CHAPITRE IV
ÂpplicalioDS de la photographie aux sciences physiques et naturelles.
On connaît maintenant l'histoire et les plus récents progrès de la photographie. Si nous avons cru devoir nous étendre sur cette série d'opérations délicates , si nous les avons décrites avec quelques détails , c'est , on le comprendra aisément, parce qu'il y a dans cette découverte autre chose qu'un J)rocédé ingénieux, qu'un agent mécanique de plus mis à la disposition des arts du dessin. La science a déjà tiré de la photographie de grands services ; elle peut en attendre de plus grands encore. Tel est le principal titre des arts photographic^ues à notre attention, et c'est la portée scientifique de l'invention de TViepce et Daguerre qu'il nous reste à établir : la tâche sera facile. .
Une des parties importantes de la physique , la photométrie , qui traite de la comparaison de l'intensité des diverses lumières , a emprunté aux procédés photographiques les plus précieuses ressources d'ex-
donc ainsi^ sur une surface impressionnable, la trace du mouvement angulaire accompli dans un certain intei^ valle par l'aiguille aimantée. Maintenant, si Técran, formé par le papier sensible , est fixé à un cylindre tournant horizontalement sur son axe une fois en vingt-quatre heures , la marche du point lumineux réfléchi sera indiquée par l'espace influencé sur le papier. Il n'y a donc plus qu'à rendre permanente , à l'aide des procédés ordinaires, Timpression laissée sur la jsurface sensible; les paj^ers ainsi obtenus eonseir* vent et représentent l'indication des différents mou* vements de l'aiguille magnétique pendant le cours de vingt-quatre heures!
On a réussi à Greenwich à employer dos moyens sem^ blables poqr enregistrer les indications baroméUîqaes. Mais on n'a pu parvenir encore à les appliquer à l'ob* servation de la marche du thermomètre.
Plusieurs physiciens ont cru reconnaître que la lumière solaire émise deux ou trois heures avant midi diffère, par quelques caractères, de celle qui est émise aux périodes correspondantes après le passage au mé^ ridien. 11 était donc utile de chercher à apprécier les caractères propres a la lumière solaire aux différentes heures du jour. M. Herschell, M, Edmond Becquerel et quelques autres physiciens, ont construit divers in* truments nommés actinographes, qui permettent d'arriver à ce résultat. Le degré d'altération d'une couche de bromure d'argent sert de mesure à l'intensité d'action chimique de. la lumière émanant du soleil à chaque période de la journée.
L'étude de l'action chimique de la lumière est devenue dans ces dernières années l'objet des recherches
et des travaux assidus de nos physiciens. M. Edmond Becquerel en France, M. Herschell en Angleterre, M. Moser en Allemagne, M. Draper en Amérique, ont ouvert dans cette direction une voie toute nouvelle et qui doit aboutir un jour aux découvertes les plus intéressantes sur la nature de l'agent lumineux, sur ses effets physiques et chimiques, sur sa constitution intime ; question^ qui se rattachent aux parties les plus élevées et les plus délicates delà physique des corps. Les plaques du daguerréotype, et les papiers sensibles préparés avec les composés chimiquement impressionnables, ont été les moyens et les instruments naturels de ces importantes recherches, qui méritent d'être encouragées et secondées de toutes manières.
Tels sont les services que la photographie a déjà rendus aux sciences physiques ; les applications de cette découverte à l'histoire naturelle sont plus variées et {dus générales. La possibilité d'obtenir dans quelques instants des dessins parfaits d'animaux, de plantes et d'organes isolés, donne aux naturalistes voyageurs la faculté d'accroître indéfiniment les richesses de leurs collections d'études. Les procédés daguerriens constituent donc une des ressources les plus efficaces offertes à l'avancement des sciences naturelles. L'étude si intéressante, mais si peu avancée encore des races humaines, trouvera surtout dans l'usage de la photographie la source de remarquables progrès. L'imperfection de l'anthropologie tient surtout à l'absence d'un musée de types authentiques. On conçoit dès lors l'utilité que présenterait pour cette science une collection de ce genre exécutée dans les conditions si parfaites de l'art photographique. Les portraits daguer-
pérîmentation. Avant la découverte du daguerréotype, les physiciens ne pouvaient déterminer avec rigueur l'intensité comparée de deux sources lumineuses, que lorsque celles-ci brillaient simultanément. Les moyens de mesure perdaient la plus grande partie de leur va* leur, quand les deux lumières n'étaient pas visibles à la fois. C'est ainsi que l'intensité relative de la lumière solaire et de la lumière des étoiles ou de la lune n'avait pu jusque là être fixée avec exactitude. L'emploi des moyens photographiques a permis de procéder avec Une rigueur absolue à cette détermination délicate. Une plaque daguerrienne étant exposée à l'influence chimique de l'image formée au foyer d'une lentille par un objet lumineux , le degré d'altération subie par la couche sensible sert de mesure à l'intensité de la lumière émise. On a pu comparer ainsi avec une entière précision les rayons éblouissants du soleil et les rayons trois cent mille fois plus faibles de la lune. MM. Fizeau et Foucault ont eu recours aux mêmes moyens pour étudier comparativement les priacipales sources lumineuses naturelles ou artificielles en usage dans l'industrie , dans les arts et dans l'économie domestique.
Les procédés empruntés à la photographie ont été employés pour enregistrer d'une manière continue les indications de quelques instruments météorologiques , tels que le baromètre et l'aiguille aimantée- Aujoi^rd'hui , grâce à cet admirable artifice , dans quelques observatoires de l'Europe , les instruments de météorologie enregistrent eux-mêmes leurs propres observations. L'aiguille, indicatrice de l'instrument vient se peindre sur la surface d'un cylindre tournant sur son I. 5.
&h DÉCOUVERTES MODERNES .
axe d'un mouvement uniforme et exécutait une révo* lution dans l'espace de vingt-quatre heures. Le cylindre, étant préparé comme un papier photographique, conserve dans une sorte de traînée continue la trace de ' Tindiçateur, et présente ainsi une courbe dont chaque ordonnée indique Tétat de Finstrument à l'heure mar-* quée par l'abscisse correspondante.
Dans l'observatoire de Greenwich , en Angleterre , des instruments fondés sur ce principe sont mis en usage depuis quelques années ; le gouvernement a honoré d'une récompense de 500 livres sterUngs le docteur Brooke, auteur de cette belle application des procédés photographiques. Cette méthode d'observation a fait renoncera la surveillance de jour et de nuit à laquelle on était soumis depuis si longtemps pour relever l'indication des instruments météorologiques ; elle a permis, de plus, de réduire de quatre à deux le nombre des surveillants de l'observatoire magnétique.
C'est surtout , en effet , pour enregistrer les observations mag'néticpies , c'est-à-dire l'inclinaison et la déclinaison de l'aiguille aimantée , que l'appareil de M. Brooke est en usage à Greenwich. Voici, en quelques mots, le principe de sa disposition. L'extrémité de l'aiguille aimantée porte un mirœr , et l'on fait réfléchir à ce miroir la lumière d'une petite lampe. Lorsque ce miroir se meut, par suite des mouvements divers que subit l'aiguille aimantée dans les différentes variations qu'il s'agit de noter, la lumière de la lampe réfléchie dans ce miroir, décrit sur l'écran où on la reçoit un arc d'autant plus grand que cet écran estplUs éloigné. Or cet écran, placé dans un lieu obscur , porte un papier photographique. On obtient
riens des Botocudes , ou naturels de TAmérique du Sud, apportés en France en 1844 par M. Thiesson, et les études de types africains recueillies par le même artiste dans un voyage postérieur , ont montré tout ce que l'anthropologie comparée peut attendre de l'emploi des procédés daguerrieiis. MM. Donné et Foucault ont réalisé une autre application de la photographie à l'histoire naturelle, qui est aussi curieuse qu'utile. Ils ont daguerréotype l'image amplifiée des objets microscopiques, et rendu ainsi permanentes les images éphémères formées par la lentille de l'instrument. L'image que donnent au microscope solaire les globules du sang, par exemple, est reçue sur une plaque iodurée, et y laisse son empreinte qtfil ne reste plus qu'à rendre fixe par les moyens ordinaires. Les épreuves que l'on obtient ainsi ont servi de modèle aux dessins de l'atlas microscopique de M. Donné.
Est-il nécessaire d'ajouter que les opérations photographiques peuvent se combiner non moins utilement avec les travaux de la cosmographie, de l'archéologie, de l'architecture? « Pour copier les millions et raillions d'hiéroglyphes qui couvrent, même à l'extérieur, les grands monuments de Thèbes, de Memphis, de Karnak, a dit M. Arago dans son rapport à la chambre des députés, il faudrait des vingtaines d'années et des légions de d;essinateurs. Avec le daguerréotype, un seul homme pourrait mener à bonne fin CjBt immense travail. Munissez l'Institut d'Egypte de deux ou trois appareils de M. Daguerre, et, sur plusieurs des grandes planches de l'ouvrage célèbre, fruit de notre immortelle expédition, de vastes étendues d'hiéroglyphes réels iront remplacer des hiéroglyptes
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fictifs ou de pure inventiou , et les dessins surpasseront partout en fidélité, en couleur locale, les œuvres des. plus habiles peintres ; et les images photographia ques, étant soumises dans leur formation aux règles de la géométrie, permettront, à Faide d'un petit nombre de données, de remonter aux dimensions exactes des parties les plus élevées, les plus inaccessibles des édifices, »
Auxiliaire de la physique, de la chimie, de Thi^ toire naturelle, de la cosmographie et de TarchéolOgie, la photographia a donc trouvé dans les sciences plusieurs applications utiles. Cependantles services quelle leur a rendus jusqu'à ce moment sont probablement peu de chose relativement à ce qu'elle leur promet encore ; elle est aux mains des savants depuis si peu d'années, qu'il est difiicile aujourd'hui de prévoir et de fixer avec certitude le parti que l'on pourra en tirer dans l'avenir. En effet, comme l'a dit M. Ârago : < Quand les observateurs appliquent un nouvel in- » striunefit à l'étude de la nature , ce qu'ils en ont » espéré est toujours peu de chose relativement à la » succession de découvertes dont cet instrument de* > vient l'origine. »