinceau , et de l'électricité un burin. Partout la main de Thomme est bannie. A la main tremblante de l'artiste, au regard incertain, à l'instrument rebelle, on substitue les forces inévitables des agents naturels. C'est ainsi que tous les arts, toutes les industries se trouvent aujourd'hui sous le coup de révolutions profondes dont il est impossible de calculer la portée; c'est ainsi que les puissances aveugles de la nature menacent dé remplacer partout M main et presque l'intelligence des hommes. Rien n'est plus propre à marquer la grandeur actuelle des sciences, à faire deviner le rôle immense qu'elles sont appelées à jouer dans l'avenir.

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