‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes (volume 4)Chapitre 5 sur 33 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

Photographie sur papier. — M. Talbol. — M. Blanquart-Ëvrard. — Description des procédés de la photographie sur papier. — Photographie sur verre. — Reproduction des couleurs par le daguerréotype.

Ce n'est pas seulement sur des plaques métalliques, c'est sur de simples feuilles de papier que l'on a appli-

que les procédés photographiques; il nous reste a parler de la belle série de ces travaux.

Lorsqu'un amateur de Lille, M. Blanquart-Evrard, publia, au commencement de l'année 1847, la description des procédés de la photographie sur papier, cette communication fut accueillie par les amateurs et les artistes avec un véritable enthousiasme, car elle répondait à un vœu depuis longtemps formé et jusque-là resté à peu près stérile. On devijie aisément les nombreux avantages que présentent les épreuves photographiques obtenues sur papier. Elles n'ont rien de ce miroitage désagréable qu'il est si difficile de bannir complètement dans les épreuves sur métal, et qui a l'inconvénient de rompre toutes les habitudes artistiques; elles présentent l'apparence ordinaire d'un dessin ; une bonne épreuve sur papier ressemble à une sépia faite par un habile artiste ; l'image n'est pas simplement déposée à la surface conrnie dans les épreuves sur argent, elle se trouve formée jusqu'à une certaine profondeur dans la substance du papier, ce qui assure une durée indéfinie et une résistance complète ^u frottement; le trait n'est point renversé comme dans les dessins dix daguerréotype ; il est, au contraire, parfaitement correct pour la ligne, c'est-à-dire que l'objet est reproduit dans sa situation absolue au moment de la pose. En outre, un dessin-type une fois obtenu, il est possible d'en tirer un nombre indéfini de copies. Enfin, l'énorme avantage de pouvoir substituer une simple feuille de papier aux plaques métalliques d'un prix élevé, d'une détérioration facile, d'un poids considérable, d'un transport incommode ; l'absence de tout ce matériel 1. k

embarrassant, si bien nommé bagage daguerrien^ qui rendait si difficile aux voyageurs Texécution des manœuvres photographiques, la simplicité des opérations, le bas prix des substances employées, sont autant de conditions qui assurent àla photographie sur papier une utilfté pratique véritablement sans limites.

Il est donc facile de comprendre l'intérêt avec lequel le monde des savants et des artistes accueillit les premiers résultats de la photographie sur papier. Le nom de M. Blanquart-Evrard, qui n'était, si nous ne nous trompons, qu'un marchand de draps de Lille, conquit rapidement les honneurs delà célébrité. Cependant, il faut le dire, il se passait là un fait étrange, et peut-être sans exemple dans la science. Les procédés publiés par M. Blanquart n'étaient, à cela près de quelques modifications utiles dans le manuel opératoire, que la reproduction de la méthode publiée déjà depuis plus de six ans par un riche amateur anglais, M. Talbot. Or, dans son mémoire, M. Blanquart n'avait pas même prononcé le nom du premier auteur de ces recherches, et cet oubli singulier ne provoqua, au sein de l'Académie ni ailleurs , aucune réclamation. M. Talbot lui-môme ne prit pas la peine d'élever la voix pour revendiquer l'honneur de l'invention qui lui appartenait. Il se comporta tout à fait en grand seigneur. Il se borna à adresser à quelques amis de Paris deux ou trois de ses dessins photographiques qui faisaient singulièrement pâlir les épreuves de M. Blanquart.

En effet, depuis 183â, alors que l'art photographique était encore à naître, M. Talbot avait essayé de reproduire sur le papier les images de la chambre

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obscure. Déjà d^ailleurs, et longtemps avant cette époque, d'autres physiciens avaient abordé cette question, car c'est un fait à remarquer, que les premiers essais de photographie ont eu pour objet le dessin sur papier. Pli^ce, au début de ses travaux, avait dirigé dans ce sens des recherches qu'il fut ensuite forcé d'abandonner. Avant lui, en 1802, Humphry Davy s'en était occupé de concert avec Wedgewood. Us avaient réussi à obtenir, sur du papier enduit d'azotate d'argent, des reproductions de gravures et d'objets transparents. Ils avaient essayé de fixer aussi les images de la chambre obscure; mais la faible sensibilité du sel d'argent leur avait opposé un obstacle insurmonUd)le. On n'obtenait d'ailleurs ainsi que des silhouettes ou des images inverses, dans lesquelles les noirs du modèle étaient représentés par des blancs, ei vice versd. En outre, le dessin obtenu, on n'avait pas réussi a le préserver de l'altération consécutive de la lumière ; abandonnée à la clarté du jour, l'image noircissait dans toutes ses parties et ensevelissait le dessin. On ne pouvait donc examiner ces productions éphé* mères que dans l'obscurité, en s'aidànt de la lueur d'une lampe, c La copie d'un dessin, dès qu'elle est » obtenue, dit Humphry Davy, doit se conserver dans » un lieu obscur. On peut bien l'examiner à l'ombr^, » mais ce ne doit être que pour peu de tçmps. Aucun » moyen pour empêcher les parties incolores de noir- » cir à la lumière n'a pu réussir.... Quant aux images » de la chambre obscure, elles se sont trouvées trop » faiblement éclairées pour former un dessin avec le 9 nitrate d'argent, même au bout d'un temps assez » prolongé. C'était là. cependant l'objet principal des

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» expériences. Mais tous les essais ont été inu- » tiles (1). »

Heureusement M. Talbot n'eut point connaissance des travaux de Davy et de Wedgewobd ; il ignora l'espèce d'arrêt d'impossibilité qu'ils avaient prononcé ; il avoue que devant la parole de tels maîtres il eût immédiatement abandonné ses recherches comme une poursuite chimérique. Cependant, par un travail de plusieurs années , il parvint à Surmonter tous les obstacles. Il résohit complètement la double difficulté de fixer sur le papier les images de la chambre obscure et de les préserver de toute altération ultérieure. En 1839, il se disposait à mettre sa découverte au jour, lorsqu'il fut surpris par la publication imprévue des résultats de M. Daguerre. Il fit connaître cependant quelques mois après Fensemble de ses méthodes. En 1841, il coiyipléta ses descriptions dans une lettre «dressée à l'Académie des sciences de Paris ; mais l'attention était dirigée d'un autre côté , et l'annonce du physicien anglais ne fit en France aucune sensation. Quelques personnes essayèrent de répéter ses procédés, mais divers essais infructueux firent croire que M. Talbot n'avait dit son secret qu'à moitié, et peu- à peu la photographie sur papier tomba parmi nous dans un complet oubli. Seulement quelques aftistes nomades , munis de quelques renseignements plus ou moins précis, parcouraient la province , vendant aux amateurs le secret de cette nouvelle branche de la photographie. C'est dans ces circonstances que M. Blanquart fit

(1) Description d*un procédé pour copier des peintures sur verre et pour faire des silhouettes par l'action de la lumière sur le nitrate d'argent, {Jourtml de VInsiituUon royale de Londres, 1. 1, pag. 170, 1802.)

paraître son mémoire. Il y reproduisait, sauf quelques modifications , le procédé de M. Talbot ; seulement ses descriptions étaient beaucoup plus précises et plus complètes que celles du physicien anglais.

Tel est Fhistorique fidèle de la découverte de la photographie sur papier. C*étaitpournous un devoir que de bien établir à ce sujet les droits méconnus d'un saj^ant étranger, assez malheureux déjà d'avoir été devancé dans sa découverte par M. Daguerre, pour que l'on respecte au moins les titres incontestables qui recommandent son nom à la« reconnaissance des savants et des artistes.

Avant de présenter l'exposé sommaire des procédés de la photographie sur papier, donnons eti quelques mots la théorie générale de l'opération . Tout le monde sait que lesselsd'argentnaturellementincolores, étant exposés à l'action de la lumière solaire ou diffuse, noircissent très promptement par suite d'ime décomposition chimique provoquée par l'agent lumineux. D'après cela, si l'on place, au foyer d'une chambre obscure une feuille de papier imprégnée d'une dissolution d'un sel d'argent, l'image formée par l'objectif s'imprimera sur le papier, parce que les parties vivement éclairées noirciront la couche sensible , tandis que les parties obscures restant sans action, laisseront au papier sa couleur blanche. On obtiendra ainsi une ^orte de silhouette dans laquelle les parties éclairées du modèle seront représentées sur l'épreuve par une teintenoire et lesombrespardesJblancs. C'est ce que l'on nomme une image irwer^eounégative, selon l'expression consacrée.

Maintenant , si l'on place cette image sur une feuille de papier imprégnée d'un autre sel d'argent et qu'on i. A.

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ei^se le tout à l'action directe du soleil, Tépreuve négative laissera passer la lumière à travers les parties transparentes du dessin et lui fermera passage dans les portions opaques. Le rayon solaire allant ainsi agir sur le papier sensible placé au contact de l'épreuve négative, donnera naissance à une image sur laquelle les claii;^ et les ombres seront placés dès lors dans leur situation naturelle. On aura donc formé ainsi une image directe ou positive. Tel est le principe général de la photographie sur papier (1).

Le procédé pratique de ceUe branche nouvelle de l'art photographique se compose , d'après cela , de deux séries distinctes d'opérations : la première ayant pour effet de préparer l'image inverse; la secoade, de former l'épreuve redressée.

On obtient l'épreuve inverse en recevant l'image de la chambre obscure sur un papier enduit d'iodure d'ar« gent. Comme ce sel s'impressionne beaucoup plus promptement quand'onrentretient à l'état humide, oii place le papier photogénique sur quelques doubles de pajrier humecté d'eau, et, pour lui donner une surface ^ale et parfaitement unie, on le presse entre deux glaces. Les choses ainsi disposées, on place ce système au foyer de la chambre noire , l'interposition de la glace transparente ne nuisant aucunement à l'action delà lumière. Au bout de trente à cinquante secondes, l'effet lumineux est produit ; l'iodure d'argent se trouve dé-

(1} Ed appliquant ane gravure, unelithograpiiie sur un papier imprégné de chlorure d'argent, et en exposant le tout au soleil, on peut reproduire cette gravure» celte lithographie d'une manière très simple et sans appareil optique. C'e^t une petite opération qui ne manque pas d'intérêt et qui peut avoir son utilité. On a jugé nécessaire de créer un mol pour la désigner : on rappelle autophotographie.

coraposé dans les parties éclairées , et , dans les points sur lesquels a agi la lumière, Toxyde d'argent est rendu libre. Cependant raltération chimique (jui vient d'avoir lieu n'est en aucune façon accusée à la surface du papier, on n'y observe aucune trace de dessin ; mais si on le plonge dans une dissolution d'acide gallique , ce composé forme, avec l'oxyde d'argent mis en liberté» un sel, le gallate d'argent, d'une couleur noire foncée, et l'image apparaît subitement. Il ne reste plus qu'à enlever l'excès du composé d'argent non influencé pour préserver l'épreuve de l'action ultérieure de la lumière. On y parvient en plongeant ce dessin dang une dissolution d'hyposulfite de soude qui dissout ira* médiatement l'iodure d'argent, ^

Pour obtenir l'image redressée , on place l'épreuve négative , obtenue par les moyens qui viennent d'être rapportés , sur un papier imprégné de chlorure d'argent , on les serre tous deux entre deux glaces , l'épreuve négative en dessus , et l'on, expose le tout au soleil ou à la lumière diffuse. La durée de cette exposition varie depuis une demi-heure jusqu'à quatre heures à la lumière diffuse , et au soleil depuis quinze jusqu'à vingt-cinq minutes. Au reste , comme on peut suivre de l'œil la formation du dessin , on est toujours le maître de s'arrêter qu^nd on juge le trait sulBsamment renforcé. Enfm , pour fixer l'image , on la place dans une dissolution d'hyposulfite de soude qui enlève l'excès de chlorure d'argent non influencé. En prolongeant plus ou moins la durée du séjour dans le bain d'hyposulfite de soude , on peut communiquer à l'épreuve une couleur qui varie , en parcourant

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toute réclielle des tons bruns et des bistres, jusqu'au violet foncé et au noir intense.

Nous n'avons pas besoin d'ajouter que l'épreuve négative peut servir à donner un très grand nombre d'autres épreuves positives, et qu'une fois obtenue , cette espèce de type peut fournir des reproductions indéfinies.

Il existe un autre procédé de photographie sur papier qui a l'avantage de donner du premier coup une épreuve directe sans passer par l'épreuve inverse. Il consiste à placer dans la chambre noire un papier imprégné ^(diMoTure à* argent, préalablement noirci par l'action de la lumière et plongé ensuite dans une dissolution d'ioduj^e de potassium. Le mélange dç ces deux composés produit un effet précieux. La lumière le détruit et fait apparaître par conséquent la surface blanche du papier. On forme un dessin blanc sur un fond coloré, et l'image est directe. Disons cependant que les détails de ce procédé ne sont encore dévoilés qu'à demi. On assure que c'est par une méthode de ce genre qu'opère M. Bayard, employé au ministère des finances, connu depuis longtemps par ses admirables épreuves sur papier. Il obtient des résultats si magnifiques que la gravure peut à peine en égaler la perfection; nous avons vu de lui des dessins devant lesquels un artiste serait tenté de briser ses crayons. Malheureusement ces produits s'altèrent à la lumière ; conservés pendant quelques années ils finissent par s'eflacer. Il paraît de plus qu'on ne peut opérer que par une exposition prolongée en plein soleil ; par conséquent la reproduction des objets animés serait interdite. Toutefois nous en

sommes pour tout cela réduits aux conjectures, car les détails de ce procédé ne sont encore qu'imparfaitement connus.

La photographie sur papier est loin d'être parvenue aujourd'hui à son dernier degré de perfection. Ses produits sont encore fort au-dessous des planches daguerriennes. On y chercherait en vain la rigueur, la délicatesse du trait, la dégradation admirable Mes teintes qui font le charme des épreuves métalliques, n ne peut guère d'ailleurs en être autrement. La surface plane et polie d'un métal offre pour l'exécution d'un dessin photographique des facilités véritablement sans pareilles; au contraire, la texture fibreuse du papier, ses aspérités, la communication capillaire qui s'établit entre les diverses parties de sa surface inégalement impressionnées, «ont autant d'obstacles qui s'opposent à la rigueur absolue du tracé linéaire comme à l'exacte dégradation des teintes. Il ne faut donc pas s'attendre à voir, comme quelques personnes l'ont pensé, la photographie sur papier détrôner la photographie sur métal. Ces deux branches de l'art ont chacune leurs qualités et leurs avantages spéciaux ; toutes deux elles marcheront parallèlement, satisfaisant à des exigences diverses. Lorsqu'il s'agira de reproductions qui demandent une netteté et une rigueur absolues, quand on voudra réaliser les plus parfaites conditions de l'art, on aura recours aux plaques métalliques. On s'adressera aux dessins sur papier quand on cherchera dans les reproductions photographiques ce qu'il faut y chercher surtout, c'est-à-dire des images fidèles dans leur ensemble , arrêtées dans leurs principaux détails, qui, obtenues par une manipulation prompte

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et facile, puissent se conserver sans trop de précaution, se renfermer en grand nombre sous un fsdble volume et se transporter aisément. Ainsi le daguerréotype conservera le privilège de la reproduction des grands sites artistiques, des monuments^ des portraits, des représentations délicates qui intéressent l'histoire naturelle ; les papiers photogéniques seront aux mains du «royageur qui ne sait pas dessiner, ou de l'Artiste qui n'a pas le temps de dessiner^

On désigne sous le nom de photographie sur verre un procédé nouveau qu'il importe de signaler en raison des admirables produits auxquels il donne naisrsance. Comme le nom de photographie sur verre est susceptible de Jeter une certaine confusion dans les esprits , il est nécessaire de bien préciser la nature de ce nouveau procédé.

La photographie sur verre n'est , à proprement parler, qu'une modification , mais une modification très heureuse de la photographie sur papier. Nous avons fait ressortir plus haut les inconvénients que présentent les épreuves siur métal; ces inconvénients disparaissent dans les épreuves sur papier, mais ces dertiières offrent à leur tour des défectuosités particulières qui consistent dans le défaut de netteté du trait , résultat inévitable de la contexture du papier. C'est pour parer à ce défaut que l'on a eu l'idée d*^employer, pour former l'image négative , au lieu de papier, une lame de verre ou une feuille mince et flexible de mica , sur laquelle on étend une légère couche d'albumine ou blanc d'oeuf. L'albumine étant séchée fournit une surface égale, parfaitementpolie et éminemment

propre à donner au dessin un contour précis et arrêté. Cette lame de verre, ainsi recouverte d'albumine, est ensuite imbibée avec le sel d'argent, comme s'il s'agissait d'obtenir sur le papier une image négative, et, en opérant comme à l'ordinaire , on forme à sa surface rimage négative. Celle-ci obtenue, on s*en sert pour produire l'image directe que l'on forme cette fois , non plus sur une lame de verre , comme le pensent bien des personnes, mais simplement sur une feuille de papier, en se servant des moyens habituels. L'image terminée, on la recouvre habituellement d'un vernis (1).

C'est par ce procédé que s'exécutent les plus belles épreuves sur papier. On les reconnaît facilement à la rigueur extraordinaire du dessin et à ses contours admirablement arrêtés. Elles peuvent presque rivaliser sous ce rapport avec les produits de la plaque.

La photographie sur verre a été imaginée par M: Niepce de Saint-Victor, neveu de Joseph Niepce, le premier inventeur de la photographie. Voué par une sorte de souvenirs de famille à Fétude de ces questions, M. Niepce de Saint -Victor poursuit depuis plusieurs années une série de travaux ayant h photographie pour base , et il s'adonne à ces recherches délicates avec une ardeur et un zèle que rend plus méritoires encore la nature de sa profession. M. Niepce est officier de notre armée. Lieutenant de dragons, il demanda, en 1846, à être admis dans la garde mu- * nicipale de Paris afin d'être mieux placé pour suivre la série de ses expériences. Il occupe aujourd'hui le grade

(1) Quelques opérateurs remplacent la lame de verre pour la formation êe rimoge négative, par une feuille de papier revêtue d'une coùclie d'albumine ou de cire.

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de capitaine de cavalerie dans la garde républicaine. Par ses services militaires et par ses travaux scientifiques, il honore doublement le titre.d'officier français.

Nous venons de présenter Thistoire de la photographie, d'exposer ses perfectionnements successifs et de marquer l'état actuel de ses méthodes. Est-U nécessaire d'ajouter maintenant que, pour clore la série de ces créations remarquables , un dernier pas reste à franchir. Tous nos lecteurs l'ont dit avant nous , car c'est là le problème que l'impàtiencedes gens du monde ne cesse de poser à la sagacité des savants ; il reste à reproduire les couleurs. Aux produits déjà si merveilleux de l'appareil de Daguerre, à ces images d'une si admirable fidélité, d'une délicatesse si parfaite, il faut ajouter le charme du coloris. Il faut que le ciel, les eaux , toute la nature inanimée ou vivante puisse s'imprimer sous nos yeux en conservant la richesse, la variété, l'harmonie de ses teintes. L'action de la lumière nous donne aujourd'hui des dessins , il faut que ces dessins deviennent des tableaux. Mais, avant tout, le fait est-il réalisable et la reproduction spontanée des couleurs naturelles ne dépasse-t-elle point la limite des moyens dont la science dispose aujourd'hui?

Si l'on eût, il y a quelques années, adressé cette question à un savant initié aux lois générales de l'optique, il n'eût guère hésité à condamner une telle espérance. « Rien n'autorise, aurait-il dit, rien ne justifie l'espoir de fixer un jour les images de la chambre obscure en conservant leurs teintes naturelles; auqune des notions que nous avons acquises sur les propriétés et les aptitudes de l'agent lumineux ne se trouve liée à

un phénomène de cet ordre. On comprend au point de vue théorique Tinvention de Daguerre et le parti qu'on en a tiré. Il a suffi, pour en venir là, de trouver une substance qui , au contact des rayons lumineux , passât du blanc au noir ou du noir au blanc. Il n'y avait dans cette actipn rien de très surprenant en fin de compte , rien qui ne fût en harmonie avec les faits que l'optique nous enseigne; mais de ,là à l'impression spontanée des couleurs il y a véritablement tout un monde de difficultés insurmontables. Remarquez bien , en effet , qu'il s'agit de trouver une substance , une même substance qui , sous la faible action chimique des rayons lumineux, soit influencée de telle manière que chaque rayon illégalement coloré provoque en elle une modification chimique particulière , et de plus que cette modification ait pour résultat de donner autant de composés nouveaux reproduisant intégralement la couleur propre au rayon lumineux qui les a frappés. Il y a dans ces deux faits, et surtout dans l'accord de ces deux faits , des conditions tellement en dehors des phénomènes habituels de l'optique, que l'on peut affirmer sans crainte qu'un tel problèoje est au-de$sus de toutes les ressources de la science. » Ainsi eût parlé notre physicien, et certes il eût trouvé peu de contradicteurs. Cependant une observation des plus inattendues est venue changer, on peut le dire, toute la face de la question. M. Edmond Becquerel a réussi, eu 18&8, à imprimer sur une plaque d'argent l'image du spectre solaire. On sait ce que les physiciens entendent par spectre solaire. La lumière blanche , la lumière du soleil, résulte de la réunion d'un certain

nombre de rayons diversement colorés, dont l'impre»-

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non simuHanée sur notre œil produit la sensation du blanc. Si Ton dirige, en effet, un rayon de soleil sur im verre transparent taillé en prisme , les différents rayons composant ce faisceau de lumière sont inégalement réfractés dans l'intérieur du verre ; au sortir du prisme, ils se séparent les uns les autres, ils divergent en éventail, et viennent former sur Técran où on les reçoit une image oblongue dans laquelle on retrouve isolées toutes les couleurs simples qm composent la lumière blanche; on y voit assez nettement indiqués le rouge, l'orangé, le jaune, le vert, le bleu, l'indigo et le violet. On donne le nom de spectre solaire à cette bande col(M*ée qui provient de la décomposition de la lumière. C'est là l'image que M. Edmond Becquerel a imprimée sur une plaque d'argent qu'il avait préalablement exposée à l'action du chlore. Ce fait suffit évidemment pour prouver que la reproduction photôgénée des couleurs est une opération désormais réalisable, car il fait voir qu'il «existe des agents chimiques capables de s'impressionner au contact des rayons lumineux , de manière à conserver les teintes des rayons qui les ont frappés.

Il ne faudrait pas cependant s'exagérer les conséquences de ce fait. L'observation de M. Becquerel présente une valeur théorique de premier ordre, mais elle ne fournit encore aucun moyen pratique d'arriver à la reproduction des couleurs. En effet, cette image colorée n'a pu être fixée par aucun agent chimique ; par conséquent, lorsqu'on l'expose à la clarté du jour, le chlorure d'argent continuant à s'impressionner, toute la surface de la plaque devient noire et tout s'évanouit ; pour l'empêcher de se détruire, il faut la con-

server dans une obscurité complète. Une autre circonstance défavorable, c'est rextrôme lenteur avec laquelle s'accomplit l'impression lumineuse. L'action directe du soleil s'exerçant pendant deux heures est indispen^ sable pour obtenir un résultat ; aussi les images de la chambre obscure seraient-^les trop faiblement éclai-» rées pour agir ainsi sur la plaque; des journées entières n'y suflGraient pas. Il faut mentionner enfin une circonstanee plus grave. Les couleurs simples, les teintes isolées du spectre sont jusqu'ici les seules que l'on ait pu fixer ; les teintes composées , c'est-à-dire toutes celles qui appartiennent aux objets éclairés par la lumière ordinaire , ne s'impriment jamais sur le chlorure d'argent. Les objets blancs, par exemple, au lieu de laisser sur la plaque une couleur correspondante, s'y impriment en noir.

Ainsi le fait découvert par M. Becquerel est loin de justifier toutes les espérances que l'on a pu concevoir à ce sujet. Il démontre seulement , contrairement à tout ce que l'on avait pensé jusqu'ici, que le problème de la reproduction photogénée des couleurs pourra recevoir un jour une solution satisfaisante, et que les personnes qui s'adonneront à ce genre de recherches ne trouveront plus, comme autrefois, dans les principes de la science, la condamnation anticipée de leurs tentatives. Quelque limitée qu'elle soit dans ses conséquences actuelles, cette observation n'en conserve pas moins une importance capitale. On peut espérer, en effet, que des recherches bien dirigées feront découvrir d'autres agents chimiques jouissant des propriétés du chlorure d'argent et répondant mieux que cette substance aux exigences de l'application pratique. On pourra donc

unîow peindre avec la lumière.Ls. lumière est, de tous les agents naturels , celui dont l'étude est encore aujourd'hui la moins avancée; et depuis (quelques années on a vu se succéder, dans cet ordre de phénomènes , des découvertes si inattendues , qu'à ce sujet il est bien difficile de ne pas s'abandonner à quelques espérances.

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